Chapitre 1 : Le garçon au manteau d'étoiles
Dans la ville de NébuliCity, les trottoirs brillaient comme des circuits et les lampadaires avaient des halos bleus, comme des mini-lunes. Les drones de livraison fredonnaient dans le ciel, et les écrans des immeubles clignotaient des messages gentils : « Pensez à regarder des deux côtés ! » et « Souriez, il fait beau en haut aussi ! »
Au milieu de tout ça, un jeune homme courait… mais pas comme tout le monde.
Il s'appelait Zéphyr Lumen. Dix-sept ans, des cheveux noirs qui partaient en bataille comme s'ils avaient leur propre idée, et des yeux couleur noisette avec des paillettes dorées quand la lumière les frappait. Il portait un manteau léger, sombre, parcouru de fines lignes brillantes, comme une carte du ciel. Sur son avant-bras, un bracelet argenté s'allumait quand il respirait fort : c'était son « Pulseur », un gadget qu'il avait fabriqué avec patience et prudence.
Zéphyr n'était pas juste rapide. Il pouvait « accrocher » la lumière et s'en servir pour faire des sauts incroyables, comme s'il rebondissait sur des rayons invisibles.
« Zéphyr, fais attention aux coins ! » grésilla une voix dans son oreille. C'était Mimo, son petit assistant-IA, coincé dans une oreillette minuscule. Mimo avait un ton de vieux professeur très sérieux… dans un corps de voix de dessin animé.
« Je fais toujours attention, Mimo. Je suis la prudence en baskets. »
« Ça ne veut rien dire. »
Zéphyr sourit. Il adorait ce genre de remarques.
Ce jour-là, il n'était pas en retard pour l'école. Il suivait un autre appel : une alarme discrète, envoyée par la Banque Orbitale, celle avec la grande porte ronde qui ressemblait à un hublot de vaisseau.
Au coin de la rue, il aperçut la scène : la porte de la banque vibrait, et devant, trois silhouettes masquées tentaient de forcer l'entrée avec une machine qui bourdonnait comme un aspirateur trop fâché.
Un braquage. Un vrai.
Zéphyr posa son pied, inspira, et son bracelet s'illumina.
« Bon, murmura-t-il, mode héros activé. »
Chapitre 2 : Braquage au rayon laser
Zéphyr s'élança. On aurait dit une comète qui glissait au ras du sol. Il prit appui sur un reflet dans une vitrine, puis sur une plaque métallique, et hop : un saut lumineux, propre, précis. Il atterrit sur le toit du petit kiosque à journaux juste en face de la banque.
« On respire, on observe, on agit, » se rappela-t-il. La prudence, ce n'était pas seulement ralentir. C'était choisir le bon moment.
Les braqueurs n'avaient pas l'air très… professionnels. L'un tapotait la machine comme si elle allait se réparer par magie. Un autre se disputait avec le troisième.
« Je t'ai dit que c'était le bouton vert ! »
« Mais y a trois boutons verts ! »
Zéphyr se pencha et lança, d'une voix claire :
« Euh… excusez-moi. Question : vous avez un rendez-vous ? Parce que là, c'est plutôt “forçage de porte” que “politesse”. »
Les trois masques se tournèrent d'un coup.
« Hé ! C'est le gamin aux reflets ! » grogna l'un.
Zéphyr se redressa, théâtral :
« Je préfère “Zéphyr Lumen, protecteur officiel des gens qui veulent juste retirer vingt crédits tranquille”. »
Un braqueur sortit un petit lance-filet. Rien de dangereux comme dans les films, mais assez pour piéger quelqu'un.
Mimo grésilla :
« Attention. Filet. Probabilité d'emmêlement : élevée. Et tu détestes être emmêlé. »
« Merci, Captain Évidence ! »
Le filet partit. Zéphyr fit un pas de côté et bondit sur un rayon de lumière qui glissait sur la vitre de la banque. On aurait juré qu'il avait attrapé un morceau de soleil. Il pivota, atterrit derrière le braqueur et… claqua des doigts.
