Chargement en cours...
Histoire d'explorateur 11 à 12 ans Lecture 25 min. (1)

Amélie et la source des Brisants

Amélie et Léo partent à la découverte de la côte des Brisants, à la recherche d'une source légendaire capable de guérir, mais se heurtent à des intérêts puissants qui menacent de s'approprier cet endroit magique. Leur aventure les pousse à défendre la justice et à mobiliser la communauté pour protéger ce bien commun.

Télécharger cette histoire en PDF

Idéal pour partager ou imprimer cette histoire !

Télécharger l'e-book (.epub)

Lisez cette histoire sur votre liseuse électronique

Amélie, une jeune femme aux cheveux bruns en chignon désordonné, se tient au bord d'une falaise, son visage exprimant excitation et détermination. Vêtue d'une veste légère et d'un pantalon de randonnée, elle tient un carnet de cuir noir, prête à explorer. À ses côtés, Léo, un garçon de 10 ans avec des lunettes rondes et une écharpe trop grande, admire la mer agitée, un appareil photo autour du cou. Ils se trouvent dans un environnement côtier sauvage, avec des falaises surplombant une mer turquoise où des vagues s'écrasent sur des rochers sombres. Des oiseaux marins volent au-dessus, animant ce paysage. Amélie et Léo découvrent une grotte mystérieuse avec des coquillages scintillants et une lumière douce filtrant à travers une fissure au plafond, tandis qu'un symbole ancien est gravé sur une pierre à l'entrée, promettant des secrets à révéler. signaler un problème avec cette image

1. L'arrivée sur la côte des Brisants

Le bateau s'approcha de la falaise comme une main se pose sur l'épaule d'un ami : doucement, mais avec la certitude d'un toucher qui ne cède pas. Amélie Durand resta debout à la proue, le visage fouetté par le vent salin, les cheveux relevés en un chignon désordonné. En bas, la côte des Brisants se déployait en une dentelle de roches sombres, de criques cachées et de falaises où nichaient des oiseaux au cri aigu. Le ciel était encore clair, mais des nuées lourdes bougeaient à l'horizon, comme si la mer retenait son souffle.

À ses côtés, Léo Martin ajusta son appareil photo, qui semblait plus léger que sa bravoure. Léo était petit, au regard pétillant, et portait toujours une écharpe trop grande. Il n'avait peur de rien, ou du moins il savait bien masquer ce qu'il craignait. Son rôle était simple : documenter, capturer l'étrange et le beau pour que le monde puisse croire à ce qu'Amélie cherchait.

— Tu sens ça ? murmura-t-il, déjà en train de scruter la côte. C'est comme si quelque chose nous attendait.

Amélie sourit sans se détourner. Elle connaissait la côte depuis des cartes anciennes, des notes griffonnées et d'indices dispersés dans d'anciens récits. Son carnet de bord, un objet usé à la couverture de cuir noir, était attaché à sa ceinture. Les pages étaient remplies d'annotations en marge : traits de crayon, croquis, mots soulignés. Certaines notes venaient d'elle, d'autres d'un prédécesseur mystérieux, peut-être un oncle oublié ou un marin qui avait aimé cette côte au point d'y laisser une partie de son âme écrite.

Ils débarquèrent sur une plage de galets ronds et luisants. L'odeur du varech emplissait l'air, et le bruit des vagues était un grondement régulier, comme le battement d'un cœur ancien. Amélie posa le pied sur la terre ferme avec respect. Chaque pas était une promesse : découvrir la source dont parlaient les légendes locales, une eau à la lumière inouïe, capable de guérir, ou du moins de révéler la vérité. Elle ne recherchait pas la renommée ou le gain ; sa faim était une faim de justice. Dans les villages, on chuchotait que des puissants voulaient détourner la source, la vendre, la cacher. Amélie voulait la protéger, la rendre accessible à ceux qui en auraient besoin.

Ils montèrent le sentier qui grimpe le long des falaises, serrés contre la paroi, le souffle court. Le sentier était escarpé et parfois invisible, avalé par la végétation. À mi-hauteur, une petite grotte s'ouvrit, comme la bouche d'un géant qui mâchonnerait des promesses. À l'entrée, une pierre plate portait un symbole gravé : un cercle d'eau entouré de trois vagues. Amélie posa sa main sur la gravure. Elle avait déjà vu ce signe dans les marges de son carnet, annoté d'une main tremblante : « Là où le rocher parle, l'eau répond. »

Léo prit des photos, crispé mais efficace. Avec un rire qui trahissait autant l'excitation que l'appréhension, il dit :

— On commence fort. J'espère que la source aime les portraits.

