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Conte de princesse et de prince 11 à 12 ans Lecture 16 min.

Le prince Éloi et la lanterne Douce-Rieuse contre la Nuit-Serrée

Dans le royaume de Cirelia, le prince Éloi découvre une mystérieuse cire noire qui étouffe les bougies et part en quête pour comprendre son origine, aidant l’apprenti Lino et apprenant à remplacer moqueries et silences par compassion et rires bienveillants.

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Le prince Éloi, garçon au visage rond et cheveux châtain clair bouclés, a une expression résolue et douce; il tient près de sa poitrine une lanterne à trois petites flammes bleu-orangées. Lino, apprenti d'environ 13 ans aux cheveux noirs en bataille, la cire sur les manches et le visage honteux mais soulagé, serre un petit pot de cire noire à côté du prince. Dame Maëline, femme d'environ 55 ans à la peau tannée et cheveux gris tressés en chignon, yeux rieurs et mains tachées de cire, se tient en retrait paume ouverte pour apaiser la foule. Autour, quelques artisans et gardes adultes, surpris et repentants, se penchent vers la source de lumière. La scène se déroule dans une cour pavée humide avec grandes tables en bois, guirlandes de bougies et une fontaine centrale projetant fines gouttes lumineuses; une ombre sombre et fluide rampe le long des murs en éteignant les bougies et laissant des silhouettes noir-bleutées, tandis que la lanterne du prince émet une lueur protectrice qui révèle les visages. Palette visuelle douce d’aquarelle saumon, bleu nuit et or pâle, avec accents au stylo gel blanc sur les flammes et les gouttes, textures granuleuses pour la cire et reflets brillants sur les pavés. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le Royaume des Lueurs Tièdes

Dans le Royaume de Cirelia, les nuits ne mordaient jamais. Elles caressaient. Partout, des bougies tièdes veillaient comme de petites sentinelles au ventre doré. Les chandeliers, rangés dans les couloirs du palais, ressemblaient à des arbres d'hiver portant des fruits de flamme. Quand le vent s'aventurait aux fenêtres, la lumière frémissait sans fuir, comme une peur qui apprend à respirer.

Le prince Éloi grandissait au milieu de ces lueurs rassurantes. On disait de lui qu'il était prudent, parce qu'il vérifiait toujours deux fois la solidité d'un pont. On disait aussi qu'il était audacieux, parce qu'il traversait quand même, même si le brouillard cachait l'autre rive.

Ce soir-là, dans la Galerie des Cent Chandeliers, Éloi avait une mission bien étrange, qu'il s'était donnée tout seul : rire avec douceur.

— Un prince doit être sérieux, murmura le maître des cérémonies en ajustant son col.

Éloi répondit, les yeux pétillants :

— Un prince doit aussi savoir alléger les épaules des autres. Si je ris comme un tambour, j'effraie. Si je ris comme une plume, je réchauffe.

Pour s'entraîner, il racontait de minuscules plaisanteries aux gardes qui n'osaient jamais sourire. Il faisait parler les bougies :

— Madame Bougie, vous avez de la cire sur le front.

Et il imitait la voix grave d'un chandelier :

— C'est mon chapeau de fête, Votre Altesse !

Les gardes restaient droits comme des piquets… puis leurs moustaches tremblaient, comme des rideaux secoués par un rire caché.

Mais cette nuit, un détail troubla la galerie : trois bougies s'éteignirent d'un coup, sans souffle, sans courant d'air. Trois petites morts silencieuses. La lumière sembla avalée, comme si un coin du palais avait eu soudain faim.

Éloi s'approcha. Au pied du plus grand chandelier, il vit quelque chose qui brillait dans l'ombre : une goutte de cire noire, froide comme un secret.

Chapitre 2 : La Goutte Noire et le Soupir des Flammes

Le lendemain, Éloi descendit aux Ateliers des Chandeliers, là où l'on réparait les bras d'or, où l'on polissait les coupes d'argent et où l'on fabriquait des mèches fines comme des cheveux d'ange. Les artisans travaillaient en silence, non par tristesse, mais parce que le feu exigeait du respect.

La maîtresse cirière, Dame Maëline, avait des doigts tachés de miel et des yeux qui savaient lire dans les flammes.

Éloi posa la goutte noire sur son établi.

— Ceci n'est pas une simple tache, dit-elle en la touchant du bout de l'ongle. C'est de la cire de Nuit-Serrée.

— Nuit… serrée ?

