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Histoire d'invention farfelue 11 à 12 ans Lecture 22 min.

Le traducteur universel de bêtises et le coussinet aux étoiles

Malo, jeune inventeur, crée le T.U.B., un casque qui traduit soupirs et petits bruits en phrases bienveillantes, et le teste entre sa famille, le collège et une fête de quartier; ses essais, parfois farfelus, montrent comment son invention peut aider à mieux se comprendre.

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Malo, adolescent d’environ 13 ans, cheveux châtain en bataille, t-shirt rayé et jean râpé, tient sur scène un casque bricolé au petit écran lumineux et mousse bleue étoilée autour du micro en parlant au public; Lila, sa petite sœur de 9 ans en robe colorée, malicieuse et fière, tient une crêpe en forme d’étoile au premier rang; Monsieur Caron, le facteur d’environ 50 ans, visage rougi et moustache, est à côté de Malo en faisant un grand soupir théâtral; des voisins — adultes et enfants — applaudissent et rient au pied de la scène, quelques ballons colorés flottent; la place du village est pavée, avec stands en bois et guirlandes, arbres en arrière-plan et lumière dorée de fin d’après-midi; l’écran du casque clignote des phrases drôles, la mousse étoilée est bien visible, un ballon éclate en arrière-plan créant un petit effet lumineux, l’atmosphère est chaleureuse, comique et bienveillante. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : L'idée qui colle aux doigts

Dans sa chambre-atelier, entre une pile de bandes dessinées et trois tournevis qui se prenaient pour des baguettes magiques, Malo griffonnait dans son carnet d'inventeur. Il avait dix-sept feuilles volantes, un crayon à moitié mâchouillé, et une idée entière, énorme, brillante… enfin, presque brillante, parce qu'il avait aussi de la confiture sur la main.

— Aujourd'hui, annonça-t-il à sa lampe de bureau (qui ne répondit pas, comme d'habitude), je vais créer… le Traducteur Universel de Bêtises.

Il écrivit en lettres capitales : T.U.B.

Le principe était simple, enfin, dans sa tête : un appareil capable de traduire les grognements, les soupirs, les “mouais”, et même les “pffff” en phrases claires. Grâce à lui, on comprendrait enfin ce que voulait dire la boulangère quand elle disait “Ça ira ?” avec un sourcil qui faisait de la gymnastique. Ou ce que marmonnait son petit cousin quand il refusait de mettre ses chaussures.

Malo se redressa, fier comme un coq… mais un coq prudent.

— Et ce sera bienveillant, précisa-t-il au miroir. Pas question que mon truc se moque des gens. Il traduira avec gentillesse. Comme un sous-titreur de bonnes intentions.

Il imagina déjà son invention au collège, pendant les travaux de groupe. Le T.U.B. afficherait : “Je suis stressé, mais je fais semblant d'être cool.” Ou : “Je ne veux pas te vexer, mais ton idée ressemble à une patate.”

Malo sourit.

— Oui, bon, on évitera la patate.

Il sortit une boîte en plastique, un vieux casque audio, un mini-écran récupéré d'un jouet, et un bouton rouge qui était tellement rouge qu'il avait l'air de crier.

— Premier prototype : le Casque à Sous-Titres.

À ce moment-là, sa petite sœur Lila passa la tête par la porte.

— Tu fabriques encore un truc dangereux ?

— Dangereux ? Non. Surprenant ? Possiblement. Drôle ? Garant-i.

Lila plissa les yeux.

— La dernière fois, ton “arroseur automatique de plantes” a arrosé la télé.

— C'était une plante… très aimant la technologie, répondit Malo avec sérieux.

Lila ricana et entra. Elle avait ce rire qui sonnait comme une poignée de billes qui dégringole : impossible de l'arrêter.

— Alors, c'est quoi, ton nouveau machin ?

— Il traduit les bêtises. Les petites phrases qu'on ne dit pas. Les grimaces. Les soupirs. Tout.

— Ça va te servir avec papa, dit Lila. Hier, il a soupiré tellement fort que le chat a cru à une tempête.