Amélie ferma le carnet et le rangea. Les premières pages racontaient comment elle était rentrée dans l'histoire : un hiver, une lettre avec un signe identique, une demande d'aide. Depuis, elle avait consacré sa vie à traduire ces signes et à protéger les lieux qui tenaient la mémoire de la terre. La côte des Brisants était son prochain défi.

2. Les indices et le journal qui murmure

La grotte était fraîche, et l'air portait une odeur de pierre humide et de feuilles mortes. À l'intérieur, la lumière filtrait par une fissure au plafond, dessinant un rayon qui dansait sur des stalactites fines. Des coquillages étaient alignés, comme déposés par des mains précises. Au fond, une alcôve semblait protégée par une pierre mobile : un couvercle naturel sur un bassin miniature. Amélie s'agenouilla et sortit son carnet. Elle consulta une page où des flèches menaient à un dessin inachevé : la côte, un escalier gravé dans la falaise, le bassin dissimulé.

— Comment sais-tu que c'est bien ici ? demanda Léo, en s'approchant doucement.

— Les marges du carnet sont comme des cartes au trésor, répondit-elle. Et les traces sur la roche confirment. Les coquillages placés ainsi… ce n'est pas le hasard. Quelqu'un veut que l'on trouve ce lieu, mais peut-être pas tout le monde.

Elle fit signe à Léo de rester en arrière et poussa la pierre. Sous le couvercle, l'eau scintillait d'une lumière qui n'était ni tout à fait blanche ni tout à fait bleue : elle semblait contenir un petit cosmos. Amélie sentit son cœur s'accélérer. La légende ne mentait pas — il y avait quelque chose d'exceptionnel ici.

Dans sa marge, une annotation en lettre serrée et inclinée disait : « Ne pas prendre pour soi. L'eau répond à la main qui rend justice. » La phrase, codée et inquiète, parlait de la moralité de la découverte. Amélie posa les doigts sur l'eau. Une sensation de fraîcheur pénétra sa peau, comme une caresse qui savait lire les secrets. Elle se retira vite, prudente.

Léo, fidèle à son instinct, demanda :

— Tu crois que ça guérit vraiment ?

Amélie regarda son reflet troublé et répondit :

— Cela montre. Ce que l'on porte. Et parfois, cela apaise les blessures. Mais il faut être prudent : ce genre de pouvoir attire ceux qui voudraient l'exploiter.

Ils explorèrent la grotte et trouvèrent, dissimulé sous une dalle, un petit mécanisme ancien : une fente où s'adaptait une pierre marquée d'un symbole identique à celui du carnet. Léo prit une photo du mécanisme, fasciné.

— C'est comme un verrou. Une serrure ancienne, souffla-t-il.

— Un verrou qui protège la source, corrigea Amélie. Mais contre quoi ? et surtout, contre qui ?

La marge suivante du carnet, écrite d'une main plus pressée et plus récente, prévenait : « Ne pas laisser les puissants deviner. Ils cacheront la source. Ils poseront des pièges. » Amélie sentit la colère monter, froide et précise. La justice n'était pas seulement un mot noble ; c'était une mission concrète. Ici, sur ces falaises, se jouerait peut-être l'avenir d'un lieu qui pouvait rendre un peu de dignité à ceux qui souffraient. Elle se promit de protéger la source, coûte que coûte.

3. La tempête qui change tout

Le ciel s'assombrit plus rapidement que prévu. À l'horizon, un front noir se forma, et le vent se leva, transformant les vagues en murailles blanches. Amélie sentit la nature se mettre en colère comme un animal blessé. Elle voulut se retirer, mais Léo, qui prenait des images, restait obstinément au bord de la grotte pour saisir la scène.

— Couvre-toi, prévint-elle. Ces vents peuvent tout arracher.

Léo ne l'écouta pas tout de suite. Une rafale plus forte que les précédentes les surprit, et un grondement sourd se fit entendre : un éboulement sur la falaise voisine. Des pierres, des arbres arrachés et une nuée de poussière plongèrent la crique dans l'obscurité. Léo perdit pied. Amélie, plus rapide, attrapa sa veste et le tira vers l'intérieur. Ils se réfugièrent dans la grotte, haletants, tandis que l'orage martelait la pierre.

