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Histoire d'explorateur 11 à 12 ans Lecture 23 min.

Le secret des feuilles de pluie

Adrien, explorateur, et le garçon Nino découvrent un cercle de plantes rares qui captent l’eau et protègent la plaine, puis tentent d’empêcher des ouvriers de drainer le marais en montrant l’importance de ce lieu.

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Un explorateur d'âge moyen, visage serein mais déterminé, cheveux bruns en bataille et veste kaki, agenouillé devant une dalle circulaire de pierre grise couverte de mousse qu'il pousse doucement ; un garçon d'environ 12 ans, cheveux courts châtains, inquiet mais admiratif, tient une petite lanterne bleue derrière lui et regarde l'ouverture révélée ; un homme d'une cinquantaine d'années, poitrine large et casquette usée, descend prudemment les premières marches, main sur le bord de la dalle, surpris et ému ; à cinquante mètres, des ouvriers, une petite machine jaune et une camionnette, dessinés simplement, observent de loin ; lieu : vaste plaine herbeuse aux longues herbes vertes et dorées, anneau d'herbes basses entourant la dalle et plantes aux grandes feuilles bleu‑vert bordant le cercle avec des gouttes d'eau argentées ; situation : ouverture menant à une chambre souterraine lumineuse et humide, lumière fraîche qui monte, ambiance d'émerveillement et de respect, contraste doux, couleurs naturelles dominées de bleus‑verts, textures planes et formes nettes. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La plaine qui chuchote

La plaine herbeuse s'étirait jusqu'à l'horizon, ondulant comme une mer verte sous le vent. Par endroits, des touffes hautes fouettaient les bottes d'Adrien Vauclerc, explorateur de terrain plus habitué aux montagnes qu'aux étendues sans fin. Il avançait pourtant sans se presser, attentif au moindre détail : une trace dans la terre, une tige cassée, un changement de parfum dans l'air.

Il n'aimait pas se donner des airs de héros. Il portait des vêtements simples, un sac bien rangé, une gourde, une boussole, et un carnet aux pages gondolées par les pluies passées. Autour du cou, un petit médaillon en cuivre brillait faiblement : une feuille gravée, offerte autrefois par une botaniste qui lui avait appris un mot étrange et précieux.

— Les feuilles de pluie, avait-elle murmuré. Elles boivent l'eau du ciel et la rendent à la terre, lentement. Sans elles, la plaine se fatigue.

Adrien n'avait pas oublié. Dans cette région, on racontait que ces plantes rares disparaissaient. Certains disaient qu'elles n'avaient jamais existé. D'autres affirmaient qu'un ancien lieu, perdu au milieu de la plaine, les abritait encore… mais qu'il se défendait.

Un grondement sourd roula au loin. Pas un tonnerre : le ciel était clair. Adrien s'arrêta, fronça les sourcils, puis posa un genou à terre. Il colla l'oreille au sol. La vibration était réelle, régulière, comme un cœur mécanique.

— D'accord… souffla-t-il. Soit c'est un troupeau gigantesque, soit quelqu'un fait des bêtises.

Il se remit debout et se dirigea vers une petite colline, seul relief dans ce monde d'herbes. Au sommet, il découvrit une chose qui n'avait rien à faire là : une pierre dressée, fendue en deux, couverte de symboles gravés. Le vent passait dans la fissure et produisait un sifflement… comme une voix qui appelait.

Adrien sortit son carnet, recopia rapidement les signes, et suivit du doigt une ligne spiralée qui menait à un dessin de feuille.

— Je te retrouve, murmura-t-il. Ou c'est toi qui m'as trouvé.

Chapitre 2 — La carte qui n'en est pas une

Le soir, Adrien installa son camp derrière la colline, à l'abri du vent. Il fit chauffer un peu d'eau, grignota du pain dur et des noix, puis étala son carnet sur ses genoux. À la lumière tremblante de sa lampe, les symboles copiés prenaient une allure différente, presque vivante.