Malo nota : “Tester sur papa : niveau soupir, catégorie ouragan”.

— Bon, annonça-t-il, j'ai besoin d'un cobaye.

— Je suis une princesse, pas un cobaye.

— Une princesse cobaye.

— Très drôle. Allez, j'y vais. Et si ça explose, je veux être prévenue avant.

Elle repartit en lançant :

— Et range tes chaussettes, Inventeur du Chaos !

Malo soupira à son tour, mais gentiment. Il se remit au travail, persuadé qu'il tenait l'idée du siècle. Et, comme toute idée du siècle, elle allait évidemment faire n'importe quoi avant de fonctionner.

Chapitre 2 : Le premier essai, ou l'attaque du “Pfff”

Deux heures plus tard, le Casque à Sous-Titres était prêt. Enfin… prêt à tenter sa chance.

Il ressemblait à un casque audio auquel on avait greffé un mini-écran avec du ruban adhésif, et un micro qui pendait comme une moustache triste. Malo avait ajouté une petite antenne (très importante, selon lui), faite avec un trombone redressé.

— T.U.B., murmura-t-il, montre-moi ta sagesse.

Il posa le casque sur sa tête et appuya sur le bouton rouge.

L'écran clignota. Puis il afficha :

“BONJOUR. JE SUIS UN APPAREIL SENSIBLE. NE ME JUGEZ PAS.”

— Euh… ok. On fera avec.

Malo descendit au salon. Son père, Étienne, était assis sur le canapé, un journal ouvert, et l'air concentré de quelqu'un qui lit un article très sérieux… ou qui essaie de se souvenir où il a mis ses lunettes alors qu'elles sont sur sa tête.

Malo s'approcha prudemment.

— Papa, fais un soupir.

— Pourquoi ?

— Pour la science. Et aussi pour la paix mondiale.

— Ah bon, dit Étienne. Pfff.

Le micro capta le son. L'écran se mit à calculer, comme s'il mâchait une équation.

Et il afficha :

“JE SOUHAITE ÊTRE UN DAUPHIN ET AVOIR UN CHAPEAU.”

Malo cligna des yeux.

— Papa… tu veux être un dauphin ?

— Quoi ? Non. Je veux juste… je sais pas… je souffler, dit Étienne. Tu as encore collé un gadget sur ta tête ?

— Ce n'est pas un gadget. C'est un traducteur. Il… il est en phase d'imagination.

Étienne plia le journal et observa Malo avec une patience de parent qui a déjà vu un grille-pain voler.

— Tant que ça ne met pas le feu au tapis.

— Promis.

Malo recula. Il fallait régler quelque chose. Peut-être le micro. Ou l'antenne. Ou la logique entière de l'univers.

À ce moment-là, le chat, Plume, entra dans le salon. Plume était un chat blanc avec une petite tache grise qui ressemblait à une virgule. Un chat qui jugeait tout, tout le temps, même les plantes.

Plume miaula : “Miaou.”

Le T.U.B. s'alluma, excité.

L'écran afficha :

“JE SUIS UN TIGRE TERRIFIANT. DONNE-MOI DES CROQUETTES, MISÉRABLE HUMAIN.”

Malo éclata de rire.

— Plume, tu es vraiment dramatique !

Plume cligna lentement des yeux, ce qui signifiait probablement : “Tu ne comprendras jamais.”

Étienne soupira (un vrai soupir, calme).

L'écran afficha :

“JE M'INQUIÈTE POUR MON FILS, MAIS JE L'AIME.”

Malo se figea.

— Oh.

Il regarda son père. Étienne haussa les épaules, un peu gêné, comme si le casque venait de lire une lettre secrète.

— Bon, dit Étienne, si ton truc peut dire ça, il n'est pas complètement idiot.

— Il… il commence à capter, murmura Malo.

Son cœur fit un petit bond. Ce n'était pas parfait, mais il y avait quelque chose. Entre le dauphin au chapeau et l'inquiétude tendre, le T.U.B. cherchait son chemin.

