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Histoire de chevalier 11 à 12 ans Lecture 21 min.

Le pont de la Griotte, ou la chevaleresse qui sut faire la paix

Dame Ysélis se rend à la frontière pour empêcher l’escalade entre Aubeciel et Brumelande quand elle découvre, avec son jeune écuyer Maël, que des bandits manipulent la colère des deux camps pour provoquer la guerre.

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Dame Ysélis, chevaleresse au visage serein et déterminé, en armure légère d'acier poli et cape verte, tient la garde de son épée sur le pont de pierre d'Aubeciel au crépuscule; à sa droite Maël, garçon de 12 ans aux cheveux châtains, souriant avec une tunique simple et un arc en bandoulière; en arrière-plan le Cormoran, capturé et honteux, menotté, gardé par deux soldats; autour, villageois d'Aubeciel et Brumelande échangent pains et fromages, rient et jouent, des enfants courent avec des rubans tandis que bannières flottent et que la rivière Griotte reflète un ciel rose; atmosphère chaleureuse de fête de réconciliation, lumière dorée, textures détaillées et style 3D d'animation aux couleurs vives naturelles, ombres douces et profondeur de champ légère. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La frontière qui gronde

Au château de Rocfauve, les bannières claquaient comme des avertissements. Le vent sentait la pluie et la fumée. Au-delà des collines, la frontière se crispait : d'un côté, le duché d'Aubeciel ; de l'autre, le comté de Brumelande. Deux terres voisines, deux peuples têtus, et entre eux une rivière étroite, la Griotte, qui n'avait rien demandé à personne.

Dame Ysélis de Rocfauve, chevaleresse en armure claire, traversa la cour. Son pas était calme, mais ses yeux, eux, ne cessaient de lire le monde : un palefrenier nerveux, des gardes trop silencieux, un messager qui tenait sa sacoche comme on serre une blessure.

Dans la grande salle, le seigneur Armand tapait du poing sur la table.

— Ils ont pris notre ponton ! grogna-t-il. Et demain, ce sera nos champs !

— Et les vôtres ont brûlé une grange chez nous ! répliqua une voix venue du fond. Un émissaire de Brumelande, capuchon bas, mains serrées.

Ysélis se plaça entre eux, droite comme une lance.

— La colère donne de la force, dit-elle, mais elle rend aveugle. Dites-moi ce qui s'est vraiment passé, sans enjoliver, sans mordre.

Le messager du duc d'Aubeciel s'avança.

— Dame Ysélis… La frontière s'embrase. On parle d'un raid cette nuit. Les deux camps jurent que l'autre a commencé.

Ysélis inspira, comme si elle voulait avaler le tumulte pour le recracher en paix.

— Si nous cherchons le premier coup, nous trouverons toujours quelqu'un à accuser. Si nous cherchons la cause, nous trouverons peut-être une solution.

Elle posa la main sur la garde de son épée, non pour menacer, mais comme on se rappelle un serment.

— Je partirai à la frontière. Pas pour gagner une bataille, mais pour gagner la paix.

Le seigneur Armand fronça les sourcils.

— Une paix ne se gagne pas avec des mots.

— Non, admit Ysélis. Avec du courage, de l'intelligence… et l'envie de comprendre l'autre avant de le frapper.

Dans un coin, son écuyer, Maël, un garçon vif de douze ans, murmura :

— Comprendre l'autre… même s'il sent le fromage de Brumelande ?

Ysélis eut un sourire bref.

— Surtout s'il sent le fromage. Allons, Maël. Selle Brise-Épine. La frontière nous attend.

Chapitre 2 — Le pont de la Griotte

Ils chevauchèrent sous un ciel d'étain. Les chemins étaient marqués de traces fraîches : roues, sabots, pas pressés. Les villages se fermaient comme des coquilles, et les regards suivaient Ysélis avec un mélange d'espoir et de peur.

Au soir, la rivière Griotte apparut, mince et sombre, serpentant entre des roseaux. Le vieux pont de pierre, jadis point de marché et de chansons, était gardé par deux groupes : des archers d'Aubeciel d'un côté, des piquiers de Brumelande de l'autre. Entre eux, une distance de quelques pas… et un gouffre de rancune.

Un capitaine d'Aubeciel lança :

— Un pas de plus, et je fais siffler mes flèches !

Un sergent de Brumelande répondit :

— Qu'il essaye ! On a des piques pour les cueillir comme des pommes !

Maël se pencha vers Ysélis.

— On dirait deux chats qui se disputent un même coussin.

