Chapitre 1 — La blague qui chatouille
Léo se tenait sur son lit, les yeux brillants comme deux billes de verre. Il tenait un oreiller sous le bras, et l'oreiller avait l'air de se demander ce qu'il allait devenir. Léo avait sept ans. Il adorait les blagues, surtout celles qui faisaient rire sans faire peur.
"Tu crois qu'on peut faire une blague à un oreiller ?" demanda Léo à son ours en peluche, Monsieur Biscotte.
Monsieur Biscotte, qui ne parlait jamais mais qui avait toujours l'air d'approuver, fit un petit bruit de tissu quand Léo lui posa l'oreiller dessus. Léo rit. Il aimait l'idée d'une blague toute douce.
Il imagina alors une blague d'oreiller : l'oreiller qui raconte des histoires, l'oreiller qui change de forme, l'oreiller qui chatouille les oreilles. "Ça sera rigolo et tendre," se dit Léo. Il se mit à répéter la blague dans sa tête. Léo aimait répéter, parce que répéter c'était comme préparer une chanson qui devient de mieux en mieux.
"Prêt, Monsieur Biscotte ? On commence." Léo compta à voix basse : "Un, deux, trois..." et se lança.
Chapitre 2 — L'oreiller malicieux
L'oreiller fit semblant d'être sérieux. Il avait des yeux imaginaires et une voix toute douce dans l'imagination de Léo. "Bonsoir, petit garçon," dit Léo en prêtant sa voix à l'oreiller. Il fit une voix grave très drôle. Monsieur Biscotte lança un regard complice — si les regards pouvaient rire, celui-là riait.
Léo inventa des choses : l'oreiller qui se transforme en chapeau de pirate, en gâteau qui ne fond jamais, en nuage qui chante. À chaque idée, il gloussait. Une idée lui plaisait encore plus : l'oreiller qui chuchote des secrets ridicules. "Je connais le secret des chaussettes disparues," souffla-il à l'oreiller. "Elles vont toutes au pays des chaussettes à rayures !" Léo éclata de rire.
Sa sœur, Emma, entra discrètement. "Qu'est-ce que tu fais ? On dirait que tu prépares un spectacle."
"Oui ! Le grand spectacle de l'oreiller farceur," répondit Léo. "Regarde, il sait imiter le vent." Il prit l'oreiller et fit un souffle qui fit bouger les rideaux. Emma rit aussi. Même leurs parents, qui passaient dans le couloir, sourirent en entendant les rires.
Léo aimait que sa blague soit douce. Il ne voulait pas qu'elle fasse peur. Chaque farce devait être gentille, comme une caresse. Alors il inventa une farce qui finit toujours par un câlin : l'oreiller qui chatouille, puis qui fait un bisou moelleux.
Chapitre 3 — Un spectacle sous la couette
La chambre devint une scène. Léo monta sur le lit et fit une révérence très solennelle, avec l'oreiller sous le bras. "Mesdames et messieurs, profitez du spectacle !" dit-il en chuchotant comme un magicien.
Il fit parler l'oreiller à voix basse, puis à voix très basse encore, comme si une souris racontait une blague à une fleur. Le rythme des phrases était joyeux : courtes, puis un peu plus longues pour la chute de la blague. Le public imaginaire — Monsieur Biscotte, Emma, et une pile de pyjamas — rit à chaque numéro.
À un moment, l'oreiller prétendit être un poète qui ne savait que rimer avec "pouet". "Je suis un oreiller qui fait pouet, je rêve d'une plage et d'un escargot en frisbee." Léo se mit à rire tellement fort qu'il roula sur le lit. Emma applaudit. Les rires étaient doux comme des bulles.
Soudain, Léo ralentit. Il sentit ses yeux devenir lourds, mais ses idées de blagues continuaient de danser. Il inventa alors la blague de l'oreiller somnolent : l'oreiller qui baille pour faire rire. Il fit un grand baîllement exagéré. "Oooo... je baille, je baille, et puis je fais un câlin..." murmura-t-il.
Chapitre 4 — Le pays des petites merveilles
Léo se laissa tomber sur l'oreiller. La chambre semblait s'éclairer d'une lumière très douce. Les bruits dehors devinrent comme des notes de musique lointaine. Léo imagina que son oreiller était une barque qui glissait sur un lac de nuages. L'oreiller frotta sa tête et sembla ronronner.
"Tu sais, oreiller, tu es magique," dit Léo en fermant presque les yeux. "Tu connais toutes les blagues du monde, et puis tu me berces."
Les images s'enchaînèrent : un escargot qui portait un chapeau en confettis, des chaussettes qui dansaient la valse, un mouton qui tricotait des éclairs de rire. Tout était étonnant, doux et sans danger. Léo se sentait émerveillé. L'émerveillement, pensa-t-il, c'est comme une lumière chaude qui tient la main.
Les phrases devinrent plus lentes, plus tendres. Léo répéta doucement la même blague, parce que répéter, c'était rassurant. "L'oreiller raconte une histoire, l'oreiller raconte une rime, l'oreiller dit 'pas de peur, seulement des sourires'." Il répéta les mots comme on compte des étoiles.
Chapitre 5 — Le souffle chaud
La voix de Léo devint un murmure. Il sentit la chaleur de la couverture et le souffle doux de la lampe comme un petit vent de printemps. L'oreiller fit une dernière plaisanterie : il prétendit souffler un secret dans l'oreille de Léo.
"Quel secret ?" chuchota Léo.
"Un secret de sommeil," répondit sa propre voix, toute molle et gentille. "Ferme les yeux, et laisse la blague te bercer."
Léo inspira lentement. Il vint près de l'oreiller et fit comme si l'oreiller lui offrait un dernier cadeau : un souffle chaud contre sa joue. C'était un souffle tendre, tiède, qui disait : "Bonne nuit, petit rêveur."
Les sons devinrent très doux. Les phrases, qui avaient été vives et sautillantes, s'étirèrent comme des peluches qui s'endorment. Léo sourit, puis son visage se détendit. Sa respiration devint lente, calme. Le monde était plein de petites merveilles, et l'oreiller, la blague, et le souffle chaud le gardaient dans un cocon de douceur.
Un dernier petit rire s'échappa de Léo, tout étouffé, puis plus rien, sauf le souffle chaud qui resta, doux et rassurant, comme une caresse de nuage.