Chargement en cours...
Histoire de détective 11 à 12 ans Lecture 30 min. (1)

Le mystère du livre aux étoiles bleues

Quand la première édition d’un livre rare disparaît d’une petite librairie, la détective Camille Dargent enquête entre le neveu, la voisine et l’électricien, révélant que les apparences et les bonnes intentions complices cachent la vérité.

Télécharger cette histoire en PDF

Idéal pour partager ou imprimer cette histoire !

Télécharger l'e-book (.epub)

Lisez cette histoire sur votre liseuse électronique

La détective, femme au visage serein et concentré, cheveux châtain au carré et manteau beige, tend un livre bleu à couverture dorée ; Mme Brière, plus âgée et rouge de honte, rend un sac rouge contenant le livre près d’une fenêtre ; Mme Lenoir, libraire d’environ 50 ans, soulagée, se tient derrière le comptoir en bois ; Théo, garçon d’environ 12 ans aux cheveux blonds et capuche, a le regard baissé, coupable ; la petite librairie chaleureuse aux rayonnages en bois foncé, piles de livres et boîte bleue étoilée est éclairée par une lampe à abat-jour jaune, pluie et reflets sur la vitrine ; scène centrée de restitution, visages exprimant remords et soulagement sous une lumière chaude, composition art déco aux couleurs riches et contrastées. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La boîte vide

La pluie avait lavé le trottoir comme une gomme grise. Dans la vitrine de la librairie « Le Bateau de Papier », les couvertures brillaient sous les néons. Et derrière le comptoir, Mme Lenoir avait le regard d'une personne à qui on vient d'arracher quelque chose d'important.

Camille Dargent posa son carnet sur le bois. Elle était détective privée, adulte, méthodique, attentive à tout—au moindre fil de pull, à la moindre hésitation.

« Ce n'est pas une blague, souffla Mme Lenoir. La première édition de L'Île aux Échos a disparu. Une vraie. Celle qui devait aller au concours de vitrines. »

« Et vous êtes sûre qu'elle était là hier soir ? »

« Oui. Je l'ai mise dans cette boîte de présentation, là. » Mme Lenoir montra une boîte en carton bleu, décorée d'étoiles. Le couvercle était fermé, mais la languette pendait, molle, comme une langue fatiguée.

Camille n'ouvrit pas tout de suite. Elle observa d'abord les détails : un coin du carton légèrement froissé, un ruban trop bien remis, et—sur la vitre—une trace de doigt juste à hauteur d'enfant.

« Qui avait accès à la librairie après la fermeture ? »

« Moi, et… enfin, mon neveu, Théo. Il m'aide à ranger. Et puis il y a eu l'électricien ce matin, avant l'ouverture. »

« Nom ? »

« M. Vasseur. »

« D'autres visiteurs ? »

« Non. Enfin… » Mme Lenoir pinça les lèvres. « Il y a toujours Mme Brière, la voisine. Elle vit juste au-dessus. Elle a une fenêtre pile sur l'entrée. Elle voit tout. »

Camille ouvrit enfin la boîte. À l'intérieur, rien. Un coussin de velours rouge, parfaitement lisse, comme si le livre n'avait jamais existé.

Elle inspira lentement. Un vol dans une petite librairie, c'était rarement spectaculaire. Pas de vitres brisées, pas de cris. Juste du silence, et un objet manquant.

« Je vais comparer deux récits », dit Camille. « Le vôtre… et celui des autres. Quelqu'un se trompera. Ou quelqu'un dira la vérité trop vite. »

Elle sortit une petite lampe de poche et balaya les bords de la boîte. Une poussière fine. Et un seul cheveu, court, clair, coincé dans l'angle.

« Vous avez un chat ? »

« Non. »

« Théo est blond ? »

« Très blond, oui. Mais… il ne ferait jamais ça. »

Camille nota. Dans un polar, les « jamais » étaient des portes à ouvrir doucement.