Il traça un cercle autour du dessin de feuille, puis tenta de comprendre la suite : des traits, des points, un motif qui ressemblait à des gouttes. En tournant le carnet, il eut une idée.

— Ce n'est pas une carte… c'est une direction.

Il plaça sa boussole au centre de la page. Les gouttes, alignées, semblaient indiquer le nord-est. Et la spirale… elle pouvait représenter une marche en rond, ou un chemin qui se referme si on le prend mal.

Une rafale éteignit presque la lampe. Dans la nuit, un bruit sec claqua : comme deux pierres qu'on entrechoque. Adrien resta immobile, l'oreille tendue. Un second claquement répondit, plus loin.

— Pas d'animaux, ça. Les renards ne font pas de musique, dit-il à voix basse, même si personne ne pouvait l'entendre.

Il prit sa lampe, contourna la colline et observa la plaine. À une centaine de mètres, une lueur bleutée tremblotait au ras des herbes. Elle avançait par à-coups, s'arrêtait, repartait.

Adrien hésita. Un explorateur prudent ne court pas vers une lumière inconnue la nuit. Un explorateur responsable non plus. Mais s'il y avait des gens ici, ils pouvaient piétiner sans le savoir ce qu'il cherchait à protéger.

Il souffla, serra la sangle de son sac, et s'avança en silence. L'herbe lui caressait les mollets, humide et froide. La lueur se rapprocha : ce n'était pas un feu, plutôt une lanterne couverte d'un tissu bleu.

Derrière, une silhouette courbée tripotait quelque chose au sol.

Adrien s'éclaircit la gorge.

— Bonsoir.

La silhouette sursauta si fort qu'elle manqua tomber. Une voix jeune, un peu cassée par la surprise, lâcha :

— Hé ! Vous sortez d'où ?!

Adrien recula d'un pas, mains ouvertes.

— Je pourrais poser la même question. Je m'appelle Adrien. Explorateur. Et vous, vous êtes… un fantôme avec une lanterne ?

La silhouette souffla, puis rit nerveusement.

— Je m'appelle Nino. Et je ne suis pas un fantôme. Juste… quelqu'un qui cherche un truc.

Adrien baissa les yeux. Au sol, il y avait des piquets fins et un fil tendu, presque invisible.

— Un piège ? demanda-t-il, la voix plus dure.

Nino rougit, se gratta la nuque.

— Non ! Enfin… pas pour les bêtes. C'est pour… repérer. On m'a dit qu'il y avait ici un “cercle” caché. Je veux juste le voir.

Adrien sentit la colère monter, puis la rangea soigneusement, comme on range un couteau.

— Voir, c'est bien. Abîmer, c'est autre chose. Cette plaine a des choses fragiles.

Nino baissa la lanterne, embarrassé.

— Je sais. Je fais attention. Enfin… j'essaye.

Adrien observa le fil, puis le sol. Des traces de pas, nombreuses, pas seulement celles de Nino.

— Tu n'es pas seul, dit-il.

Nino avala sa salive.

— Non. Il y a des adultes. Ils arrivent demain avec une machine. Ils disent qu'ils vont “drainer” un coin marécageux pour faire pousser du grain. C'est… c'est mon oncle.

Adrien sentit, cette fois, le grondement sous ses pieds. Plus net. Plus proche.

— Demain, répéta-t-il. Alors on n'a pas beaucoup de temps.

Chapitre 3 — Le cercle des herbes hautes

À l'aube, Adrien et Nino marchèrent vers le nord-est, guidés par les symboles du carnet. Le ciel était pâle, lavé, et des oiseaux invisibles lançaient des cris courts, comme des sifflets. La rosée faisait briller chaque brin d'herbe ; on aurait dit que la plaine portait des milliers de petites perles.

Nino avançait vite, trop vite, comme si la peur lui mordait les talons.

— Ralentis, dit Adrien. Si tu te tords la cheville, on perd du temps au lieu d'en gagner.

— Je suis juste… pressé. Ils vont vraiment venir. Avec une pompe et un bulldozer. Enfin, je crois. Un truc qui fait des traces énormes.

