Chapitre 1 – Le grand concours d'allongement
Ce soir-là, dans la chambre de Timothée, la lumière était douce, le pyjama était chaud et la bande des trois garçons était prête. Timothée, Solal et Léo avaient décidé que ce serait la meilleure soirée de toute l'histoire des soirées pyjama.
Timothée, toujours un peu cérémonieux, se tenait debout, très droit, les bras croisés. Il avait une idée qui frétillait dans sa tête comme un poisson dans l'eau.
« Messieurs, déclara-t-il d'une voix grave, ce soir, nous allons organiser le Grand Concours d'Allongement. »
Solal, qui avait toujours les cheveux en bataille et l'œil vif, éclata de rire. « C'est quoi, ça, le concours d'allongement ? On doit s'allonger sur le sol et voir qui est le plus long ? »
Léo, qui aimait toujours tout comprendre, plissa le nez. « On n'est pas des spaghettis ! »
Mais Timothée, imperturbable, sortit la règle de sa trousse. « Pas du tout ! Il ne s'agit pas de mesurer, mais de s'allonger comme une branche. Celui qui reste le plus longtemps sans bouger, comme une vraie branche d'arbre, gagne ! »
Solal mit ses mains sur ses hanches. « Je parie que je vais gagner ! Je peux rester immobile comme une statue ! »
Léo, pas convaincu, fit rouler une balle sous son pied. « Moi, je parie que tu vas éternuer dans deux minutes. »
Ils installèrent chacun un coussin sur le tapis. Timothée prit sa pose la plus solennelle, bras le long du corps, jambes serrées. Il ferma les yeux, respira profondément et déclara : « Attention, à vos marques… Prêts… Allongez-vous ! »
En un instant, les trois garçons s'étalèrent de tout leur long, essayant de ne pas bouger du tout. La chambre devint silencieuse, à part le tic-tac de la petite horloge et le souffle du radiateur.
Solal ouvrit un œil. « Je crois que je suis en train de pousser des racines… »
Léo pouffa, puis toussota pour ne pas rire trop fort. Timothée, lui, ne broncha pas. Il voulait vraiment être la meilleure branche de la soirée.
Tout à coup, le chat de la maison, Biscotte, sauta sur le lit et fit tomber un coussin. Solal sursauta.
« Oh non ! J'ai bougé ! » cria-t-il.
Léo éclata de rire. « Allez, Solal, t'es déjà éliminé ! »
Biscotte, fière de son effet, s'enroula en boule sur le coussin. Timothée, qui n'avait pas bougé d'un poil, ouvrit enfin un œil et demanda : « Qui a gagné ? »
Léo sourit. « Je crois que c'est toi, Timothée. Mais t'as pas l'air d'une branche, t'as l'air d'un spaghetti trop cuit ! »
Les garçons rirent tous ensemble, et Timothée fit la révérence, toujours allongé, ce qui n'était pas facile.
Chapitre 2 – Le mystère du coussin disparu
Après le concours d'allongement, la bande décida de construire la cabane la plus confortable du monde, juste à côté du lit. Solal, toujours plein d'idées, dit : « Si on empile tous les coussins, on pourra même faire un trône ! »
Léo ramassa les coussins : un bleu, un rouge, un vert… Mais il en manquait un, le préféré de Timothée, celui avec les étoiles dorées.
« Où est passé le coussin étoilé ? » demanda Léo en fouillant sous le lit.
Timothée, inquiet, se releva. « Il était là tout à l'heure ! »
Solal inspecta le tapis, puis le fauteuil. « Peut-être que Biscotte l'a pris pour en faire son lit. »
Léo, détective en herbe, sortit sa loupe imaginaire et commença à interroger les meubles.
« Monsieur le bureau, avez-vous vu passer un coussin étoilé ? »
Le bureau, évidemment, ne répondit pas, mais Solal, prenant une voix grave, fit semblant : « Oui, je l'ai vu filer tout droit, poursuivi par un chat affamé de douceur ! »
Timothée éclata de rire. « Si mon coussin s'est enfui, c'est qu'il voulait voyager ! »
Les garçons se mirent à chercher partout, soulevant les couvertures, regardant derrière les rideaux. Soudain, un bruit de ronronnement attira leur attention.
Biscotte trônait fièrement sur une montagne de coussins, au sommet de laquelle le coussin étoilé brillait de mille feux. Elle le gardait comme un trésor.
« Biscotte ! On t'a démasquée ! » s'exclama Solal.
Léo s'approcha doucement. « On peut partager, Biscotte. Tu gardes la moitié du coussin, on prend l'autre moitié pour la cabane ? »
Mais Biscotte, royale, fit la moue et s'étira en long, en large, en travers, couvrant tout le coussin.
Timothée proposa : « On peut faire un marché. On donne à Biscotte un petit coussin rond, et on récupère le coussin étoilé pour la cabane ! »
Ils trouvèrent le plus moelleux des petits coussins pour Biscotte, qui accepta l'échange avec un miaulement satisfait. Le coussin étoilé retrouva sa place d'honneur dans la future cabane.