Quand le calme revint, le paysage avait changé. La falaise qui dominait la crique s'était effondrée en partie, dégagant une nouvelle ouverture qui menait vers des plateaux inexplorés. Là où le sentier ancien permettait d'atteindre un point précis, une voie nouvelle, brutale et instable, s'était formée. La mer avait creusé d'autres entrées, des passes que personne n'avait foulées depuis longtemps.

Amélie contempla le nouveau visage de la côte. C'était comme si la terre elle-même avait réécrit ses secrets. Elle sortit son carnet, la main tremblante, et nota : « Le paysage change. La source peut avoir bougé. Les pistes anciennes sont désormais dangereuses. » En marge, une note ajoutée par une main différente indiquait : « Quand la mer se rebelle, elle révèle autant qu'elle cache. »

— La tempête nous a aidés, dit Léo d'une voix étranglée. Ou elle nous a piégés.

— Elle nous a mis au défi, répondit Amélie. Et un défi est une épreuve de courage, de lucidité. Nous devons nous adapter.

Ils suivirent la nouvelle ouverture, qui descendait vers des falaises dénudées et des sentiers glissants. Parfois, ils devaient se hisser sur des rochers mouillés, s'aider l'un l'autre, se cramponner à des racines. La côte était maintenant un labyrinthe d'écueils entrecoupés de criques. Les repères d'Amélie, dessinés dans son carnet, n'étaient plus fiables. Mais le carnet contenait aussi des annotations sur la manière d'écouter la côte : lire les motifs des vagues, comprendre la voix des oiseaux, suivre les algues plus claires qui indiquent parfois une source d'eau douce filtrant vers la mer.

Au sommet d'une avancée rocheuse, ils découvrirent un rocher marqué d'un symbole nouveau : une main gravée, la paume ouverte vers le ciel. Amélie lut à haute voix une phrase trouvée dans la marge du carnet, écrite avec de l'encre effacée : « Justice pour ceux qui partagent. Porte fermée pour ceux qui prennent. » Elle sentit la responsabilité peser plus lourdement. La tempête avait déplacé le terrain, et peut-être avait aussi déclenché des protections anciennes.

4. La vallée oubliée et les pièges anciens

En bas, une vallée dissimulée, formée par l'éboulement, se révélait. Elle était peu accessible : des murets de pierre s'effondraient sur des chemins envahis par des plantes rampantes. Une eau claire coulait en filets, et son murmure attirait comme une voix familière. Amélie savait reconnaître un cours d'eau naissant. Son cœur se serra d'espoir.

Mais la vallée n'était pas vide. Des traces fraîches montraient que d'autres y avaient passé récemment : des pas, des restes de feu, une vieille corde. Amélie et Léo avancèrent avec prudence. Le journal mentionnait des dispositifs protégeant la source, des pièges posés pour détourner ceux qui voulaient la piller. Ces mécanismes étaient anciens, ingénieux, conçus pour repousser la cupidité plutôt que pour blesser. L'idée derrière eux était claire : dissuader en surprenant, embarrasser plutôt que blesser.

Ils trouvèrent le premier piège près d'un bassin peu profond. Une dalle était fragilement équilibrée sur des supports discrets. Sous elle, des sirènes de bois pouvaient s'enclencher et bloquer un passage. Amélie examina le mécanisme. Ses mains, couvertes de la poussière des pages du carnet, savaient lire les engrenages du passé. Elle capta que le piège se déclenchait par le poids et par une phrase : on devait répondre correctement à une ancienne question de justice inscrite sur une pierre.

— Qu'est-ce que tu vois ? demanda Léo.

— Une énigme, répondit Amélie. Et pour franchir, il faut d'abord se souvenir de la raison de la source. Qui partage mérite le passage.

Elle lut les mots gravés : « Qu'apporte l'eau à qui ne la garde pas ? » Amélie réfléchit. Ce n'était pas une question sur la propriété, mais sur le sens du don. Elle répondit à voix haute, non pour le piège mais pour elle-même :

— Elle apporte la vie et la vérité. Elle rend libre celui qui la rend utile.

La dalle se déplaça sans bruit, laissant le passage libre. Léo souffla, impressionné.

— Tu as un don pour répondre aux questions, lui lança-t-il.

