1) L'idée la plus inutile du monde
Ce matin-lĂ , ZoĂ©, inventrice professionnelle, s'est levĂ©e avec une idĂ©e qui sautillait dans sa tĂȘte comme un popcorn.
« Aujourd'hui, je vais créer⊠un Casque à Compliments pour Chaussures ! »
Ses chaussures, deux baskets rouges, semblaient trĂšs surprises.
Zoé les posa sur sa table d'atelier, entre un pot de colle, trois trombones et une cuillÚre en bois qui avait un air important.
Le principe était simple, enfin⊠presque simple.
Quand on mettait le casque sur des chaussures, le casque leur disait des gentillesses.
Parce que, selon Zoé, les chaussures aussi avaient besoin d'encouragement.
« Vous marchez toute la journée. Vous méritez des mots doux ! »
Dans l'atelier, son chat, Moka, ouvrit un Ćil.
« Miaou ? »
Zoé traduisit, comme toujours :
« Oui, Moka. C'est complÚtement inutile. Donc c'est parfait. »
Elle sortit son carnet d'inventeur. Sur la couverture, on pouvait lire : âZoĂ© â IdĂ©es trĂšs sĂ©rieuses (ou pas)â.
Elle dessina un casque minuscule, avec deux écouteurs en forme de lacets.
Puis elle écrivit, en grosses lettres :
âObjectif : rendre les chaussures fiĂšres d'elles.â
Zoé attrapa un vieux bandeau, un micro cassé, et un petit haut-parleur de jouet.
Elle colla, recolla, et recolla encore.
Au bout de dix minutes, le casque ressemblait Ă une tartine avec des oreilles.
Zoé le posa sur les baskets.
« Attention, moment magique ! »
Elle appuya sur le bouton.
Le casque toussota.
« Bzz⊠bzz⊠BONJOUR⊠CHOU⊠CHOUCROUTE ! »
Zoé cligna des yeux.
« Ah. Ce n'Ă©tait pas âchouette chaussureâ, ça. »
Moka bĂąilla, comme s'il disait : âĂa commence bien.â
ZoĂ© sourit quand mĂȘme.
« Pas grave. On recommence. Je suis une persévérante professionnelle. »
2) La notice la plus drĂŽle de l'atelier
Pour avancer, Zoé décida d'écrire une notice. Une vraie. Avec des étapes.
Elle adore les notices. Surtout quand elles sont un peu⊠bizarres.
Elle prit un feutre bleu et écrivit :
NOTICE DU CASQUE Ă COMPLIMENTS POUR CHAUSSURES
Ătape 1 : Choisir des chaussures. Propres, sales, timides ou courageuses.
Ătape 2 : Leur demander la permission. (Si elles ne rĂ©pondent pas, c'est qu'elles sont d'accord.)
Ătape 3 : Mettre le casque. Ne pas le mettre sur la tĂȘte de Mamie. Ni sur une banane.
Ătape 4 : Appuyer sur le bouton âPLOPâ.
Ătape 5 : Ăcouter les compliments.
Important : si le casque dit âchoucrouteâ, ne pas paniquer. Lui proposer un verre d'eau imaginaire.
Zoé relut à voix haute.
Moka répondit :
« Miaou. »
ZoĂ© hocha la tĂȘte.
« Oui, moi aussi je trouve que l'étape de la banane est importante. »
Puis elle retourna bricoler.
Le problÚme, c'était le micro cassé. Il faisait dire au casque des mots au hasard.
Zoé remplaça le micro par un petit tube en carton.
Elle souffla dedans.
Le casque fit :
« PRRRR⊠BRAVO⊠POMME DE TERRE ! »
Zoé éclata de rire.
« Mes chaussures ne sont pas des pommes de terre, mais elles sont trĂšs bien quand mĂȘme. »
Elle essaya une autre idée : un lecteur de cartes avec des phrases pré-enregistrées.
Elle enregistra sa voix :
« Bravo, petite basket ! »
« Tu es rapide comme un lapin ! »
« Tes lacets sont magnifiques ! »
Ă la fin, elle ajouta aussi :
« Tu sens un tout petit peu le fromage, mais je t'aime quand mĂȘme. »
« Il faut ĂȘtre honnĂȘte », murmura-t-elle.
Elle glissa les cartes dans le casque, appuya sur le bouton.
Le casque ronronna.
Et là ⊠il chanta.
« BRA-VO, PE-TITE BAS-KETTE ! »
La basket droite sembla presque rougir. Enfin⊠si une basket peut rougir.
Zoé sauta de joie.
Moka, lui, ouvrit le deuxiĂšme Ćil. C'Ă©tait Ă©norme pour lui.
3) Le test qui déraille joyeusement
Zoé décida de faire un test grandeur nature dans le couloir de son immeuble.
