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Histoire sur les écrans 11 à 12 ans Lecture 18 min.

Les minutes en or de Lina

Lina, une petite fille passionnée par sa tablette, découvre l'importance de lâcher prise des écrans pour mieux dormir et laisser place à sa créativité, tout en élaborant un plan avec sa famille pour trouver un équilibre entre le numérique et le monde réel. En chemin, elle crée des souvenirs et des idées nouvelles avec ses amis, tout en apprenant à se reconnecter avec elle-même.

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Lina, une fille de 12 ans aux cheveux châtains bouclés et aux yeux pétillants, est assise sur son lit entourée de coussins colorés, souriante et curieuse avec un carnet en main. À côté d'elle, son petit frère Jules, 8 ans, porte des lunettes rondes et un t-shirt à rayures, tenant une tasse de tisane avec un air sérieux. La chambre est lumineuse, avec des murs bleu clair et des posters d'animaux. Sur le bureau, une tablette est dans un panier décoré d'étoiles. Lina et Jules discutent joyeusement de leur « Plan d’Étoiles », entourés de dessins et de feutres colorés, prêts à créer des idées pour mieux dormir et profiter de leur temps sans écrans. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le message qui clignote

Lina posa son sac dans l'entrée et lança ses baskets vers le tapis, en visant à peu près. Sa tablette l'attendait sur le buffet, comme un petit rectangle qui clignote, promettant les secondes qui filent. Elle l'attrapa, s'écrasa sur le canapé et lança un épisode de sa série préférée. Elle se dit: «Juste un, pour décompresser.»

Un message apparut sur l'écran: «Les Lucioles» — le groupe de classe. Inès avait posté: «Exo de maths p. 42? Je comprends rien aux fractions.» Mehdi ajouta un gif d'un citron qui tourne sur lui-même. Lina sourit, ses pouces répondirent à la vitesse de la lumière. En trois minutes, elle avait expliqué la moitié du problème, envoyé un schéma et récolté trois émojis flammes.

— Lina, à table! lança sa mère depuis la cuisine.

— Une minute! Je finis le niveau! répondit Lina, déjà hypnotisée par la prochaine vidéo «à ne pas manquer».

Son père arriva avec la louche encore fumante.

— On a fait soupe carotte-coco. Et ce soir, je propose une parenthèse sans écran après le repas, d'accord? Juste une demi-heure. On discute, on rit, on respire.

Lina roula des yeux, mais sans méchanceté. Elle avait du mal à lâcher sa tablette. Elle se promit intérieurement: «Après la soupe, je range.» C'était simple, non?

À table, l'odeur de curry la ramena à la réalité. Elle raconta son cours d'arts plastiques, comment Mme Costa avait parlé des couleurs chaudes «qui font danser le regard». Son petit frère Jules tapa dans son verre en rythme, sa mère sourit.

— Et ce projet de maquette de quartier, ça avance? demanda son père.

— Demain, on choisit nos équipes. J'aimerais bien faire la place du marché avec Inès. On pourrait inventer une boutique de glaces bizarres.

— Glaces au curry, j'espère, dit Jules, très sérieux.

Tout le monde éclata de rire. Lina aussi, mais son regard glissa déjà vers la tablette, posée face contre la table. Une notification vibra: bzz. Elle déglutit. Une petite inquiétude monta. Et si Inès posait une question et qu'elle n'était pas là? Et si le groupe «Les Lucioles» décidait un défi et qu'elle le ratait?

— On joue à «devine le mot»? proposa sa mère. Une partie rapide.

— Après, OK? murmura Lina, en rattrapant sa tablette.

Son père ne fit pas la morale. Il dit simplement:

— Ça compte pour toi, hein?

Lina hocha la tête. Oui, ça comptait. C'est tout.

Chapitre 2 — La nuit pixelisée

Plus tard, dans sa chambre, Lina s'étira, ferma les rideaux puis ralluma sa tablette «deux minutes», juste pour revoir un passage drôle. L'écran éclaira son visage d'une lueur bleutée. Une vidéo en entraîna une autre. Une chanson, un tuto pour dessiner des yeux réalistes, une cascade d'images qui glissaient comme des bonbons.

Bzz. Mehdi: «Regardez ce montage vidéo!» Bzz. Inès: «On fait un challenge photo: la plus belle ombre avec une lampe de poche!»

— Ça, je peux faire vite! chuchota Lina, excitée.