Avant de partir, elle se pencha sur la poignée de la porte vitrée. Une trace sombre, comme une marque de crème ou de graisse, sur le métal poli. Une empreinte partielle.

Elle sourit à peine.

« On va le retrouver, votre livre. Mais j'aurai besoin que vous me racontiez votre soirée, minute par minute. Et que vous acceptiez une idée simple : parfois, on se trompe sur les gens. Moi aussi. »

Mme Lenoir hocha la tête, fragile et décidée.

Camille sortit sous la pluie, le col relevé. La rue sentait l'encre humide et les marrons chauds. Un mystère de papier venait de s'ouvrir.

Chapitre 2 — Deux versions pour une même soirée

Dans l'arrière-boutique, une odeur de carton et de thé flottait. Camille s'assit face à Mme Lenoir. Elle mit son téléphone en mode avion, pour que rien n'interrompe.

« Racontez. Depuis le moment où vous avez posé le livre. »

Mme Lenoir ferma les yeux, comme pour revoir la scène.

« Hier, 19 h 10, j'ai fermé. Théo était là. On a rangé les tables, remis les chaises. À 19 h 30, j'ai sorti L'Île aux Échos du coffre et je l'ai placé dans la boîte bleue, sur l'étagère derrière le comptoir. Puis j'ai fait l'inventaire. Théo est parti à 19 h 45. Moi, je suis montée au bureau à l'étage—au-dessus de la librairie—pour imprimer l'affiche du concours. Je suis redescendue à 20 h 05, j'ai vérifié la porte, j'ai éteint, et je suis sortie. »

Camille nota les horaires, les gestes, les endroits.

« Quand vous êtes redescendue, vous avez regardé la boîte ? »

« Pas vraiment… Je l'ai vue, je crois. Enfin, elle était là. »

« ‘Je crois' est important », dit Camille doucement.

Elle sortit ensuite dans la boutique et appela Théo. Le garçon arriva dix minutes plus tard, capuche sur la tête, l'air offensé et inquiet à la fois.

« Je n'ai rien pris ! » lança-t-il avant même de dire bonjour.

« Je n'ai encore accusé personne », répondit Camille. « Je compare deux récits. Le tien et celui de ta tante. Raconte-moi ta fin de journée. Et prends ton temps. »

Théo croisa les bras, puis les décroisa. Il regarda la boîte bleue, comme si elle le regardait aussi.

« On a rangé. À 19 h 20, j'ai porté des cartons à la réserve. Après, j'ai… j'ai voulu lire un peu. Le livre était beau. Mais tante Lenoir a dit : “Pas touche, c'est fragile.” Alors j'ai pris une BD. À 19 h 45, je suis parti. Je suis allé chez mon pote Sofiane. On a joué, sa mère peut le dire. »

Camille ne bougea pas. Elle laissa un silence, juste assez long pour que les détails remontent.

« Tu as dit ‘le livre était beau'. Tu l'as vu où ? »

« Dans la boîte… enfin, quand elle l'a sorti. »

« Et tu dis que tu as porté des cartons à la réserve. Seul ? »

« Oui. Enfin… j'ai croisé M. Vasseur dans le couloir ce matin, pas hier. »

Camille releva la tête.

« Ce matin ? L'électricien était là avant l'ouverture, c'est ça ? »

Mme Lenoir acquiesça.

« Oui. Il est entré à 8 h 15. Il avait une clé de service, parce que le syndic l'avait prévenu. Il devait vérifier le tableau électrique au sous-sol. »

Camille sentit le fil se tendre. Deux récits, et déjà un endroit commun : le couloir vers la réserve. Un endroit discret, où l'on peut disparaître quelques minutes sans être vu.

Elle posa une question simple, qui sonnait comme une banalité.

« Théo, quand tu es parti, la porte était bien verrouillée ? »

« Je… je crois. Tante a fermé. J'ai entendu le clic. »

Encore un « je crois ». Les « je crois » faisaient des trous dans les alibis.