Adrien hocha la tête, concentré.

— On va trouver le “cercle” avant eux. Et on va comprendre ce que c'est. Ensuite, on avisera.

“On avisera”, c'est la phrase préférée des gens qui n'ont pas de plan, remarqua Nino.

Adrien eut un petit sourire.

— Exact. Et c'est aussi la phrase préférée des gens qui savent s'adapter.

Le sol changea sans prévenir : plus spongieux, plus sombre. L'herbe devint plus fine, comme des cheveux, et l'air se chargea d'une odeur de terre mouillée. Adrien s'agenouilla, toucha la surface.

— Un suintement. Ici, l'eau est proche.

Ils continuèrent, et soudain l'herbe s'écarta en un anneau parfait : un cercle de terrain légèrement en contrebas, comme si quelqu'un avait pressé un bol dans la plaine.

Au centre, une dalle de pierre affleurait, couverte de mousse. Tout autour poussaient des plantes aux feuilles épaisses, luisantes, nervurées comme des routes. Au bout de chaque feuille, une goutte pendait, même si le soleil montait déjà.

Nino chuchota :

— C'est… ça ?

Adrien respira lentement. Il ne voulait pas s'emballer, mais il sentait quelque chose de rare, une présence silencieuse.

— Oui. Les feuilles de pluie.

Il s'approcha sans poser le pied sur les plantes, en suivant les zones nues entre les touffes. Il sortit une petite loupe de poche.

Les feuilles n'étaient pas exactement vertes : elles tiraient vers le bleu sombre, avec des reflets argentés. La goutte au bout n'était pas de la rosée ordinaire : elle semblait plus dense, comme un minuscule cristal liquide.

— Elles captent l'humidité de l'air et la condensent, expliqua Adrien. Certaines plantes font ça, mais celles-ci… elles le font en grande quantité. Elles nourrissent le sol même quand il pleut peu.

Nino se pencha, fasciné.

— On dirait qu'elles fabriquent des perles d'eau.

— Et ces perles s'infiltrent lentement dans la terre. Elles empêchent la plaine de devenir sèche, de se craqueler.

Un craquement retentit. Pas celui d'une branche, mais celui d'une pierre qu'on déplace.

La dalle centrale vibra, puis glissa de quelques centimètres, dévoilant un trait noir dessous. Adrien recula aussitôt.

— Personne n'a touché, dit Nino, la voix serrée.

— Justement.

La dalle pivota d'elle-même, révélant une ouverture étroite et une marche de pierre qui descendait.

Du fond monta un souffle frais, humide, avec un parfum de fougères et de métal ancien.

Nino déglutit.

— Vous allez me dire que c'est normal ?

Adrien regarda le cercle, les feuilles, l'entrée.

— Rien ici n'est normal. Mais tout a une raison.

Il prit une corde, la fixa à un pieu en dehors du cercle, puis testa la première marche.

— On descend. Doucement. Et sans casser quoi que ce soit.

— Et si c'est un piège ? demanda Nino.

Adrien se tourna vers lui.

— Alors on sera prudents. Le courage, ce n'est pas d'y aller en criant. C'est d'y aller en réfléchissant.

Chapitre 4 — La chambre des gouttes

L'escalier descendait en colimaçon, taillé dans une pierre froide et lisse. La lampe d'Adrien éclairait des parois gravées des mêmes symboles que la pierre fendue. Par moments, de minuscules filets d'eau glissaient dans des rigoles, sans bruit.

— Ça a été construit, murmura Adrien. Et entretenu… d'une manière ou d'une autre.

Nino passa la main près d'une rigole.

— Elle vient d'où, toute cette eau ?

— D'en haut, mais pas directement. Les feuilles de pluie doivent l'alimenter. Elles captent l'humidité, et ça descend ici.

Ils arrivèrent dans une salle ronde. Le plafond était bas, soutenu par des colonnes. Au centre, un bassin recueillait de l'eau claire. Sur les murs, des centaines de petites cavités abritaient… des feuilles séchées, soigneusement rangées comme des pages dans une bibliothèque.

