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Histoire de détective 11 à 12 ans Lecture 26 min. (1)

Le mystère de la tache brune et du livre disparu

Malik, un jeune observateur du quartier, mène l’enquête après la disparition d’un livre rare et suit des indices — taches, témoins et traces — pour comprendre qui l’a pris et pourquoi.

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Un homme (Malik), calme et concentré, cheveux courts noirs, veste kaki froissée, tient un petit carnet et pointe vers une caisse ouverte contenant un livre emballé dans un plastique scellé par du scotch, une marque de café sur un coin; une femme (Élodie, ~30 ans), anxieuse mais déterminée, manteau bleu à capuche, tache brune sur la manche, tient un téléphone et montre la caisse, près d’une porte métallique grise; un garçon (Nino, ~12 ans), timide, t-shirt gris, sac trop grand et trottinette accrochée, se tient en retrait, regard baissé vers le livre; un homme (Théo, ~28 ans), en tenue d’atelier avec tache d’huile, se tient derrière Malik, prêt à intervenir; lieu : arrière d’un gymnase au crépuscule, porte avec panneau “Accès technique — interdit”, mur de lierre, sol humide avec traces de boue et empreintes de trottinette; atmosphère : confrontation douce mais tendue, éclairage chaud et ombres longues; style : pop art aux couleurs vives, contours nets, composition centrée sur le livre et les regards. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La vitrine marquée

Dans le quartier des Tilleuls, tout le monde connaissait Malik Besson. Pas parce qu'il parlait fort, ni parce qu'il courait plus vite que les autres, mais parce qu'il observait mieux. On disait même, en plaisantant, que ses yeux voyaient les détails cachés entre deux pavés.

Ce mercredi après-midi, il venait à peine de poser son carnet sur la table du café “Chez Nora” qu'une clochette furieuse tinta à l'entrée.

— Malik ! appela une voix essoufflée.

C'était Madame Lenoir, la libraire. Ses cheveux gris s'échappaient de son chignon comme si elle avait traversé une tempête.

— On m'a volé, dit-elle, sans préambule. Pas de l'argent. Pire.

Malik se leva.

— Qu'est-ce qui manque ?

— Mon exemplaire de “La Carte des Souterrains”. Une édition rare, avec des annotations. Il était en vitrine ce matin. Et… regardez !

Elle lui tendit une photo sur son téléphone : la vitrine de la librairie portait une tache brunâtre, comme une éclaboussure séchée. Pas un bris de verre. Pas de trace d'effraction. Juste cette marque, épaisse, irrégulière, à hauteur d'épaule.

Malik prit son manteau. Son carnet glissa dans sa poche.

— On va d'abord rassembler les faits, dit-il. Rien ne sert d'imaginer avant d'avoir vu.

Ils traversèrent la rue. La librairie “L'Encre Vive” sentait toujours le papier et la colle, un parfum rassurant. La vitrine, elle, avait perdu son charme : l'emplacement du livre était vide, et la tache ressemblait à du cacao mal mélangé à de l'eau… ou à de la boue.

Malik s'accroupit, scruta le bas de la vitrine.

— Vous avez nettoyé ?

— Non ! protesta Madame Lenoir. J'ai attendu… vous.

— Bien. Qui a vu la vitrine ce matin ?

— Moi, à huit heures. Ensuite, les élèves du collège sont passés vers huit heures trente. Après, je n'ai plus regardé avant midi.

Malik nota : “Dernière fois vu 8h. Passage collégiens 8h30. Découverte midi. Tache sur vitre.”

Il posa deux doigts près de la tache sans la toucher.

— Ça ne brille pas comme de l'huile. C'est mat. Ça a séché.

Madame Lenoir chuchota, comme si les livres pouvaient entendre :

— Vous pensez à un voleur ?

— Je pense à quelqu'un qui a pris un livre sans casser. Et à quelqu'un qui a laissé une tache visible. Les deux vont ensemble. Rien n'est gratuit.

Il recula, balaya la scène du regard. Un détail l'accrocha : une trace fine sur le rebord métallique de la vitrine, comme un frottement.

— Vous avez une caméra ?

— Non… et la rue n'en a pas.

Malik inspira lentement. Une enquête sans caméra, c'était un retour aux bases : les yeux, les oreilles, la logique.

— D'accord. Alors on va faire parler le quartier.

Chapitre 2 — Trois témoins et un même détail

Malik commença par la boulangerie d'en face. Le boulanger, Karim, essuyait son comptoir avec l'air de quelqu'un qui sait tout, même ce qu'on ne lui demande pas.

