Chapitre 1 — Les lumières dans la neige
Le petit loup s'appelait Lino. Il avait des oreilles trop grandes pour sa tête, un museau curieux et des pattes qui faisaient de jolis petits sillons dans la neige. La maison où il vivait sentait la cannelle et la soupe de potiron. Dehors, les flocons dessinaient des confettis sur les branches, et la lune semblait applaudir.
Lino aimait deux choses à la fois : les préparatifs du Nouvel An et les tableaux. Cette année, il avait décidé de fabriquer un tableau spécial. Sur une grande planche en bois, il voulait écrire "Je suis fier/fière de..." et y accrocher des petites notes, des dessins et des souvenirs de l'année. C'était sa manière de saluer ce qui avait été beau pour lui.
Avec soin, il ponça le bois, choisit une peinture couleur ciel d'hiver et commença à écrire. Chaque lettre avait l'air de sourire. Pendant qu'il travaillait, sa grand-mère lui racontait la vieille coutume des loups de la vallée : avant minuit, chacun accroche une étoile de papier à sa porte pour inviter la chance. Lino sourit en imaginant des étoiles qui claquent comme des biscuits.
Il peignit aussi de petites étoiles sur le cadre du tableau. Puis, il fit une pause et regarda par la fenêtre. Les voisins s'affairaient, des guirlandes brillaient, et quelqu'un avait accroché une vieille théière en guise de lanterne. Lino se sentit tout léger. Il se dit qu'il faudrait mettre quelque chose de drôle sur son tableau : une note où il dirait qu'il était fier d'avoir appris à ne plus confondre le thé et la soupe aux champignons. Il rit tout bas.
Chapitre 2 — Les rituels et la soupe aux étoiles
Le soir venu, la maison embaumait. La famille avait ses petits rituels : la grand-mère préparait la soupe aux étoiles — une soupe aux légumes avec des petits croûtons en forme d'étoiles —, le père allumait une vieille boîte à musique, et les enfants choisissaient un vœu secret à glisser dans une poche de tissu.
Lino prit une feuille et écrivit sa première note pour le tableau : "Je suis fier d'avoir aidé Mamie à ramasser les pommes tombées." Il la plia soigneusement et la glissa dans la poche. Puis il colla un petit dessin d'une pomme toute ronde, un peu de peinture rouge qui brillait quand la boîte à musique tournait.
Au moment où la soupe fut servie, la boîte à musique joua un air qui faisait danser les flammes dans la cheminée. Les croûtons en forme d'étoiles craquèrent sous la dent comme si c'étaient des petites cloches. Lino leva la cuillère et murmura son vœu. "Que j'aie encore plein d'aventures sans me perdre dans les bois", dit-il à voix basse. Sa sœur lui lança un clin d'œil. "Et que tu sautes moins souvent dans les flaques", ajouta-t-elle en riant. Lino fit la grimace, puis explosa de rire.
Après la soupe, ils préparèrent les étoiles de papier pour la porte. Lino découpait, froissait, puis pliait. Chaque étoile recevait un dessin ou un mot. Il attacha la sienne au tableau avec une petite ficelle dorée. La maison, maintenant, sentait le pain chaud et la joie.
Chapitre 3 — La surprise du sentier gelé
Avant minuit, la famille sortit pour la tradition du film des lumières : tout le monde marche jusqu'au vieux pont, et chacun accroche son étoile à un grand sapin. Le sentier était gelé, mais la nuit était claire. Lino tenait le tableau contre sa poitrine, comme un trésor.
Sur le chemin, ils rencontrèrent des voisins en bottes de caoutchouc, des enfants avec des lampes de poche en forme de souris, et même un chat qui portait un petit chapeau. Soudain, un bruit retentit : un craquement, un petit glissement, puis... une avalanche de neige pilée dévala la colline, emportant un sac de décorations du couple Martin. Les guirlandes roulèrent comme des serpents brillants.
Lino n'hésita pas. Il laissa le tableau au pied d'un arbre et bondit. Avec d'autres enfants, il forma une chaîne, attrapa les guirlandes et aida à remettre les décorations dans le sac. Une guirlande éclatante s'accrocha à sa queue et tint pendant tout le chemin. Les voisins applaudissaient. La grand-mère serra Lino dans ses bras. "Tu es vraiment fier maintenant?" chuchota-t-elle. Lino, avec la guirlande scintillant, hocha la tête. Il nota ce geste sur une autre feuille : "Je suis fier d'avoir aidé mes voisins." Il la colla sur le tableau, content comme un soleil.
Arrivés au pont, tout le monde accrocha son étoile au sapin. Les lampes de poche s'éteignirent un à un pour laisser place aux étoiles de papier et aux lanternes. Le sapin brillait comme si le ciel avait décidé de descendre un peu plus près de la terre.
Chapitre 4 — Le cadre fixé et les éclats de rire
De retour à la maison, il restait peu de temps avant minuit. On entendait la voix de l'horloge du village, lente et sage. Lino entreprit la dernière tâche : fixer le tableau dans un cadre. Il avait choisi un cadre solide, en bois, arrondi comme un sourire. La famille l'aida : sa sœur trouva des clous, le père tenait le cadre pendant que la mère vérifiait que tout brillait bien.
Lino glissa les petites notes, les dessins, la guirlande et l'étoile de papier dans le bon ordre. Il posa une dernière feuille, où il écrivit, d'un geste un peu tremblant : "Je suis fier d'être moi." Puis, avec une attention presque cérémonieuse, il fixa le tableau au cadre. Le clou s'enfonça, la vis tourna, et le cadre se mit à chanter, pour Lino, un minuscule chant de victoire.
Minuit sonna. Des rires éclatèrent comme des bulles. Les voisins frappèrent aux portes en criant "Bonne année!" et la grand-mère distribua des petites galettes sucrées. Lino sentit la chaleur humaine comme une couverture. Il regarda son tableau, maintenant attaché au cadre, et compris que chaque petit acte, chaque bêtise transformée en leçon, chaque aide donnée était une étoile de plus sur son sapin personnel.
Avant d'aller dormir, il accrocha le cadre sur le mur du salon, là où la lumière de la fenêtre tombait juste. Il posa sa patte sur le bois, sourit, et pensa aux aventures à venir. La maison chuchota des promesses douces et le tableau rayonnait, prêt à témoigner des petits héros qu'il était devenu.
Quand la nuit se fit plus calme, Lino alla voir une dernière fois : le cadre était bien en place, solide et droit. Il souffla un dernier souhait, glissant sa patte sur le verre comme pour caresser chaque mot. Puis il alla se coucher, le cœur léger, sachant que son cadre était fixé.