Malo remonta dans sa chambre avec un objectif : améliorer l'appareil, le rendre plus précis, et surtout, éviter qu'il transforme tous les soupirs en mammifères marins.

Chapitre 3 : Le coussinet de la dernière chance

Dans son atelier, Malo ouvrit son carnet et dessina un schéma.

“Problème : le micro capte TROP. Bruits. Émotions. Peut-être même l'odeur du fromage.”

Il gratta sa tête.

— Il me faut un filtre. Un truc doux. Un truc qui amortit.

Son regard tomba sur une boîte de vieux accessoires : genouillères de skate, mousse d'emballage, un gant de cuisine, et… un coussinet de chaise, rond et moelleux, que Lila avait utilisé pour jouer à la reine sur son tabouret.

Malo le prit. Il était bleu, avec des étoiles. Très digne.

— Désolé, noble coussinet. Tu as une mission.

Il découpa un petit morceau de mousse du coussinet et le fixa autour du micro, comme une écharpe pour moustache.

— Voilà. Un coussinet anti-bêtises. Ou plutôt… un coussinet anti-trop-plein.

Lila surgit, attirée par le bruit des ciseaux.

— HÉ ! C'est mon coussinet !

— C'était. Maintenant, c'est un composant scientifique.

— Tu vas me le rendre ?

— Si tu veux. Mais il aura vécu une aventure.

Lila croisa les bras.

— Tu sais que maman va te transformer en balai si tu découpes encore des trucs sans demander.

— Je compenserai avec… une invention utile.

— Comme ton “ouvre-bouteille universel” qui ouvrait surtout les tiroirs ?

— C'était une fonction cachée.

Lila s'approcha et observa le casque.

— Alors, ça marche ?

— On va tester. Mais cette fois, plus de dauphin.

Ils descendirent dans la cuisine, où leur mère, Nora, préparait des crêpes. L'odeur était si bonne que même le T.U.B. sembla saliver, si tant est qu'un écran puisse saliver.

Nora se retourna.

— Malo, qu'est-ce que tu as encore sur la tête ?

— Un outil de compréhension familiale.

— Ça sonne dangereux.

— C'est doux, maintenant, dit Malo. J'ai ajouté un coussinet.

Nora leva un sourcil.

— Un coussinet… de quelle origine ?

Lila toussota très fort.

Malo tenta un sourire innocent, celui des gens qui ont clairement fait une bêtise.

— Disons… une origine étoilée.

Nora posa sa spatule.

— Bon. Montre. Mais si ton truc me dit que je veux être un dauphin, je te fais faire la vaisselle jusqu'à l'an 3000.

Malo avala sa salive.

Nora fit un petit “Hmph”, ce bruit que font les adultes quand ils ne savent pas s'ils sont amusés ou fatigués.

Le T.U.B. calcula.

L'écran afficha :

“JE SUIS FIÈRE DE TOI, MAIS JE PRÉFÈRERAIS QUE TU DEMANDES AVANT DE DÉCOUPER DES OBJETS.”

Malo écarquilla les yeux.

— Oh ! C'est… c'est juste !

Nora cligna des yeux, surprise, puis son visage s'adoucit.

— Eh bien. Ton appareil a du bon sens. Ça, c'est nouveau.

Lila gloussa.

Malo se gratta la nuque.

— D'accord, j'aurais dû demander. Je suis désolé, Lila.

— Tu me feras une crêpe en forme d'étoile, répondit Lila, très sérieuse. Avec beaucoup de sucre.

— Marché conclu.

Nora reprit sa spatule, un sourire au coin des lèvres.

— Ton coussinet magique a l'air de calmer ton micro.

— C'est un coussinet de la dernière chance, dit Malo. Il amortit les… euh… émotions bruyantes.

Malo sentit une fierté chaude dans sa poitrine. Son invention devenait ce qu'il voulait : drôle, utile, et pas méchante. Un traducteur de bêtises, oui, mais surtout un traducteur de ce que les gens n'osent pas dire.