— Karim, tu étais là ce matin ?

— Comme tous les jours. J'ai vu du monde, surtout des collégiens. Pourquoi ?

Malik lui montra la photo de la vitrine.

— Cette tache, tu l'as vue ?

Karim fronça les sourcils.

— Ah, oui. Vers… je dirais dix heures ? Une femme avec un sac de sport est restée devant la vitrine. Elle a sorti un mouchoir, elle a essuyé quelque chose… enfin, elle a frotté, plutôt. Ça a étalé, pas nettoyé.

— Description ?

— Manteau bleu, capuche, baskets claires. Et… elle boitait un peu.

Malik nota. Une femme au manteau bleu qui frotte la tache : intéressant. Elle n'était peut-être pas responsable du vol, mais elle avait interagi avec la preuve.

Ensuite, il se dirigea vers l'arrêt de bus. Une adolescente attendait, écouteurs pendants, regard vif. Malik avait appris que les jeunes voient tout, surtout ce qui semble “bizarre”.

— Salut, Lina. Tu traînais ici ce matin ?

— J'allais au collège. Pourquoi ?

— La librairie. Tu as remarqué quelque chose ?

Lina plissa les yeux, cherchant dans sa mémoire.

— Un gars avec une trottinette est resté planté devant. Il avait un sac à dos énorme. Il a fait comme s'il lisait les affiches, mais il regardait la vitrine. Et… il avait de la terre sur les mains, genre jardinage.

— Quelle heure ?

— Avant les cours, vers huit heures vingt-cinq. Il est parti vite quand la cloche du collège a sonné.

Malik nota : “Trottinette, sac à dos, mains terreuses, 8h25.”

Dernier arrêt : le petit parc derrière la librairie. Un vieux monsieur promenait un chien minuscule, qui tirait comme un champion.

— Monsieur Rivière, vous étiez au parc ce matin ?

— J'y suis tout le temps, jeune homme. On ne peut pas tromper un retraité, surtout quand il n'a que ça à faire.

— Avez-vous vu quelqu'un derrière la librairie ?

Le vieux monsieur hocha la tête.

— Un livreur, avec un diable. Il a laissé une caisse près de la porte arrière, puis il a téléphoné. Ah, et il avait… une tache brune sur la manche. Comme du chocolat.

Malik releva la tête.

— Quelle heure ?

— Neuf heures. Je regardais l'horloge du kiosque parce que mon chien refuse toujours d'être ponctuel.

“Une tache brune sur la manche.” La même couleur que sur la vitrine ? Peut-être.

Malik remercia et s'éloigna. Les pièces du puzzle prenaient forme : un garçon à trottinette et mains terreuses près de l'heure où le livre était encore là ; un livreur avec une tache brune ; une femme qui a frotté la vitre plus tard. Trois pistes, et une tache qui revenait comme un refrain.

— À toi de jouer, esprit critique, murmura Malik pour lui-même. Qui a eu l'occasion ? Et qui a eu intérêt ?

Chapitre 3 — L'ombre d'un ami d'enfance

Malik retourna devant la librairie. Il observa le trottoir comme on lit une page : chaque marque avait son mot à dire. Près du coin, il repéra une fine traînée sèche, brun clair, presque invisible, qui menait vers la ruelle.

Il la suivit.

La ruelle sentait l'humidité et le métal. Au sol, une empreinte de roue de trottinette avait dessiné un arc sur une flaque séchée. Plus loin, un morceau de ruban adhésif transparent collait encore à un mur, comme s'il avait été arraché trop vite.

Malik s'arrêta net. Au bout de la ruelle, un homme sortait d'un garage associatif. Sa silhouette lui pinça la mémoire : une épaule un peu tombante, une manière de se tourner comme si le monde faisait du bruit.

L'homme leva la tête. Leurs regards se croisèrent.

— Malik ? dit-il, surpris.

Malik sentit un vieux tiroir s'ouvrir dans son esprit.

— Théo… Théo Marceau ?

Théo, son ami d'enfance. Celui avec qui il construisait des cabanes et inventait des codes secrets. Ils s'étaient perdus de vue quand Théo avait déménagé. Le revoir ici, maintenant, au milieu d'une enquête, donnait au hasard une drôle de tête.

Théo sourit, gêné.

— Je bosse au garage, maintenant. Je répare des vélos, des trottinettes… Et toi, on dit que tu es le détective du coin.

