Partie 1
Il était une fois une petite cuillère qui aimait faire des blagues. Elle avait un nez rond, une petite bouche qui souriait et deux yeux pétillants gravés sur le métal. Le soir, quand la cuisine se calmait, elle aimait se promener en chantonnant : "Toc toc toc, je fais des rondes, toc toc toc, petites secondes."
Un soir, la cuillère trouva une nappe blanche toute propre sur la table. "Oh," dit-elle, "quelle belle peau douce pour danser." Elle glissa, glissa, fit un petit tour. Mais la cuillère avait une idée plus drôle : déposer un sourire sur la table. Elle se sentait coquine. Elle voulait que la table soit heureuse pour la nuit.
La cuillère chercha un sourire. Elle essaya d'abord d'utiliser une tache de confiture. Elle prit un peu de confiture avec son bord et fit un demi-cercle. "Tiens ! un sourire en confiture !" dit-elle. Mais la confiture glissa, glissa et fit plouf dans une tasse. "Oh pardon," murmura la cuillère. La tasse toussa doucement. "Ce n'est rien, je suis sucrée," répondit la tasse en riant.
La cuillère se dit : "Il doit y avoir un meilleur sourire." Elle demanda à la carafe d'eau. "As-tu un sourire ?" "Non, mais je connais un nuage de vapeur," répondit la carafe. La carafe souffla un petit nuage chaud. La cuillère souffla avec elle. Elles firent des nuages qui ressemblaient à des formes. "Un nuage-sourire !" chanta la cuillère. Mais le nuage disparut en chatouillant le plafond. Tout le monde rit doucement.
Partie 2
La cuillère rencontra le pot de sel. "Tu as un sourire, toi ?" "Moi ? Je garde les saveurs," dit le pot, "mais je peux faire scintiller." Le pot sauta un peu. Des paillettes de sel tombèrent et formèrent une petite ligne brillante. "C'est presque un sourire," dit la cuillère, toute contente. Elle posa la ligne brillante sur la nappe. Mais juste au moment où elle s'éloigna, un chaton curieux fit sa patte et dispersa les paillettes. La cuillère fit un petit bond. "Oh non, oh non !" dit-elle. Le chaton ronronna. "C'était pour jouer," dit-il en léchant sa patte. Tout le monde trouva ça rigolo.
La cuillère réfléchit encore. Elle prit une cuillère plus petite, une amie qui venait d'une boîte. "Viens," dit-elle, "aidons-nous." La petite couverte fit claquer sa coquille. Elles chantèrent : "Smiiiile, smiiiile." Elles essayèrent de dessiner un sourire avec deux grains de riz pour les yeux, une rondelle de citron pour la bouche. Mais le citron glissa, roulé, roulé, et alla se cacher sous une assiette. "Bonjour-dessous !" fit la voix d'en dessous. L'assiette dit : "Je garde les secrets des biscuits." La cuillère rigola. Tout le monde rigola.
Puis la cuillère eut une idée douce. Elle prit son propre reflet. Elle s'installa au bord d'un petit bol d'eau et fit une grimace gentille. Son reflet fit la grimace aussi. "Ha ! Un sourire à deux faces !" dit la cuillère. Elle inclina le bol vers la table. L'eau trembla. Le reflet sauta un peu et, comme par magie, la table reçut une petite tache brillante en forme de sourire. Pas grand, pas énorme, juste un petit arc lumineux. La cuillère sourit fort. "Regarde !" dit-elle.
Un petit oiseau en plastique posé sur la chaise applaudit avec ses ailes. Le pot de fleurs remua ses feuilles comme pour saluer. La lampe fit un clin d'oeil de lumière. La table, qui était ronde et gentille, sembla s'éclairer d'un tout petit rire. Tout le monde se sentit plus léger.
La cuillère regarda son œuvre. Ce n'était pas un sourire tracé au crayon. Ce n'était pas un grand sourire de fête. C'était un sourire de minuit, un sourire doux, un sourire qui disait : "Bonne nuit, ici tout va bien." La cuillère posa sa main — non, sa cuillerée — sur le bord de la table. Elle déposa son propre sourire, doucement, comme on dépose une lettre d'amour.
La petite cuillère se sentit fière. Elle avait fait des essais, des bêtises, des glissades, des rires, des confitures et des citrons. Elle avait demandé de l'aide et partagé des chansons. Elle avait trouvé le sourire dans un reflet, dans une tache d'eau, dans un clin d'œil. Tout fini en douceur.
La cuisine se fit calme. La carafe respira un dernier petit nuage. La tasse bâilla dans son anse. Le chaton s'enroula sur la chaise. La lampe baissa son intensité, comme une berceuse. La cuillère resta près du sourire, toute calme. Elle pensa : "J'ai déposé un sourire. Il reste là. Il fera rêver."
Les phrases devinrent plus lentes. "Bonne nuit," chuchota la cuillère. "Bonne nuit," murmurèrent les amis. Le sourire sur la table brillait un peu, juste assez pour se souvenir. La cuillère ferma ses yeux brillants. Elle inspira un souffle doux, profond. Elle expira un petit rire de contentement.
Et dans la cuisine, tout finit paisible et léger. La cuillère se sentit tranquille et très fière. Demain, elle recommencera peut-être, mais pour l'instant, elle dort avec un sourire posé sur la table.