Camille regarda la boîte bleue, puis la vitrine. La trace de doigt à hauteur d'enfant. Et cette marque grasse sur la poignée.

Elle se tourna vers Théo.

« Montre-moi tes mains. »

« Quoi ?! »

« S'il te plaît. »

Théo tendit ses mains, rouges de froid. Sous l'ongle du pouce, une fine poussière noire.

« Tu as bricolé ? »

« J'ai aidé Sofiane à réparer son vieux skate. On a mis de la graisse sur les roulements. »

« D'accord. »

Camille nota : graisse. Poignée. Mais ce n'était pas une preuve. Juste une piste.

Elle se redressa.

« Dernière chose : quelqu'un, hier soir, aurait pu voir l'entrée. Par une fenêtre. Mme Brière, la voisine. »

Mme Lenoir soupira.

« Elle est… très curieuse. »

« Parfois, les curieux sont utiles », dit Camille.

Elle rangea son carnet.

« Je vais aller lui parler. Et vous, ne changez rien ici. Pas de rangement, pas de nettoyage. Dans une enquête, le désordre parle. »

Chapitre 3 — La voisine observatrice

L'escalier de l'immeuble grinçait comme une vieille porte de château. Au troisième, une odeur de soupe et de lavande se mélangeait. Camille frappa à la porte de Mme Brière.

Un judas s'ouvrit. Un œil vif apparut.

« Qui c'est ? »

« Camille Dargent. Je mène une enquête pour Mme Lenoir, en bas. »

« Ah. » Le verrou glissa aussitôt. « Entrez. Je me disais bien qu'un jour, on aurait besoin de moi. »

L'appartement était rangé au millimètre. Trop rangé. Un chat en porcelaine fixait Camille depuis une étagère.

Mme Brière, petite, droite comme un point d'exclamation, l'invita près de la fenêtre.

« Regardez. D'ici, je vois la porte de la librairie. Même quand il pleut, je vois. »

« Justement. Hier soir, avez-vous remarqué quelque chose ? »

« Je remarque toujours quelque chose. À 19 h 52, un garçon est sorti. Le neveu, le blond. Capuche. Il est parti à droite. Normal. Ensuite… » Elle plissa les yeux, contente de son effet. « À 20 h 07, quelqu'un est revenu. »

Camille sentit son crayon ralentir.

« Quelqu'un ? »

« Une silhouette. Manteau sombre. Il—ou elle—s'est arrêté devant la porte. Il n'est pas entré. Il a juste… touché la poignée, comme pour vérifier. Puis il est reparti, à gauche. »

« Vous avez vu son visage ? »

« Non. La pluie faisait des reflets. Mais j'ai vu un détail. Un sac. Un sac de sport rouge, avec une bande blanche. »

Camille nota : sac rouge.

« Et ce matin ? »

« Ce matin, à 8 h 12, l'électricien est arrivé. Grand, avec une mallette. Il a sonné. Personne. Puis il a sorti une clé, il est entré. Trois minutes plus tard, il est ressorti et a fait un aller-retour avec… » Elle sourit, satisfaite. « Un carton plat sous le bras. Il l'a mis dans sa camionnette, puis il est remonté. »

Camille s'appuya contre le rebord de la fenêtre. Le cœur de l'enquête venait de battre plus fort.

« Vous êtes sûre que c'était un carton ? »

« Aussi sûre que je suis sûre de la couleur de vos lacets. » Mme Brière pointa du doigt. « Gris. »

Camille baissa les yeux. Gris, en effet.

« Pourquoi n'avez-vous rien dit tout de suite ? »

« Parce qu'on ne m'écoute jamais. On dit que je ‘surveille'. Moi, j'observe. C'est différent. »

Camille sourit, malgré elle.

« Vous avez raison. Et votre observation peut aider. Mais il faut rester prudent. Un carton plat, ça peut être n'importe quoi. »

Mme Brière se pencha encore.