— On dit beaucoup de choses, répondit Malik. Tu as vu du mouvement ce matin ?

Théo hésita, puis fit un geste vague.

— Des collégiens, comme d'habitude. Un type avec une trottinette est venu gonfler un pneu… Il avait les mains sales. Il a laissé tomber un truc, je crois, mais je ne sais pas quoi.

— À quelle heure ?

— Huit heures et demie, peut-être.

Malik sentit son cœur accélérer. La trottinette revenait encore. Théo aussi, sans l'avoir voulu, venait d'ajouter une pièce.

— Théo, dit Malik doucement, est-ce que tu as déjà entendu parler du livre “La Carte des Souterrains” ?

Les yeux de Théo s'arrondirent.

— Oui… enfin, j'ai vu des gens en parler sur un forum. Des collectionneurs. C'est cher, non ?

— Rare, surtout.

Théo se gratta la nuque.

— Pourquoi tu me demandes ça ?

Malik le fixa une seconde. Son métier, il l'avait appris : ne pas accuser. D'abord comprendre.

— Parce que je rassemble les faits. Et parce que parfois, les coïncidences sont des panneaux indicateurs.

Théo avala sa salive.

— Malik, je… je peux t'aider si tu veux. Je connais le quartier, et… j'ai des outils.

Malik hocha la tête.

— D'accord. Alors aide-moi à réfléchir. La tache sur la vitrine : tu as une idée de ce que c'est ?

Théo plissa le nez, comme un mécanicien qui reconnaît une odeur.

— Si c'est mat et brun… ça peut être de la boue séchée. Ou du cacao… ou… de la graisse mélangée à de la poussière.

— Un mélange, répéta Malik. Ça colle, ça marque, ça se transfère.

Il pensa à la manche du livreur, au frottement sur le rebord métallique, au ruban adhésif arraché.

— On va vérifier une chose, dit-il. Et vite.

Chapitre 4 — La tache parle

Chez Madame Lenoir, Malik demanda une loupe et un morceau de papier blanc. Elle le regarda comme s'il allait faire de la magie.

— Presque, dit-il. Mais c'est de la logique.

Il prit une minuscule particule au bord de la tache, sans l'étaler, et la déposa sur le papier. À la loupe, on voyait de petits grains.

— On dirait… du sable ? dit Madame Lenoir.

— Ou de la terre très fine. Théo, tu peux sentir ?

Théo s'approcha, prudemment.

— Ça sent… le sous-sol. Humide. Comme quand on ouvre une cave.

Madame Lenoir frissonna.

— Des souterrains… comme le livre.

Malik leva un doigt.

— Attention. Une odeur peut tromper. Mais elle peut aussi guider. Le quartier a des caves, des tunnels techniques, des vieux passages sous la rue… Le livre parle peut-être de ça, et quelqu'un a voulu le récupérer.

Théo se pencha vers le rebord métallique de la vitrine. Il passa son ongle sur la trace de frottement.

— Ça, c'est une marque de scotch, dit-il. On a collé quelque chose ici, puis on l'a arraché.

— Un crochet ? suggéra Malik. Ou une bande pour tirer ?

Ils échangèrent un regard. Un livre en vitrine, sans briser : possible si on a pu entrouvrir le panneau coulissant. Madame Lenoir, embarrassée, avoua :

— Il y a une petite ouverture pour ajuster les présentations. Je la ferme d'habitude, mais… ce matin, j'étais pressée.

Malik nota. Opportunité.

— Maintenant, la question : qui savait pour cette ouverture ?

Madame Lenoir réfléchit.

— Les habitués… et les livreurs. Et parfois les enfants, quand ils collent leur nez ici.

Malik reprit la liste dans sa tête : trottinette, livreur, femme au manteau bleu. Trois profils, trois accès possibles.

Il se tourna vers Théo.

— Au garage, tu as vu des rubans adhésifs transparents ?

Théo hocha la tête.

— Bien sûr. On en a pour fixer des câbles, protéger une poignée… Pourquoi ?

Malik sortit le petit morceau trouvé dans la ruelle.

— Ça vient d'être arraché. Et ça ressemble à ce que tu utilises ?

Théo le prit, le palpa.

— Oui. C'est du scotch classique.

Madame Lenoir se redressa.

— Vous pensez que le voleur est passé par la ruelle, jusqu'au garage ?

Malik répondit en regardant la tache.