— Sauf que le coussin est un pont, et que les griffes sont en fer, murmura Ysélis.

Elle mit pied à terre, leva les mains, paumes ouvertes.

— Je suis Dame Ysélis de Rocfauve, au service de la paix. Personne ne tirera tant que je parle.

Un rire sec jaillit.

— Et si on ne veut pas t'écouter ? cracha un archer.

Ysélis avança encore, jusqu'à sentir la fraîcheur de la rivière.

— Alors vous me tuerez. Mais vous devrez expliquer à vos enfants pourquoi vous avez abattu quelqu'un venu sans menace.

Un silence lourd tomba, comme une couverture sur un brasier. Les hommes échangèrent des regards. Aucun ne bougea.

Ysélis désigna les planches neuves d'un petit ponton amarré en contrebas.

— Qui l'a pris ? demanda-t-elle.

— Eux, dit le capitaine.

— Eux, dit le sergent, en même temps.

Maël souffla :

— C'est pratique, ils ont le même mot pour « coupable ».

Ysélis observa. Sur la boue, des empreintes plus fines que des bottes d'homme : des pas rapides, légers. Et là, dans les roseaux, une corde grossière, coupée net, avec un nœud de marin.

Elle se redressa.

— Ce ponton a été volé par quelqu'un qui voulait vous faire vous battre. Ni vos soldats, ni les leurs n'ont des semelles si petites. Et ce nœud… ce n'est pas un nœud de paysan.

Les deux chefs hésitèrent.

— Tu insinues… des bandits ? demanda le sergent.

— Ou pire : des gens qui profitent de la guerre, répondit Ysélis. Si vous vous égorgez, ils voleront vos greniers, vos troupeaux, vos enfants.

Le mot « enfants » frappa plus fort qu'une épée. Un archer baissa légèrement son arc.

Ysélis continua, la voix ferme :

— Donnez-moi une nuit. Une seule. Je trouverai qui joue avec votre haine. Mais pour cela, vous devez tenir vos hommes.

Le capitaine gronda :

— Et si c'est une ruse ?

— Alors vous aurez ma tête au matin, dit Ysélis tranquillement. Sur l'honneur.

Maël avala sa salive.

— Dame Ysélis…

— Chut. Les serments sont des ponts plus solides que la pierre, Maël. Quand on les traverse, on ne regarde pas en bas.

Chapitre 3 — Les voleurs de guerre

La nuit s'étira, noire et humide. Ysélis et Maël longeaient la rivière, sans torche, guidés par le bruissement des roseaux et l'éclat rare des étoiles.

— Si on tombe sur des bandits, murmura Maël, tu feras ton regard sévère ?

— Je commencerai par écouter, répondit Ysélis. Les bandits ont parfois de bonnes raisons… et souvent de mauvaises idées.

Au détour d'un bosquet, ils virent une lueur tremblante. Une cabane de pêcheur, abandonnée depuis des mois, respirait comme une bête qui cache son souffle. Ysélis posa un doigt sur ses lèvres. Maël hocha la tête, sérieux comme un petit capitaine.

Ils s'approchèrent. À travers une fente, Ysélis aperçut trois silhouettes. Sur la table : des sacs de farine marqués du sceau d'Aubeciel, et des bouteilles de cidre de Brumelande. Mélange parfait pour attiser une dispute.

— On a réussi, ricana un homme à la voix grasse. Demain ils s'entretuent, et nous, on ramasse.

— S'ils demandent qui a volé le ponton ? demanda une autre voix.

— On laisse des traces des deux côtés. Les idiots mordent toujours à l'hameçon.

Maël serra les poings.

— Des hyènes.

— Des hyènes qui savent compter, corrigea Ysélis. C'est plus dangereux.

Elle recula doucement et chuchota :

— Il nous faut une preuve, et des témoins. Et il nous faut éviter une bataille maintenant.

Maël eut une idée.

— Et si… on leur vole leur corde ? Sans corde, pas de ponton, pas de traces.

— Bien. Et mieux : on leur prend leur livre de comptes, s'ils en ont un. Les voleurs adorent écrire leurs profits.

Ils rampèrent jusqu'à l'arrière de la cabane. Une fenêtre sans vitre. Maël, mince comme un brin de paille, s'y glissa avec l'adresse d'un chat. Ysélis resta dehors, l'oreille tendue, main sur la garde.

Un bruit de bouteille, un juron étouffé. Maël ressortit, les joues rouges, tenant une sacoche et une corde.