« Je peux aussi vous dire autre chose. Hier à 20 h 07, la silhouette n'avait pas de mallette. Ce n'était pas l'électricien. »

« D'accord. »

Camille remercia et s'apprêta à partir, quand Mme Brière lança, comme une flèche :

« Et si c'était le garçon ? Il a peut-être fait demi-tour. »

« Peut-être », répondit Camille. « Mais je préfère vérifier plutôt que d'imaginer. L'imagination est une mauvaise preuve. »

Dans l'escalier, Camille refit mentalement les heures : 19 h 52, Théo dehors. 20 h 07, silhouette au sac rouge. 8 h 12, électricien avec un carton plat. Et au milieu, la boîte vide.

Un détail manquait encore. Un petit détail qui pouvait retourner l'histoire.

Chapitre 4 — Le détail qui change tout

De retour à la librairie, Camille demanda à voir le coffre où le livre avait été conservé. Mme Lenoir l'emmena dans le bureau à l'étage. Un petit coffre gris était caché derrière une pile de classeurs.

« Le code, s'il vous plaît. »

Mme Lenoir le tapa, un peu tremblante. Le coffre s'ouvrit.

À l'intérieur, une enveloppe, des papiers… et un étui de velours vide, exactement à la taille d'un livre.

Camille prit l'étui, le retourna. Une odeur légère, particulière, monta : un parfum de vanille et de tabac froid.

« Vous fumez ? »

« Non ! Jamais. »

« Théo ? »

« Non plus. »

« M. Vasseur ? »

Mme Lenoir haussa les épaules. « Je ne sais pas. »

Camille descendit au sous-sol. Le tableau électrique était dans un couloir étroit. Sur le sol, près d'une étagère, une fine poussière blanche : du plâtre ou de l'isolant.

Elle passa un doigt sur une gaine ouverte. Poussière. Puis elle se rappela l'ongle de Théo : poussière noire, graisse. Pas la même.

Camille remonta et s'arrêta devant la vitrine. Elle examina à nouveau la boîte bleue. Puis elle remarqua quelque chose qu'elle n'avait pas vu au début : à l'intérieur du couvercle, un petit autocollant rond, presque invisible, avec un numéro écrit au stylo : « 3 ».

« Mme Lenoir, c'est vous qui avez mis ça ? »

« Non… »

« Théo ? »

Théo rougit.

« C'est moi. Pour… pour un jeu. Je numérote des trucs. Des boîtes, des tiroirs. Ça m'amuse. »

« Pourquoi le numéro 3 ? »

« Parce que… c'est la troisième cachette. »

Silence.

Mme Lenoir ouvrit la bouche, puis la referma. Camille, elle, ne se fâcha pas. Elle sentit surtout que l'enquête changeait de forme.

« Théo, explique. Calmement. »

« Je… je ne voulais pas voler. Je voulais protéger. »

Camille se pencha, à hauteur de Théo.

« Protéger quoi ? »

« Le livre. Parce que… hier, j'ai entendu quelqu'un au téléphone. M. Vasseur, dehors, ce matin, quand il est venu demander si ça dérangeait qu'il passe tôt. Il a dit : “Oui, c'est la librairie… Oui, ça vaut cher… Je te le mets de côté.” J'ai eu peur. »

Mme Lenoir blêmit.

« Tu ne m'as rien dit… »

« Tu étais stressée avec ton concours. Et tu me dis toujours que j'exagère. Alors j'ai… j'ai déplacé le livre. Je l'ai mis dans une autre boîte. La troisième. »

Camille sentit le fameux détail : « troisième cachette ». Ça ne parlait plus seulement d'un vol, mais d'un déplacement. Et si le livre n'avait pas quitté la librairie hier soir ?