Son Pulseur projeta une petite bulle lumineuse, comme une boule de savon solide, qui se referma autour du lance-filet.
« Oh non ! Mon truc ! » protesta le braqueur.
« Je te le rends après… dans environ mille ans, » répondit Zéphyr.
Le deuxième braqueur tenta de fuir avec un sac déjà rempli — probablement de cartes, de badges, de je-ne-sais-quoi. Zéphyr n'alla pas tête baissée. Il regarda : rue glissante, un vélo qui arrivait, une dame avec un panier de fruits.
« Prudence… » murmura-t-il.
Il fit un saut en arc, passa au-dessus du vélo sans le toucher, et glissa sur une flaque en freinant avec la semelle, comme au patin. Il tendit la main, et une bande de lumière s'allongea de son bracelet, douce comme un ruban.
Le sac fut attrapé, sans tirer trop fort.
« Hé ! » cria le braqueur.
« Hé toi-même, » répondit Zéphyr. « On ne court pas avec les affaires des autres. Et on ne court pas non plus sur chaussée mouillée sans regarder où on met les pieds. C'est la leçon bonus. »
Le troisième braqueur appuya enfin sur le bon bouton. La machine bourdonna plus fort et la porte de la banque vibra.
Zéphyr fronça les sourcils.
« Mimo, idée ? »
« Cette machine semble être un “déverrouilleur magnétique”. Je propose : l'empêcher de toucher la porte. »
Zéphyr hocha la tête, inspira, et fit quelque chose de très héroïque : il prit son temps pour viser.
Une impulsion lumineuse jaillit de son Pulseur, frappa la machine sur le côté, et la fit tomber en roulant… jusqu'à l'égout.
« Non ! » crièrent les braqueurs en chœur.
Et la grille de l'égout… se souleva toute seule, comme si quelque chose l'aspirait.
Un souffle d'air froid monta d'en bas, accompagné d'un bruit de moteur doux… et de petites lumières qui clignotaient.
Zéphyr recula d'un pas.
« Euh… ça, c'est nouveau. »
Chapitre 3 : Plouf dans le canal aux bateaux autonomes
Les braqueurs, affolés, choisirent la pire option : ils sautèrent dans l'égout.
« Sérieusement ? » souffla Zéphyr. « C'est votre plan ? Le plan “odeur douteuse” ? »
Mais la grille s'ouvrait et se refermait comme une bouche métallique. Et au fond, il y avait un tunnel qui menait vers le canal central, celui qui traversait NébuliCity.
Zéphyr n'aimait pas les tunnels. Trop de coins, trop de surprises. Pourtant, il entendit un petit “bip-bip” d'alarme venant de la banque : la machine tombée pouvait encore faire des dégâts.
« Prudence, » répéta-t-il. « D'accord. »
Il appela les secours en deux phrases claires (pas de panique, juste des infos), puis il descendit.
Le tunnel débouchait sur le canal. Là, l'eau n'était pas vraiment de l'eau : c'était un liquide bleu sombre, filtré et brillant, avec des reflets de néon. Des bateaux autonomes glissaient tout seuls, silencieux, comme des cygnes mécaniques. Certains transportaient des gens, d'autres des colis, d'autres encore de petites jardinières pleines de fleurs.
Et au milieu… un des braqueurs avait sauté sur un bateau de transport, qui se mit à accélérer.
« Stop ! » cria Zéphyr.
Le bateau répondit, d'une voix calme :
« Bonjour. Je suis Bateau-Navette 12. Je respecte le code de navigation. Je ne respecte pas les braquages. »
« Moi non plus ! » lança Zéphyr, déjà en train de courir le long du quai.
Sauf que le quai était humide. Et Zéphyr, malgré son courage, n'avait pas de super-pouvoir contre… les glissades.
Son pied partit.
« Oup— »
Plouf.
Il tomba dans le canal avec un éclaboussement spectaculaire. Heureusement, ce n'était pas profond, et son manteau flottait un peu, comme une cape mouillée qui faisait la tête.
