Chapitre 1 : L'ombre au-dessus de Néonville
À Néonville, les lampadaires brillaient comme des sucettes géantes et les bus glissaient en silence, posés sur des rails magnétiques. Au-dessus de tout ça, une silhouette bondissait de toit en toit, cape courte au vent, bottes qui faisaient « tac tac » sur le métal tiède.
C'était Luma Vortex.
Jeune femme, cheveux noirs coupés court avec une mèche argentée qui scintillait quand elle courait. Sur sa veste bleu nuit, des lignes lumineuses s'allumaient comme des constellations. Et sur son poignet, un bracelet rond, la taille d'une montre, pulsait doucement : il captait l'énergie de la ville pour la transformer en boucliers ou en petits éclairs inoffensifs, juste assez pour arrêter un méchant sans faire mal.
Luma s'arrêta au bord d'un immeuble, plissa les yeux et observa la grande place. Les drones-lucioles du service municipal volaient en rond… sauf qu'ils tournaient trop vite. Comme s'ils étaient affolés.
Puis la fontaine centrale se mit à avaler sa propre lumière. L'eau devint grise, la statue du fondateur clignota et… pouf ! Les panneaux publicitaires s'éteignirent un à un.
« Oh non. Quelqu'un est en train de voler l'énergie de Néonville, » murmura Luma. « Et je déteste quand on vole. Surtout l'énergie : c'est lourd à porter et ça met tout le monde dans le noir. »
Son bracelet vibra : un signal d'alerte. Sur l'écran minuscule, un nom apparut : PULSE-PIÈGE.
Le méchant n'était pas un monstre géant. C'était pire : un inventeur bougon qui adorait piéger la ville avec des machines collantes et des aimants farceurs. Il se croyait drôle. Il ne l'était pas.
Luma inspira. Prudente, elle vérifia les rues : pas de foule trop près, pas d'enfants sur les trottoirs. Elle prit une petite impulsion, sauta… et se laissa porter par un courant lumineux qu'elle créa sous ses pieds.
« D'accord, Néonville. Je te garde allumée. »
Chapitre 2 : Le retour de Milo Météore
En descendant vers la place, Luma aperçut une silhouette connue qui courait en zigzag pour éviter un robot-aspirateur devenu fou. Le garçon, grand pour son âge, portait une casquette rouge, un sac à dos plein de gadgets et un sourire qui ressemblait à une idée.
« Milo ? » s'étonna Luma.
Le garçon se retourna. Ses yeux s'agrandirent.
« Luma Vortex ! Enfin… Lila ! » Il s'arrêta net, essoufflé. « Je suis revenu ! »
Lila, sous son masque léger aux verres bleutés, sentit son cœur faire un petit saut. Milo Météore était son ami d'enfance. Il avait déménagé l'année dernière, et la ville avait semblé plus silencieuse depuis.
« Revenu… maintenant ? » demanda-t-elle, en attrapant le robot-aspirateur par le capot. D'un petit flash de son bracelet, elle le remit en mode « gentille poussière ».
Milo hocha la tête. « J'ai suivi des signaux bizarres. Des pics d'énergie. Et devine qui j'ai vu près de la place ? Pulse-Piège ! Il a installé un truc qui pompe la lumière, comme une paille géante. »
« Super. Le vampire des lampadaires, » souffla Luma. « Tu es venu aider ou faire une collection de dangers ? »
Milo leva les mains, faussement innocent. « Aider ! Promis. J'ai même… » Il ouvrit son sac et sortit une mini-lampe de poche. « Une lampe anti-panique. »
Luma éclata de rire. « C'est adorable. Et presque utile. »
Une vibration secoua le sol. Au centre de la place, un cône de métal sortit des pavés comme une taupe mécanique. Il tourna, cliqueta, puis projeta un filet d'ombre qui fit pâlir les vitres autour.
Les passants reculèrent, inquiets. Un chien aboya. Une dame serra son sac comme si on allait lui voler… ses biscuits.
Luma leva la main, créa un bouclier de lumière transparent autour du groupe le plus proche. « Tout le monde, reculez doucement. Pas de course, pas de panique. On gère. »
Milo la regarda, admiratif. « Tu as toujours ce ton de capitaine. »
« Quelqu'un doit empêcher Néonville de devenir Grisonville, » répondit-elle.
