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Histoire de chevalier 11 à 12 ans Lecture 24 min.

Le serment du chevalier voilé et la quête de l’eau vive

Un chevalier mystérieux et le jeune page Tom partent en quête d’eau pour sauver le château assoiffé de Haute-Cour, affrontant voleurs, brume et épreuves qui mettent leur courage et leur honneur à l’épreuve.

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Ser Noctel, chevalier au visage voilé laissant apparaître une fine cicatrice sur la joue, stoïque et légèrement fatigué, armure sombre mate aux rayures usées, cape poussiéreuse, épée au fourreau et main protectrice posée sur la croupe de son cheval, au centre; Tom, garçon page d'environ 12 ans, taches de rousseur, regard écarquillé et sourire timide, portant des outres d'eau en cuir brun clouté légèrement mouillées qu'il pose précieusement devant une citerne; Dame Ysilde, noble de 35–40 ans en robe simple mais élégante, cheveux relevés, visage fatigué mais soulagé, main sur la poitrine près des marches du château; arrière-plan : cour du château de Haute-Cour en pierres grises rainurées, tours crénelées, torches allumées, servantes affairées; ambiance solennelle et joyeuse d'une arrivée triomphante et silencieuse de l'eau au crépuscule, gouttelettes scintillantes; style : couleurs saturées, traits noirs épais, formes souples type rubber hose, expressions lisibles, textures simples pour cuir et métal, composition claire avec silhouettes distinctes. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le chevalier au visage voilé

Le château de Haute-Cour dominait la vallée comme un vieux lion fatigué. Ses tours, pourtant fières, semblaient un peu plus ternes chaque jour, car la sécheresse avait grignoté la terre, fendu les chemins et tari les fontaines. Dans la cour, les seaux résonnaient creux. Les servantes secouaient des cruches qui ne donnaient qu'un dernier filet, et même les chevaux hennissaient d'une voix râpeuse.

Ce matin-là, un cavalier entra par le pont-levis. Il avançait tranquillement, sans parade, comme s'il n'avait pas besoin d'être vu pour exister. Son armure était sombre, discrète, marquée de rayures anciennes. Un voile léger, noué sous un casque simple, cachait son visage. À son côté pendait une épée, mais elle restait au repos, comme une promesse gardée au fourreau.

Le capitaine des gardes, un grand homme moustachu nommé Brann, s'approcha, méfiant.

— Halte ! Qui va là ? Et que viens-tu chercher à Haute-Cour, étranger ?

La voix du cavalier était calme, un peu grave.

— De l'eau.

Brann cligna des yeux.

— De l'eau ? Ici ? Nous en manquons, chevalier. Les puits sont bas, les citernes vides. Même les corbeaux se plaignent, et c'est dire !

— Justement, répondit l'étranger. J'ai fait serment d'en amener à la cour.

La rumeur courut comme une étincelle. « Un chevalier qui apporte de l'eau ! » On se pressa près des murs, on s'accrocha aux rebords des fenêtres. La dame du château, Dame Ysilde, descendit les marches, droite comme une flèche. Ses yeux étaient clairs, mais la fatigue y dessinait des ombres.

— Un serment ? dit-elle. À qui l'as-tu juré ?

Le chevalier inclina la tête.

— À moi-même… et à l'honneur.

Cette réponse fit sourire un petit page aux taches de rousseur, Tom, qui chuchota à son voisin :

— Il jure à lui-même, celui-là. C'est pratique, on ne peut pas lui crier dessus !

Son voisin lui donna un coup de coude pour le faire taire, mais le chevalier, sous son voile, sembla retenir un rire.

Dame Ysilde observa l'étranger.

— Si tu tiens parole, Haute-Cour te devra plus qu'une récompense. Mais les routes sont dangereuses. Les sources du plateau sont surveillées par des bandits, et la forêt de Brume avale les voyageurs.

— Je ne suis pas pressé, dit le chevalier. Je suis résolu.

Brann haussa un sourcil.

— Résolu, c'est bien. Mais avec quoi transporteras-tu l'eau ? Un seau ? Une prière ?

— Avec intelligence, répondit l'étranger.

Dame Ysilde fit signe.

— Qu'on lui donne un cheval frais, une carte, et… Tom, tu l'accompagnes.

Tom sursauta.

— Moi ? Mais… je suis juste page !