— Je pense que le voleur a transporté quelque chose de sale, qui a laissé une trace. Et qu'il a eu besoin de scotch pour maintenir ou protéger le livre.

Théo souffla.

— Un livre, ça se protège avec du plastique. Du scotch… pour fermer un emballage.

Malik eut un déclic.

— Exactement. On emballe un objet pour le revendre ou le cacher. Et on le transporte dans un sac.

Il tapa doucement son carnet.

— Lina a vu un sac à dos énorme. Le vieux monsieur a vu un livreur avec une tache. Karim a vu une femme qui a frotté. La tache est notre fil.

Il releva la tête.

— Allons voir les livraisons.

Chapitre 5 — La caisse qui ne devait pas être là

Le dépôt de colis du quartier se trouvait derrière le supermarché. Un endroit où les cartons s'empilent comme des petites maisons et où l'odeur de plastique neuf donne envie d'éternuer.

Le responsable, un homme au gilet orange, fronça les sourcils quand Malik se présenta.

— Détective ? Ici, on n'a rien volé.

— Justement, dit Malik. On cherche un livre. Et peut-être un colis “trop propre” pour être honnête.

Ils consultèrent le registre des livraisons du matin. Malik demanda les entrées de neuf heures autour de la librairie. Une livraison apparaissait : “L'Encre Vive — cartons papeterie — livreur : S. Dumas.”

— Dumas, répéta Malik. Il travaille pour vous ?

— Oui, Samir Dumas. Un bon. Rapide. Un peu distrait, mais bon.

Malik demanda à le voir. Quelques minutes plus tard, Samir arriva, portant encore son gilet. Sur sa manche, une trace brune restait visible malgré un lavage rapide, comme un souvenir têtu.

Samir croisa les bras.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Malik désigna la manche.

— Cette tache, elle date de ce matin ?

Samir rougit.

— J'ai renversé du chocolat chaud sur moi. Une catastrophe. Le café “Chez Nora”, justement.

Madame Lenoir, qui les avait accompagnés, ouvrit de grands yeux.

— Vous avez livré chez moi à neuf heures, Samir. Vous êtes entré par l'arrière.

Samir hocha la tête.

— Oui. Vous étiez occupée, je crois. J'ai laissé la caisse comme d'habitude.

Malik se pencha.

— Vous aviez accès à la vitrine ?

— Non. Pourquoi je toucherais à ça ? Moi, je dépose les cartons, je signe, je pars.

Malik ne le lâchait pas.

— Vous avez vu quelqu'un dans la ruelle ?

Samir hésita.

— Un gamin avec une trottinette, justement. Il m'a demandé où était le garage. Il avait les mains pleines de terre. Je lui ai indiqué. Voilà.

Théo pâlit.

— Il est venu chez nous…

Malik leva la main, apaisant.

— On ne conclut pas trop vite. Samir, vous avez bu un chocolat chez Nora. À quelle heure ?

— Huit heures quarante-cinq. J'avais dix minutes.

Malik regarda la trace brune.

— Et vous êtes passé devant la vitrine ?

— Oui, forcément. Mais je n'ai rien fait.

Madame Lenoir serra son sac.

— Malik, alors qui ?

Malik prit une respiration.

— Il nous manque une chose : le mobile. Pourquoi voler ce livre-là ? Et surtout, pourquoi laisser une tache visible ? On ne laisse pas une signature par hasard. On laisse une preuve quand on panique… ou quand on veut détourner l'attention.

Il se tourna vers Théo.

— Tu as dit : forum de collectionneurs. Tu peux retrouver ça ?

Théo sortit son téléphone, doigts rapides.

— Il y a un groupe… “Cartographes Urbains”. Ils parlent de passages cachés. Attends… Oh.

Il montra l'écran. Une discussion de la veille : quelqu'un cherchait désespérément “La Carte des Souterrains” avec “annotations originales”. Pseudo : “ManteauBleu92”.

Malik sentit le puzzle se resserrer.

“Manteau bleu”, répéta-t-il.

Karim avait vu une femme au manteau bleu. Elle avait frotté la tache à dix heures. Et son pseudo disait “ManteauBleu92”. Trop parfait… ou trop évident.

— Il nous faut une preuve solide, dit Malik. Pas une intuition.

Il pensa à la tache : boue fine, odeur de cave. Qui, dans le quartier, traîne dans les sous-sols ? Les “Cartographes Urbains”, peut-être.

— Où se réunissent-ils ? demanda Malik.

Théo fit défiler.

