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Histoire de détective 11 à 12 ans Lecture 26 min.

Le mystère du manuscrit sous verre

Quand le manuscrit d'une autrice disparaît mystérieusement de la médiathèque, la détective Maud, aidée de deux jeunes du club lecture, rassemble indices et témoignages pour reconstituer la soirée et comprendre comment le vol a pu se produire.

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Maud Lenoir, détective calme et concentrée en trench beige et chapeau, s'agenouille pour retirer un petit sac plastique contenant un vieux manuscrit à ruban bleu; à sa gauche Chloé Marlin, autrice inquiète mais soulagée en manteau noir et écharpe rouge, serre le manuscrit; Hugo, trentenaire honteux, recule derrière le kiosque; Sami, garçon d'environ 12 ans aux lunettes rondes, tient un carnet et montre la scène; Lina, fille de ~12 ans en hoodie bleu, sourit timidement; Karim, gardien robuste, enlève un panneau en bois humide; lieu : parvis de la médiathèque sous une pluie fine, pavés mouillés, panneau “Accès interdit — Archives” sur un chevalet, kiosque à journaux en arrière-plan; scène : découverte et restitution du manuscrit caché derrière un panneau aimanté, ambiance tendue puis soulagée, composition simple aux silhouettes nettes. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

La pluie venait de s'arrêter, laissant sur les pavés une pellicule brillante comme du verre. Maud Lenoir, détective privée, traversa la place du Marché en évitant les flaques. Elle aimait ces moments où la ville semblait retenir son souffle, quand les sons ressortaient plus nets : une porte qui grince, un vélo qui cliquette, un rire qui s'échappe.

Sur le parvis de la médiathèque, une petite foule s'était formée. Des bénévoles en gilet jaune discutaient à voix basse. Une banderole annonçait : “Semaine du Polar Jeunesse”. Et, au milieu, le directeur, M. Vautrin, tournait en rond en se frottant les mains.

— Mme Lenoir ! Vous êtes venue… vite… c'est… c'est impossible, balbutia-t-il.

Maud sortit son carnet. Son regard se posa d'abord sur les détails : la porte vitrée intacte, aucune trace de casse, et pourtant l'air pressé des adultes.

— Qu'est-ce qui a disparu ? demanda-t-elle calmement.

M. Vautrin avala sa salive.

— Le manuscrit original de “L'Ombre du Phare”. Celui que l'autrice devait présenter ce soir. Une pièce unique. Il était dans la salle des Archives, sous clé. Et maintenant… plus rien.

Maud ne répondit pas tout de suite. Elle observa le panneau de bois posé sur un chevalet près de l'entrée : “Accès interdit — Archives”. Un panneau simple, vissé à une barre métallique.

— Qui a découvert la disparition ?

— Moi. À huit heures trente. J'ai ouvert pour préparer l'exposition.

— Et le manuscrit a été vu pour la dernière fois quand ?

— Hier soir, après la fermeture. La responsable des Archives, Mme Fabre, a vérifié et a signé le registre.

Maud hocha la tête. Elle aimait confirmer une version avant d'en changer. Pour l'instant, la version la plus simple était claire : le manuscrit était bien là hier, il n'y avait pas d'effraction visible, donc quelqu'un avait utilisé une clé… ou trouvé un autre moyen.

Une voix claire coupa la rumeur.

— Ce n'est pas moi, je vous préviens. Je ne mets jamais les pieds aux Archives.

C'était Chloé Marlin, l'autrice invitée. Manteau noir, écharpe rouge, regard affûté. Elle avait l'air plus fatiguée que fâchée, comme si la nuit avait été courte.

— Je veux juste récupérer mon texte, dit-elle. C'est tout.

Maud la fixa une seconde.

— On va le récupérer. Mais j'ai besoin de faits, pas de promesses.

Elle se tourna vers les bénévoles.

— Qui peut me montrer l'accès aux Archives ?

Un garçon à lunettes, peut-être douze ans, leva la main avec un sérieux comique.