Elle installa les baskets, le casque, et un petit panneau : âEssai gratuit. Sourire obligatoire.â
La voisine du deuxiĂšme, Madame Lino, arriva avec ses bottes noires.
« Bonjour Zoé. Qu'est-ce que tu fabriques encore ? »
Zoé répondit avec le sérieux d'une scientifique :
« Je fabrique de la confiance pour pieds. »
Madame Lino plissa les yeux.
« Mes bottes n'ont peur de rien. »
Zoé posa le casque sur une botte.
« Justement. On va vérifier. »
Elle appuya sur âPLOPâ.
Le casque déclara :
« TES SEMELLES SONT HĂROĂQUES ! »
Madame Lino sursauta, puis éclata de rire.
« Héroïques ? Mes semelles ? Oh là là ! »
Elle fit deux pas, juste pour entendre encore.
Le casque ajouta :
« TU ES LA REINE DES FLACS ! »
Madame Lino fit une révérence. Ses bottes étaient ravies, on le sentait dans leur petite démarche.
Alors, un mini-rebondissement arriva.
Le casque se mit Ă parler trop fort.
VRAIMENT trop fort.
« BRAVO ! BRAVO ! BRAVOOOOOOO ! »
Le couloir vibra. Une plante verte frissonna.
Moka, qui avait suivi, bondit comme une boule de poils surprise.
Zoé rougit.
« Oups. Le bouton volume⊠Je l'ai confondu avec le bouton âsourireâ. »
Elle baissa le son.
Mais, deuxiÚme mini-rebondissement : le casque se mit à complimenter tout seul⊠les objets.
« BRAVO, TAPIS ! TU ES DOUX COMME UN NUAGE ! »
« FORMIDABLE, PAILLASSON ! TU ATTRAPES BIEN LES MIETTES ! »
MĂȘme la boĂźte aux lettres eut droit Ă :
« TRĂS BELLE OUVERTURE ! »
Madame Lino essuya une larme de rire.
« Ton casque est fou, Zoé ! »
Zoé regarda son invention qui bavardait avec le paillasson.
Elle inspira.
« D'accord. Il déraille. Mais je ne lùche pas. Je vais le calmer. »
Elle retourna à l'atelier, suivie de Moka et d'un paillasson trÚs flatté (enfin⊠flatté dans l'imagination de Zoé).
Elle changea deux fils, ajouta un minuscule interrupteur âChaussures seulementâ, et colla une Ă©tiquette :
âNe pas complimenter les tapis, ils prennent la grosse tĂȘte.â
Elle essaya encore. Une fois. Deux fois.
Ă la troisiĂšme, le casque parla doucement, comme un secret.
« Bonjour, chaussures. Merci de porter ZoĂ©. Vous ĂȘtes super. »
Zoé posa sa main sur sa poitrine.
« Ah⊠ça, c'est parfait. »
4) Des pieds fiers et un vent tout doux
Le lendemain, ZoĂ© organisa une âFĂȘte des Chaussures Courageusesâ dans la cour.
Les enfants du voisinage arrivĂšrent avec des baskets, des sandales, des bottines, et mĂȘme des chaussons Ă pois.
Zoé installa le casque sur une petite chaise.
Une file se forma, comme pour un manĂšge.
Un petit garçon demanda :
« Ăa sert Ă quoi ? »
Zoé répondit en souriant :
« à ne pas abandonner quand on a une idée rigolote. Et à dire merci à ses pieds. »
Chacun passa son tour. Les chaussures recevaient des compliments doux.
« Tes lacets sont bien noués ! »
« Tu as couru trÚs vite hier ! »
« Tu es une chaussure qui n'oublie pas de se reposer ! »
Les enfants riaient, et certains regardaient leurs chaussures comme si elles venaient de faire un exploit.
ZoĂ© observa tout ça. Elle pensa Ă la premiĂšre âchoucrouteâ, au volume trop fort, au tapis trop content.
Elle pensa aussi Ă chaque essai, Ă chaque correction.
Elle se sentit grande, solide, et légÚre à la fois.
Madame Lino passa, avec ses bottes.
« Zoé, ton invention est inutile⊠mais elle rend tout le monde joyeux. »
Zoé répondit :
« C'est le meilleur genre d'inutile. »
Le soir, quand tout le monde rentra, ZoĂ© posa ses baskets rouges prĂšs de la fenĂȘtre.
Elle leur mit le casque une derniĂšre fois.
Le casque murmura :
« Bravo, petites baskets. Aujourd'hui, vous avez fait sourire le monde. »
Zoé chuchota :
« Et toi, casque, bravo aussi. Tu as bien travaillĂ©. MĂȘme quand tu disais n'importe quoi. »
Moka s'étira et s'endormit, content.
Dehors, la cour se calma. Les feuilles bougĂšrent doucement.
Un sifflement de vent doux passa entre les branches, comme un petit âfiuuuâ qui disait : âContinue.â