« Tu l'as déplacé quand ? »

« Quand tu es montée imprimer. J'avais la clé de la réserve. Je suis allé vite. J'ai mis le livre dans une boîte de BD, au fond, derrière les albums. Ensuite, j'ai remis la boîte bleue comme si de rien n'était. »

« Et tu es parti à 19 h 45 ? »

« Oui. »

« Donc, quand Mme Brière voit une silhouette à 20 h 07, ce n'est pas toi. »

« Non. Je n'étais plus là. »

Mme Lenoir se prit la tête entre les mains.

« J'ai accusé Théo dans ma tête… »

« Vous n'avez accusé personne à voix haute », dit Camille. « Mais c'est justement là qu'on doit être humble. Nos impressions nous trompent. Ce qui compte, c'est ce qu'on vérifie. »

Camille reprit son carnet, les idées s'alignèrent.

Si Théo avait caché le livre dans la réserve, quelqu'un d'autre pouvait l'avoir trouvé. Quelqu'un qui connaissait les lieux, qui pouvait entrer le matin avec une clé : l'électricien.

Et ce sac rouge vu à 20 h 07 ? Peut-être pas lié au livre. Ou peut-être une distraction. Dans une enquête, tout détail peut être un leurre… ou une pièce du puzzle.

Camille leva la tête.

« Théo, montre-moi où tu l'as mis. Maintenant. »

Chapitre 5 — La réserve et le sac rouge

La réserve sentait le papier humide et la colle. Des piles de cartons formaient des murs instables. Théo s'enfonça entre deux étagères.

« Là. Derrière les albums grand format. Dans une boîte de BD. »

Il tira une boîte marron. Elle était entrouverte. Vide.

Théo devint blême.

« Non… non, je l'avais mis là. Je le jure. »

Camille le crut. Son mensonge, s'il y en avait un, aurait été plus pratique. Là, il avait l'air d'un garçon qui vient de rater un tour de magie qu'il déteste.

Camille s'accroupit. Sur le sol, une trace fine, rouge, comme un frottement de tissu.

Elle passa sa lampe : le long de l'étagère, des marques de poussière déplacée, et une étiquette arrachée.

« Vous aviez un sac rouge ? » demanda-t-elle à Théo.

« Non. »

« Et M. Vasseur ? »

« Je sais pas. »

Camille remonta à la boutique.

« Mme Lenoir, l'électricien a-t-il laissé quelque chose ? Un bon d'intervention ? »

Mme Lenoir fouilla dans un tiroir et sortit un papier froissé.

« Voilà. Il a signé. »

Camille lut : Vasseur Électricité — Intervention tableau / sous-sol — 8 h 15. Un numéro de téléphone en bas.

Elle appela, sans quitter Mme Lenoir des yeux. Une sonnerie. Puis une voix.

« Vasseur Électricité. »

« Bonjour, Camille Dargent. Je vous appelle au sujet de votre intervention de ce matin chez Mme Lenoir. On a un objet disparu, et j'ai besoin de clarifier deux-trois choses. Vous avez emporté un carton plat en sortant, selon un témoin. »

Un silence, puis un soupir agacé.

« Un carton plat ? Ah… oui. Un vieux carton de protection pour des câbles. Je l'ai jeté dans ma benne. Je ne vole pas des livres, madame. »

« Où est votre benne ? »

« Au dépôt, zone artisanale. Et je n'ai pas de temps à perdre. »

Camille ne s'excusa pas. Elle resta calme.

« Je comprends. Dernière question : avez-vous un sac de sport rouge avec une bande blanche ? »

« Quoi ? Non. »

Elle raccrocha.

Théo bougea, nerveux.

« Vous le croyez ? »

« Je crois surtout que je ne sais pas encore. » Camille rangea son téléphone. « Un témoin a vu un sac rouge hier soir. Et dans la réserve, je viens de voir une trace rouge. Ça fait une piste. Mais une piste n'est pas une certitude. »

Camille demanda à Mme Lenoir :

« Avez-vous des caméras ? »

« Non. C'est une petite librairie… »

« Et le syndic ? La porte de service a-t-elle un registre de clés ? »

« Je peux appeler. »

Pendant que Mme Lenoir téléphonait, Camille observa la vitrine. La trace de doigt sur le verre. À hauteur d'enfant, oui… mais un adulte pouvait se baisser.