Mimo grésilla, très calme :
« Rapport : tu es dans le canal. Conclusion : tu es… mouillé. »
Zéphyr souffla et se redressa, l'eau jusqu'à la taille.
« Merci, Mimo. Vraiment. Ton soutien émotionnel est… un phare. »
Un bateau autonome s'approcha, détectant sa présence.
« Alerte. Piéton aquatique non enregistré, » annonça le bateau.
« Je suis enregistré ! Je suis juste… tombé. »
« Chute confirmée. Suggestion : remonter prudemment. »
Zéphyr attrapa l'échelle du quai. Mais le braqueur sur la navette 12 s'accrochait au bord, essayant d'ouvrir un compartiment.
Zéphyr prit une grande inspiration. Il ne pouvait pas sauter n'importe comment : les bateaux, c'était comme des voitures sur l'eau. Il fallait éviter les collisions.
Il leva son Pulseur, et projeta une série de petites balises lumineuses sur l'eau, comme des étoiles flottantes. Les bateaux autonomes les repérèrent aussitôt.
« Bateaux ! » cria Zéphyr. « Corridor de sécurité, s'il vous plaît ! Laissez la navette 12 ralentir ! »
Les bateaux, très polis, se décalèrent en douceur. Une voie s'ouvrit.
La navette 12 annonça :
« Ralentissement engagé. Merci de votre civisme. »
Zéphyr grimpa sur le quai, trempé, mais déterminé.
« Allez, Zéphyr… pas de panique, pas de précipitation. Juste un grand saut… bien placé. »
Il prit son élan, s'accrocha à un reflet sur le pare-brise d'un bateau, et bondit. Il atterrit sur la navette 12 avec un “tac” net, comme un héros de comic.
Le braqueur se figea.
« Mais… t'es sorti de l'eau ! »
« Oui, » répondit Zéphyr en essorant une manche. « J'ai découvert que je n'étais pas un poisson. »
Chapitre 4 : Le coffre qui ne s'ouvre pas
Sur la navette 12, le braqueur brandit son sac et recula.
« Recule, super-lumière ! Sinon je… je… »
Il chercha une menace, mais comme il n'avait pas grand-chose, ça donna :
« Sinon je… je vais appuyer sur des boutons au hasard ! »
Zéphyr leva les mains.
« Mauvaise idée. Dans une ville futuriste, appuyer sur des boutons au hasard, c'est comme caresser un chat inconnu : ça peut très mal finir. »
La navette 12 ajouta :
« Avertissement : ne pas appuyer sur les boutons au hasard. Merci. »
Le braqueur hésita. Zéphyr en profita pour parler, doucement, mais avec une force tranquille.
« Écoute. On va faire simple. Tu poses le sac. Tu respires. Et tu descends. Personne n'a besoin de se faire peur. »
« Je… je voulais juste… » balbutia le braqueur. « On m'a dit que le coffre s'ouvrirait avec la machine. Que c'était facile. »
Zéphyr fronça les sourcils.
« Quel coffre ? »
À ce moment-là, un autre braqueur surgit dans le canal sur une petite planche flottante (on ne savait pas d'où il la sortait), et il tenait la machine tombée dans l'égout. Elle clignotait bizarrement.
« J'ai récupéré le déverrouilleur ! » cria-t-il. « On ouvre le coffre du canal ! »
Zéphyr cligna des yeux.
« Le… coffre du canal ? »
Mimo grésilla, inquiet :
« Zéphyr, je détecte une structure scellée sous la surface. Une sorte de… capsule de maintenance. Si elle s'ouvre n'importe comment, elle pourrait aspirer de l'eau et dérégler la circulation. Risque de pagaille. »
Zéphyr pensa aux bateaux, aux passagers, aux enfants qui regardaient le canal comme un spectacle.
Il se redressa. Son manteau gouttait, mais ses yeux brillaient.
« D'accord. Là, on passe en mode responsabilité. »
Il s'accroupit, posa une main sur le sol de la navette et envoya une pulsation lumineuse très douce. Des lignes de lumière dessinèrent un cercle de sécurité, comme une barrière transparente entre la machine et l'eau.
