Chapitre 1 — La nuit des lampions
La lune ressemblait à une croustillante rondelle de fromage. Dans la rue, les lampions d'Halloween clignotaient comme des yeux orange. Léo, huit ans, avançait en cape noire. Il portait un chapeau pointu un peu trop grand, qui glissait sur ses oreilles.
« Hé, Léo ! » cria Zoé, sa voisine déguisée en chat. « On sonne à la porte de Madame Zora ? Elle donne des caramels à la cannelle ! »
« J'arrive ! » répondit Léo. Sa cape froissa les feuilles sèches. Ça faisait "crunch crunch" comme des chips.
Soudain, il entendit un tout petit cri. « Tsi-tsi-tsi ! » Un son minuscule, comme un secret. Léo s'arrêta. « T'as entendu ? » demanda-t-il.
« Miaou ? » fit Zoé, en riant. « C'est peut-être mon ventre. »
« Non… ça vient du buisson. »
Léo souleva une branche. Sous les feuilles, il découvrit une minuscule chauve-souris, toute tremblante. Son aile était collée par quelque chose de collant et sucré.
« Oh là là … tu es coincée dans du caramel ! » murmura Léo. La petite bête le regarda avec des yeux brillants. Elle émit un « tsi » timide.
Zoé plissa le nez. « Elle me fait un peu peur… mais elle est toute petite. »
« Elle a peur, elle aussi, » dit Léo doucement. « On va la protéger. »
La chauve-souris cligna des yeux. Léo la prit contre sa cape, bien au chaud. « Tu t'appelleras Pipo. Ça te va ? »
« Tsi ! » répondit la petite voix.
Un coup de vent fit danser les toiles d'araignée en papier. Une silhouette apparut sur le porche de Madame Zora. Mais ce n'était qu'un manteau accroché. Léo rit. « Ouf, j'ai cru que c'était un fantôme. »
« Les fantômes n'aiment pas la cannelle, » déclara Zoé sérieuse. « Et moi j'adore. On y va ? »
Léo secoua la tête. « D'abord, on aide Pipo. »
« D'accord, » dit Zoé. « Mais on revient après pour les bonbons. »
« Promis. »
Chapitre 2 — Mission pour Pipo
Ils traversèrent la rue. Une musique de tambour résonnait au loin. Des voisins déguisés riaient. Un petit vampire croisa leur chemin.
« Beuh ! » fit-il.
« Beuh gentiment, s'il te plaît, » répondit Léo en serrant Pipo contre sa cape. « Elle a peur du bruit. »
Le vampire se pencha. « Ooooh, elle est mignonne. Je croyais que les chauves-souris mordaient. »
« Pas celles qu'on protège, » dit Léo. « Et elles mangent surtout des insectes, pas des enfants. »
Le vampire hocha la tête. « Alors je ne crierai pas. »
Ils arrivèrent chez Madame Zora, une dame au chignon violet et au rire chaud. Sa porte sentait la cannelle et la pomme. Des citrouilles souriaient sur les marches.
« Joyeux Halloween ! » chanta Zora. Puis elle remarqua la petite aile. « Oh, pauvre petit cœur. Entrons, mes lapins. »
Dans la cuisine, la bouilloire chantait. Zora posa un bol d'eau tiède. « On ne tire pas, on laisse glisser, » expliqua-t-elle. « Comme un baiser d'eau. »
Léo tint Pipo avec douceur. « Ça va aller, petit. »
« Tsi… tsi, » répondit Pipo, un peu moins tremblant.
Zoé approcha une serviette douce. « C'est tout collant. Beurk. Mais ça sent bon le caramel. »
« Tu vois, rien de méchant, » dit Léo. « Juste trop de sucré. Ça arrive. »
Zora sourit. « La tolérance, mes chéris, c'est comme ma cuisine. On goûte avant de dire qu'on n'aime pas. Les chauves-souris sont utiles. Elles sont juste… différentes. »
« Comme mon chapeau trop grand ? » demanda Léo.
« Exactement, » dit Zora. « Il est différent et il te va très bien. »
L'aile finit par se décoller. Pipo la déploya. Elle tremblait encore un peu, mais elle semblait plus légère.
« Où est sa famille ? » demanda Zoé.
« Souvent, les petites se regroupent près du clocher, » répondit Zora. « Mais attention aux tambours. Ça fait peur aux oreilles fines. »
« On va y aller doucement, » dit Léo. Il rangea Pipo près de son cœur, dans sa cape. « Tu es en sécurité. »
« Tsi, » approuva Pipo.
Zora leur donna un petit sachet de sucre roux. « C'est pour vous, pas pour Pipo. Et souvenez-vous : parlez, expliquez, rassurez. On n'a jamais trop de douceur. »
Chapitre 3 — Le chemin du clocher
La nuit brillait. Le vent sentait la fumée des bougies et la pomme cuite. Le clocher se dressait au bout de la place. Des guirlandes de chauves-souris en papier virevoltaient.
« On suit le petit "tsi" de Pipo, » dit Léo. « S'il répond, c'est qu'on se rapproche. »
« Tsi ? » demanda Pipo.