— Justement, dit Dame Ysilde. Tu cours vite, tu vois bien, et tu poses trop de questions : il te faudra apprendre à les poser au bon moment.

Tom se tourna vers le chevalier mystérieux.

— Comment dois-je vous appeler ?

Le chevalier hésita, comme s'il pesait le poids des noms.

— Appelle-moi Ser Noctel.

Et sous le ciel blanc de chaleur, Ser Noctel et Tom quittèrent la cour, avec pour mission de ramener ce qui semblait le plus simple… et s'annonçait comme la plus noble des quêtes.

Chapitre 2 — La carte qui ment et le ruisseau qui disparaît

Le chemin s'étirait entre des champs jaunis. La poussière s'accrochait aux bottes et aux sabots. Tom trottinait près du cheval, parlant pour ne pas entendre le silence sec du monde.

— Vous êtes vraiment un chevalier ? On dirait que vous avez peur de montrer votre visage. Vous avez une cicatrice ? Ou… vous êtes un prince en fuite ?

— Je suis un chevalier, répondit Ser Noctel. Et mon visage n'aide pas à porter de l'eau.

Tom plissa les yeux.

— Ça, c'est une réponse de quelqu'un qui ne veut pas répondre.

— Exactement.

Ils consultèrent la carte près d'un vieux chêne. Un trait bleu, fin comme un fil, indiquait un ruisseau appelé la Lame-Claire.

— Si la Lame-Claire coule encore, dit Tom, on pourra remplir des outres, non ?

Ser Noctel posa un doigt ganté sur le trait.

— Les cartes sont des promesses de papier. Il faut vérifier si la terre les respecte.

Ils descendirent dans un petit vallon. Là où l'eau aurait dû chanter, il n'y avait qu'un lit de pierres sèches, comme une gorge qui aurait oublié comment avaler.

Tom s'accroupit, fouilla entre les cailloux, puis leva les mains : poussiéreuses.

— Elle a disparu… Comment un ruisseau peut disparaître ?

Ser Noctel observa les berges. Il remarqua des marques récentes, des traces de roues et de sabots.

— On ne fait pas disparaître une rivière par magie, dit-il. On la détourne.

Ils suivirent les traces, qui menaient vers un talus. Là, une digue de terre fraîchement tassée barrait le cours. Derrière, un petit bassin retenait les dernières eaux, troubles et précieuses.

— Quelqu'un l'a bloquée ! s'indigna Tom. C'est… c'est voler !

— Oui, dit Ser Noctel. Et voler l'eau, en temps de soif, est une honte.

Tom regarda la digue comme on regarde un ennemi.

— On la détruit ?

Ser Noctel secoua la tête.

— Si nous la détruisons, l'eau s'éparpillera, et rien n'arrivera à Haute-Cour. Il faut la guider.

Il scruta le terrain, repéra une rigole naturelle qui descendait vers l'est.

— Nous allons creuser une tranchée jusqu'à cette rigole. L'eau reprendra sa route, mais plus loin, hors de portée des voleurs.

Tom écarquilla les yeux.

— Vous savez creuser ?

— Je sais faire ce qui doit être fait.

Ils travaillèrent sous le soleil. Tom râlait, mais ses mains s'activaient.

— Les chansons de chevaliers parlent rarement de boue sous les ongles, grogna-t-il.

— Les chansons oublient l'essentiel, répondit Ser Noctel. Le courage n'est pas toujours brillant. Il est souvent sale.

Quand la tranchée fut assez profonde, Ser Noctel entailla la digue à un endroit précis. L'eau jaillit, d'abord hésitante, puis déterminée, et se mit à couler dans la tranchée comme une armée retrouvant son chemin.

Tom poussa un cri de victoire.

— Ha ! On l'a eue ! On a vaincu la digue !

— Nous n'avons vaincu que notre impatience, dit Ser Noctel. Mais c'est déjà beaucoup.

Ils remplirent deux outres. Pas assez pour un château, juste de quoi survivre sur la route.

— Ce n'est qu'un début, souffla Tom.

— Les quêtes commencent souvent par une gorgée, dit le chevalier.

Au loin, un corbeau croassa, comme s'il se moquait. La forêt de Brume attendait, sombre et silencieuse, et la vraie source restait à trouver.

Chapitre 3 — La forêt de Brume et les paroles qui sauvent

La lisière de la forêt de Brume ressemblait à un rideau de fumée. Les arbres y étaient si serrés que la lumière y entrait en miettes. Une fraîcheur humide montait du sol, et Tom, malgré la chaleur de la veille, frissonna.