— Une cire qui étouffe les lueurs, comme une main sur une bouche. Elle apparaît quand quelqu'un a trop peur pour demander de l'aide… ou quand quelqu'un a trop honte pour être vu.

Éloi se sentit traversé par un courant froid. Il pensa aux serviteurs pressés, aux gardes qui tenaient tout en eux, aux enfants du palais qui jouaient sans bruit comme si le rire était interdit.

— Mais qui ferait cela ? demanda-t-il.

Dame Maëline inclina la tête.

— Parfois, personne ne le fait exprès. La peur se fabrique toute seule, petit à petit, et elle coule.

Éloi serra les poings. Il voulait rire avec douceur, mais comment rire quand des flammes se taisaient ?

— Où trouve-t-on l'origine de cette cire ? demanda-t-il.

Dame Maëline prit une lanterne à trois flammes, une lanterne ancienne dont la poignée était gravée d'un symbole : un visage souriant et une larme à la commissure.

— Cette lanterne s'appelle la Douce-Rieuse. Elle éclaire les endroits où l'on retient trop. Suis sa lumière, et écoute : quand tu entendras une flamme soupirer, tu seras proche.

Éloi la remercia. Avant de partir, il aperçut un petit apprenti, Lino, qui frottait un chandelier avec une énergie inquiète. Ses oreilles rougissaient, et son sourire semblait cousu.

Éloi s'approcha.

— Tu as l'air de porter un sac invisible. Il est lourd ?

Lino sursauta.

— Non, Votre Altesse… enfin… je… je vais bien.

Le prince n'insista pas comme un bélier. Il posa simplement la Douce-Rieuse près de lui.

— Si tu as besoin, je suis là. Même les princes peuvent prêter une oreille. Et une oreille, c'est plus léger qu'un sac.

Lino baissa les yeux, mais un coin de sa bouche trembla, comme une flamme qui hésite à vivre.

Chapitre 3 : Le Couloir des Ombres Patientées

Au crépuscule, Éloi s'aventura dans les couloirs moins fréquentés du palais. La Douce-Rieuse avançait à son rythme, ses trois flammes dansant comme des sœurs. Là où tout allait bien, elles brûlaient tranquilles. Là où quelque chose coinçait, elles penchaient, comme si elles écoutaient un murmure.

Le prince traversa la Salle des Portraits, où les ancêtres le regardaient d'un air qui disait : “Sois digne.” Il leur fit une révérence, puis un petit clin d'œil.

— Je suis digne, ne vous inquiétez pas. Je suis juste… vivant.

Plus loin, il arriva au Couloir des Ombres Patientées, un passage étroit entre deux ailes du palais. Les bougies y étaient plus rares, et l'air sentait la poussière et les secrets enfermés.

La Douce-Rieuse se mit à frissonner. Les flammes, sans s'éteindre, pâlirent. Éloi ralentit, prudent comme un chat sur un toit, audacieux comme un chat qui saute quand même.

Et là, il l'entendit : un soupir. Un soupir minuscule, presque ridicule… mais triste, comme si une bougie avait voulu parler et s'était ravisée.

— Qui est là ? demanda Éloi, sans dureté. Je ne suis pas venu pour punir. Je suis venu pour comprendre.

Un bruit de pas. Puis une voix fine, tremblante :

— Personne… Personne d'important.

La Douce-Rieuse éclaira un renfoncement, et Éloi vit Lino. L'apprenti tenait un petit pot de cire sombre. Ses mains tremblaient si fort que la lumière y faisait des vagues.

— Lino, dit Éloi doucement. Ce pot… c'est de la Nuit-Serrée ?

Lino hocha la tête, les larmes coincées comme des perles dans un fil.

— Je n'ai pas voulu. Je… je n'ai pas fait exprès. Je voulais juste que… que ça se taise.

Éloi sentit son cœur se serrer, non de colère, mais d'attention, comme quand on serre un manteau autour des épaules d'un ami.

— Qu'est-ce qui devait se taire ? demanda-t-il.

Lino avala sa salive.

— Les rires. Les rires des autres. Dans les ateliers, ils se moquent… pas méchamment, je crois. Mais quand je renverse la cire, quand je rate une mèche, ils rient. Ça me brûle. Alors j'ai trouvé ce pot dans une réserve ancienne, et… j'ai pensé : “Si les flammes s'éteignent, peut-être que les rires aussi.”