Ils avancèrent, découvrant d'autres dispositifs : un cercle de pierres qui, si on marchait sans précaution, déclencheraient des filets destinés à attraper les mains des voleurs ; une série de miroirs d'eau qui renvoyaient l'image de celui qui regardait, révélant ses intentions. Amélie et Léo durent faire preuve d'intelligence et de résilience. Ils furent parfois ralentis, parfois amusés. Léo chuta dans une fosse un peu trop ronde ; Amélie le sortit en riant et en jurant doucement. Leur complicité les rendait inventifs.

Plus loin, un mécanisme plus grave se manifesta : une chambre aux murs couverts de symboles, où des pierres se rapprochaient lentement pour former une gaine. Au centre, une table et un bassin d'où émanait une lueur. Le piège ne cherchait pas la mort ; il cherchait à enfermer ceux qui voulaient s'emparer de l'eau sans comprendre sa nécessité. Amélie attrapa le carnet et le posa sur la table. En marge, une note ancienne précisait : « Ceux qui viennent avec un cœur de justice voient la voie ; ceux qui viennent par l'or restent pris. »

— Il faut désactiver le mécanisme, dit Léo, la voix plus basse. Mais comment ?

Amélie parcourut les notes. Les annotations du carnet étaient comme des mains qui guidaient la sienne. Elles montraient un geste : déposer le carnet au creux du bassin, laisser que la page la plus importante touche l'eau, réciter une phrase d'intention. Elle obéit, avec une vénération presque religieuse. L'eau scintilla, et la chambre rendit un soupir, comme si elle acceptait la réponse.

— La justice ne se possède pas, déclara Amélie. Elle se rend.

Les murs reculèrent, les pierres se remitent en place, et un passage s'ouvrit. Ils entrèrent en silence, sachant que les pièges n'étaient pas que mécaniques ; ils mesuraient aussi la profondeur des raisons qui poussaient un visiteur jusqu'ici.

5. La découverte de la source et la confrontation morale

Ils arrivèrent enfin dans une clairière baignée d'une lumière presque irréelle. Au centre, protégée par un cercle de roches, la source jaillissait d'un rocher polychrome. Son eau était claire comme du verre et irradiait une lueur douce, comme un phare tranquille. Amélie s'agenouilla. Les herbes bruissaient, et le silence semblait contenir l'attention de la nature elle-même.

Léo prit des photos, chacun de ses clichés capturant la lumière sous un angle différent, comme pour en garder la mémoire. Amélie trempa un doigt et goûta un peu d'eau. Elle sentit un calme profond, et des images d'histoires se mêlèrent : des visages de gens qui riaient, des mains qui se donne, des mains qui se soignaient. C'était une eau de clarté, mais aussi d'empathie.

Ils ne furent pas seuls longtemps. Des voix se firent entendre au bord de la clairière. Un groupe approchait, mené par un homme aux vêtements propres et aux manières précieuses. À son côté, un autre portait une longue sacoche, des instruments pour mesurer, pour enfermer. Ils n'avaient pas l'air hostiles, mais leur présence dégageait une détermination économique.

— Amélie Durand, dit l'homme en s'avançant. Nous cherchons cette source pour des raisons scientifiques. Nous pouvons l'encadrer, la conserver. Vous ne pouvez pas empêcher le progrès.

La voix était douce, mais elle cachait une volonté de contrôle. Amélie observa leurs yeux, et leur manque de regard sur la nature qui les entourait la convainquit que l'homme voyait l'eau comme un capital, pas comme un bien partagé.

— Le progrès ne justifie pas l'appropriation, répondit-elle calmement. Cette source est un bien commun. Elle appartient à ceux qui l'écoutent, non à ceux qui la possèdent.

Léo, toujours téméraire, se posta près d'elle, l'appareil à la main, prêt à documenter. Le groupe répliqua avec des arguments techniques ; ils parlèrent de conservation, de recherches et de brevets. Amélie savait reconnaître là des mensonges qui portent des mots vrais mais qui trahissent une seconde intention. Leurs mesures n'étaient qu'un masque pour un projet de contrôle.

La tension monta, mais sans éclat. Ce fut plutôt une joute d'idées. Amélie proposa une solution : un pacte. Plutôt que d'opposer, elle proposa une gestion partagée, transparente, avec des représentants des villages, des scientifiques et des gardiens indépendants. Elle savait que la meilleure manière de protéger la source n'était pas de la cacher, mais d'en faire un bien vigilamment géré.