— Ils parlent souvent des anciennes galeries sous l'école primaire… Il y a une entrée condamnée derrière le gymnase.

Malik referma son carnet.

— Alors, on va au gymnase.

Chapitre 6 — Sous le gymnase, la logique

Derrière le gymnase, un grillage pliait sous le lierre. La lumière du soir allongeait les ombres, les rendant plus épaisses. Malik avança sans bruit, Théo à ses côtés.

— On n'entre pas, chuchota Théo. C'est fermé, non ?

— On observe d'abord, répondit Malik.

Au pied du mur, une porte métallique portait un panneau : “Accès technique — interdit”. L'interdit attire toujours quelqu'un. Sur la poignée, Malik aperçut un morceau de ruban adhésif transparent, mal collé, comme si on l'avait utilisé pour éviter un cliquetis.

— Voilà ton scotch, murmura Malik.

Il ne toucha pas. Il pointa plutôt le sol : des traces de boue fine, identiques à celles du papier blanc. Des pas allaient et venaient, comme un petit va-et-vient nerveux.

— Quelqu'un passe régulièrement, dit Théo.

Malik prit son téléphone et appela Madame Lenoir.

— Madame Lenoir, une question : le livre volé… il avait une particularité physique ? Une tache ? Une odeur ? Un signe ?

— Oh ! répondit-elle. Oui. Il avait une marque de café au coin de la page 17. Une vieille tache ronde. Je le reconnaîtrais entre mille.

Malik raccrocha, puis se pencha vers l'entrebâillement de la porte. Un souffle d'air froid en sortait, chargé d'humidité.

Ils entendirent des voix, étouffées.

— …je te dis que c'est le bon, disait une voix féminine. Les annotations sont là.

— On ne devait pas le prendre comme ça, répondit une autre voix, plus jeune. Juste le photographier !

Malik fit signe à Théo : rester calme. Il frappa à la porte, net, sans violence.

Silence. Puis un bruit précipité, comme des papiers qu'on empile trop vite.

La porte s'ouvrit sur une femme au manteau bleu. Elle tenait un téléphone d'une main, l'autre cachée derrière son dos. Ses yeux passèrent de Malik à Théo, puis au carnet dans la poche de Malik.

— Vous êtes qui ? demanda-t-elle.

— Malik Besson. Je cherche “La Carte des Souterrains” de Madame Lenoir.

La femme pâlit, mais se redressa aussitôt, comme si elle avait décidé de jouer la comédie.

— Je ne vois pas de quoi vous parlez.

Malik ne la contredit pas tout de suite. Il regarda simplement sa manche : une trace brune, étalée, comme si elle avait frotté quelque chose. Exactement comme Karim l'avait raconté.

— Vous avez essayé de nettoyer une tache sur une vitrine à dix heures, dit Malik. Et vous avez un pseudo “ManteauBleu92” sur un forum. Ce sont des faits.

Derrière elle, un garçon d'environ douze ans apparut, tenant un sac à dos énorme. Une trottinette dépassait, coincée dans l'ombre.

Le garçon baissa les yeux. Ses mains étaient encore marquées de terre sèche.

Malik parla d'une voix posée, ferme.

— Personne n'est obligé de s'enfoncer dans un mensonge. On va faire simple : où est le livre ?

La femme serra les lèvres.

— Il est là, finit-elle par lâcher, en indiquant une caisse ouverte. On ne voulait pas le “voler”. On voulait le consulter. Les annotations indiquent des passages. Et le quartier est en danger : ils vont bétonner l'entrée des galeries. On voulait des preuves !

Malik s'approcha, sans toucher.

Le livre était là, enveloppé dans un plastique maintenu par du scotch transparent. Sur le plastique, une marque ronde brunâtre : une tache de café… au bon coin.

— Madame Lenoir a signalé une tache de café à la page 17, dit Malik. C'est bien le sien.

Le garçon murmura :

— C'est moi qui l'ai pris… J'ai utilisé un morceau de scotch du garage, pour faire une bande et tirer le panneau de la vitrine. J'avais peur de casser. Et j'avais les mains pleines de terre parce que… j'étais déjà venu ici.

Théo le regarda, choqué.

— Tu as pris mon scotch ?

— Je… oui. Désolé.

La femme au manteau bleu soupira.

— Je m'appelle Élodie. Je n'ai pas réfléchi. J'ai voulu réparer après coup, en frottant la vitre, mais ça a fait pire.

Malik hocha la tête.