— Moi, je connais. Je m'appelle Sami. Je fais partie du club lecture.

À côté de lui, une fille au hoodie bleu fit un pas.

— Et moi, Lina. On aidait à installer hier. On peut aider, si vous voulez.

Maud nota leurs prénoms.

— D'accord. Mais vous suivez mes consignes. On observe, on réfléchit, on ne touche à rien sans me le dire.

Ils acquiescèrent comme si elle venait de leur confier une mission secrète.

Chapitre 2

Le couloir menant aux Archives sentait le papier et le produit d'entretien. Les néons faisaient une lumière blanche, un peu froide. La porte des Archives était en bois clair, avec une serrure classique et un petit badge magnétique au-dessus.

Mme Fabre attendait là, raide comme une règle. Cheveux tirés, lunettes au bout du nez.

— J'ai fait mon travail, déclara-t-elle. J'ai fermé à dix-neuf heures. J'ai vérifié la vitrine. J'ai signé le registre. Le manuscrit était là.

— Montrez-moi la vitrine, demanda Maud.

À l'intérieur de la salle, les étagères formaient des couloirs serrés. Au fond, une vitrine en verre, vide. Sur le velours sombre, il restait la marque d'un objet rectangulaire, comme une empreinte.

Maud s'accroupit. Sur le bord inférieur de la vitrine, une poussière plus claire dessinait un arc, comme si on avait fait glisser quelque chose rapidement.

— La vitrine était verrouillée ?

— Oui, avec une clé. Toujours la même.

Maud regarda la serrure : aucune rayure, rien de forcé.

— Qui possède cette clé ?

Mme Fabre hésita, et cette hésitation pesa plus lourd qu'un aveu.

— Moi… et M. Vautrin. Et… il y a une copie de secours dans l'armoire des urgences, scellée.

— Scellée comment ?

— Avec un autocollant “Ne pas ouvrir” signé.

Sami chuchota à Lina :

— Ça veut dire que si c'est ouvert, on le voit.

Maud fit semblant de ne pas entendre. Elle préférait que les idées viennent d'eux, qu'ils apprennent à les organiser.

Elle inspecta ensuite le sol. Une trace de semelle humide, presque effacée, près de la vitrine. Pas une empreinte parfaite, plutôt un glissement. Maud sortit une petite lampe de poche. La trace brillait légèrement.

— On dirait… de la boue ? murmura Lina.

— Oui, répondit Maud. Mais pas la boue du parvis. Celle-ci est plus claire, sableuse.

Elle se releva et regarda autour : aucune fenêtre ouverte, aucune ventilation bruyante. Tout semblait trop propre pour un vol.

— Je veux voir le registre, dit Maud.

Mme Fabre lui tendit un cahier. À la date d'hier, une signature : “Fabre, 19h02”. En dessous, une ligne vide pour ce matin.

— Personne d'autre n'est entré après vous ? demanda Maud.

— Personne. Enfin… je crois.

Maud posa un doigt sur le “je crois”.

— Vous avez entendu quelque chose ? vu quelqu'un ?

Mme Fabre inspira, comme si elle allait avaler un secret.

— Le gardien de nuit, Karim, m'a dit qu'il avait fait sa ronde. Il a vu la lumière du couloir allumée vers vingt-deux heures. Il a pensé que c'était le détecteur.

— Le détecteur de mouvement ?

— Oui. Parfois il se déclenche pour rien.

Maud nota. Une lumière qui s'allume, ce n'est jamais “pour rien”. C'est un fait à vérifier.

À ce moment-là, un bruit de pas précipités résonna dans le couloir. Quelqu'un arriva en courant, essoufflé.

— Pardon ! Pardon ! Je suis… je suis en retard ! lança une jeune femme, badge autour du cou, cheveux humides comme si elle avait couru sous une averse.

M. Vautrin se retourna, exaspéré.

— Zoé ! Enfin ! Vous deviez être là à huit heures !