Chapitre 4 : Mission collège, niveau “embrouilles légères”

Le lendemain, Malo glissa le casque dans son sac, comme si c'était un trésor interdit. Le T.U.B. était maintenant plus compact : micro coussiné, antenne redressée, écran bien scotché.

Au collège, il retrouva son ami Samir devant les casiers.

— Qu'est-ce que tu trafiques encore ? demanda Samir en voyant dépasser un bout de mousse bleue étoilée.

— Un traducteur universel de bêtises.

— Traduire les bêtises ? On va manquer de batterie avant la récré.

— Justement, je l'ai réglé. Il ne traduit que quand c'est utile. Et bienveillant.

Samir eut un sourire sceptique.

— Ton casque a l'air d'un grille-pain qui aurait raté sa carrière.

— C'est une esthétique… audacieuse.

Ils entrèrent en cours de sciences. Madame Borel, leur prof, écrivait au tableau. Elle avait cette façon de tenir la craie comme si elle signait un contrat secret.

— Aujourd'hui, exposés en binômes ! annonça-t-elle. Sujet : “Une invention qui améliore la vie quotidienne.”

Samir regarda Malo, puis le sac.

— Oh non.

— Oh si, dit Malo. C'est le destin.

Madame Borel s'approcha de leur table.

— Malo, Samir, vous passez dans dix minutes.

— Dix minutes ? répéta Samir, pâle. Je croyais… demain… ou jamais.

Malo posa une main sur l'épaule de son ami.

Bienveillance, dit-il. Respire.

Il sortit discrètement le T.U.B. et l'enfila.

— Juste une mini-utilisation, chuchota-t-il. Pour comprendre ce que tu n'oses pas dire.

Samir souffla un “pfff” minuscule.

L'écran afficha :

“JE SUIS TERRIFIÉ, MAIS JE NE VEUX PAS QUE TU TE MOQUES.”

Malo sentit son sourire disparaître. Il tapa doucement sur le bras de Samir.

— Je ne me moque pas. On va faire simple. On présente mon invention, et tu expliques pourquoi c'est utile.

— Et si ça bug ?

— Alors on dira que c'est une démonstration de… créativité déraillée joyeusement.

Samir pouffa, un vrai rire, pas un rire de panique. Ça aida.

Quand leur tour arriva, Malo se leva avec le casque en main.

— Bonjour. Notre invention… euh… améliore la communication. Elle traduit les petits bruits, les soupirs, les “mouais”… en phrases claires, et surtout, gentilles.

Madame Borel plissa les yeux.

— Un traducteur de soupirs ?

— Oui, madame.

Malo demanda à Samir :

— Fais un “mouais” naturel.

— Mouais…

Le T.U.B. afficha sur l'écran, visible pour la classe :

“JE NE SUIS PAS CONVAINCU, MAIS JE SUIS PRÊT À ÉCOUTER.”

Des “oh !” parcoururent la salle. Quelqu'un gloussa, mais pas méchamment.

Madame Borel, elle, laissa échapper un petit “hm”.

Le T.U.B. calcula, puis afficha :

“JE SUIS IMPRESSIONNÉE, MAIS JE GARDE MON AIR SÉVÈRE PAR PRINCIPE.”

La classe éclata de rire. Madame Borel tenta de rester sérieuse… mais ses yeux pétillaient.

— Très bien, dit-elle. C'est… surprenant. Et plutôt intelligent. Comment évitez-vous que ça devienne moqueur ?

Malo montra le micro.

— J'ai ajouté un coussinet. Ça amortit et ça filtre. Et j'ai réglé l'appareil pour reformuler de façon bienveillante.

Samir prit la parole, plus assuré :

— En gros, ça aide à comprendre sans juger. Parce que parfois, on dit “pfff”, mais on veut dire “j'ai besoin d'aide”.

Un silence court, mais doux, tomba. Même les rigolos de fond de classe semblaient réfléchir.

Madame Borel hocha la tête.

— Voilà une invention qui peut servir. Et un exposé… réussi.

Samir souffla, soulagé.

Le T.U.B. afficha :

“JE SUIS FIER. ET JE NE SUIS PLUS UN GRILLE-PAIN.”