— Vous avez laissé une tache visible, en croyant l'effacer. Et vous avez emballé le livre, en laissant le scotch comme signature involontaire. La logique relie tout : la boue du sous-sol, la trottinette pour fuir vite, le sac pour transporter, le scotch du garage, et le manteau bleu vu par un témoin.

Il sortit son téléphone.

— On va rendre le livre. Et on va discuter avec Madame Lenoir au lieu de jouer aux fantômes. Il existe une différence entre enquêter et voler.

Élodie baissa la tête.

— Je sais.

Chapitre 7 — Le doute levé

De retour à la librairie, Madame Lenoir accueillit le livre comme on retrouve un ami. Elle caressa la couverture, puis fixa Élodie et le garçon.

— Vous auriez pu demander, dit-elle, la voix tremblante. J'aurais… peut-être accepté de vous le montrer. Peut-être.

Malik intervint, sans dureté.

— C'est là que l'esprit critique sert aussi : se demander “Est-ce que ma solution respecte les autres ?” et “Quelles conséquences si je me trompe ?” Vous vouliez protéger un lieu, mais vous avez choisi une méthode qui détruit la confiance.

Le garçon renifla.

— Je m'appelle Nino. Je voulais juste aider… et j'ai paniqué. La tache sur la vitre, c'est moi, je crois. J'ai posé ma main sale en tirant.

Madame Lenoir regarda la tache, puis Malik.

— Et Samir, le livreur ? Et Théo ? Je… je commençais à douter de tout le monde.

Malik secoua la tête.

— Samir a eu une tache de chocolat, pas de boue. Elle a brouillé les pistes, mais ce n'était pas une preuve. Théo, lui, n'a fait que nous donner des informations. Le doute est normal au début d'une enquête. Mais il faut le lever avec des faits, pas avec des impressions.

Il se tourna vers Samir, présent à la demande de Malik, pour que tout soit clair.

— Samir, merci d'être venu. Votre témoignage confirme juste l'heure et la présence du garçon. Vous n'êtes pas mêlé au vol.

Samir souffla, soulagé.

— Merci… parce que j'en avais marre d'être suspect à cause d'un chocolat.

Théo, lui, fixait Nino avec un mélange d'agacement et de compassion.

— La prochaine fois, tu viens me voir. On cherche une solution ensemble.

Élodie releva enfin les yeux.

— Madame Lenoir… si vous acceptez, on peut vous montrer ce qu'on a trouvé. Les galeries, les risques de bétonnage… mais proprement. Avec l'autorisation. Avec un dossier.

Madame Lenoir hésita, puis acquiesça lentement.

— À condition que vous répariez aussi la vitrine. Et que vous appreniez à demander avant de prendre.

Nino hocha la tête avec énergie.

— Oui, madame.

Malik observa la tache sur la vitre. Elle était toujours là, tenace, comme un rappel.

— On la nettoiera, dit-il. Mais je crois qu'elle a déjà servi : elle nous a forcés à regarder de près.

Il rangea son carnet. Dans la rue, les lumières du quartier s'allumaient une à une. L'affaire était résolue, et le doute — celui qui flotte, qui grignote la confiance — venait d'être levé, remplacé par quelque chose de plus solide : une vérité construite, pas devinée.

Théo lui donna une tape sur l'épaule.

— T'as pas changé, Malik. Tu vois ce que les autres ratent.

Malik esquissa un sourire.

— J'ai changé un peu, quand même. Avant, je faisais des cabanes. Maintenant, je construis des raisonnements. C'est plus long… mais ça tient mieux sous la pluie.

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Clochette
Petite cloche qui sonne quand on ouvre une porte ou une boutique.
Vitrine
Grande surface en verre où l'on expose des objets dans un magasin.
Essoufflée
Qui respire vite et a du mal à reprendre son souffle.
Annotations
Notes écrites sur un livre pour expliquer ou commenter le texte.
Irrégulière
Qui n'est pas régulière, qui a des formes ou des rythmes variables.
Enquête
Recherche pour trouver la vérité sur un fait ou un vol.
Opportunité
Occasion favorable pour faire quelque chose.
Ruban adhésif transparent
Bande collante transparente utilisée pour fixer ou fermer des objets.
Souterrains
Passages ou lieux situés sous la terre.
Accès technique — interdit
Panneau qui indique que l'entrée pour le personnel technique est défendue.
Scotch
Autre nom familier pour du ruban adhésif utilisé pour coller.
Mobile
Motif ou raison qui pousse quelqu'un à agir.

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