— Je n'aime pas cet endroit, avoua-t-il. On dirait que les arbres écoutent.

— Ils écoutent, dit Ser Noctel. Comme nous.

Ils avancèrent. La brume s'accrochait à leurs épaules, glissait sur l'armure de Ser Noctel comme sur une pierre froide. Des craquements venaient de partout, sans qu'on voie rien.

Au détour d'un sentier, des silhouettes surgirent : cinq hommes en capes rapiécées, arcs en main, l'air aussi sec que la terre.

Leur chef, un gaillard au nez cassé, barra la route.

— Belle monture, belle armure… et belles outres, dit-il en souriant. Donne-nous l'eau, chevalier, et on te laissera passer avec ta dignité.

Tom se plaça un peu devant les outres, comme si son corps pouvait faire barrage.

— Vous n'avez pas honte ? Vous volez l'eau !

— La honte ne remplit pas les ventres, petit, ricana un autre.

Ser Noctel ne tira pas son épée. Il descendit de cheval avec lenteur, posant les mains bien en vue.

— Je ne suis pas venu me battre, dit-il. Je suis venu tenir un serment.

— Un serment ? Le chef éclata de rire. Les serments ne valent rien ici. Ici, c'est la forêt, et la forêt prend.

— Alors, répondit Ser Noctel, prenez autre chose que l'eau.

Un silence. Tom se tourna vers lui, horrifié.

— Quoi ? Vous allez leur donner… notre cheval ?

— Écoute, Tom, murmura Ser Noctel sans bouger les lèvres. L'honneur ne consiste pas à être têtu. Il consiste à protéger ce qui doit l'être.

Le chef s'approcha, méfiant.

— Tu proposes quoi, chevalier au visage caché ?

Ser Noctel leva la main et montra le sol.

— Je sais où coule une veine d'eau sous cette forêt. Je peux vous indiquer comment creuser un puits peu profond, ici même, à l'endroit où le terrain est tendre. Vous aurez de l'eau… sans voler celle des autres.

Les bandits échangèrent des regards. L'idée les piqua comme une écharde d'espoir.

— Et pourquoi on te croirait ? demanda l'un.

— Parce que je ne vous ai pas attaqués, répondit Ser Noctel. Et parce que la soif rend tout le monde égal.

Tom avala sa salive.

— Et s'ils nous mentent ? Et s'ils nous prennent quand même ?

Ser Noctel répondit plus fort, pour que tous entendent :

— Je vous donnerai aussi ceci.

Il détacha de sa ceinture un petit couteau solide, bien entretenu.

— Un outil qui creuse, tranche, sert. Mais l'eau, non.

Le chef se gratta le menton.

— T'es étrange. On dirait un marchand… avec une épée.

— Je suis chevalier, dit Ser Noctel. Et un chevalier protège.

Le chef fit un geste sec. Deux hommes abaissèrent leurs arcs.

— Montre l'endroit, alors.

Ser Noctel marcha quelques pas, observa les fougères, posa l'oreille contre un tronc, puis désigna une zone légèrement creuse.

— Ici. Creusez à deux coudées. Vous trouverez de l'humidité, puis l'eau.

— Et si on trouve rien ?

Ser Noctel tourna légèrement la tête, comme s'il regardait au-delà du voile.

— Alors vous aurez appris quelque chose : qu'on ne gagne pas toujours. Mais on peut recommencer sans devenir un voleur.

Le chef sembla gêné, comme si ce mot l'avait touché.

— Va, chevalier. Mais si tu nous as trompés, on te retrouvera.

— Si je vous ai trompés, dit Ser Noctel, je ne mériterai pas d'être retrouvé.

Ils passèrent. Tom n'osa respirer qu'une fois les silhouettes perdues dans la brume.

— Vous êtes fou, souffla-t-il. Et… vous les avez presque convaincus.

— La peur pousse à prendre, répondit Ser Noctel. L'honneur pousse à proposer.

Plus loin, un pont de bois pourri traversait un ravin. Les planches gémissaient sous le poids du cheval.

— On fait demi-tour ? demanda Tom.

— Non. Lentement, dit Ser Noctel. Et avec confiance.

Ils passèrent un à un. Une planche se brisa, Tom glissa, mais Ser Noctel le saisit par le col, solide comme un pilier.

Tom se retrouva assis, le cœur battant.