Zoé, stagiaire de la médiathèque, se plia en deux pour reprendre son souffle.

— Le bus… et puis… j'ai dû repasser chez moi.

Maud observa sa paire de baskets : la semelle était encore mouillée. Une boue claire collait sur le côté.

Elle ne dit rien. Pas encore.

Chapitre 3

Maud demanda à tout le monde de se réunir dans la petite salle de réunion, vitrée sur la place. Sur la table, il y avait des gobelets, une boîte de biscuits entamée, et un plan du bâtiment.

— On va reconstruire la soirée d'hier, annonça Maud. Chacun à son tour. Pas de coupure. Pas d'insultes. On cherche la vérité, pas un coupable inventé.

Chloé Marlin croisa les bras.

— Très bien. Hier, je suis venue à dix-sept heures déposer le manuscrit. J'ai signé. Mme Fabre l'a mis dans la vitrine. J'ai fait une photo de la vitrine, parce que ça me rassurait.

— Vous l'avez encore ? demanda Maud.

Chloé sortit son téléphone. Sur la photo, on voyait le manuscrit, une couverture beige avec un ruban bleu. Sur le verre, un autocollant rond : “Exposition — Ne pas toucher”.

Maud agrandit l'image. Le reflet du couloir montrait un détail : un petit panneau “Accès interdit — Archives”, posé sur son chevalet, légèrement de travers.

— À quelle heure êtes-vous partie ? demanda Maud.

— Dix-huit heures dix. Je suis allée dîner. Je peux vous montrer le ticket de caisse.

Maud nota, sans juger. Un ticket prouve une présence ailleurs, mais pas tout.

Mme Fabre parla ensuite, avec une précision presque militaire : fermeture à dix-neuf heures, vitrine verrouillée, porte des Archives fermée, badge désactivé, registre signé.

Karim, le gardien, avait un visage doux, fatigué.

— Ma ronde commence à vingt et une heures. À vingt-deux heures, j'ai vu la lumière du couloir des Archives allumée. Je suis allé voir. La porte était fermée. J'ai éteint la lumière. Voilà.

Maud leva un sourcil.

— Vous êtes sûr de l'avoir éteinte ?

— Oui. Je clique sur l'interrupteur et… pouf.

— Il n'y a pas de détecteur, alors ? demanda Sami, surpris.

M. Vautrin se racla la gorge.

— Il y en a un dans l'autre couloir, mais pas là. Karim a raison, c'est un interrupteur.

Maud sentit une petite pièce se mettre en place. Si la lumière était allumée, quelqu'un l'avait allumée.

Zoé prit la parole, nerveuse.

— Moi… j'étais ici jusqu'à dix-huit heures trente. J'aidais Lina et Sami à installer les affiches. Ensuite je suis partie. J'ai pris le bus.

Lina intervint, sèche :

— On a fini à dix-huit heures vingt. Après, je suis allée au gymnase. Sami est parti par la place.

Sami hocha la tête.

— Ouais. Et j'ai même acheté des bonbons au kiosque. Le vendeur me connaît.

Maud posa son carnet.

— D'accord. Maintenant, on va vérifier un détail simple. Le panneau “Accès interdit — Archives” sur le parvis… Qui l'a installé ?

Tout le monde se regarda.

— Moi, dit Zoé rapidement. Enfin… je crois. C'était dans la réserve, avec les chevalets.

Maud prit une respiration lente. Le panneau. Un objet banal, mais placé au bon endroit, il peut cacher un mouvement, détourner des regards, ou… servir à autre chose.

— Sami, Lina, venez avec moi, dit-elle. On va voir ce panneau.

Dehors, le panneau était toujours là. Maud s'approcha. Elle passa la main derrière le bois. Ses doigts rencontrèrent une surface froide : une petite plaque métallique, fixée avec du ruban adhésif.

— C'est quoi ? souffla Lina.

Maud décolla doucement un coin de ruban. Sous la plaque, un aimant puissant.