Nino écarquilla les yeux.

— Une… réserve de feuilles ?

Adrien s'approcha du bassin. À la surface flottait une fine membrane, comme une peau translucide. Il observa sans toucher.

— Ce bassin doit distribuer l'eau dans la plaine. Un ancien système, peut-être. Comme une fontaine souterraine.

Un léger cliquetis retentit, et un bruit de souffle répondit. Sur une colonne, une plaque de pierre coulissa, révélant un mécanisme : des tiges, des leviers, et une sorte de cadran avec des marques.

Nino recula.

— Ça bouge tout seul !

Adrien examina le cadran.

— Ce n'est pas “tout seul”. C'est… activé par la pression de l'eau. Quand le niveau change, ça actionne ce système. Ingénieux.

Il lut les marques, puis reconnut un symbole : la feuille. À côté, un autre : une spirale barrée.

— Ça ressemble à un avertissement, dit-il. “Si on brise le cycle, tout se ferme.”

Nino se mordit la lèvre.

— Donc si mon oncle draine le marais, le niveau baisse… et tout s'arrête ?

Adrien hocha la tête.

— Et la plaine perdra sa réserve. Les feuilles de pluie mourront. Et ensuite, plus d'eau lente, plus d'herbe dense… l'érosion, la poussière, les feux plus faciles.

Nino murmura :

— Tout ça pour gagner un champ de plus.

Adrien posa une main sur l'épaule de Nino.

— Tu peux encore agir. Mais pas avec des cris. Avec des preuves.

Il fouilla dans son sac, sortit son carnet et dessina rapidement le mécanisme, le bassin, les rigoles.

— On va documenter. Et surtout… trouver comment protéger l'entrée. Si la machine passe ici, elle écrase le cercle.

Un nouveau grondement, plus fort, fit vibrer la salle. Des grains de poussière tombèrent du plafond.

Nino blanchit.

— Ils arrivent déjà ?

Adrien se pencha, colla l'oreille à la pierre. Le son venait de loin, mais il grandissait.

— Ils ont commencé tôt. On doit remonter. Maintenant.

Ils gravirent l'escalier en vitesse, mais sans courir au point de glisser. Adrien s'arrêta une seconde à mi-chemin.

— Nino, écoute. À partir de maintenant, tu fais exactement ce que je dis. Pas parce que je suis un adulte, mais parce que je connais ce genre de situation.

— D'accord, souffla Nino. Je… je suis là.

En haut, la lumière du jour les frappa. Le cercle semblait paisible, mais à l'horizon une ligne de poussière s'élevait, portée par le vent.

Chapitre 5 — La machine et le choix

Le bruit devint rapidement un ronflement lourd, comme un monstre qui mâche des pierres. Adrien et Nino se cachèrent derrière une large touffe d'herbes, juste assez loin du cercle pour ne pas piétiner les feuilles de pluie.

Une camionnette apparut, suivie d'une machine jaune aux pneus énormes. Des hommes descendirent, parlant fort, riant. L'un d'eux, grand, casquette vissée sur la tête, pointa la plaine.

— C'est là, dit-il. On creuse une tranchée, on pose la pompe, et on assèche ce coin. Après, ce sera nickel.

Nino reconnut son oncle. Il serra les poings.

— Il ne sait pas, chuchota-t-il. Il croit que c'est juste un marécage inutile.

Adrien observa calmement. Il nota où ils s'arrêtaient, où ils allaient poser la pompe. Ils étaient à moins de cinquante mètres du cercle.

— On ne peut pas les affronter tous, dit Adrien. Mais on peut les arrêter autrement.

Il fouilla dans sa poche et en sortit un petit sifflet de signal.

Nino le regarda, inquiet.

— Vous allez… appeler la police ?

— Pas tout de suite. D'abord, on doit les éloigner du cercle sans les paniquer. Si on crie “trésor ancien”, ils vont courir dessus. Si on crie “danger”, ils vont peut-être écouter.

Adrien prit une grande inspiration et sortit de sa cachette, mains visibles. Il marcha droit vers eux, d'un pas assuré.