— Merci…

— Ne remercie pas, dit Ser Noctel. Avance.

Quand la forêt s'éclaircit enfin, Tom remarqua quelque chose : le chevalier respirait plus vite, comme si l'effort l'avait blessé.

— Vous allez bien ?

— Oui, répondit Ser Noctel. Le courage ne supprime pas la fatigue. Il la traverse.

Chapitre 4 — La source du Roi-Pèlerin

Au-delà de la forêt s'étendait un plateau de pierres grises. Le vent y soufflait librement, secouant les herbes maigres. Dans ce paysage rude, une légende persistait : la source du Roi-Pèlerin, cachée dans une ancienne chapelle en ruine, ne tarissait jamais, même quand le ciel oubliait de pleuvoir.

Tom, qui aimait les récits, retrouva un peu d'énergie.

— Si elle existe vraiment, ce sera… grandiose.

— Si elle existe, dit Ser Noctel, elle demandera un prix.

Ils trouvèrent la chapelle au creux d'un cercle de rochers. La porte, fendue, pendait de travers. À l'intérieur, l'air était plus frais, et une odeur de pierre mouillée flottait, discrète mais réelle.

Au centre, une dalle portait une inscription presque effacée. Tom frotta avec sa manche.

« À celui qui boit, qu'il se souvienne : l'eau est un don, et le don appelle un devoir. »

— Un avertissement, murmura Ser Noctel.

Derrière l'autel brisé, une ouverture descendait vers l'obscurité. Un escalier étroit.

Tom avala sa salive.

— C'est… c'est là ?

Ser Noctel alluma une petite lampe à huile.

— Reste près de moi.

Ils descendirent. La pierre suintait. L'écho de leurs pas semblait les suivre comme un troisième compagnon. En bas, un bassin naturel brillait faiblement : de l'eau claire, vivante, qui gouttait d'une fissure dans la roche.

Tom s'agenouilla, émerveillé.

— Elle est là… Elle est là !

Il tendit la main, puis hésita.

— On peut… on peut en prendre ?

Ser Noctel s'agenouilla à son tour.

— Oui. Mais sans oublier le devoir.

Ils remplirent les outres, puis Ser Noctel sortit une petite fiole de cire.

— C'est pour la cour, dit-il. Une preuve, et un début.

Tom le regarda faire, soigneux, presque tendre.

— Vous parlez comme si l'eau était une personne.

— Elle l'est, à sa manière, répondit Ser Noctel. Elle voyage, elle nourrit, elle pardonne parfois.

Un grondement sourd fit vibrer la chapelle. De la poussière tomba.

Tom se redressa d'un bond.

— Qu'est-ce que c'était ?

Ser Noctel leva la lampe. Sur le plafond, des fissures fines s'élargissaient.

— La pierre est vieille. Et nos pas l'ont réveillée.

Ils se précipitèrent vers l'escalier. Derrière eux, un pan de roche s'effondra dans un fracas qui avala le silence. L'air se chargea de poussière, la lampe vacilla.

— Plus vite ! cria Tom, la voix étranglée.

— Pas de panique, dit Ser Noctel. Panique et chute sont sœurs.

Ils montèrent. Une marche céda sous le pied de Tom ; Ser Noctel le rattrapa encore, l'agrippant avec une force tranquille.

— Tu tiens ?

— Je… oui !

Ils débouchèrent dans la chapelle au moment où l'ouverture derrière l'autel se bouchait sous des pierres. La source, désormais, était inaccessible.

Tom se tourna, les yeux ronds.

— On l'a perdue ! On ne pourra plus jamais y retourner !

Ser Noctel serra les outres contre lui.

— Non. Nous avons pris ce dont nous avions besoin, pas plus. La montagne a fermé la porte pour éviter la cupidité.

Tom resta silencieux, puis murmura :

— Vous croyez que… c'est ça, le devoir ?

— C'est une partie, répondit Ser Noctel. Prendre sans piller. Donner sans se vanter.

Ils sortirent. Le vent du plateau leur fouetta le visage. Tom sentit soudain le poids des outres : lourd, précieux, fragile. Comme un secret à protéger.

Chapitre 5 — Le siège des Loups-Cendre

La descente vers la vallée fut plus rapide, mais pas plus simple. Une troupe de cavaliers les attendait sur le chemin : armures dépareillées, boucliers griffés d'un loup gris. Les Loups-Cendre, mercenaires connus pour vendre leur lame au plus offrant.