Au loin, une voix sortit d'un haut-parleur grinçant : « Citoyens ! Votre énergie sera… euh… réquisitionnée pour mon grand projet ! Ah ah ! »
Luma soupira. « Il rit toujours comme un grille-pain qui tousse. »
Milo pointa du doigt une ruelle. « J'ai vu où il s'est caché. Un endroit discret. Un hangar, près des anciens docks. »
Luma se redressa. « Alors on y va. Ensemble. Mais tu restes derrière moi, compris ? Je suis prudente. »
Milo fit un salut théâtral. « Chef, oui chef. »
Chapitre 3 : Le hangar discret
Ils traversèrent des rues où les enseignes clignotaient faiblement, comme des lucioles fatiguées. Luma avançait en silence, attentive aux reflets, aux ombres trop nettes, aux câbles qui traînaient. Milo, lui, chuchotait des plans à voix basse.
« Si on coupe son alimentation… ou si on lui fait peur avec ma lampe anti-panique… »
« Milo, » dit Luma, « ta lampe me fait plus rire que peur. Mais garde-la, on ne sait jamais. »
Le hangar discret se cachait derrière une rangée de conteneurs. Une porte rouillée, une petite fenêtre poussiéreuse, et un panneau : « Interdit – Rien d'intéressant ici ». Ce qui, évidemment, voulait dire : « Beaucoup de choses intéressantes ici ».
Luma posa la paume sur la porte. Son bracelet émit une lueur douce. Elle n'ouvrit pas brusquement : prudente, elle écouta d'abord. Des bips, un ronronnement… et une voix qui parlait toute seule.
« Plus d'énergie… plus de puissance… et ensuite, je changerai la couleur du ciel ! En vert ! Tout le monde adore le vert ! »
Milo grimaça. « Moi, j'aime bien le bleu. »
Luma entrouvrit la porte. À l'intérieur, des câbles serpentaient comme des spaghettis. Une machine énorme, avec un entonnoir pointé vers le plafond, avalait des étincelles bleues capturées dans des bocaux. Pulse-Piège, petit, moustachu, lunettes rondes, tapotait un clavier en fredonnant faux.
Sur une table, des plans étaient étalés : « Projet : Nuit Éternelle (mais pas trop) ». Luma fronça les sourcils. « Justice d'abord, » murmura-t-elle. « Personne n'a le droit de prendre la lumière de tous pour son caprice. »
Elle fit un signe à Milo. Ils avancèrent.
Milo, trop enthousiaste, trébucha sur un câble. « Oups ! »
Le câble se débrancha. Une alarme se mit à hurler : « PIIIP PIIIP INTRUS TRÈS MAL COIFFÉS ! »
Pulse-Piège se retourna, outré. « Hé ! Mes cheveux sont très bien ! Et vous, vous êtes… Luma Vortex ! Et… un enfant avec une lampe ridicule ! »
Milo brandit sa lampe. « Elle est stratégique ! »
Pulse-Piège appuya sur un bouton. Du plafond tombèrent des bulles collantes, comme des chewing-gums géants. Elles rebondirent partout, cherchant à engluer les intrus.
Luma fit apparaître un bouclier lumineux en dôme. Les bulles s'écrasèrent dessus en faisant « plop plop ». Elle avança, calme, comme une héroïne dans une page de comic.
« Pulse-Piège, » lança-t-elle, « ça suffit. Tu rends l'énergie. Néonville n'est pas ton jouet. »
Le méchant ricana et activa sa machine. Le hangar trembla. Les bocaux se vidèrent, aspirés par l'entonnoir. Dehors, on entendit la ville gémir : les derniers néons baissèrent.
Milo chuchota : « Il faut couper le cœur de la machine. Regarde, au centre : ce cube qui brille. »
Luma hocha la tête. « Bonne observation. Reste à couvert. »
Elle bondit. Une bulle collante tenta de l'attraper par la cheville. Elle glissa, tourna sur elle-même, et projeta un mince rayon lumineux qui découpa la bulle en confettis de gomme. Rien de dangereux, juste… très collant et très bête.
« Hé ! C'était ma meilleure bulle ! » cria Pulse-Piège.
« Elle avait besoin d'une carrière dans le cirque, » répondit Luma.
Elle atteignit le cube brillant. Mais une cage magnétique se referma autour d'elle : des barres d'énergie violette, crépitantes, la bloquèrent.