Malo faillit rire à voix haute. Il le remercia mentalement. Même l'appareil avait de l'humour.

Chapitre 5 : La fête de quartier et le déraillement contrôlé

Le week-end suivant, une petite fête de quartier eut lieu sur la place. Stands de gâteaux, tombola, concours de lancer de chaussette roulée (ne demandez pas), et une scène où chacun pouvait présenter un talent.

Samir avait inscrit Malo, évidemment.

— Tu vas montrer ton T.U.B., c'est parfait !

— Je n'ai rien signé !

— Tu as mangé un brownie de la buvette. Ça compte comme un contrat moral.

Malo arriva avec son casque, un peu nerveux. Autour, les voisins discutaient. Monsieur Caron, le facteur, racontait une anecdote avec de grands gestes. Madame Zora vendait des bracelets. Des enfants couraient avec des ballons.

Sur scène, le micro officiel attendait. Malo monta, son carnet en main, comme un magicien qui aurait choisi la science à la place des colombes.

— Bonjour ! Je suis Malo. J'ai inventé un appareil qui traduit les “pfff”, les “mouais” et les petits grognements en phrases… gentilles.

Un garçon cria :

— Et ça marche sur les profs ?

— Surtout sur les profs, répondit Malo. Mais c'est confidentiel.

Rires.

Malo continua :

— L'idée, c'est de mieux se comprendre. Pas de se moquer. Alors, j'ai ajouté un coussinet pour filtrer…

Il montra la mousse étoilée. Les gens sourirent, attendris.

— Je vais vous faire une démonstration avec des volontaires.

Monsieur Caron leva la main.

— Moi ! Je soupire tout le temps, c'est mon sport.

Il monta sur scène et fit un soupir énorme, théâtral, qui aurait pu faire tomber des feuilles d'un arbre.

Malo pointa le T.U.B. vers lui.

L'écran afficha :

“JE SUIS FATIGUÉ, MAIS JE VEUX QU'ON ME DISE MERCI DE TEMPS EN TEMPS.”

Un “oh” général. Monsieur Caron rougit, puis rit.

— C'est vrai, ça ! dit-il. Je livre des lettres sous la pluie et personne ne me remercie quand je sauve une carte postale de la flaque !

Une dame dans le public cria :

— Merci, Monsieur Caron !

Et une autre :

— Merci !

Puis plusieurs :

— Merci !

Monsieur Caron cligna des yeux, un peu ému, et fit un petit salut.

Malo sourit. Son invention venait de déclencher une vague de gentillesse. C'était mieux qu'un feu d'artifice.

Mais à ce moment-là, un ballon éclata derrière la scène. BANG.

Le T.U.B., surpris, se mit à traduire tout et n'importe quoi. L'écran défila comme un train fou.

Une enfant qui riait : “JE PRÉPARE UNE RÉVOLTE DE BONBONS !”

Un monsieur qui toussait : “JE SUIS UN VIEUX TRACTEUR.”

Une mamie qui disait “Eh ben !” : “JE SUIS UNE SUPER-HÉROÏNE DISCRÈTE.”

Malo pâlit.

— Oups.

Samir, en bas de la scène, fit de grands signes.

— Malo, ton truc part en freestyle !

— Je vois ça !

Malo tapota le casque. Rien. Il appuya sur le bouton rouge. L'écran afficha :

“JE SUIS STRESSÉ, MAIS JE FAIS DE MON MIEUX.”

— Moi aussi, murmura Malo.

Il se pencha vers le micro et parla doucement, comme on parle à un animal qui a peur.

— Calme-toi, T.U.B. Respire. Pense au coussinet. Pense aux étoiles.

Lila, au premier rang, cria :

— C'est mon coussinet ! Respecte-le !

Le public rit. Malo aussi, malgré lui. Et ce rire-là, léger, détendit l'instant.

Il se rappela alors un détail : le coussinet amortissait… mais il fallait aussi amortir les bruits soudains. Il sortit de sa poche un petit bout de mousse supplémentaire (oui, il en gardait, comme certains gardent des chewing-gums) et l'ajouta autour du micro, vite fait, sans tout casser.