Elle fabriqua une montagne avec sa couette, planta une lampe derrière, prit trois photos. Les ombres étaient belles, presque des silhouettes de théâtre. Elle les envoya, le cœur léger. Puis elle resta assise, le dos contre le mur, la tablette chaude sur les genoux.

Le temps s'étira, silencieux. Dehors, un scooter passa. Dans la maison, tout devint plus calme. Mais Lina n'était pas prête à dormir. Son esprit scintillait, comme si son cerveau avait avalé une guirlande lumineuse. Elle ferma la tablette, éteignit la lampe. Le noir semblait trop vaste, rempli d'échos de musiques et de phrases. Elle se retourna, compta des moutons qui portaient des casques de gaming, rit toute seule, puis soupira.

— Dors, maintenant, dors, se murmura-t-elle.

Après un long moment, elle s'endormit d'un coup, comme une pierre qui tombe dans l'eau.

Chapitre 3 — Lundi flou

Le réveil sonna comme une casserole qu'on cogne. Lina cligna des yeux. Son oreiller lui collait au visage. Elle descendit au petit-déjeuner en traînant les pieds.

— Tu as une tête de lune, constata Jules. Une lune très gentille, ajouta-t-il, pour réparer.

— Merci, dit Lina en baillant.

À l'école, la journée avança dans une sorte de brouillard. En maths, elle confondit numérateur et dénominateur. En français, elle oublia un synonyme qu'elle connaissait par cœur. En sport, elle courut après le ballon sans jamais l'attraper, comme si ses jambes avaient décidé de faire grève.

À la pause, Inès lui donna un petit coup d'épaule.

— Ça va, toi?

— Je suis en mode «caméra au ralenti», répondit Lina.

— Cette nuit, j'ai coupé à 21 heures. J'ai essayé l'astuce de ma cousine: un quart d'heure d'atterrissage sans écran. T'sais, comme les avions. J'ai lu trois pages, respiré, fait un dessin tout simple. J'ai l'impression d'avoir une nouvelle batterie.

Lina sourit, un peu piquée.

— Moi, je me suis couchée tôt. Enfin… un peu après tôt. Enfin, pas si tard.

Mme Costa passa près d'elles, son tote bag rempli de pinceaux.

— Le sommeil, mes artistes, c'est votre pinceau secret, dit-elle. Sans lui, les couleurs bavent.

— Comment on fait pour que ça marche vraiment? demanda Lina, honnête.

— On fabrique son rituel, répondit l'enseignante. Court, joyeux, que vous avez choisi vous-mêmes. Et on se fait confiance. Ah, et on discute à la maison, on implique tout le monde. L'équilibre, ça se construit.

Le mot rituel s'installa dans l'esprit de Lina, comme une petite graine.

Chapitre 4 — Le conseil de la soirée

Le soir, après le repas, Lina appela:

— Conseil de famille! Cinq minutes, promis. Sujet: les écrans et mes nuits.

Son père leva les sourcils, fier comme si elle venait de gagner un prix. Sa mère s'installa à table avec un carnet. Jules se glissa sur une chaise, sérieux.

— J'ai besoin d'un plan, commença Lina. Pas un truc où on me dit «non» tout le temps. Un truc où j'ai la main. Je veux dormir mieux. Et garder mes écrans, parce que j'aime ça. Et être créative sans me sentir forcée.

— Marché conclu, dit sa mère. On fait un plan qui te ressemble.

— On pourrait l'appeler «Plan d'Étoiles», proposa Jules.

Ils éclatèrent de rire, puis adoptèrent le nom aussitôt. Lina sortit des feutres, écrivit sur une feuille:

Plan d'Étoiles — Soirs d'école

1. 20 h 30: Tous les écrans dans le panier. (Lina dessina un panier à rayures, avec de petites étoiles autour.)

2. 20 h 30-20 h 50: Atterrissage. Chacun choisit: lire, dessiner, jouer au Dobble, origami, guitare douce, écrire une micro-histoire, respiration «4-4-6» (inspire 4, bloque 4, expire 6).

3. 20 h 50: Préparer le lendemain: sac, habits, carnet d'idées.

4. 21 h 00: Lumière basse, phrase calme, dodo sans drame.

— Et si j'ai une super idée à 21 h 03? demanda Lina, mi-sourire, mi-inquiétude.

— Tu la notes dans ton carnet et tu dors, répondit son père. Les bonnes idées adorent qu'on les respectent: elles reviennent au matin.

— Et si Inès envoie un message important?

— Vous vous mettez d'accord, proposa sa mère. Prévenez le groupe que tu ne répondras plus après une certaine heure. La vraie amitié respecte ça.