Sami eut un éclair dans les yeux.

— Un aimant… ça sert à accrocher des trucs. Ou… à attraper une clé ?

Maud le regarda, satisfaite sans le montrer.

— Ou à tenir quelque chose contre un support sans vis. Exact.

Elle fixa l'aimant, puis le badge magnétique au-dessus de la porte des Archives, visible depuis l'entrée.

— Réfléchissez, dit-elle à voix basse. Quel geste simple, oublié, peut transformer une soirée normale en vol sans effraction ?

Lina fronça les sourcils.

— Si quelqu'un a laissé… la clé de la vitrine… quelque part ?

Sami compléta :

— Ou si quelqu'un a laissé sa carte-badge collée à un aimant… sans s'en rendre compte !

Maud referma doucement le ruban, comme si elle venait de toucher un fil électrique.

— On va vérifier la théorie. Mais on ne l'accuse pas, on confirme.

Chapitre 4

Dans le couloir des Archives, Maud demanda à M. Vautrin de montrer où se trouvait l'armoire des urgences. L'armoire était dans un renfoncement, avec une vitre et un autocollant “Ne pas ouvrir” signé.

— Le scellé est intact, constata Maud. Donc la clé de secours n'a pas servi.

Elle se tourna vers Mme Fabre.

— Où gardez-vous votre trousseau ?

Mme Fabre sortit un porte-clés lourd de son sac.

— Toujours sur moi.

Maud s'approcha.

— Hier soir, quand vous avez fermé, avez-vous fait quelque chose d'inhabituel ? Un appel ? Un carton à porter ? Une affiche à accrocher ?

Mme Fabre réfléchit, puis pinça les lèvres.

— J'ai… j'ai aidé Zoé à déplacer un chevalet. Celui du panneau. Il gênait le passage dans la réserve.

Maud posa la question qui comptait, d'une voix neutre.

— Vos clés étaient-elles dans votre main ?

Mme Fabre baissa les yeux, contrariée.

— Oui. Je… je les avais dans la main. Et je crois que j'ai aussi tenu le chevalet. On était pressées.

Maud regarda Zoé. La stagiaire jouait avec son badge, le faisant tourner entre ses doigts.

— Zoé, vous souvenez-vous d'un moment où vous avez “accroché” quelque chose au panneau ? Un trousseau, un badge, un objet métallique ?

Zoé cligna des yeux.

— Non… enfin… j'ai mis mon badge derrière, une seconde, pour libérer mes mains. Je le fais tout le temps. Je le colle partout, il a une bande aimantée.

Sami murmura :

— Sauf que là, y'avait un aimant en plus…

Maud reprit.

— Mme Fabre, votre trousseau est métallique. Si, en portant le chevalet, votre main est passée près de l'aimant… vos clés ont pu se coller derrière le panneau.

Mme Fabre pâlit.

— Impossible. Je les aurais senti…

— Pas forcément, dit Maud. Si vous teniez aussi le chevalet et votre sac. Un geste oublié, une seconde d'inattention. C'est tout ce qu'il faut.

Chloé Marlin tapa du pied, impatiente.

— Et après ? Quelqu'un serait venu “pêcher” les clés derrière un panneau, comme dans un mauvais film ?

— Ce n'est pas un film, répondit Maud. C'est plus simple. Quelqu'un a vu une opportunité.

Maud demanda à Karim :

— À vingt-deux heures, quand vous avez vu la lumière, avez-vous remarqué le panneau sur le parvis ?

Karim hocha la tête.

— Oui. Il était un peu… tourné vers la porte, comme s'il indiquait quelque chose.

Maud regarda Lina et Sami.

— Si quelqu'un a récupéré des clés sur le parvis, il avait besoin de temps et de discrétion. Le panneau est une cachette parfaite. On passe, on se penche, on fait semblant de resserrer une vis.

Sami ajouta, excité :

— Et après, il allume la lumière du couloir, il ouvre, il prend le manuscrit, il referme. Pas de casse.