Elle pensa à la silhouette de 20 h 07. Toucher la poignée « pour vérifier ». Si quelqu'un voulait entrer, pourquoi ne pas entrer ? Sauf si la porte était verrouillée, et qu'il n'avait pas la clé.

Ou bien… il testait juste. Pour revenir plus tard, avec une autre entrée.

Camille se tourna vers Théo.

« Si tu voulais protéger le livre, tu as agi seul. Mais tu as laissé un indice : le numéro 3. C'est courageux de le dire maintenant. »

Théo baissa les yeux.

« Je voulais faire le héros. Je me suis cru plus malin que tout le monde. »

« Être malin, c'est bien », dit Camille. « Être humble, c'est mieux. Ça évite de jouer au héros quand on a besoin d'aide. »

Mme Lenoir raccrocha, le visage tendu.

« Le syndic dit que M. Vasseur a bien une clé de service… mais elle est aussi utilisée par l'agent d'entretien. Et… par Mme Brière, parfois, quand elle ‘rend service'. »

Camille releva brusquement la tête.

Mme Brière. La voisine observatrice. Celle qui voyait tout. Et qui, peut-être, entrait aussi.

« Théo », dit Camille, « quand tu as caché le livre, quelqu'un t'a-t-il vu ? »

« Je… je crois que non. Mais j'ai entendu des pas dans l'escalier de service. »

« À quelle heure ? »

« Quand tante était au bureau. Vers 19 h 55, peut-être. »

Camille sentit le puzzle basculer : 19 h 55, pas dans l'escalier de service. 20 h 07, silhouette au sac rouge. Et Mme Brière qui a accès à la clé.

« On remonte », dit Camille.

Chapitre 6 — La vérité au troisième étage

Camille frappa chez Mme Brière, cette fois sans douceur inutile. Le judas s'ouvrit, hésita, puis la porte s'entrouvrit.

« Ah… vous revoilà. J'ai encore des choses à dire, vous savez. »

« Moi aussi », répondit Camille. « Puis-je entrer ? »

Mme Brière recula, mais son sourire avait perdu un millimètre.

Camille se plaça près de la fenêtre, comme la première fois. De là, on voyait la porte de la librairie, le trottoir, les flaques.

« Vous avez dit avoir vu un sac rouge. »

« Oui. »

« Et vous avez aussi accès, parfois, à la clé de service. »

Mme Brière se raidit.

« Je rends service. Je surveille l'immeuble. »

« Surveiller, c'est regarder. Avoir une clé, c'est pouvoir agir. Ce n'est pas la même chose. »

Camille sortit son carnet.

« Voici ce que je sais. Théo a déplacé le livre hier, vers 19 h 50-19 h 55, pendant que Mme Lenoir imprimait. Il l'a caché dans la réserve. Ce matin, le livre n'était plus là. Quelqu'un l'a donc pris après 19 h 55. »

Mme Brière pinça les lèvres.

« Vous avez vu une silhouette à 20 h 07, qui touche la poignée et repart. Si cette silhouette voulait entrer, elle aurait essayé la porte de service, pas la vitrine. Sauf si… elle voulait vérifier que Mme Lenoir était bien sortie. »

Mme Brière cligna des yeux, trop vite.

Camille continua, sobre.

« Dans la réserve, j'ai trouvé une trace rouge de tissu. Un sac rouge, par exemple. Et ce sac rouge, vous l'avez décrit avec précision… comme si vous l'aviez tenu. »

Mme Brière eut un petit rire sec.

« Quelle imagination. Vous m'avez dit que l'imagination n'est pas une preuve. »

« Exact. Mais j'ai mieux. » Camille pointa l'étagère du salon, où un sac en toile était à moitié caché derrière un coussin. Rouge, avec une bande blanche.