Au-dessus, un « tsi-tsi » lui répondit, léger comme une caresse. Léo leva le nez. « Tu entends ? »
« Oui ! » dit Zoé. « Ils sont là -haut ! »
La fanfare d'Halloween approchait par la rue. « BAM ! Bam bam ! » Les tambours résonnèrent. Pipo rentra sa tête dans la cape.
« Oups, » fit le chef de fanfare en s'arrêtant. « On vous fait peur ? »
« Pas nous, » dit Léo. « Pipo. Il cherche sa famille. Est-ce que vous pouvez jouer tout doucement, juste une minute ? S'il vous plaît ? »
Le chef sourit. « Avec plaisir, petit. C'est une belle mission. » Il leva sa baguette. « Fanfare, chuchotons ! »
Les tambours changèrent de voix. Ils devinrent comme des pas de souris. Tout le monde chuchotait. La nuit sembla écouter.
« Tsi… tsi… tsi… » fit Pipo.
De l'ombre du clocher, un écho répondit. « Tsi ! » Un peu plus fort. Puis un autre. Puis plusieurs. Comme des étoiles qui parlent.
« Ils l'entendent ! » s'exclama Zoé.
Une grande silhouette blanche glissa devant eux. Zoé sursauta. « Aaa— »
La silhouette s'accrocha au lampadaire et resta immobile. Léo éclata de rire. « C'est un drap ! »
« Un drap-fantôme, » dit le chef de fanfare en riant doucement. « Il aime le vent, c'est tout. »
Léo s'approcha du pied du clocher. Un petit homme en habit de gardien les salua. « Bonsoir, jeunes héros. »
« Bonsoir, monsieur, » répondit Léo poliment. « On voudrait monter juste un peu, pour poser Pipo sur une branche. Est-ce permis ? »
Le gardien regarda l'aile de Pipo. « Pour un sauvetage doux, c'est permis. Mais pas trop haut. »
Ils montèrent quelques marches, très prudemment. L'air sentait la pierre froide. Léo posa Pipo sur une branche basse qui dépassait d'un vieux lierre.
« Tu peux ? » chuchota Léo.
Pipo déploya son aile. Elle trembla, mais elle tint. « Tsi ! »
Chapitre 4 — Bonne nuit, Pipo
Un froissement ailé traversa la nuit. Une grande chauve-souris tourna autour de la branche, rapide et sûre. Elle se posa tout près. Son museau toucha celui de Pipo.
« Tsi-tsi, » fit-elle, très doux. Comme un bisous.
« C'est sa maman ? » souffla Zoé.
« On dirait bien, » chuchota Léo, souriant jusqu'aux oreilles. Il sentait son cœur battre lentement, content.
D'autres petites silhouettes passèrent dans le ciel. Elles semblaient danser. La fanfare, en bas, jouait maintenant comme une berceuse de feuilles.
« On a réussi, » dit Léo. « Ça va, Pipo ? »
« Tsi ! » répondit la petite voix, plus forte, plus joyeuse. Pipo accrocha la branche, testant ses griffes. Puis, d'un petit bond, il se laissa porter par l'air. Son aile voulut hésiter, mais la grande chauve-souris volait juste à côté, encourageante.
« Vas-y, petit, » murmura Léo. « On est là . »
Pipo prit confiance. Il fit un cercle, puis un deuxième, puis il disparut dans l'ombre rassurante du clocher.
Zoé essuya une larme discrète. « Je suis contente. »
Le chef de fanfare leva le pouce. « Belle équipe ! »
Le gardien referma la petite porte. « Merci pour votre douceur. Vous avez montré qu'on peut avoir un peu peur et quand même être gentils. »
« On a appris à écouter, » dit Léo. « Et à parler doucement. »
Ils redescendirent sur la place. Les lampions clignotaient encore. L'air avait le goût de chocolat chaud. Madame Zora les attendait au coin, avec deux petits muffins.
« Alors ? » demanda-t-elle.
« Il a retrouvé sa famille, » dit Zoé.
« Je le savais, » répondit Zora. « Les nuits d'Halloween sont pleines de surprises, mais aussi de mains qui aident. »
Un petit vampire s'approcha. « Léo, tu partages ton muffin ? Je te donne un caramel. »
Léo sourit. « D'accord. Et merci. »
Les enfants rirent. Les tambours reprirent, mais tout doux. On entendait encore, lĂ -haut, comme un chuchotis de velours.
Léo respira profondément. Sa cape sentait le sucre et les feuilles. Son chapeau glissa encore. Zoé le remit droit.
« Tu sais, » dit-elle, « au début j'avais peur de Pipo. »
« Moi aussi un peu, » avoua Léo. « Mais la peur, ça peut apprendre à faire attention. Et la douceur, ça apprend à comprendre. »
« Et partager, ça fait des amis, » ajouta le petit vampire, la bouche pleine.
Ils allèrent sonner à la maison d'en face. La porte s'ouvrit, éclairant la nuit. « Des bonbons ou un sort ? » chanta la dame.
Léo fit une petite révérence, bien droit dans sa cape, et dit avec un grand sourire : « S'il vous plaît, et merci beaucoup ! »