Lina réfléchit.

— OK. Et un joker par semaine pour une soirée film? Vendredi?

— Validé, dit sa mère, en dessinant un pop-corn à moustache dans la marge.

Le panier à écrans fut créé dans la foulée: une boîte à chaussures recouverte de papier collant, des étoiles en papier d'alu, et dessus, Jules écrivit en lettres géantes: «Ici, les écrans dorment bien.»

À 20 h 30, Lina déposa sa tablette dans le panier. Elle la caressa presque, comme on dit «bonne nuit» à un chat. Son père ajouta son téléphone. Sa mère aussi. Même Jules y abandonna, triomphal, une console qui bipa.

— Je veux participer, dit-il. Même si je me couche plus tôt que vous, je suis un membre fondateur.

— Bienvenue dans l'équipage, capitaine, fit Lina.

Le quart d'heure d'atterrissage commença. Lina sortit son carnet. Elle dessina des carrés puis des cercles, comme une respiration. Elle essaya la technique «4-4-6». Au début, elle compta de travers. Puis ses épaules se détendirent. Elle écrivit: «Idées pour la maquette: place aux cerfs-volants. Bancs en bois courbé. Kiosque à musique avec guirlandes solaires.» Elle se surprit à sourire. Son cerveau ne clignotait plus, il s'éclairait doucement.

— Tu viens jouer au Dobble? proposa Jules.

— Deux parties et au lit, dit Lina.

Ils rirent, se trompèrent exprès, et à 21 h, la maison entier passa en mode murmure. Lina alla se coucher. Dans le noir tranquille, elle pensa: «C'est ça, peut-être, l'autonomie. Je pilote.» Et elle s'endormit presque tout de suite, étonnée de sa propre facilité.

Chapitre 5 — La cabane aux idées

Le lendemain, Lina se réveilla avant le réveil. Ses yeux n'étaient plus lourds, son ventre pas stressé. Au collège, en maths, les fractions glissèrent en place comme des pièces de puzzle. En sport, elle courut sans s'essouffler trop vite. À l'atelier d'arts plastiques, elle proposa:

— Pour la maquette, on pourrait faire une place avec des bancs qu'on a vraiment fabriqués, en carton épais. Et de la lumière, mais sans électricité: avec du papier calque qui attrape la clarté du jour.

Mehdi approuva.

— Et on filme un stop motion le week-end, si tu veux. On fait bouger des personnages.

— Oui, mais les soirs d'école, j'éteins tôt, répondit Lina. Nouveau plan. J'ai un panier à écrans qui brille.

Inès hocha la tête.

— Moi aussi, je m'y tiens. On se laisse des notes le matin. On défie la nuit avec des crayons.

Les jours suivants, le «Plan d'Étoiles» prit racine. Parfois, Lina hésitait à déposer sa tablette dans le panier. Parfois, elle trichait dans sa tête: «Je jette un œil…» Mais elle se rappelait le calme qui suivait l'extinction, la petite fierté d'être fidèle à son choix. Elle expérimenta.

Un soir, elle fabriqua une lampe-caverne avec un pot de yaourt en verre et du papier de soie. Un autre, elle composa une mini-musique avec un xylophone poussiéreux et des tapotements sur un livre. Elle inventa une recette de «tartines du sommeil» avec banane écrasée, cannelle et un filet de miel. Elle colla au mur une affiche qu'elle avait dessinée: «Ici, la nuit sert à faire pousser les idées.»

Le samedi, c'était le moment où les écrans redevenaient des outils. Lina, Inès et Mehdi se retrouvèrent chez Inès pour tourner leur stop motion. Téléphone sur trépied, lampe douce, personnages en pâte autodurcissante. Ils animèrent un petit musicien qui traversait la place en faisant danser les bancs. Ils montèrent les images sur l'ordinateur, choisirent une musique libre de droits, ajoutèrent leurs noms en générique. La vidéo dura trente secondes, et ils en furent fiers comme s'ils avaient réalisé un film de deux heures.

— C'est bizarre, dit Mehdi, ce sont les soirs où on n'a pas d'écrans que j'ai eu les idées les plus chouettes.

— Pas bizarre, répondit Inès. C'est comme laisser la terre respirer pour que les graines poussent.

Lina acquiesça. Ce n'était pas contre les écrans. Elle les aimait, leur rapidité, leur magie. Mais maintenant, elle savait faire pause. Et cette pause, c'était comme ouvrir une fenêtre.