Mme Brière eut un réflexe : sa main glissa vers le sac. Trop tard.

Camille ne bondit pas. Elle ne cria pas. Elle dit seulement :

« Ouvrez-le. S'il vous plaît. »

Mme Brière resta immobile. Puis, comme si son corps décidait à sa place, elle tira le sac et l'ouvrit. À l'intérieur, un carton plat, et—enveloppé dans un tissu—un livre.

Camille reconnut la reliure, même sans la toucher : un bleu profond, des lettres dorées. L'Île aux Échos.

Théo, qui était monté avec Camille, laissa échapper un souffle.

« C'est… c'est lui. »

Mme Brière se mit à parler d'un coup, trop vite, comme une bouilloire.

« Je l'ai pris pour le protéger ! On parle tellement de vols, maintenant… Et puis ce concours… Je ne voulais pas que votre librairie soit ridiculisée. Je l'ai juste mis chez moi, le temps que… »

Camille la coupa, sans dureté.

« Vous l'avez pris sans demander. Ce n'est pas protéger, c'est décider pour les autres. »

Mme Brière baissa les yeux.

« Je… je pensais savoir mieux que tout le monde. »

Camille hocha la tête. Pas victorieuse. Simple.

« Ça arrive. Même aux adultes. Même à moi, parfois. L'humilité, c'est accepter qu'on peut se tromper, et que la meilleure protection, c'est de prévenir, pas de cacher. »

Mme Brière serra les mains.

« Je voulais aussi prouver que j'étais utile. Qu'on m'écoute. »

« On vous écoute, maintenant », dit Camille. « Mais il faut réparer. »

Mme Brière tendit le livre, tremblante. Camille le prit avec précaution, comme on prend un oiseau blessé.

« Nous allons redescendre ensemble. Vous allez le rendre à Mme Lenoir. Et vous expliquerez. »

Dans l'escalier, personne ne parla. Chaque marche sonnait comme un rappel : une bonne intention peut faire une mauvaise action.

Chapitre 7 — Le souhait raisonnable

Dans la librairie, Mme Lenoir leva la tête. Quand elle vit le livre, ses épaules s'affaissèrent, comme si on lui retirait un sac de pierres.

« Mon… mon livre. »

Camille le posa sur le comptoir. Mme Lenoir passa doucement la main sur la couverture, comme pour vérifier qu'il était réel.

Mme Brière prit la parole, la voix plus petite.

« Je l'ai pris. Je croyais bien faire. J'ai vu Théo aller dans la réserve pendant que vous étiez au bureau. J'ai compris qu'il cachait quelque chose. Je suis descendue par l'escalier de service. J'ai attendu que vous sortiez… puis j'ai pris le livre, pour le mettre en sécurité. Je n'ai pas réfléchi. »

Théo serra les poings.

« Moi aussi, j'ai caché. Je voulais être… important. »

Mme Lenoir le regarda longtemps, puis soupira.

« On a tous voulu contrôler les choses, alors qu'on aurait dû parler. »

Camille resta en retrait. Une détective n'était pas une juge. Son travail était de comprendre, de relier, d'éclairer.

« On peut tirer quelque chose de cette histoire », dit-elle. « Théo, tu as eu une bonne intuition, mais tu as agi seul. Mme Brière, vous vouliez aider, mais vous avez franchi une limite. Mme Lenoir, vous étiez sous pression, et vous n'avez pas vu les signaux. Personne n'est un monstre ici. Juste des gens qui ont oublié de demander. »

Mme Lenoir releva la tête.

« Mme Brière… si vous voulez vraiment aider, vous pouvez le faire autrement. En prévenant. En respectant. »

Mme Brière hocha la tête, les yeux humides.

« Je suis désolée. Je le suis vraiment. »

Un silence, puis Mme Lenoir ajouta, avec un effort visible d'humilité :

« Et moi, je suis désolée d'avoir pensé, une seconde, que Théo pouvait être un voleur. »

Théo avala sa salive.