— Exact, dit Maud. Il manque une étape : rendre les clés. Parce que si les clés disparaissent, on se doute tout de suite de quelque chose.

Lina réfléchit vite.

— Il les remet derrière le panneau. Comme ça, Mme Fabre les récupère le lendemain sans comprendre.

Maud sourit brièvement.

— Ou quelqu'un les récupère et les rend plus tard. Ce qui nous amène à une question : qui a eu le temps, hier soir, d'être dehors près du panneau, sans attirer l'attention ?

Ils se turent. Maud pensa à la lumière du couloir à vingt-deux heures, à la boue claire, au retard de Zoé ce matin.

— Zoé, dit Maud doucement, pourquoi deviez-vous “repasser chez vous” ce matin ?

Zoé rougit.

— J'ai… oublié mon sac de sport.

Maud la fixa sans dureté.

— Montrez-moi vos baskets.

Zoé hésita, puis leva un pied. La boue claire était bien là.

— Ce n'est pas la boue de la place, répéta Maud. Elle vient d'où ?

Zoé avala sa salive.

— Du chantier derrière la médiathèque… J'ai… j'ai coupé par là.

Un chantier. Du sable clair. Maud nota. Mais couper par un chantier n'est pas un crime. Il fallait encore relier tout ça au manuscrit.

Chapitre 5

Maud fit un tour derrière la médiathèque avec Sami et Lina. Le chantier était clos par une palissade, mais une planche était légèrement décollée, comme une porte de fortune. Derrière, le sol était couvert de sable humide et d'empreintes.

— Voilà la boue claire, dit Lina.

Maud suivit une trace de pas jusqu'à une petite fenêtre de service, haute, donnant sur le couloir des Archives. Fermée, mais pas verrouillée : on voyait un loquet intérieur.

Sami siffla entre ses dents.

— On peut atteindre le loquet avec… un truc long.

Maud pointa du doigt la palissade : une latte de bois manquait. Et au sol, un gant de travail, noir, était coincé sous une pierre.

— Quelqu'un est passé par là, dit-elle.

Ils retournèrent à l'intérieur. Maud demanda à voir les caméras. M. Vautrin se tortilla.

— Elles… elles ne fonctionnent pas depuis deux semaines. Budget…

— Donc, on travaille avec la logique, répondit Maud.

Elle rassembla tout le monde dans la salle de réunion, encore une fois.

— Je vais vous proposer une version, annonça-t-elle. Si vous voyez une faille, dites-le. On cherche ensemble.

Sami et Lina se redressèrent, prêts à jouer les assistants.

— Hier, en déplaçant le chevalet, un aimant caché derrière le panneau a attiré les clés de Mme Fabre, ou au moins une clé, continua Maud. Ce geste a été oublié. Ensuite, quelqu'un a découvert la clé derrière le panneau. Il a attendu la nuit. À vingt-deux heures, il est entré par le couloir, a allumé la lumière, a ouvert les Archives, a pris le manuscrit, puis a tout refermé. Il est ressorti par l'arrière, par le chantier, d'où la boue claire.

Mme Fabre ouvrit la bouche, outrée.

— Mais qui ferait ça ?

Maud ne répondit pas tout de suite. Elle posa une question au groupe, pour que les enfants participent.

— Qui, parmi vous, savait pour la valeur du manuscrit et pour la vitrine ? Et qui connaissait le chemin du chantier ?

Lina leva un doigt.

— Les bénévoles le savent. Et Zoé, avec ses allers-retours.

Sami ajouta, plus prudent :

— Et Karim connaît tout le bâtiment, mais il a prévenu pour la lumière… donc ça serait idiot.

Zoé se crispa.

— Vous pensez que c'est moi, c'est ça ?

Maud répondit sèchement :

— Je pense que vous êtes une pièce du puzzle. Pas forcément la dernière.

Elle se tourna vers Chloé Marlin.