Leur chef, une femme au regard dur, leva la main.

— Arrêtez-vous. On a vu votre entrée sur le plateau. Personne ne va là-bas pour cueillir des fleurs.

Tom serra les dents. Il avait envie de dire quelque chose de courageux, mais sa langue se colla à son palais.

Ser Noctel posa une main sur l'encolure du cheval, apaisant.

— Nous portons de l'eau, dit-il. Pour Haute-Cour.

La chef sourit sans joie.

— Alors elle vaut cher. Donne-la, et tu repartiras vivant.

Ser Noctel resta immobile. Sa voix, quand elle sortit, fut claire.

— Non.

Un murmure parcourut les mercenaires, comme un essaim. La chef pencha la tête.

— Tu refuses ? Seul ? Avec un page ?

— Je refuse, répéta Ser Noctel. Parce que j'ai promis.

Tom sentit quelque chose changer dans l'air, comme avant un orage.

— Ser Noctel… souffla-t-il. On peut négocier ?

— Nous allons gagner du temps, dit Ser Noctel à voix basse. Quand je te le dirai, tu partiras au galop vers Haute-Cour avec les outres.

Tom ouvrit la bouche.

— Et vous ?

— Je tiendrai la route.

La chef fit un signe. Deux mercenaires avancèrent.

Ser Noctel tira enfin son épée. Elle n'était pas ornée, mais sa lame était droite, et son geste sans tremblement.

— Je ne veux blesser personne, dit-il. Reculez.

— On n'est pas des lapins, ricana un mercenaire.

Le premier attaqua. Ser Noctel para, détourna, frappa du plat pour faire tomber l'arme. Le second tenta de contourner ; Ser Noctel pivota et le désarma d'un mouvement sec. Tout était rapide, précis, comme une danse apprise dans la discipline.

Tom, stupéfait, se dit : Il se bat comme quelqu'un qui déteste se battre.

D'autres arrivèrent. Ser Noctel recula pas à pas, se plaçant entre eux et Tom, toujours.

— Maintenant ! cria-t-il.

Tom n'attendit pas une seconde. Il sauta en selle, accrocha les outres contre lui, et lança le cheval. Les mercenaires crièrent, certains partirent à sa poursuite, mais Ser Noctel se jeta sur leur chemin, bloquant le passage, frappant les boucliers, forçant les chevaux à s'arrêter.

Tom entendit derrière lui le métal, les ordres, la colère. Il n'osa pas se retourner. Il galopait, les bras serrés autour de l'eau, comme si ses côtes pouvaient la protéger.

Sur le chemin, il croisa un vieux paysan avec une charrette vide.

— Garçon ! Où vas-tu comme si le diable te chatouillait les talons ?

— À Haute-Cour ! De l'eau ! Pour la cour !

Le vieux leva les mains.

— De l'eau ? Alors cours, petit, cours !

Tom sentit une brûlure dans la gorge. Pas seulement la poussière. La peur aussi.

— Tiens bon, Ser Noctel, murmura-t-il. S'il vous plaît.

Chapitre 6 — La promesse tenue

Les portes de Haute-Cour apparurent enfin. Tom déboula dans la cour comme une flèche mal coiffée. On se précipita vers lui, on attrapa la bride, on cria mille questions.

— De l'eau ! haleta Tom. De la vraie !

Dame Ysilde s'avança, pâle.

— Et le chevalier ?

Tom serra les lèvres, incapable de mentir.

— Il… il m'a envoyé. Il est resté sur la route, contre les Loups-Cendre.

Un silence terrible s'abattit, aussitôt brisé par Brann :

— À cheval ! Qu'on sorte !

Mais Dame Ysilde leva la main.

— D'abord l'eau.

Tom descendit, tremblant, et posa les outres. Les servantes les ouvrirent. Un parfum frais s'éleva, et un murmure d'émerveillement parcourut la cour. On versa doucement dans la citerne, comme on verserait un trésor. Le son de l'eau résonna contre la pierre et, pour la première fois depuis des semaines, il sembla que le château respirait.

Tom essuya son visage d'un revers de manche.

— Il a tenu sa promesse… mais à quel prix ?

Alors, comme si le destin avait attendu ce moment, le pont-levis grinça. Un cavalier entra, au pas. Armure poussiéreuse, épaule marquée, mais droit. Ser Noctel.