Milo déglutit. « Luma ! »
Luma posa ses mains sur les barres. « Pas de panique. Je suis prudente, tu te souviens ? » Elle ferma les yeux, concentra l'énergie de son bracelet, et la fit vibrer à la même fréquence que la cage. Les barres tremblèrent, hésitèrent… et s'écartèrent comme des rideaux.
Milo ouvrit la bouche. « Trop classe. »
Luma attrapa le cube. Il pulsait comme un cœur volé. Elle ne le brisa pas : elle le calma, doucement, en envoyant une lumière chaude, comme un matin d'été.
« L'énergie n'est pas faite pour être enfermée, » dit-elle. « Elle sert à faire vivre. »
Le cube s'illumina, puis relâcha une onde bleue qui remplit le hangar. Les câbles cessèrent de bouger. La machine s'arrêta dans un « pouf » vexé.
Pulse-Piège resta figé, la moustache tombante. « Mais… mon ciel vert… »
Luma s'approcha. « Tu veux être remarqué ? Alors fais quelque chose de juste. Invente pour aider, pas pour voler. »
Milo ajouta, sérieux : « Et puis… le vert, c'est sympa, mais pas sur toute la planète. »
Pulse-Piège soupira. « Bon… d'accord. » Il leva les mains. « Je rends. »
Chapitre 4 : Le banc retrouvé
Quand Luma et Milo sortirent du hangar discret, Néonville reprenait des couleurs. Les panneaux se rallumèrent, la fontaine redevint brillante, et les drones-lucioles reprirent leur ronde tranquille, comme si rien ne s'était passé… sauf que tout le monde respirait mieux.
Les habitants applaudirent. Pas trop fort, parce qu'à Néonville on est poli, mais assez pour que Luma sente une chaleur dans sa poitrine.
Les agents de la ville emmenèrent Pulse-Piège. Il marchait sans râler, un peu honteux. Avant de partir, il marmonna : « Peut-être que je peux inventer… des panneaux solaires rigolos. Des panneaux avec des moustaches. »
Milo ricana. « Ça, je paierais pour voir. »
Luma retira son masque et secoua sa mèche argentée. « Tu as été courageux, Milo. Mais tu as aussi failli te faire avaler par des bulles. »
« Détails, » répondit-il. Puis, plus doux : « Ça m'a manqué, Néonville. Et toi aussi. »
Luma sourit. « Moi aussi. »
Ils marchèrent jusqu'au parc des Aurores, là où les arbres avaient des feuilles qui brillaient légèrement la nuit. Au bout de l'allée, sous un lampadaire en forme d'étoile, se trouvait un vieux banc de bois, rayé de petites marques et de prénoms gravés.
Milo s'arrêta net. « Attends… ce banc ! »
Luma le reconnut aussi. C'était là qu'ils s'étaient juré, enfants, de “protéger les plus petits” et de “ne jamais tricher aux jeux de cartes”, promesse que Milo avait… parfois oubliée.
Le banc avait disparu pendant les travaux, et Luma l'avait cherché des mois. Et maintenant, il était là, restauré, repeint, comme s'il avait retrouvé sa place tout seul.
Sur le dossier, une petite plaque neuve brillait : « Banc des Justes – Pour se souvenir qu'une ville appartient à tous. »
Luma s'assit, émue. Milo s'assit à côté, balançant ses jambes.
« On dirait que la ville nous remercie, » dit-il.
« Ou qu'elle nous rappelle notre responsabilité, » répondit Luma. Elle tapota le bois du banc. « Être une héroïne, ce n'est pas seulement courir et briller. C'est aussi écouter, protéger, et choisir ce qui est juste, même quand c'est compliqué. »
Milo hocha la tête, sérieux… puis sortit sa lampe anti-panique et la posa sur le banc comme un trophée.
« Et ça, c'est pour les moments où on a besoin de rire, » déclara-t-il.
Luma éclata de rire, un rire clair qui se mélangea au bourdonnement doux de Néonville rallumée. Au-dessus d'eux, les étoiles semblaient plus proches, comme si elles approuvaient.
Et sur le banc retrouvé, dans la lumière revenue, deux amis se promirent de veiller sur leur ville — avec courage, justice… et juste ce qu'il faut d'humour.