« Je suis désolé aussi. Je te le dirai, la prochaine fois. Même si tu dis que j'exagère. »

Camille ferma son carnet. L'enquête était résolue, mais quelque chose restait à faire : terminer proprement.

« Que souhaitez-vous, maintenant ? » demanda-t-elle à Mme Lenoir.

Mme Lenoir regarda la vitrine, la pluie qui faiblissait, les passants pressés.

« Un souhait raisonnable ? » Elle eut un petit sourire. « Que le concours se passe bien, déjà. Et… qu'on installe une serrure plus sûre sur la porte de service. Et une petite caméra, peut-être. Pas pour se méfier de tout le monde. Juste pour éviter de se retrouver à accuser dans le vide. »

Camille approuva.

« C'est raisonnable. »

Elle se tourna vers Théo et Mme Brière.

« Et vous deux ? »

Théo haussa les épaules.

« Que tante me fasse confiance… mais que je la mérite. »

Mme Brière souffla.

« Que je sois utile… sans m'imposer. »

Camille remit son manteau.

Dehors, la pluie avait cessé. Sur la vitre, la trace de doigt était toujours là, petite, ronde. Un indice parmi d'autres. Un rappel : dans une enquête comme dans la vie, on voit mieux quand on accepte de douter de soi.

Camille poussa la porte, et la clochette tintinnabula, légère, comme si le mystère n'avait été qu'un livre qu'on referme au bon moment.

Sans publicité 3 € par mois

Envie d’une lecture sans interruption ? Soutenez Mes Histoires du Soir, retirez toutes les publicités et profitez d’autres avantages inclus dès 3 € par mois.

Voir les forfaits & tarifs
Partager

signaler un problème avec cette histoire

Qu'avez-vous pensé de cette histoire ?

Donnez votre avis en attribuant une note à cette histoire en fonction de ce que vous et/ou votre enfant en avez pensé. Merci par avance !

Merci ! Votre note a été prise en compte !

Note actuelle : 5 sur 5 (1 avis)

Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Languette
Petite partie d’un emballage qu’on tire pour ouvrir ou fermer une boîte.
Velours
Tissu doux et épais, souvent utilisé pour recouvrir des coussins ou des boîtes.
Empreinte
Trace laissée par un doigt, un pied, ou un objet sur une surface.
Alibi
Raison ou preuve montrant qu’une personne était ailleurs au moment d’un fait.
Réserve
Endroit où l’on range les stocks et les cartons d’une boutique.
Gaine
Tuyau ou protection qui recouvre des fils électriques ou des câbles.
Isolant
Matériau qui empêche le passage du froid, de la chaleur ou de l’électricité.
Plâtre
Poudre ou matière blanche utilisée pour réparer les murs ou faire des moulages.
Benne
Grand conteneur ou camion où l’on met des déchets ou des objets à jeter.
Mallette
Petit coffre portatif pour transporter des outils ou des documents.
Reliure
Façon dont les pages d’un livre sont attachées et protégées.
Registre
Liste ou carnet officiel où l’on note des informations importantes.

Créez une histoire magique et unique pour votre enfant !

Créez en quelques minutes une aventure personnalisée où votre enfant devient le héros. Avec notre outil exclusif, c'est facile, gratuit et divertissant !

Créer une histoire

Téléchargez cette histoire :

Télécharger cette histoire en PDF Télécharger l'e-book (.epub)

Recevez de nouvelles histoires chaque dimanche soir !

Recevez 7 histoires passionnantes et captivantes, adaptées à l'âge et aux goûts de votre enfant, chaque dimanche à 17h*. C'est gratuit et garanti sans spam !
*E-mail envoyé à 17h, heure de Paris.
Nous n'aimons pas non plus le spam. Ainsi, nous ne vous enverrons que des histoires. Vous pourrez vous désinscrire quand vous le souhaiterez.