Le défilement ralentit.

L'écran afficha enfin une phrase stable, presque solennelle :

“JE PEUX ME TROMPER. MERCI D'ÊTRE PATIENTS.”

Malo releva la tête.

— Voilà. Désolé pour le… moment tracteur et révolution de bonbons. Mais vous voyez : même quand ça déraille, on peut le remettre sur les rails, calmement.

Madame Zora applaudit.

— C'est mignon, ton truc. Et c'est gentil.

Le public applaudit aussi. Pas parce que c'était parfait. Parce que c'était humain. Et parce que tout le monde avait aimé être compris sans être piqué.

Chapitre 6 : La fin en révérence

Après la démonstration, Malo descendit de scène. Des voisins vinrent le voir.

— Ça pourrait m'aider avec mon ado ! dit une dame.

— Ça pourrait m'aider avec mon chien ! dit un monsieur.

— Ça pourrait m'aider avec moi-même, murmura un adolescent, puis il ajouta vite : euh… avec ma grand-mère.

Malo prit des notes dans son carnet.

“Version 2 : option chien. Version 3 : option grand-mère. Toujours bienveillant.”

Lila s'approcha, une crêpe étoilée à la main (elle avait exigé qu'on en vende à la buvette, et apparemment, on l'avait écoutée).

— Alors, Inventeur du Chaos, dit-elle, tu es content ?

— Oui. Et… merci pour ton coussinet.

— Tu me le rends ?

— Je te le rends. Mais… il a gagné des étoiles supplémentaires. De l'expérience.

Lila le regarda, puis poussa un soupir exagéré.

Le T.U.B., désormais sage, afficha :

“JE TE PARDONNE, MAIS JE VEUX UNE CRÊPE EN DOUBLE DEMAIN.”

— Marché conclu, dit Malo en riant.

Il remit le coussinet original dans les mains de Lila, avec un soin presque cérémonieux. Puis il retourna vers la scène, où le micro attendait encore.

Malo inspira. Il regarda la place, les gens, la lumière de fin d'après-midi. Il pensa à son père et à son soupir d'amour, à sa mère et à sa fierté prudente, à Samir et à sa peur transformée en courage, au facteur qui avait reçu des merci.

Il leva son casque comme un chapeau.

— Merci de m'avoir écouté, dit-il. Soyez gentils avec vos “pfff”. Derrière, il y a souvent quelque chose de fragile.

Et, comme un inventeur de spectacle qui sait quand sortir sans en faire trop, Malo fit une révérence. Une vraie, profonde, un peu théâtrale, juste ce qu'il faut.

Le public applaudit. Le T.U.B. afficha une dernière phrase, minuscule, presque timide :

“BIENVEILLANCE : MODE ACTIVÉ.”

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Atelier
Pièce où on fabrique ou répare des objets, comme un petit laboratoire à la maison.
Griffonnait
Écrivait ou dessinait vite et sans soin, souvent pour noter une idée.
Prototype
Premier modèle d'une invention, fait pour tester si ça marche.
Antenne
Tige qui capte des signaux ou on utilise pour mieux recevoir des sons.
Bienveillant
Qui veut du bien aux autres et agit avec gentillesse.
Bienveillance
Attitude de gentillesse et d'aide envers les autres.
Mousse d’emballage
Matière douce et légère qui protège les objets dans un colis.
Coussinet
Petit morceau de tissu ou de mousse moelleux qui sert de rembourrage.
Solennelle
Qui est sérieuse et un peu imposante, comme un moment important.
Révérence
Geste d'inclinaison du corps pour saluer ou remercier poliment.
Théâtral
Exagéré comme dans une pièce de théâtre, pour attirer l'attention.
Amortit
Rend un choc ou un bruit moins fort, comme un coussin qui absorbe.
Démonstration
Présentation qui montre comment quelque chose fonctionne.
Exposés
Travaux oraux où on présente un sujet devant la classe.
Binômes
Groupes de deux personnes qui travaillent ensemble.

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