Le braqueur sur la planche tenta d'approcher la machine du bord.
« Impossible, » dit la navette 12. « Zone de sécurité active. »
Zéphyr sauta au bord, bien stable, et lança :
« Je vous propose un échange : vous me donnez la machine, et moi je vous promets… un chocolat chaud. »
« Quoi ? » fit le braqueur.
« Je sais, c'est inattendu. Mais ça marche souvent avec les gens stressés. »
Le braqueur hésita, et ce fut assez.
Zéphyr fit glisser un fil de lumière, comme une liane, qui s'enroula autour de la machine sans toucher les mains. Il tira doucement, lentement, pour ne pas déséquilibrer la planche.
« Hé ! » protesta l'autre.
« Doucement, » dit Zéphyr. « On ne tire pas d'un coup. Sinon, plouf. Et je suis déjà assez mouillé pour aujourd'hui. »
La machine arriva dans la barrière de sécurité et s'éteignit, comme si elle avait compris qu'elle était punie.
Les bateaux autonomes applaudirent… enfin, pas avec des mains, mais avec des petits “ding !” joyeux et des lumières clignotantes.
Un bateau annonça :
« Civisme remarquable. Courage validé. »
Zéphyr souffla, soulagé.
« Merci. Je prends ça comme une médaille sonore. »
Les braqueurs, voyant que tout leur plan s'écroulait, levèrent les mains. Des drones de sécurité arrivèrent en douceur, sans sirènes agressives, et les entourèrent.
Un agent de la ville, sur un petit hoverboard, s'approcha.
« Zéphyr Lumen ? Beau travail. Et merci d'avoir évité la panique sur le canal. »
Zéphyr haussa les épaules, un peu gêné.
« J'ai juste… fait attention. Et j'ai parlé. Et je suis tombé dans l'eau, mais ça, on n'en parle pas trop. »
Mimo chuchota :
« Trop tard, c'est enregistré. »
« Mimo ! »
Chapitre 5 : Un héros, un rire, et une invitation
Le soleil baissait sur NébuliCity, allumant des reflets orange sur les vitres et des éclats dorés sur le canal. Zéphyr, assis sur le bord du quai, faisait sécher son manteau en l'étalant comme une grande aile.
Autour de lui, la circulation reprenait. Les bateaux autonomes glissaient à nouveau, paisibles. Une famille sur une navette passa et un petit garçon cria :
« Maman ! Regarde ! C'est le héros mouillé ! »
Zéphyr leva un pouce.
« Exact. Version édition limitée. »
L'agent de la ville revint, accompagné d'une dame de la banque, qui avait l'air soulagée.
« Grâce à toi, » dit-elle, « personne n'a été blessé et rien n'a été cassé. Tu as protégé les gens… avec prudence. C'est rare, ça. »
Zéphyr sentit ses joues chauffer.
« Je… j'ai appris que foncer, c'est bien. Mais réfléchir avant, c'est mieux. »
La dame sourit et sortit un petit carton brillant.
« La Banque Orbitale organise demain une visite des coulisses. On montre comment tout est sécurisé, comment on protège les comptes, et même comment on évite les erreurs. On aimerait que tu viennes… et que tu racontes ton histoire aux enfants. »
Zéphyr prit le carton. Dessus, il y avait une illustration d'un coffre avec des étoiles autour.
Mimo chuchota :
« Analyse : invitation officielle. Probabilité de biscuits gratuits : élevée. »
Zéphyr éclata de rire.
« Des biscuits ? Alors là, je suis obligé. »
Il se leva, secoua son manteau qui goutta une dernière fois dans le canal, et regarda la ville. Les néons, les drones, les bateaux autonomes : tout semblait respirer plus tranquillement.
Il salua l'agent, puis se tourna vers la famille sur la navette, et vers les passants qui l'avaient reconnu.
« Hé ! » lança-t-il. « Demain, si vous voulez, venez à la visite de la Banque Orbitale. On parlera sécurité, prudence… et peut-être de comment ne pas glisser dans un canal. Vous êtes tous invités ! »