Chapitre 1 : La petite fille aux chaussettes rayées
Lila avait cinq ans. Elle portait des chaussettes rayées orange et violet. Ce soir-là, l'air sentait les pommes chaudes et le feu de bois. Les feuilles crissaient sous ses petits pas. La lune était ronde comme un bonbon.
C'était la soirée d'Halloween. Les citrouilles brillaient dans les fenêtres. Des chauves-souris voltigeaient comme des petits foulards noirs. Lila tenait une panier en osier. Elle avait un grand sourire. Son but était simple : faire rire quelqu'un.
"Maman, je veux faire rire le voisin qui a l'air triste," dit-elle en regardant la maison à côté. La maison avait des rideaux gris. Un chat noir se tenait sur le muret, qui n'avait jamais miaulé. "Il est un peu comme un fantôme sérieux," avait chuchoté Maman en souriant.
Lila se mit à réfléchir. Elle aimait la magie. Elle aimait les blagues. Elle aimait les rires qui faisaient des petits sauts dans le ventre. Elle prit une petite lanterne. À l'intérieur, une bougie tremblotait. Sa flamme dessinait des ombres rigolotes sur le trottoir.
"Je vais préparer la plus jolie surprise," se dit-elle. Elle frotta ses mains. Une idée pétilla comme une étincelle.
Chapitre 2 : Les essais de Lila
D'abord, Lila sculpta une citrouille. Ses mains étaient pâteuses de chair orange. Elle fit des yeux en forme d'étoiles et une bouche qui souriait de travers. Elle plaça une petite éponge parfumée au miel dedans. "Regarde, tu vas sentir quelque chose de doux," murmura-t-elle.
Elle alla frapper à la porte du voisin. Une voix rauque répondit, un peu comme un vieux coffre qui grince. La porte s'ouvrit doucement. Un monsieur grand, aux cheveux blancs, apparut. Il avait un manteau qui faisait "hou". Il s'appelait Monsieur Romain. Ses yeux étaient tristes mais curieux.
"Bonsoir, Monsieur Romain," dit Lila poliment. "J'ai une citrouille souriante pour vous."
Monsieur Romain la regarda. Il sourit très légèrement. "Merci, petite Lila," dit-il. Sa voix était douce comme du pain grillé. Il prit la citrouille. Puis il la posa sur la table, fronçant le nez.
Lila voulut plus. Elle fit la danse des feuilles. Elle remua les bras comme des branches, fit des grimaces, fit des pompes sur une jambe. Le chat noir regarda, les yeux grands comme des pièces de monnaie. Monsieur Romain croisa les bras et resta sérieux.
"Je dois trouver un autre truc," pensa Lila. Elle réfléchit vite. Elle prit une branche ornée de rubans. Elle souffla dans une petite flûte en bois. Un son doux sortit, comme un petit secret. Mais le son fit seulement danser les feuilles.
"Peut-être que les spectres aiment les blagues," chuchota Lila. Elle s'aventura près du vieux pommier, là où, disait-on, un petit fantôme habitait. Les enfants du quartier racontaient qu'il éternuait chaque soir parce qu'il avait pris froid.
"Bonjour, petit fantôme," dit Lila. "Tu veux t'amuser ?" Une voix fraîche répondit, tremblante. "Qui... qui est là ?" souffla le fantôme. Il était petit, tout blanc, avec des yeux ronds. Il avait l'air plus surpris que méchant.
"Je veux te faire rire," annonça Lila avec sérieux. "Si je réussis, tu pourras te joindre à mon spectacle." Le fantôme hésita. Il n'avait jamais ri. Il était timide comme une aile d'oiseau.
Lila commença une histoire drôle. Elle fit des voix différentes. Elle fit parler un balai coquin, une pomme qui racontait des secrets, et une école de souris qui portaient des chapeaux. Le petit fantôme gigota. Un petit souffle sortit de sa bouche. Ce n'était pas un rire, c'était un "oh", comme un papillon qui découvre la lumière.
Soudain, une branche craqua. Une chouette passa, huant. Le fantôme se recroquevilla. Lila prit sa main, toute petite. "Ce n'est pas grave d'avoir peur," dit-elle. "Moi aussi j'ai peur parfois. Mais on peut rire quand même, même si on a un petit frisson."