— Votre proposition est naïve, lança l'homme. Les intérêts sont trop grands.

— Et la peur de perdre des profits suffit-elle à ignorer ceux qui souffrent ? demanda Amélie. Et qui décide de ce qui est juste si ce n'est pas ceux qui subissent les décisions ?

Une conversation longue s'ensuivit, où arguments et observations se mêlèrent. Léo documentait tout, ses photos et son enregistreur prouvant la volonté d'ouverture d'Amélie. Les villageois, qu'ils avaient croisés depuis leur arrivée, vinrent à leur tour vers la clairière, des visages marqués de gratitude et de fatigue. Leur présence changea la balance. Ils racontèrent des histoires de sécheresse, de maladies, de nostalgie devant une eau rare. Leur témoignage porta plus que n'importe quelle analyse.

L'homme aux vêtements propres sentit que le rapport de force avait évolué. La présence collective des villageois et l'évidence d'un accord raisonnable le poussèrent à reculer. Finalement, il accepta de discuter un protocole de partage, sous la surveillance d'un comité. Ce n'était pas la victoire totale d'Amélie, mais c'était un pas concret vers la justice : la source ne serait pas privatisée.

Pendant ces discussions, Amélie continua d'observer les sceaux anciens. Elle soupçonnait que la source disposait d'un dernier piège, activé si l'on venait avec de mauvaises intentions. Elle revint au bord de l'eau et trouva une pierre, finement gravée, qui semblait dormir. Dans la marge du carnet, une dernière note prévenait : « Le cœur qui prétend au pouvoir réveillera le piège. » Amélie pressentit qu'il fallait neutraliser ce dispositif pour éviter un réveil dangereux, surtout si l'homme décidait d'un geste brusque.

Elle étudia la gravure et identifia un mécanisme subtil : trois symboles à tourner, dans le bon ordre, avec une phrase d'intention. Ce n'était pas une clé matérielle, mais une éthique. Amélie parla doucement à la source et fit le geste qui correspondait aux vertus écrites dans le carnet : partage, respect, transparence. La pierre émit un léger son, et un léger courant d'air passa comme un accord.

— Qu'as-tu fait ? demanda Léo, intrigué.

— J'ai expliqué pourquoi nous sommes ici. La source sait sentir l'intention, répondit-elle. Elle ne laisse entrer que ce qui veut faire le bien.

Le groupe, désormais informé et témoin, accepta la proposition d'alliance. L'homme aux vêtements propres hocha la tête, presque gêné. La justice n'était pas imposée en criant, mais construite par le dialogue et la vigilance.

6. Le partage et la leçon de la mer

Quand tout fut décidé, Amélie veilla à ce que le protocole soit écrit, signé, consigné. Léo prit les dernières photos, capturant les sourires fatigués et les mains qui se joignaient. Le carnet fut placé dans une boîte étanche et confié à la garde d'un conseil local, composé de villageois, d'un scientifique indépendant et d'un représentant d'Amélie. Les annotations en marge, désormais utiles, seraient conservées pour guider les prochains.

La tempête qui avait bouleversé la côte laissa derrière elle un paysage transformé, mais aussi une promesse : que la terre, si on la respecte, offre encore ses trésors à ceux qui en prennent soin. Amélie regarda la mer et sentit le poids de la responsabilité diminuer sous le souffle du vent. Elle avait montré son courage – non pas en brandissant la force, mais en persévérant, en réfléchissant et en choisissant la voie la plus équitable. Léo posa une main sur son épaule et dit simplement :

— Tu as protégé quelque chose de beau.

— Nous l'avons protégé, corrigea-t-elle. Et il faudra continuer. La justice n'est pas un acte unique. C'est une habitude, un travail.

Avant de partir, ils firent un dernier geste : désactiver définitivement le piège ancien, non pour le détruire, mais pour le transformer en un signe d'accueil. Amélie reposa la pierre gravée sur le bord du bassin et remplaça le mécanisme par une plaque simple où était inscrit en plusieurs langues : « Ici, on partage. » C'était un acte symbolique : transformer une défense en promesse.