Chapitre 3 – La cabane-cérémonie et les quiproquos
La cabane prit forme. Ils empilèrent les coussins, accrochèrent un drap au-dessus des chaises et installèrent le coussin étoilé au centre.
Solal déclara : « Ici, c'est la salle du trône ! Pour entrer, il faut faire une cérémonie spéciale. »
Léo leva les bras. « Quelle cérémonie ? »
Timothée, toujours solennel, inventa aussitôt : « Il faut s'allonger comme une branche devant la porte, puis on doit réciter le mot magique : coussinou, coussinette, ouvre-toi, cabanette ! »
Solal, hilare, s'allongea de tout son long devant la cabane, les bras bien droits. Il cria : « Coussinou, coussinette, ouvre-toi, cabanette ! »
Rien ne se passa. Léo, à son tour, s'étala, mais il se trompa dans la formule : « Coussinette, coussinou, ouvre-toi, bananou ! »
Les trois garçons éclatèrent de rire. Timothée prit sa voix la plus grave et répéta la formule exacte. Cette fois, Solal souleva le drap comme une porte magique.
Ils se glissèrent dans la cabane. À l'intérieur, tout était moelleux, doux, parfait pour une soirée d'aventures. Solal s'assit en tailleur sur le coussin étoilé.
« Attention, annonce le roi Solal, qui veut une histoire de coussin magique ? »
Léo leva la main. « Moi, mais seulement si le coussin me transporte au pays des doudous géants ! »
Timothée prit sa voix de conteur : « Un soir, un coussin étoilé décolla vers la lune, emportant trois garçons allongés comme des branches… »
Mais soudain, Solal éternua si fort que le drap tomba sur leurs têtes. « Atterrissage d'urgence ! » cria-t-il.
Ils se retrouvèrent tous les trois à rire, coincés sous le drap, la cabane transformée en tente rigolote.
Chapitre 4 – La course des branches et le coussin retourné
Après avoir réparé la cabane, Léo proposa un dernier jeu avant de se préparer à dormir.
« Et si on faisait la course de la branche la plus lente du monde ? On s'allonge tous au sol, et on rampe le plus lentement possible jusqu'au coussin étoilé ! »
Solal sauta de joie. « Celui qui va trop vite a perdu ! »
Les trois garçons s'étalèrent sur le tapis. Timothée commença à ramper, très lentement, les bras tendus devant lui.
Solal avançait si doucement qu'on aurait cru qu'il dormait déjà. Léo, lui, faisait semblant d'être une chenille, en chantant : « Je rampe, je rampe, je suis une branche très molle… »
Ils riaient tellement qu'ils n'avançaient presque pas. Biscotte, intriguée, vint s'installer au centre du parcours, pile sur le coussin étoilé.
« Détour obligatoire, la reine Biscotte bloque la route ! » annonça Timothée.
Solal fit mine de contourner le coussin à quatre pattes, mais Biscotte se roula sur le dos, les pattes en l'air, comme pour inviter tout le monde à faire la sieste.
Léo s'arrêta et déclara : « Je crois que j'ai perdu, je suis déjà endormi ! »
Timothée s'allongea de tout son long, s'étira, puis bâilla. « Moi aussi, je me transforme en branche endormie… »
Un silence doux s'installa, seulement troublé par la respiration apaisée de Biscotte.
Chapitre 5 – Les branches dorment, le coussin se retourne
La chambre était calme. Les trois garçons s'endormaient presque, allongés comme des branches, chacun sur son coussin.
Solal murmura : « C'était la meilleure soirée pyjama du monde. Même Biscotte a eu son coussin. »
Léo, les yeux mi-clos, ajouta : « Demain, on fera le concours de la plus longue sieste. »
Timothée, toujours cérémonieux, s'étira une dernière fois, puis se retourna doucement, comme pour s'assurer de trouver la position la plus confortable.
Mais, oh surprise ! En retournant son coussin étoilé, il découvrit qu'il y avait, dessous, un petit mot écrit par sa maman : « Bonne nuit, mon petit arbre. Que tes rêves s'étendent comme les branches sous la lune. »
Timothée sourit, le cœur léger.
« Regardez, j'ai trouvé un trésor ! » chuchota-t-il.
Solal ouvrit un œil, Léo aussi. Ils se rapprochèrent doucement, s'allongeant tous les trois sur le coussin étoilé, Biscotte au milieu.
Timothée ferma les yeux, s'allongea comme une branche, et tout le monde fit pareil. Le coussin, doucement retourné, semblait plus moelleux que jamais.
La chambre baigna dans le silence, le genre de silence doux qui ressemble à une chanson très lente. Les garçons glissaient doucement vers le pays des rêves, là où les branches peuvent voyager, les quiproquos sont drôles et les coussins se retournent pour révéler des trésors cachés.
Et dans la cabane, sous la lumière des étoiles du coussin, l'imagination continuait de danser, tout doucement, jusqu'au matin.