Le fantôme regarda Lila. "Tu es gentille," dit-il. "Je... je veux essayer." Il inspira un grand souffle blanc. Un son sortit. C'était un petit gloussement, timide, comme une cloche lointaine. Lila applaudit. Le gloussement devint un rire. Le rire du fantôme sonnait comme des feuilles qui chatouillent le sol.
"Bravo !" s'exclama Lila. Elle se sentit heureuse. Faire rire le fantôme avait réchauffé son cœur. Mais elle n'avait pas fini. Elle voulait aussi faire rire Monsieur Romain.
De retour à la maison du voisin, Lila avait une autre idée. Elle confectionna un petit pantin avec des feuilles et des rubans. Elle lui mit un nez en pomme. Puis elle inventa une blague courte :
"Pourquoi la citrouille portait-elle des lunettes ?"
"Parce qu'elle ne voulait pas que la soupe la reconnaisse !"
Lila rit. Le pantin fit un saut. Le chat noir fit un bond et étira ses moustaches. Monsieur Romain poussa un petit sourire. Puis il éclata de rire, doucement au début, puis plus fort. Son rire roulait comme des billes dans une boîte. Il posa la main sur son cœur. "Je n'avais pas ri comme ça depuis longtemps," dit-il.
Lila sourit jusqu'aux oreilles. Elle était petite, mais elle avait le courage d'une étoile. Le rire de Monsieur Romain remplissait la rue. Les fenêtres s'allumèrent. D'autres voisins sortirent avec des bols de bonbons. Ils riaient aussi. La nuit semblait moins froide.
Chapitre 3 : Le grand éclat de rire et l'au revoir
Tout le quartier s'était réuni maintenant. Les citrouilles clignotaient. Les ombres dansaient comme des marionnettes. Le petit fantôme racontait la blague de Lila à sa façon. Sa voix faisait des ricochets parmi les maisons. Les enfants roulaient par terre, riant. Les parents souriaient. Le chat noir se léchait la patte, content.
Lila regarda Monsieur Romain. Il avait les yeux humides de bonheur. Le petit fantôme flottait près de sa manche, fier d'avoir ri. "Merci, Lila," dit Monsieur Romain. "Tu as apporté de la lumière et du rire."
"Et toi, petit fantôme," chuchota Lila, "tu veux venir jouer demain après l'école ?" Le fantôme hocha la tête. "Oui," dit-il, "mais seulement si tu apportes une histoire de pommes." Ils rirent tous ensemble.
Soudain, un léger vent souffla. Des feuilles volèrent en tourbillon autour d'eux. Une petite chauve-souris se posa sur l'épaule de Lila. Elle avait une aile blessée. Lila la prit délicatement. "Oh, toi," murmura-t-elle. Elle caressa la chauve-souris. Puis elle la déposa dans un panier doux, avec des feuilles. Le voisin, qui était vétérinaire, proposa de soigner l'aile.
"Tu as eu une grande nuit," dit Maman en prenant la main de Lila. Son doigt était chaud et petit. "Tu as été très gentille."
Lila sentit son cœur grand comme une citrouille. Elle aimait aider. Elle aimait faire rire. Elle aimait voir les visages s'éclairer. La magie d'Halloween n'était pas seulement pour les frissons. Elle était pour les sourires partagés.
La fête continua doucement. On raconta des histoires pas trop effrayantes. On mangea un peu de caramel et de pommes. Les étoiles clignotaient au-dessus comme des guirlandes lointaines.
Enfin, il fut temps de rentrer. Lila prit son panier. Le petit fantôme lui fit un clin d'œil qui brillait comme un petit phare. Monsieur Romain fit un salut de la main, sérieux et heureux à la fois.
"Bonne nuit, Lila," dit Maman. La lune regarda, ronde et complice. Les bougies des citrouilles s'inclinèrent lentement.
Lila fit un dernier tour de regard. Les visages étaient apaisés. Les rires restaient comme des miettes de lumière. Elle dit au revoir à ses nouveaux amis, au fantôme et au chat noir. Elle glissa une petite éponge parfumée au miel dans la poche de Monsieur Romain. C'était un gage d'amitié.
Elle se blottit dans les bras de Maman. Sa voix était presque un souffle. "Ce soir, j'ai fait rire le monde," murmura-t-elle, fière. Maman sourit et l'embrassa sur le front.
Dehors, la nuit continua sa ronde enchantée. Les feuilles chuchotèrent, les citrouilles veillèrent, et même les fantômes apprirent à sourire.
"Au revoir," dit Lila en fermant les yeux, heureuse et douce.