Chapitre 1 — Le matin qui sentait la confiture
Léa se réveille avec le soleil qui passe à travers les volets. Il fait chaud et doux. L'air sent la confiture de fraise que sa grand-mère prépare dans la cuisine. Léa aime ce bruit de cuillère qui tourne dans la casserole. Elle reste un moment au lit. Elle ferme les yeux et elle rêve. Dans son rêve, elle vole au-dessus des toits et regarde les villes comme de petits jouets.
Aujourd'hui, c'est le premier jour des vraies vacances d'été. La maison est calme. Son papa met de la crème solaire sur ses bras et sur son nez. Sa maman prépare un sac avec une petite bouteille d'eau, des biscuits et un chapeau bleu. Léa prend son vélo. Il est petit et rouge. Il a des petites roulettes qui font tic-tac quand on roule. Mais Léa veut apprendre sans les roulettes. Elle le dit doucement avec sa bouche, presque comme un secret.
Le chemin pour aller à la ville d'art est tout près. C'est un chemin tranquille, bordé de tilleuls et de maisons aux volets peints. Les fleurs dans les jardins sont grandes et colorées. Les abeilles bourdonnent. Le vent sent l'herbe coupée et la pierre chaude. Léa pose ses mains sur le guidon. Son cœur tambourine. Elle prend une grande respiration. Elle dit « je peux », mais tout bas, pour elle.
Ils partent tous ensemble. La route est douce. Le vélo roule un peu cahoté. La grand-mère marche à côté, en souriant. Le papa tient la selle. La maman tient le sac. Ils avancent. Léa regarde autour. Elle voit un chat ancré sur un muret. Elle voit un petit oiseau qui saute d'une branche. Elle sent le soleil sur ses jambes. Elle sent la gomme du guidon sous ses doigts. Son ventre est une petite boule d'excitation.
Arrivés à la place de la ville d'art, les pierres sont claires comme des coquillages. Des gens regardent des tableaux accrochés sous les arcades. Des artistes peignent des fleurs, des visages, des maisons. Les couleurs sont vives : rouge, bleu, jaune et vert. Léa marche en courant léger. Elle touche une peinture d'un champ de tournesols. Ses doigts restent propres, mais son cœur est plein de couleurs. Elle sent une envie nouvelle, une envie de savoir faire comme les peintres : observer, attendre, puis oser.
Chapitre 2 — Le chemin et le vent
Après le marché aux couleurs, la famille reprend le chemin tranquille. Cette fois, le papa dit que c'est le moment d'enlever les roulettes. Léa regarde les petites roues posées sur le panier du vélo. Elles ont l'air si petites et décidées. Son cœur devient plus gros. Elle a peur de tomber. Elle a aussi un grand désir de savoir faire seule.
La grand-mère prend la main de Léa. Elle lui parle avec des mots doux. Les mots sont comme des pas sûrs. « Respire, pousse, regarde devant, et dis ce que tu ressens. » Léa répète les mots dans sa tête. Elle ressent une chaleur dans la poitrine. Elle se sent à la fois tremblante et forte.
Le papa pousse le vélo. Il marche près d'elle. La maman marche derrière. Le chemin est bordé de lavande. L'odeur chatouille le nez de Léa. Le soleil joue avec des ombres. Parfois, une voiture passe loin et fait un petit bruit. Le monde continue autour, mais ici tout est lent et rassurant.
La première fois, le vélo vacille. Léa apprend à parler de sa peur. Elle dit « j'ai peur » avec une petite voix. Le papa s'arrête et regarde. Il comprend. Il dit qu'elle peut s'arrêter quand elle veut. La grand-mère sourit et montre comment tenir le guidon. Léa dit qu'elle veut essayer encore une fois. Elle veut que ses jambes poussent, comme des petites plantes qui percent la terre.
Au troisième essai, quelque chose change. Le papa lâche légèrement la selle. Léa sent le vélo avancer tout seul. Le vent dans ses cheveux est frais. Il fait sonner les petites mèches dorées. Le bruit des feuilles devient une chanson. Léa sent son cœur battre, mais il est plus heureux. Elle sourit sans le vouloir. Elle ne parle pas, mais ses yeux brillent comme deux petites pierres claires.
Pour un instant, Léa oublie la peur. Elle sent le monde passer à côté d'elle. Elle voit la grand-mère qui applaudit doucement. Elle voit la maman qui lui fait un clin d'œil. Le chemin semble plus long et plus grand. Elle sent ses jambes qui pédalent, qui répondent. Elle sent ses mains qui tiennent le guidon. Elle sent que ses pieds savent ce qu'ils font.
Un petit caillou fait trembler la roue. Le vélo incline un peu. Léa sent sa bouche se crisper. Elle dit « oh non », mais avec un ton curieux. Elle apprend à parler de l'inquiétude. Elle dit où cela lui fait peur : « dans mon ventre, ça pince. » La maman prend la parole et lui explique calmement que c'est normal. Les gens autour sourient. Un vieux monsieur, assis sur un banc, lève la main en signe d'encouragement. Léa sent son courage revenir, petit à petit.