Éloi resta silencieux un instant. Dans ce silence, il choisit ses mots comme on choisit des allumettes : une par une, pour ne pas mettre le feu à quelqu'un.

— Lino, les rires peuvent être des lanternes… ou des flèches. Quand ils sont des flèches, ils blessent. Mais éteindre toutes les lanternes, c'est se blesser aussi.

Lino hocha la tête, honteux.

— Je sais… Je suis désolé.

Éloi tendit la main, paume ouverte.

— Viens. Nous allons réparer ensemble. Et surtout… nous allons apprendre à rire autrement.

Chapitre 4 : Le Banquet des Sourires Mesurés

Le prince ne traîna pas l'apprenti devant le conseil comme un trophée. Il le conduisit d'abord à Dame Maëline. Puis, le soir même, il demanda qu'on organise un petit banquet dans la cour intérieure, là où la fontaine chantait comme une harpe d'eau.

On disposa des tables. On suspendit des guirlandes de bougies tièdes. Le palais sembla respirer mieux, comme un visage qui sort d'une écharpe trop serrée.

Les artisans, les gardes et même quelques nobles curieux s'installèrent. Lino restait au bord, prêt à disparaître.

Éloi se leva, une coupe de jus de pomme à la main, parce qu'il trouvait que les discours devaient rester clairs.

— Ce soir, nous allons faire une chose très difficile, annonça-t-il. Nous allons rire… sans piquer personne.

Un murmure amusé courut. Le maître des cérémonies faillit s'étrangler.

Éloi continua :

— On peut rire de soi, comme d'un chapeau de travers. On peut rire d'une situation, comme d'une porte qui grince au pire moment. Mais on ne rit pas d'une personne comme si elle était une chaise cassée.

Puis il invita les gens à raconter leurs propres petites maladresses. Dame Maëline raconta comment, un jour, elle avait confondu du sucre et de la poudre de craie : ses gâteaux avaient eu le goût d'un tableau noir. Les gardes rirent, et Dame Maëline rit aussi, la tête haute.

Éloi avança ensuite une petite boîte et la posa sur la table.

— Dedans, dit-il, il y a une mèche ratée. Elle refuse de brûler droit. Elle fait une flamme qui louche.

Il alluma la mèche : la flamme pencha d'un côté, puis de l'autre, comme un danseur maladroit. La cour éclata de rire, mais d'un rire rond, sans dents.

Éloi regarda Lino.

— Viens, dit-il. À ton tour, si tu veux.

Lino s'approcha, les joues rouges comme des braises timides.

— J'ai… j'ai renversé un seau de cire sur mes bottes, avoua-t-il. J'ai marché, et… on aurait dit que j'avais des pieds de bougie.

Un rire jaillit, mais cette fois, il ne mordit pas. Il réchauffa. Quelqu'un ajouta :

— Des pieds de bougie ? Pratique ! On te retrouve dans le noir !

Lino rit, surpris d'entendre son propre rire. Ce rire-là n'était pas un coup. C'était une main.

Et pourtant, au fond de la cour, une ombre remua. Comme si la Nuit-Serrée, vexée, s'était tapie pour préparer un dernier tour.

Chapitre 5 : La Nuit-Serrée Montre les Dents

Au milieu du banquet, toutes les bougies frémirent en même temps. Une brise froide passa, bien trop sûre d'elle. Les flammes se tordirent, certaines pâlirent, et un coin de la cour se noya dans une pénombre épaisse.

La Nuit-Serrée s'était réveillée.

Elle n'avait pas de corps, mais on la sentait, comme on sent l'orage avant la pluie. Elle glissa sur les pierres, grimpa le long des murs, lécha les chandeliers. Les bougies s'éteignaient l'une après l'autre, en silence, comme des oiseaux qui ferment les ailes.

Les invités se levèrent, inquiets. Un enfant se mit à pleurer. Un garde serra sa lance.

Éloi leva la main.

— Personne ne court. Personne ne crie, dit-il. La peur adore quand on lui fait de la place.

Il prit la Douce-Rieuse. Ses trois flammes tremblaient, mais elles tenaient, courageuses comme trois petits soldats en papier.

Éloi se tourna vers Lino, qui avait blêmi.

— Tu m'aides ? demanda le prince.

Lino hocha la tête, et ce simple geste fut une victoire : il ne fuyait pas.

Ensemble, ils avancèrent vers la zone d'ombre. Éloi parla à voix haute, comme s'il s'adressait à un animal blessé.