— J'ai failli éternuer, murmura-t-il. J'avais du foin dans le nez. Le destin est cruel.

— Le destin est moqueur, dit Ysélis, et nous oblige à être prudents.

Soudain, la porte s'ouvrit. Un bandit sortit, renifla l'air.

— Y a quelqu'un…

Ysélis se redressa, comme une ombre devenue statue.

— Oui, dit-elle. Quelqu'un qui n'aime pas qu'on allume des guerres pour voler des sacs de farine.

Le bandit dégaina un couteau. Ysélis ne tira pas son épée tout de suite.

— Pose ça, dit-elle. Je ne veux pas te tuer.

— Moi si ! grogna l'homme en avançant.

Il attaqua. Ysélis esquiva, pivota, lui crocheta le poignet d'un geste net. Le couteau tomba. Elle posa sa lame sur le cou du bandit, sans appuyer.

— Un pas de plus, et je te rase la barbe jusqu'à l'âme.

Maël, malgré la peur, lâcha un petit rire.

— Ça, c'est une menace élégante.

Les deux autres bandits surgirent. Ysélis recula vers la rivière, choisissant le terrain : boue glissante, roseaux qui gênent les jambes. Elle parla fort, pour que les gardes du pont puissent entendre au loin.

— À l'aide ! Des voleurs de guerre !

Les bandits hésitèrent. L'un murmura :

— On se tire !

Mais déjà, des cris répondaient depuis le pont : des pas, des armures qui cliquettent. Les bandits s'éparpillèrent. Celui sous la lame d'Ysélis tenta de fuir ; elle lui fit une prise et l'envoya rouler dans la boue. Il resta groggy, couvert de roseaux, comme un épouvantail raté.

Quand les soldats arrivèrent, essoufflés, Ysélis brandit la sacoche.

— Voici leur butin. Et leurs comptes.

Le capitaine d'Aubeciel et le sergent de Brumelande, arrivés ensemble, se regardèrent, surpris d'être côte à côte sans se frapper.

— Des bandits… souffla le capitaine.

— Je l'avais dit, murmura Ysélis. On vous a guidés comme des bœufs vers un fossé.

Chapitre 4 — Le conseil sous la tente

À l'aube, une grande tente fut dressée près du pont. Une tente neutre, sans blason, juste une toile grise qui disait : « Ici, on parle. »

Autour d'une table, Ysélis posa les preuves : la corde au nœud de marin, les sacs marqués, et surtout un petit carnet graisseux où des chiffres s'alignaient comme des fourmis.

Le capitaine d'Aubeciel lut à voix haute.

« Deux sacs pris au village de La-Source… vendus au marché noir… provoquer rixe au pont… » C'est écrit noir sur blanc.

Le sergent de Brumelande serra la mâchoire.

— On a failli se massacrer pour ça…

Maël, assis un peu en retrait, souffla :

— Pour de la farine. C'est bête… et en même temps, ça fait peur.

Ysélis hocha la tête.

— La guerre commence rarement par de grandes raisons. Elle commence par une petite étincelle, et par des gens qui soufflent dessus.

Les deux chefs restaient raides, comme s'ils craignaient que l'autre profite du moindre signe de faiblesse. Ysélis posa alors une question simple.

— Qu'avez-vous perdu ces derniers mois ?

Le capitaine répondit, après un silence :

— Des récoltes. Des familles ont faim. Le duc exige des taxes pour lever des hommes.

Le sergent grimaça.

— Chez nous, la rivière a changé de lit après les crues. Nos pêcheurs reviennent les filets vides. Alors on accuse… parce que ça soulage.

Ysélis regarda l'un puis l'autre.

— Vous n'êtes pas ennemis par nature. Vous êtes deux peuples fatigués. Et la fatigue se déguise souvent en colère.

Elle proposa :

— Un pacte de frontière. Première clause : une patrouille mixte sur la Griotte, moitié Aubeciel, moitié Brumelande. Ainsi, plus de rumeurs : des faits.

Le capitaine fronça le nez.

— Mélanger nos hommes ? Ils vont se battre.

— Ou apprendre à se connaître, répliqua Ysélis. On se bat plus facilement contre un visage qu'on ne connaît pas.

Maël leva timidement la main.

— Et… on pourrait faire un marché sur le pont, comme avant. Avec des gardes des deux côtés. Quand on échange du pain, on échange aussi des nouvelles. Et quand on rit, on a moins envie de taper.

Le sergent observa Maël, surpris.

— L'écuyer parle avec sagesse.

Maël rougit.