Chapitre 6 — Les minutes en or

La semaine suivante, la classe de Mme Costa organisa un petit «Marché des idées» pour partager des astuces de fin de journée. Chaque groupe préparait un stand.

— Nous, annonça Lina, on fera «Les minutes en or». Des idées courtes, joyeuses, qui ne fatiguent pas le cerveau. Avec et sans écran, mais surtout des choses simples pour préparer le sommeil.

Ils fabriquèrent un panneau, encore et encore, jusqu'à ce que le titre brille. Ils notèrent:

— Trois pages d'un livre drôle.

— Dessiner à l'aveugle pendant une minute.

— Écrire un haïku sur l'odeur du soir.

— Fabriquer une petite boîte à rêves avec du scotch et deux magazines.

— Jouer une partie de Dobble ou de Uno.

— Préparer un sac «matin facile».

— Respiration «4-4-6» avec un coussin sur le ventre pour sentir le mouvement.

— Écouter une chanson calme, la décrire avec quatre mots.

— Coller un post-it «bonne idée» sur la porte pour demain.

Le jour du marché, des élèves s'arrêtèrent, touchèrent les boîtes à rêves, rirent devant les haïkus. Un garçon demanda:

— Et si on n'a pas envie de lâcher le téléphone?

Lina haussa les épaules, souriante.

— Ça arrive. On peut prévenir ses amis d'une heure de dodo. Mettre une alarme «Bon pour moi». Créer un panier joli et déposer son écran dedans soi-même. C'est plus facile quand on choisit.

— Et si je rate un message important? insista-t-il.

— Si c'est vraiment important, il sera toujours là demain, répondit Inès. Et toi, tu seras plus en forme pour y répondre.

À la fin, Mme Costa fit le tour des stands.

— Vous avez appris quelque chose?

Lina prit un moment avant de parler.

— Oui. Je croyais que je devais être contre les écrans pour dormir. En fait, je dois juste être avec moi. Me donner le droit de décrocher, un peu plus tôt. Et de créer autrement.

Le soir même, de retour chez elle, Lina rangea son sac. À 20 h 28, elle jeta un dernier regard à la tablette. Le groupe «Les Lucioles» avait posté un «Bonsoir» collectif. Lina hésita, puis écrivit:

— Je file dans mes minutes en or. À demain, les lucioles!

Elle posa sa tablette dans le panier, qui scintilla sous la lumière de la lampe. Jules arriva en courant avec deux tasses de tisane.

— À nos étoiles, proclamation! s'exclama-t-il, solennel.

Ils trinquèrent en riant, la vapeur faisait des volutes fines. Lina s'installa sur son lit avec son carnet. Elle dessina la place de la maquette, pas à pas, banc après banc. Elle écrivit trois phrases pour demain. Elle inspira, bloqua, expira. Son corps devint lourd et tranquille.

Dans le silence, elle pensa à ce qui l'attendait: la vidéo finie, la maquette à présenter, la vie qui avançait par petits gestes. Elle sentit une douceur l'envelopper, comme une couverture encore chaude.

La nuit, dans son sommeil, Lina rêva qu'elle marchait dans une ville de papier. Les fenêtres étaient des pages, et ses pas faisaient un bruit de feuilles que l'on tourne. Dans un coin, un panier à rayures tenait une lampe aux reflets d'étoiles. Il clignait, non pour l'appeler, mais pour lui dire: «Tout est là. Tu peux te reposer.»

Au matin, le message des Lucioles l'attendait. Elle y répondit en croquant dans une tartine banane-miel, légère et réveillée. Le soleil passait à travers le voilage, dessinant sur le sol les ombres de la veille.

La journée pouvait commencer. Elle aurait des écrans, oui. Des idées aussi. Du temps pour faire, pour parler, pour rire. Et le soir, elle saurait les laisser dans leur panier, comme on laisse au bord du lit ses chaussures après une bonne promenade. Parce que désormais, Lina pilotait sa propre lumière — une lumière douce, qui s'éteint à l'heure et se rallume au matin, encore plus vive.

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Hypnotisée
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Rituel
Une série d'actions régulières que l'on fait de manière répétée.
Atterrissage
La phase où un avion descend et touche le sol, utilisé ici pour désigner le moment où l'on se prépare à dormir.
Caverne
Une grande grotte ou un espace sombre, souvent utilisé pour décrire un endroit secret ou refuge.
Haïku
Un poème japonais très court qui se compose de trois vers, souvent sur la nature.
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Une annonce officielle ou une déclaration faite publiquement.

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