Le retour vers le bateau fut léger. Le soleil reprenait peu à peu ses droits, et la côte retrouvait des couleurs neuves. Les oiseaux chantaient, comme s'ils approuvaient la décision collective. Les villageois, remerciant Amélie et Léo, promirent de veiller. Léo, ému, fit la dernière photo : Amélie debout, carnet à la main, regardant l'horizon. Il capturait non seulement une image, mais une histoire.

Sur le chemin du retour, Amélie écrivit dans la marge du carnet, avec une écriture calme : « Justice partagée. Source protégée. Mémoire confiée. » Elle ajouta une petite remarque en dessous : « Et la mer, toujours, nous rappelle que les choses bougent — il faut s'adapter. » Le carnet semblait plus léger, rempli d'un savoir vivant.

La leçon resta : protéger ce qui est vital demande courage, mais surtout discernement et solidarité. Amélie avait souvent affronté le danger, mais elle savait maintenant que la plus grande force était de rallier les autres à une cause vraie, de transformer la peur en gouvernance collective. La côte des Brisants, malgré les cicatrices de la tempête, avait gardé son cœur.

Quand ils arrivèrent au port, les villageois applaudirent. Certains avaient les yeux embués, d'autres riaient. Une petite fille vint vers Amélie, tenant un coquillage, et dit, avec la gravité d'une enfant qui comprend déjà des choses importantes :

— Merci. Maintenant, notre rivière a un nom et il est à tout le monde.

Amélie prit le coquillage, le serra contre sa poitrine et répondit :

— C'est notre devoir. Veiller pour que l'eau reste libre pour ceux qui en ont besoin.

Léo, déjà en train de trier ses photos, lança une dernière remarque :

— Tu sais, ces images vont rappeler aux gens qu'il y a des choix à faire. On ne peut pas tout acheter. Il faudra que certains apprennent ça.

Amélie sourit, et la mer, à l'arrière-plan, répéta son éternelle leçon : même quand les paysages changent, les valeurs perdurent. Leur aventure ne s'arrêtait pas à la découverte, mais commençait par la protection de ce qui importait. Dans le carnet, en marge, Amélie ajouta une dernière ligne, presque comme une prière ou une promesse : « Protéger, partager, enseigner. Toujours. »

Et c'est ainsi que la source de la côte des Brisants resta ce qu'elle devait être : un lieu de guérison et de vérité, gardé par des gens qui avaient choisi la justice plutôt que le profit. Amélie et Léo repartirent, le cœur léger, avec la certitude que l'aventure la plus importante était celle qu'on menait pour les autres.

Sans publicité 3 € par mois

Envie d’une lecture sans interruption ? Soutenez Mes Histoires du Soir, retirez toutes les publicités et profitez d’autres avantages inclus dès 3 € par mois.

Voir les forfaits & tarifs
Partager

signaler un problème avec cette histoire

Qu'avez-vous pensé de cette histoire ?

Donnez votre avis en attribuant une note à cette histoire en fonction de ce que vous et/ou votre enfant en avez pensé. Merci par avance !

Merci ! Votre note a été prise en compte !

Note actuelle : 5 sur 5 (1 avis)

Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Falaise
Une grande paroi rocheuse qui surplombe la mer ou un paysage.
Murmure
Un son doux et bas, une voix chuchotée.
énigme
Une question ou un problème difficile à résoudre.
Appareil photo
Un objet utilisé pour prendre des photos.
Croquis
Un dessin rapide et simple, souvent fait à la main.
Pacte
Un accord formel entre deux ou plusieurs parties.
Mécanisme
Un ensemble de pièces qui travaillent ensemble pour réaliser une fonction.

Créez une histoire magique et unique pour votre enfant !

Créez en quelques minutes une aventure personnalisée où votre enfant devient le héros. Avec notre outil exclusif, c'est facile, gratuit et divertissant !

Créer une histoire

Téléchargez cette histoire :

Télécharger cette histoire en PDF Télécharger l'e-book (.epub)

À lire ensuite dans Histoires d'explorateurs pour 11 à 12 ans

Recevez de nouvelles histoires chaque dimanche soir !

Recevez 7 histoires passionnantes et captivantes, adaptées à l'âge et aux goûts de votre enfant, chaque dimanche à 17h*. C'est gratuit et garanti sans spam !
*E-mail envoyé à 17h, heure de Paris.
Nous n'aimons pas non plus le spam. Ainsi, nous ne vous enverrons que des histoires. Vous pourrez vous désinscrire quand vous le souhaiterez.