— C'est parce que je n'ai pas encore de moustache. Ça laisse passer l'air… et les idées.

Un bref rire circula, discret mais réel. La tente sembla moins étouffante.

Ysélis ajouta, plus grave :

— Il reste une menace. Les bandits ne sont pas seuls. Ce nœud de marin… il vient des marais de Sombrelacs. Il y a là un chef qu'on appelle le Cormoran. Tant qu'il rôde, il cherchera à rallumer le feu.

Le capitaine et le sergent se redressèrent en même temps.

— Alors il faut le capturer, dirent-ils presque ensemble.

Ysélis posa sa main sur la table.

— Pas « vous » contre « eux ». Nous. Ensemble.

Chapitre 5 — La marche vers Sombrelacs

Une troupe compacte se forma : douze hommes d'Aubeciel, douze de Brumelande, et au milieu, Ysélis. Les blasons différents semblaient d'abord se repousser comme deux aimants. Puis, sur le chemin, les bottes firent le même bruit, et les gourdes passèrent de main en main.

Le marais de Sombrelacs les accueillit avec son haleine froide. L'eau y était immobile comme un miroir sale. Des arbres tordus levaient des doigts crochus vers le ciel. Chaque pas aspirait les semelles, comme si la terre voulait garder les voyageurs pour elle.

Maël avançait près d'Ysélis, l'arc sur l'épaule.

— Dame Ysélis… et si c'est un piège ?

— C'est sûrement un piège, répondit-elle. La question est : qui tombera dedans.

Ils trouvèrent des traces : des caisses traînées, des feux récents, des morceaux de corde. Puis, une sentinelle surgit d'un fourré, flèche prête. Avant qu'elle ne tire, Ysélis leva son bouclier et cria :

— Nous ne venons pas pour brûler. Nous venons pour arrêter celui qui vous utilise !

La sentinelle hésita. Derrière elle, une voix plus profonde gronda :

— Trop tard.

Un sifflement fendit l'air. Des projectiles partirent des arbres : pas des flèches, mais des boules de boue durcie, lancées par des frondes. Elles claquaient sur les casques, sonnaient comme des cloches de malheur. Les soldats ripostèrent, mais le marais avalait les pas et ralentissait les charges.

Ysélis observa vite : les bandits voulaient séparer les deux groupes, les pousser à croire que l'autre trahissait. Déjà, dans la brume, on distinguait mal les couleurs.

— Maël ! cria-t-elle. Souviens-toi : ne vise que ce que tu reconnais !

— Compris !

Elle tourna vers les capitaines.

— Rassemblez vos hommes en cercle ! Boucliers dehors, lances vers l'intérieur. On ne se disperse pas !

Le capitaine d'Aubeciel hésita un souffle.

— À vos ordres.

Le sergent de Brumelande imita.

— À vos ordres, Dame Ysélis.

Les boucliers se collèrent, mur de bois et de fer. Les frondes frappèrent, mais la formation tint bon. Ysélis sentit une satisfaction froide : la discipline est une armure invisible.

Alors une silhouette apparut sur un tronc couché, comme un roi sur un trône de mousse : manteau sombre, capuche ornée de plumes noires.

— Je suis le Cormoran, lança-t-il. Et vous êtes deux armées prêtes à s'entre-dévorer. Mon marais vous avalera, et votre guerre me nourrira !

Ysélis leva son épée.

— Tu te nourris de la peur des autres. C'est un repas de lâche.

Le Cormoran rit.

— La paix ? Une belle histoire pour les enfants.

Maël, sans réfléchir, répliqua :

— Justement, je suis un enfant, et je trouve ton histoire nulle !

Le rire du Cormoran se coupa net.

— Attrapez-les !

Les bandits se ruèrent. Ysélis ne se contenta pas de frapper : elle guida. Un coup pour désarmer, un pas pour protéger, un ordre pour maintenir la ligne. Elle avait l'esprit clair au milieu du chaos, comme une chandelle qui ne vacille pas.

Elle repéra un détail : le Cormoran portait à la ceinture une petite corne de signal. S'il sonnait, d'autres bandits sortiraient de la brume. Il fallait l'empêcher de donner l'alarme.

— Maël, avec moi ! dit-elle.

Ils fendirent la mêlée, glissant entre les boucliers. Maël tira une flèche qui cloua la manche d'un bandit à un arbre.

— Pardon ! cria-t-il. Enfin… pas trop !

Ysélis atteignit le tronc. Le Cormoran tenta de souffler dans sa corne. Ysélis lança son bouclier : il frappa l'instrument, qui s'envola dans la vase avec un « plop » ridicule.

