Chapitre 1 : Une drôle de matinée dans la ruelle des runes
Prunelle était une sorcière comme on n'en voit pas tous les jours. Elle avait une grande cape violette, des bottes à pois et un chapeau pointu qui bougeait parfois tout seul. Surtout, elle était très débrouillarde, même si elle n'avait pas encore son permis de balai.
Ce matin-là, Prunelle sautillait dans la ruelle des runes. C'était une rue un peu spéciale, où chaque pavé avait un dessin magique gravé dessus. Les murs étaient couverts de lianes qui chatouillaient les passants. Partout, on voyait des chats qui portaient des lunettes, des grenouilles qui jouaient aux billes et des lampadaires qui changeaient de couleur selon l'humeur du jour.
Prunelle avait une mission : préparer la grande fête du Printemps Magique. Mais elle savait aussi que, parfois, la ruelle était un peu coquine. Par exemple, si on marchait trop vite, on pouvait se retrouver avec les pieds qui chatouillaient, ou les cheveux qui poussaient d'un coup en bouclettes rigolotes.
Pour éviter que cela n'arrive, Prunelle posait des repères de sécurité. Elle avait sorti de sa poche une craie arc-en-ciel. À chaque nouveau pavé, elle dessinait une petite étoile et marmonnait :
— Garde mes pieds et mes bouclettes, je veux rester en chaussettes !
En avançant prudemment, elle croisait ses amis.
— Salut Patachon ! cria-t-elle à la grenouille en gilet jaune fluo.
— Coin-coin ! répondit Patachon, qui se prenait toujours pour un canard les jours de fête.
Prunelle passa près d'un lampadaire. Il était rose aujourd'hui, signe que tout allait bien. Elle lui fit un clin d'œil, et le lampadaire cligna avec son ampoule principale.
— Une journée sans bêtises, ça serait bien… pensa la sorcière à voix haute.
Soudain, devant elle, un pavé se mit à briller. Prunelle s'arrêta net.
— Ouhla, tu n'es pas dans mon livre de sécurité, toi ! dit-elle en sortant son manuel « Trucs et Astuces de la ruelle ».
La page du brillant pavé était vide. Prunelle fronça les sourcils, puis sourit.
— Si je veux aller à la fête, il faudra trouver une solution sans précipitation !
Prunelle s'assit sur un muret. Elle savait que, quand on ne sait pas quoi faire, il vaut mieux attendre, observer et réfléchir. Alors elle patienta.
Chapitre 2 : Les surprises de la ruelle
Alors qu'elle observait le pavé lumineux, une souris noire à moustache blanche passa en trottinant.
— Tu veux un secret, Prunelle ? chuchota la souris.
Prunelle adorait les secrets, mais elle savait qu'il ne fallait pas toujours foncer.
— Dis-moi, mais doucement. Je n'aime pas les surprises qui courent ! précisa-t-elle, malicieuse.
La souris sortit de sa poche une petite clé dorée.
— Le pavé brille si tu veux passer trop vite. Si tu attends, il s'éteint… et fait tomber un bonbon au réglisse !
Prunelle était très gourmande, mais elle ne voulait pas risquer d'avaler un sort farceur.
— Merci, Madame Souris ! Je vais attendre, alors.
Elle s'adossa au mur et observa la ruelle. Un petit vent fit voler son chapeau, qui attérit sur la tête d'un chat à lunettes.
— Hé, Ronflex, tu me rends mon chapeau ? demanda-t-elle en riant.
— Bien sûr, mais… il a rétréci, dit le chat, la voix étouffée sous le tissu.
Prunelle rit de bon cœur. Elle aida Ronflex à enlever le chapeau, puis le remit sur sa tête. Au même moment, le pavé s'éteignit doucement.
— Tu vois, patience et bonbons font bon ménage ! s'exclama-t-elle.
Et, surprise ! Sur le pavé assombri, un petit bonbon noir avait roulé. Elle le ramassa et le glissa dans sa poche, juste pour le plaisir.
La ruelle des runes avait toujours des blagues à raconter. Un peu plus loin, un attroupement se formait. Prunelle s'approcha et vit Patachon en train de jongler avec trois citrouilles minuscules.
