Chapitre 1 — La valise qui tic-tac
Lina a cinq ans. Elle aime les étoiles, les crayons bleus et poser des questions. Ce matin, elle trouve une valise derrière le sofa. Elle est petite, colorée, et elle fait « tic-tac » comme une montre.
— Qui est là ? murmure Lina.
Son ami Manu, un garçon de six ans toujours souriant, arrive en chaussettes. Ils ouvrent la valise. À l'intérieur, un carnet de bord, un petit bouton orange et une montre à gousset qui brille. Sur le carnet, il y a une liste : « Règles du voyage : 1. Regarder, 2. Ne pas toucher les choses qui n'appartiennent pas au passé, 3. Noter ses observations. »
Lina lit à voix haute. Elle adore les listes. Manu appuie sans faire exprès sur le bouton orange. La valise exhale une odeur de pain chaud et de papier ancien. Une lumière douce les entoure. Tout devient calme, comme si la pièce retenait son souffle.
— Prêts ? demande Lina en souriant.
— Prêts ! répond Manu.
Ils ferment les yeux. Un petit claquement. Ils ouvrent les yeux et ne sont plus dans leur salon.
Chapitre 2 — Le village d'autrefois
Ils se tiennent sur une place pavée. Des maisons en pierre, des vélos anciens, et une grande horloge qui sonne dix heures. Des habitants portent des chapeaux et des paniers. Lina serre le carnet de bord contre son cœur.
— Note 1 : Nous sommes en 1910 ? dit-elle et écrit une phrase courte.
Manu chuchote : — On dirait la ville des livres d'histoire.
Un chien vient renifler leurs chaussures. Une dame sourit et demande : « Vous cherchez quelque chose, petits ? » Lina répond calmement :
— Nous regardons seulement.
Ils observent. Rien ne se casse. Ils se souviennent des règles. Lina ouvre son carnet et dessine l'horloge. Puis elle entend un bruit familier : un jouet en bois qu'elle reconnaît dans un étal. C'est le même modèle que le petit cheval en bois qu'elle a à la maison.
— Il ressemble à mon cheval, dit Lina en pointant.
Manu a une petite idée. — Et si on prenait un tout petit morceau pour montrer à maman ? murmure-t-il.
Lina se rappelle la règle 2. Elle lève le doigt, comme une enseignante.
— Attends, Manu. Si on prend quelque chose, on change le passé. On pourrait créer un problème. Il faut réfléchir.
Manu fronce les sourcils. Lina écrit : « Crier : penser d'abord. » Elle montre le carnet. C'est une petite leçon d'esprit critique : réfléchir avant d'agir.
Ils continuent. Un enfant pleure près d'une fontaine. Sa poupée est tombée dans l'eau. Lina échange un regard avec Manu. Ils veulent aider, mais sans changer trop de choses. Lina sourit.
— On peut tenir sa main, propose-t-elle. On peut lui dire que tout ira bien.
Ils prennent doucement la main de l'enfant et l'aident à sortir sa poupée sans toucher le tissu mouillé. Ils utilisent une branche trouvée. L'enfant rit. Sa mère remercie Lina et Manu.
— Note 2 : Aider sans prendre, écrit Lina.
Ils regardent l'horloge. Elle commence à tourner plus vite. Un petit frisson parcourt la place. Il est temps de partir. Mais avant, un vieux monsieur s'approche. Il a une montre qui ressemble à la leur.
— Vous avez l'air de connaître le temps, dit-il. Faites attention aux histoires que vous prenez. Certaines ne aiment pas être changées.
Lina incline la tête, puis inscrit : «? Observer d'abord. »
Chapitre 3 — Le paradoxe malicieux
La lumière revient. Ils ne sont plus sur la place, mais devant un grand arbre. Sur le tronc, quelqu'un a gravé des initiales : L + M. Lina et Manu se regardent. C'est leur initiales !
— Comment est-ce possible ? chuchote Manu.
Lina feuillette le carnet. Page du milieu : « Si tu trouves ton nom, regarde si tu l'as écrit avant. Si tu l'as écrit maintenant, c'est un paradoxe. Rester calme. »
Ils se souviennent de la dame du marché qui a souri. Elle devait être celle qui faisait les gravures autrefois. Peut-être que c'est elle qui a mis les initiales. Lina touche doucement la gravure, sans ajouter de lettre.
— Si on écrivait nos noms, on changerait quelque chose, dit-elle. On va seulement observer.
Soudain, une brise emporte une feuille de papier. C'est une lettre jaunie. Manuel la ramasse. Elle parle d'un secret : une boîte cachée sous la fontaine. Les yeux de Manu brillent.
— Une chasse au trésor ! s'exclame-t-il.
Ils suivent la lettre. La fontaine montre un petit carreau manquant. Ils ne creusent pas. L'enfant du marché arrive et pose une main sur la pierre. Il sourit et appuie. Une petite boîte s'ouvre. Dedans, un miroir, une plume et une note : « Pour ceux qui aiment comprendre. »
Lina lit à voix basse : « Le temps aime être respecté. » Elle écrit dans son carnet : « Le temps est fragile. Respect = curieux et prudent. »
Ils décident de laisser la boîte exactement où elle était. Le miroir leur renvoie leur visage, deux amis curieux. Manu rit.
— Ce n'est pas un trésor d'or, dit-il. C'est mieux : des idées.
Chapitre 4 — Retour et post-it
La valise s'illumine. Il est temps de rentrer. Lina et Manu se tiennent la main. Ils appuient sur la montre. Le paysage tourne doucement. En un clin d'œil, ils sont de retour dans le salon. Le chat ronronne sur le sofa comme si rien ne s'était passé.
Lina ouvre la valise. Elle pose le carnet de bord sur la table et écrit la dernière note : « Retour sain et sauf. Observations : regarder, réfléchir, aider, respecter. »
Elle coupe un petit carré de papier jaune. Avec un crayon bleu, elle écrit en grands traits : « Bien rentré ». Elle colle le post-it sur la valise. Le mot semble briller un peu.
— Tu as bien fait, dit Manu. On a appris à poser des questions.
— Et à ne pas prendre sans réfléchir, ajoute Lina.
Ils sourient. La valise ferme ses pages comme un livre content. Dans le carnet, Lina trace un dessin : une horloge, une fontaine, deux enfants main dans la main. Elle ajoute en dessous : « On a compris que le passé nous aide à comprendre le présent. »
La maman de Lina entre, son sac à la main. Elle voit le post-it et sourit.
— Bien rentré ? demande-t-elle.
— Oui, répond Lina, la voix douce. Tout va bien.
Le soir, Lina range la valise. Avant d'éteindre la lumière, elle prend le carnet et écrit une dernière phrase pour le ranger comme un trésor : « Être curieux, c'est bien. Penser d'abord, c'est mieux. » Puis elle colle le carnet dans la valise et dit bonne nuit au temps.