— Oh, fit Maël. La grande menace vient de faire « plop ».

Fou de rage, le Cormoran dégaina une épée courte et attaqua. Ysélis para, recula, puis avança d'un coup d'épaule. Le combat était rapide, glissant, dangereux. Le marais n'offrait aucun appui, mais Ysélis utilisait chaque racine, chaque pierre, comme une marche secrète.

Elle vit dans les yeux du Cormoran non pas du courage… mais une panique maquillée.

— Tu as peur, dit-elle, essoufflée.

— J'ai faim ! cracha-t-il.

— Alors apprends à gagner autrement qu'en détruisant.

Elle feinta un coup haut, frappa bas, et la lame du Cormoran sauta dans l'eau. Il voulut fuir. Maël lui barra la route, arc pointé, mains tremblantes mais regard solide.

— Arrête-toi. S'il te plaît.

Le Cormoran cligna des yeux, surpris par ce « s'il te plaît » au milieu de la bataille. Cette seconde d'hésitation suffit : des soldats des deux camps l'encerclèrent.

Le marais sembla expirer. Les bandits, voyant leur chef capturé, lâchèrent leurs armes ou s'enfoncèrent dans la brume, avalés par leurs propres pièges.

Chapitre 6 — La victoire qui unit

Deux jours plus tard, le pont de la Griotte était de nouveau vivant. Pas de menaces, pas d'arcs bandés. Des tables de marché s'alignaient : pains d'Aubeciel, fromages de Brumelande, pommes, rubans, et même un jongleur qui prétendait savoir parler aux poules (les poules n'avaient pas l'air d'accord, mais le public riait quand même).

Le Cormoran, lié mais vivant, fut livré à une justice commune : un tribunal de frontière, composé de représentants des deux terres. Ysélis insista pour qu'on écoute aussi ceux qui l'avaient suivi.

— La faute doit être punie, dit-elle, mais la misère doit être soignée. Sinon, d'autres Cormorans naîtront.

Le duc d'Aubeciel et la comtesse de Brumelande se rencontrèrent sur le pont, au milieu, là où jadis on s'évitait.

— On m'a dit que vous aviez tenu parole, dit la comtesse à Ysélis.

— J'ai surtout tenu les autres loin de la guerre, répondit Ysélis.

Le duc regarda la foule qui échangeait, discutait, goûtait.

— Une victoire sans champ de bataille… C'est rare.

— C'est la plus difficile, répondit Ysélis. Parce qu'elle demande de vaincre en soi la partie qui veut frapper vite.

Maël tira doucement sur la manche de sa dame.

— Alors… on a gagné ?

Ysélis regarda les patrouilles mixtes qui traversaient le pont, riant d'une blague partagée. Elle regarda une vieille femme de Brumelande offrir une part de tarte à un enfant d'Aubeciel. Elle regarda deux anciens ennemis comparer leurs cicatrices comme des souvenirs d'orage.

— Oui, dit-elle. Une grande victoire. Pas seulement sur un bandit, mais sur la méfiance.

Maël souffla, soulagé.

— Et mon histoire préférée, c'est celle où personne ne meurt.

Ysélis posa une main sur son épaule.

— La chevalerie n'est pas faite pour compter les morts, Maël. Elle est faite pour protéger les vivants.

Le soleil passa entre les nuages et alluma la rivière Griotte d'une lumière dorée. Le pont, désormais, ne séparait plus : il reliait. Et dans ce lien, Ysélis entendit comme un écho de légende—non pas celle d'une épée triomphante, mais celle d'un courage assez grand pour laisser une place à l'empathie.

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Chevaleresse
Femme chevalier qui protège et combat, souvent liée à un seigneur.
Palefrenier
Personne qui s'occupe des chevaux dans une écurie ou un château.
écuyer
Jeune aide d'un chevalier qui apprend à devenir guerrier.
Ponton
Plateforme ou petit pont posé sur l'eau pour passer ou amarrer des bateaux.
Nœud de marin
Nœud solide utilisé par les marins pour attacher des cordes ou amarrer.
Marais
Territoire humide avec de l'eau stagnante, des roseaux et de la boue.
Patrouille mixte
Groupe de soldats formé par des personnes de deux côtés différents.
Marché noir
Commerce secret où l'on vend des biens volés ou interdits.
Tribunal de frontière
Lieu où l'on juge des crimes entre deux territoires voisins.
Serments
Promesses fortes et publiques que l'on doit tenir par honneur.

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