— Vous avez dit avoir fait une photo de la vitrine. Vous l'avez montrée à quelqu'un ?

Chloé fronça les sourcils.

— Oui… je l'ai envoyée à mon éditeur et à… mon agent. Et à un ami. Pour plaisanter. Je lui ai dit : “Regarde, mon bébé est sous verre”.

— Qui est cet ami ? demanda Maud.

Chloé hésita.

— Hugo… il travaille au kiosque de la place.

Sami sursauta.

— Le vendeur de bonbons !

Maud sentit la dernière porte s'entrouvrir.

— Sami, hier soir, quand tu as acheté des bonbons, Hugo t'a parlé de l'exposition ?

— Oui. Il m'a demandé si c'était vrai qu'il y avait un “vrai manuscrit”. Je lui ai dit que oui, tout le monde en parlait.

Maud fixa M. Vautrin.

— Et vous, vous avez annoncé l'arrivée du manuscrit sur les réseaux de la médiathèque ?

Le directeur se ratatina.

— Pour faire venir du monde… oui.

Maud soupira. La publicité attire aussi les mains sales.

— Hugo a une vue directe sur le parvis, reprit Maud. Il a pu voir Zoé et Mme Fabre déplacer le chevalet. Il a pu voir des clés se coller derrière, ou au moins deviner que quelque chose était caché. Ensuite, il a attendu la nuit, est passé par le chantier, a récupéré le manuscrit, puis… il a dû le cacher.

Chloé pâlit.

— Hugo ? Mais… c'est ridicule.

— Le ridicule n'empêche pas les erreurs, dit Maud. Et les erreurs laissent des traces.

Maud se leva.

— Karim, accompagnez-moi au kiosque. Sami, Lina, vous restez ici avec Mme Fabre. Et surtout : personne ne touche au panneau.

Sami fit un salut militaire exagéré, ce qui arracha un sourire tendu à Lina.

— Promis, cheffe.

Chapitre 6

Le kiosque sentait le papier journal et la réglisse. Hugo, la trentaine, barbe courte, regard vif, servait un client. Quand il vit Maud et Karim, son sourire se figea une demi-seconde, juste assez pour être noté.

— Bonjour, dit Maud. Je cherche une information sur un manuscrit disparu.

Hugo haussa les épaules, trop vite.

— J'ai rien à voir avec ça. Je vends des magazines, pas des mystères.

Maud posa son carnet sur le comptoir.

— Hier, à vingt-deux heures, quelqu'un a allumé la lumière du couloir des Archives. Karim l'a vue. Le bâtiment n'a pas été forcé. On a trouvé de la boue claire, celle du chantier derrière la médiathèque. Et, sur le panneau “Accès interdit”, il y a un aimant caché.

Hugo avala sa salive.

— Un aimant ?

— Oui. Une cachette parfaite, dit Maud. Et vous, vous avez une vue directe sur ce panneau toute la journée.

Karim croisa les bras.

— Hugo, si tu sais quelque chose, c'est le moment.

Hugo ricana, mais ça sonnait creux.

— Vous croyez que je me balade la nuit avec des clés volées ?

Maud ne répondit pas. Elle observa plutôt le comptoir. Un détail attira son œil : un ruban bleu, fin, coincé sous un tas de tickets. Un ruban identique à celui de la couverture beige sur la photo de Chloé.

Maud pointa du doigt.

— Ça, c'est quoi ?

Hugo posa sa main dessus, comme pour le cacher.

— Rien. Un bout de déco.

Maud resta immobile. Sa voix devint plus calme, presque froide.

— Hugo, le manuscrit est unique. Si vous l'abîmez, il perd sa valeur. Si vous le rendez intact, on peut encore parler. Vous l'avez pris pour quoi ? Pour le revendre ? Pour faire une blague ? Pour prouver quelque chose à quelqu'un ?

Hugo serra les dents.

— Je voulais… juste le lire. Une nuit. Chloé me l'a montré en photo, elle se moquait, avec son “bébé sous verre”. Et moi, je me suis dit… pourquoi pas. J'ai vu les clés derrière le panneau. C'était là, comme un cadeau idiot.