Tom courut vers lui.

— Vous êtes vivant !

Ser Noctel mit pied à terre, un peu raide.

— Les Loups-Cendre aiment l'or. Ils ont compris qu'un château reconnaissant paierait mieux qu'un vol rapide.

Brann siffla.

— Tu les as… achetés ?

— Non, dit Ser Noctel. Je leur ai offert un choix honorable : escorter l'eau plutôt que la voler. Certains choix redressent même les pires dos.

Dame Ysilde s'approcha. Elle regarda le chevalier comme on regarde une énigme qui vient de sauver des vies.

— Tu as apporté l'eau à la cour. Que demandes-tu en retour ? Or ? Terres ? Un blason ?

Ser Noctel secoua la tête.

— Rien qui se compte. Je veux seulement que vous promettiez ceci : que l'eau de Haute-Cour ne sera pas gardée pour les seuls murs du château. Qu'on en donnera aux villages, aux voyageurs… même aux ennemis désarmés.

Un murmure parcourut l'assemblée. Brann fronça les sourcils.

— Même aux ennemis ?

Ser Noctel releva légèrement le menton.

— L'honneur ne se mesure pas quand tout va bien. Il se mesure quand on a peur de manquer.

Dame Ysilde posa une main sur son cœur.

— Je le promets. Devant ma cour. Devant les pierres de ce château. Haute-Cour partagera.

Ser Noctel inclina la tête, comme si cette parole était la vraie récompense.

Tom le regarda, soudain curieux d'une autre soif : celle de comprendre.

— Ser Noctel… pourquoi cette promesse ? Pourquoi l'eau ?

Le chevalier resta un moment silencieux. Puis il tira doucement le voile, juste assez pour que Tom aperçoive une cicatrice fine le long de la joue, et des yeux fatigués mais lumineux.

— Parce qu'autrefois, dit-il, j'ai laissé une porte se fermer. Des gens ont manqué d'eau… par ma faute. Je n'ai pas pu réparer ce jour-là. Alors j'ai juré de recommencer autrement.

Tom ne sut pas quoi dire. Il se contenta de hocher la tête, très sérieux.

— Alors vous êtes venu… pour tenir parole.

— Oui, dit Ser Noctel. Et maintenant, c'est à vous de la tenir.

Le soir, on alluma des torches dans la cour. La citerne était pleine à moitié, mais dans un château assoiffé, c'était déjà un miracle. On envoya des charrettes vers les villages. On remplit des gourdes pour les sentinelles. Une fontaine, timide, recommença à couler.

Tom se tint près de Ser Noctel, qui regardait l'eau briller.

— Vous allez rester ?

— Je resterai assez longtemps pour m'assurer que la promesse vit, répondit-il. Les serments ne sont pas des mots qu'on lance et qu'on oublie. Ce sont des chemins.

Tom sourit, un sourire un peu bancal mais fier.

— Alors… je marcherai avec vous. Et je poserai mes questions au bon moment.

Ser Noctel eut un bref rire, discret.

— Voilà une ambition digne d'un futur chevalier.

Et dans le château de Haute-Cour, au cœur d'un monde sec, une promesse fut tenue — et une autre naquit, claire comme la première gorgée d'eau après la longue route.

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Sécheresse
Long manque de pluie qui assèche la terre et réduit l'eau disponible.
Citernes
Grands réservoirs où l'on stocke de l'eau pour la maison ou le château.
Voile
Tissu léger qui couvre le visage ou une partie de la tête.
Serment
Promesse solennelle que l'on fait et qu'on doit tenir.
Méfiant
Qui n'accorde pas facilement sa confiance aux autres.
Outres
Sacs étanches en cuir utilisés pour transporter de l'eau.
Digue
Monticule ou mur de terre construit pour retenir ou détourner l'eau.
Tranchée
Long creux étroit creusé dans la terre pour guider l'eau.
Rigole
Petit fossé où l'eau peut s'écouler doucement.
Lisière
Bord d'une forêt, endroit où les arbres commencent ou se terminent.
Veine d'eau
Courant souterrain d'eau qui circule sous la terre rocheuse.
Autel
Table ou pierre importante dans une chapelle pour les prières.
Fissure
Fente ou craquement dans la pierre ou le bois.
Fracas
Grand bruit violent, comme une chute de pierre ou d'une porte.
Mercenaires
Soldats qui se battent en échange d'argent, pas pour une patrie.

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