Premier pas
Il était une fois un petit garçon de quatre ans. Il s'appelait Léo. Léo aimait les chaussures rouges et les tartines de miel. Un matin, il entra dans une forêt toute drôle. Les feuilles chantaient "pin-pon, pin-pon" comme une petite cloche. Les arbres se penchaient pour saluer Léo.
"Bonjour, Léo !" dit un chêne en frottant sa barbe de mousse.
Léo sourit. "Bonjour !"
Léo se fit une promesse toute simple. "Je me promets de changer de sens." Il voulut dire qu'il allait essayer de faire tout à l'envers, juste pour rigoler. Il allait marcher à gauche quand il allait normalement à droite. Il allait écouter le silence avec ses oreilles, comme on regarde un dessin.
Milieu rigolo
Léo marcha à gauche. À gauche, il trouva un sentier qui dansait. Le sentier faisait des petits pas. "Hop, hop, hop", il allait comme un lapin en chaussettes. Léo rit. Il regarda à droite. À droite, une fleur mettait ses chaussures. Une fleur ! Elle s'enfila de petites bottines bleues et dit : "Je vais danser."
Léo voulut changer encore de sens. Il se pencha, et au lieu de sentir la fleur, il lui raconta une histoire. "Il était une fois une tartine qui volait..." La fleur applaudit avec ses pétales. "Encore !" dit-elle.
Plus loin, un nuage faisait la sieste par terre. Il ronflait doucement, comme un petit tambour. Léo chuchota : "Chut, nuage." Le nuage ouvrit un œil, vit Léo, et fit un petit coucou. "Tu changes de sens très bien," dit le nuage d'une voix comme de la mousse.
Léo rencontra aussi un écureuil qui lisait un livre à l'envers. L'écureuil lisait les images avant les mots. "Pourquoi lis-tu comme ça ?" demanda Léo. "Parce que demain, c'est aujourd'hui," répondit l'écureuil en souriant. Léo rit, il colla sa main sur son ventre. "De travers, de travers !" dit-il en riant. Il changea encore de sens : il marcha sur la pointe des pieds, puis à reculons en chantant.
Fin douce
La forêt riait de petites bulles. Les bulles montaient et craquaient en chansons. Léo se sentit tout léger. Il pensa à sa promesse. "Je me promets de changer de sens, mais pas mon cœur," dit-il doucement. Les arbres hochaient la tête comme des pendules.
Quand le soleil baissa doucement, la forêt s'étira comme un chat. Les choses devinrent plus calmes, moins pressées. Léo s'installa sur une souche moelleuse. La fleur mit ses bottines sur la tête comme un chapeau. Le nuage chanta une berceuse en roucoulettes.
"Bonne nuit, forêt," murmura Léo.
"Bonne nuit, Léo," répondirent les arbres.
Léo respira. Il sentit le miel dans son ventre et la chaleur dans son cœur. Il avait changé de sens pour jouer. Maintenant, il revenait à sa maison, tout doux, tout tranquille. Il se promettait encore une chose : revenir demain pour changer de sens une autre fois, toujours avec le sourire.