— Nuit-Serrée, je te vois. Tu es faite de honte et de peur. Tu te nourris des mots non dits. Mais ici, ce soir, on parle.

L'ombre se resserra, comme un poing.

Lino, la gorge serrée, osa dire :

— J'avais peur. J'avais honte. Je croyais que si je demandais de l'aide, on rirait plus fort. Alors je me suis caché.

Sa voix tremblait, mais elle tenait. Et à chaque phrase, la Douce-Rieuse brillait davantage, comme si elle buvait la vérité.

Éloi ajouta :

— Et nous, nous n'avons pas assez regardé. Nous avons laissé quelqu'un porter un sac invisible. Ce soir, je promets ceci : dans les ateliers, on demande avant de plaisanter. On écoute quand quelqu'un se tait trop.

Les artisans baissèrent la tête, touchés. Un d'eux, grand et un peu rugueux, s'avança.

— Lino… je riais pour remplir le silence. Je ne voulais pas te blesser. Pardon.

Un autre dit :

— Et moi, j'ai vu que tu avais du mal, et je n'ai rien dit. Pardon.

Ces mots tombèrent comme des gouttes chaudes sur la cire froide. L'ombre hésita, puis se craquela. On entendit un léger crépitement, comme si une glace fine fondait.

La Nuit-Serrée recula. Les bougies, une à une, se rallumèrent d'elles-mêmes, timidement d'abord, puis avec une joie tranquille. La cour redevint un jardin de lumière.

Éloi souffla, non de soulagement seulement, mais de gratitude. Il avait compris : le courage n'est pas toujours une épée. Parfois, c'est un “pardon” prononcé à temps.

Chapitre 6 : La Chambre aux Rideaux de Lueur

Plus tard, quand les tables furent rangées et que la fontaine eut fini sa chanson, Éloi raccompagna Lino jusqu'aux portes des ateliers.

— Tu as été brave, dit le prince.

Lino grimaça, mi-souriant.

— Brave… je tremblais comme une gelée.

— Alors tu étais brave avec tremblement. C'est une forme très rare, répondit Éloi, sérieux comme un roi… puis il ajouta, malicieux : Et puis, avoue que tes pieds de bougie, c'était élégant.

Lino éclata d'un rire clair, qui fit tourner quelques têtes. Ce rire-là semblait dire : “Je suis là.” Et personne ne le chassa.

De retour dans ses appartements, Éloi entra dans la Chambre aux Rideaux de Lueur. Des bougies tièdes y brûlaient dans des globes de verre, comme des étoiles mises en bocal pour mieux rassurer les nuits. Il s'assit sur le bord de son lit, et la Douce-Rieuse posa sa lumière sur les draps.

Le prince pensa à tout ce qui s'était passé : la goutte noire, le couloir, la honte, les excuses. Il comprit que le royaume n'avait pas seulement besoin de chandeliers polis. Il avait besoin d'attention aux autres, comme d'une huile invisible qui empêche les cœurs de grincer.

Il murmura, pour lui-même :

— Rire avec douceur, ce n'est pas faire du bruit. C'est faire de la place.

Ses paupières devinrent lourdes. La lumière des bougies lui fit des chemins dorés sur les mains, comme si le feu dessinait des promesses.

Il s'allongea, et le sommeil le prit avec délicatesse, comme une cape posée sur les épaules.

Alors, il rêva.

Il se vit marcher dans un immense royaume où chaque personne portait une petite bougie sur la paume. Certaines flammes étaient hautes, d'autres vacillaient. Et lui, prince au cœur attentif, passait de l'une à l'autre, non pour commander, mais pour protéger du vent. Quand une flamme faiblissait, il ne riait pas fort : il soufflait une blague légère, une blague-plume, et la flamme se redressait en riant.

Au loin, une porte de brume s'ouvrit, et derrière, une aventure attendait, assise comme un chat curieux.

Le rêve, lui, pouvait commencer.

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Sentinelles
Personnes ou choses qui surveillent et protègent un lieu, comme des gardes.
Frémissait
Tremblait légèrement, bougeait d'une petite façon parce qu'il y avait du mouvement.
Cirière
Personne qui fabrique ou travaille la cire pour faire des bougies.
Renfoncement
Petit espace en retrait dans un mur, comme un coin où on peut se cacher.
Pénombre
Lumière faible entre le jour et la nuit, quand tout est un peu sombre.
Crépitement
Petit bruit sec et répétitif, comme du feu qui éclate doucement.

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