Maud sentit la colère lui monter, mais elle la garda en laisse.

— Et après ?

— J'ai paniqué. J'ai entendu un bruit, je crois que c'était Karim au loin. J'ai pris le manuscrit et je suis sorti par derrière, par le chantier. Je l'ai caché.

— Où ? demanda Maud.

Hugo leva les mains, vaincu.

— Sous le panneau. Je l'ai glissé dans un sac plastique et je l'ai coincé derrière le chevalet, avec l'aimant. Je comptais le remettre ce matin avant l'ouverture. Et puis… j'ai eu peur. Je suis resté au kiosque, comme si de rien n'était.

Maud ferma les yeux une seconde. Tout s'emboîtait : la lumière, le chantier, l'aimant, le geste oublié, la disparition sans effraction.

— On va le récupérer, dit-elle. Maintenant.

Ils retournèrent au parvis. Tout le monde était là, tendu. Maud s'accroupit derrière le panneau, décolla le ruban adhésif, et sentit le sac plastique. Le manuscrit était là, sec, intact.

Chloé poussa un souffle tremblant, moitié soulagement, moitié rage.

— Vous êtes… incroyable, dit-elle à Maud.

— Non, répondit Maud. Les faits sont incroyables. Moi, je les aligne.

Elle se tourna vers Sami et Lina.

— Vous avez aidé. Vous avez posé les bonnes questions.

Sami bomba le torse.

— On a juste… réfléchi.

Lina sourit, fière.

— Ensemble.

Maud se releva, tenant le manuscrit contre elle. Derrière, Karim attrapa le panneau et le retira du chevalet.

— On enlève ça, dit-il. Plus de cachettes.

Le panneau retiré laissa l'entrée libre, comme si la médiathèque respirait mieux.

Maud regarda le groupe : l'autrice, les employés, les enfants, même Zoé qui essuyait une larme de stress.

— Une dernière chose, dit Maud. On ne résout pas une enquête en criant plus fort que les autres. On la résout en coopérant, en observant, en admettant ses erreurs. Hugo, vous allez présenter des excuses. Et vous allez réparer, d'une manière ou d'une autre.

Hugo hocha la tête, honteux.

Chloé prit le manuscrit, le serra contre son manteau.

— Ce soir, je lirai un extrait. Et je parlerai de ce qui s'est passé. Pas pour humilier, mais pour rappeler une règle simple : la confiance, ça se garde comme un manuscrit original. Avec soin.

Maud rangea son carnet. La pluie recommençait, fine, régulière, comme une ponctuation. Elle jeta un dernier regard à la place : un panneau en moins, un mystère de moins, et deux apprentis détectives un peu plus grands qu'hier.

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Pellicule brillante
Une fine couche qui couvre une surface et qui réfléchit la lumière comme du verre.
Parvis
Espace devant l'entrée d'un bâtiment, souvent ouvert et pavé.
Vitrine
Boîte ou fenêtre en verre où l'on expose un objet pour le montrer aux gens.
Registre
Cahier où l'on écrit officiellement des noms, heures ou événements.
Scellé
Qui est fermé de façon à montrer qu'on ne l'a pas ouvert.
Autocollant
Petit papier ou étiquette qui colle et se colle sur une surface.
Chevalet
Support en bois où l'on pose un panneau ou un tableau.
Trousseau
Ensemble de clés tenues ensemble sur un anneau.
Aimant
Objet qui attire certains métaux comme le fer.
Renfoncement
Petit espace creusé dans un mur, un coin un peu en retrait.
Palissade
Clôture en planches qui entoure un chantier ou un terrain.
Loquet
Petit mécanisme qui maintient une porte ou une fenêtre fermée.
Néons
Lampes longues et brillantes qui donnent une lumière froide.
Empreinte
Marque laissée par un objet ou un pas sur une surface.

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