Quand le chemin arrive près d'un petit pont, Léa réussit un long tour sans que papa ne tienne la selle. Elle se sent comme une petite aventurière. Elle ne crie pas. Elle rit tout bas. Son rire est une petite cloche. Le pont passe au-dessus d'un ruisseau qui chatouille les pierres. L'eau brille comme du cristal. Léa s'arrête un peu après. Elle dit qu'elle est fière. Sa voix est petite, mais elle résonne.
Chapitre 3 — Les tableaux et le partage
L'après-midi, ils retournent en ville d'art. Les artistes sont encore là. Léa regarde mieux les tableaux. Elle voit des scènes de rue, des gens qui marchent, des marchés, des bateaux, des fleurs. Chaque tableau raconte une histoire simple. Léa pense à sa matinée. Elle se dit que ses petites aventures peuvent être comme des tableaux : pleines de couleurs, parfois un peu tremblantes, toujours vraies.
Elle s'approche d'un artiste qui peint un parc. L'artiste laisse une place pour les enfants. Il pose une petite toile et des crayons. Léa s'assoit. Elle respire. Elle raconte ses couleurs avec ses doigts. Elle trace des lignes courtes. Elle dessine le chemin, les tilleuls, son vélo rouge. Elle dessine le pont et le ruisseau et un monde qui sent la confiture. Elle met beaucoup de jaune pour le soleil.
L'artiste regarde son dessin et sourit. Il dit quelque chose que Léa comprend sans qu'il le dise vraiment : son dessin est beau parce qu'il vient d'elle. Cela rend Léa toute douce à l'intérieur. Elle ressent un grand désir de partager ce qu'elle a appris. Elle pense à la grand-mère qui lui a tenu la main, à son papa qui a guidé, à la maman qui a expliqué, au vieux monsieur qui a souri. Elle pense aussi aux autres enfants qui peuvent avoir peur. Elle veut leur dire qu'ils peuvent essayer.
Dans la fin d'après-midi, il y a une petite fête sur la place. Les gens chantent des chansons silencieuses avec leurs mains. Les enfants courent pieds nus sur la pierre chaude. Léa montre son dessin à une fillette. Elle n'a presque pas de mots. Mais elle utilise d'autres mots : elle sourit, elle montre, elle tend le dessin. La fillette regarde et ses yeux s'éclairent. Elles se donnent la main un instant, comme un pont entre deux îles.
Sur le chemin du retour, Léa pousse son vélo, mais cette fois elle pousse pour une autre raison. Elle regarde s'il y a un petit garçon assis sur le trottoir qui pleure parce qu'il est tombé de son vélo. Léa va vers lui. Elle s'agenouille doucement. Elle dit « ça va ? » avec une voix douce qui vient de son cœur. Le petit garçon hoche la tête. Léa lui tend sa petite trousse de pansements du sac. Sa maman lui a montré comment mettre un pansement sur un genou. Léa montre comment respirer pour que la douleur fasse moins mal.
Le petit garçon essuie ses larmes. Il sourit faiblement. Léa sent une chaleur dans la poitrine, comme quand elle a réussi à pédaler. Elle comprend que ses petites mains peuvent aider. Elle comprend qu'offrir un mot doux, un pansement, un dessin peut changer une journée.
Le soir, la maison sent encore la confiture. La famille se rassemble autour de la table. Léa raconte avec ses mots simples sa journée. Elle explique qu'elle a eu peur et qu'elle a réussi. Elle raconte qu'elle a dessiné et qu'elle a aidé un autre enfant. Ses mots sont courts, mais ils sont pleins. Sa maman lui dit qu'elle est courageuse et gentille. Son papa lui dit qu'il est fier. Sa grand-mère lui fait un bisou sur le front.
Avant de dormir, Léa reste un long moment à la fenêtre. Elle regarde les étoiles et compte les lumières qui clignotent. Elle pense à la ville d'art qui brillait comme une boîte à images. Elle pense au chemin où le vent chantait. Elle pense au petit garçon, à la fillette et à l'artiste qui l'a regardée. Elle sent dans son cœur une envie qui grandit doucement : aider encore. Pas toujours avec de grandes choses. Parfois avec un mot, un geste, un dessin, un pansement.
Elle ferme les yeux. Elle se dit qu'elle aimera demain encore. Demain elle voudra apprendre plus, préférer parler de ses peurs, dire « j'ai peur » et « je suis fier », et montrer comment partager. Elle sait que l'été est plein de jours longs et lumineux. Elle sait aussi que chaque jour contient une petite leçon. Elle respire. Elle sent le soleil dans ses rêves. Elle s'endort en souriant, prête pour un autre matin qui sentira la confiture.