— Regarde, Prunelle ! cria Patachon. J'arrive à jongler même avec les yeux fermés !
Mais, hop, patatras ! Une citrouille roula jusqu'aux pieds d'une vieille dame en bottes de pluie multicolores.
— Quel spectacle ! s'exclama-t-elle.
Tout le monde rit, et Prunelle applaudit.
— Continue, mais attention à la ruelle, il faut rester prudent, dit-elle gentiment à Patachon.
Prunelle dessinait ses étoiles de sécurité à chaque bifurcation, pour que les enfants et les animaux sachent où passer. Elle répétait à tous :
— Un pas après l'autre, et tout ira bien !
Chapitre 3 : Le grand dérapage magique
À mi-chemin de la ruelle, Prunelle sentit quelque chose de drôle sous sa botte. C'était un pavé qui vibrait en fredonnant une mélodie bizarre.
— Oh, toi, tu caches encore une bêtise, murmura-t-elle.
Elle décida d'attendre à côté. Un hibou mauve, tout ébouriffé, vint se poser près d'elle.
— Tu sais, Prunelle, dans la ruelle, il y a toujours un pavé farceur.
Prunelle sourit.
— Oui, mais je n'aime pas me faire surprendre. Tu veux surveiller avec moi ?
Le hibou hocha la tête, tout content. Ensemble, ils regardèrent le pavé. Rien ne se passa… puis, soudain, SPLAF ! Une petite fontaine de bulles jaillit et couvrit Prunelle de mousse parfumée à la fleur d'oranger.
— Oups ! fit-elle en riant. Je crois que j'ai trouvé la cachette à bulles.
Le hibou rigola de plus belle.
— Au moins, tu sens bon !
Tout le monde dans la ruelle se retourna, les chats, les grenouilles, les lampadaires. Prunelle leva les bras, couverte de mousse.
— Je déclare la ruelle des runes officiellement propre !
Les enfants applaudirent, les animaux firent la roue et un lampadaire fit pleuvoir des confettis.
Prunelle aurait pu se vexer, mais elle savait qu'il fallait prendre son temps pour savourer les surprises. Mieux valait rire que courir, et attendre que la mousse fonde doucement.
Elle en profita pour expliquer à tous :
— Parfois, si on va trop vite, on finit couvert de bulles, alors que si l'on attend, la mousse s'envole et la ruelle nous offre un chemin tout doux.
Patachon coinça une bulle sur son nez, Ronflex fit semblant d'être un fantôme et la vieille dame dansait sur les pavés.
Chapitre 4 : Le tambourin qui rassure
En s'approchant de la place, là où la fête allait commencer, Prunelle suivait toujours ses étoiles de sécurité. À chaque pas, elle soufflait doucement :
— Un, deux, trois… patience et magie !
Sur la place, une grande table était dressée. Tout le monde s'installa. Prunelle posa son chapeau (qui avait retrouvé sa taille normale) et s'installa au centre, fière de ses repères.
La fête commença. On mangea des gâteaux bizarres, on fit tourner les lampadaires et on lança des sorts rigolos. Une grenouille fit apparaître des moustaches à tout le monde, un chat fit danser son ombre, et Prunelle transforma une citrouille en ballon de baudruche.
Mais soudain, le vent se leva. Tout le monde s'arrêta.
— Patience… murmura Prunelle. Attendez…
Tout le monde attendit. Le vent tomba, et un tambourin se mit à tinter doucement.
— Ding ding ding…
Le son était doux, très discret, mais il fit sourire tout le monde.
— Voilà, c'est le signe : la fête magique peut commencer !
Tout le monde se mit à applaudir et à danser. Prunelle souriait. Elle n'avait pas couru. Elle n'avait pas foncé. Elle avait attendu, pris son temps, et la fête était plus belle encore.
En repartant chez elle, Prunelle salua la ruelle des runes, en posant une dernière étoile de sécurité.
— Merci, ruelle, pour toutes tes surprises !
Et, dans la douceur du soir, le tambourin chuchota encore un dernier tintement, comme pour dire :
— Patience, c'est la clé de toutes les aventures ensorcelantes !