— Bonjour ! lança-t-il.

Les hommes se retournèrent, surpris. L'oncle de Nino plissa les yeux.

— Vous êtes qui ?

— Adrien Vauclerc. Je fais un relevé écologique pour la plaine. Et je vous préviens : cette zone est instable. Il y a une cavité sous vos pieds.

Un homme éclata de rire.

— Une cavité ? Vous inventez ça pour nous empêcher de travailler ?

Adrien resta calme.

— Je peux vous montrer les affaissements et les rigoles. Si vous passez avec la machine, vous risquez de crever un pneu… ou de faire tomber le sol. Et là, c'est accident, assurance, blessures possibles.

Le rire s'arrêta. L'oncle de Nino hésita, puis fit un signe au conducteur.

— Stop. On va vérifier.

Nino, toujours caché, se frappa le front du bout des doigts.

— Il va aller vers le cercle…

Adrien anticipa. Il se déplaça légèrement pour les guider vers un endroit sans feuilles de pluie, où le sol était spongieux mais sans entrée.

— Regardez ici, dit-il en montrant une fissure naturelle. Ça s'élargit. Et là, le sol sonne creux.

Il prit une pierre, la laissa tomber : un “ploc” étouffé répondit, suivi d'un petit glissement.

— Vous voyez ?

L'oncle de Nino grimaça.

— Bon. On décale de vingt mètres. On ne va pas se casser le cou pour un champ.

Adrien sentit un soulagement… qui dura exactement deux secondes. Un autre homme, plus jeune, regarda autour de lui, intrigué.

— Et c'est quoi, ces plantes bizarres là-bas ? On dirait qu'elles brillent.

Il pointait presque vers le cercle.

Nino, incapable de rester caché, surgit.

— N'y touchez pas ! s'écria-t-il.

Tous les regards se tournèrent vers lui.

— Nino ?! lâcha son oncle. Qu'est-ce que tu fais ici ?

Le garçon balbutia, puis se redressa, la voix tremblante mais claire.

— Je… je suis venu parce que vous allez détruire quelque chose d'important. Ce n'est pas un marécage inutile. C'est une réserve d'eau naturelle. Et ces plantes… elles aident toute la plaine.

— Une réserve d'eau ? répéta l'oncle, méfiant.

Adrien sortit son carnet, l'ouvrit sur les dessins.

— Regardez. Ce n'est pas une opinion, c'est un système. Si vous drainez, vous asséchez tout autour. Dans deux étés, vous aurez de la poussière au lieu d'herbe. Et vos récoltes souffriront aussi.

Un silence lourd tomba. Le vent fit claquer une bâche sur la camionnette.

L'oncle de Nino se gratta la joue, partagé entre l'orgueil et l'inquiétude.

— Vous avez une preuve, pas juste des dessins ?

Adrien inspira, puis prit une décision risquée.

— Oui. Mais elle est sous terre. Et c'est fragile. Si vous voulez voir, je vous y conduis. Un par un. Sans machines. Sans piétiner.

Les hommes échangèrent des regards. L'idée d'un “truc sous terre” les intriguait, mais les rendait aussi prudents.

— Je descends, dit finalement l'oncle, plus bas. Si c'est une blague, je te ramène par l'oreille, Nino.

— Marché conclu, répondit Nino, avec une grimace nerveuse.

Chapitre 6 — Garder l'eau, garder la plaine

Adrien guida l'oncle jusqu'au bord du cercle, en montrant où poser les pieds. Les autres restèrent à distance, moins bravaches maintenant que le sol semblait capricieux.

— Là. Et ici. Ne marchez pas sur les feuilles, dit Adrien.

— On dirait des plantes de science-fiction, marmonna l'oncle.

Adrien fit glisser la dalle avec précaution — elle résista, puis céda comme une porte bien huilée. L'air frais remonta.

— Bon sang… souffla l'oncle.

Ils descendirent lentement. Dans la chambre des gouttes, l'homme resta figé devant le bassin et les rigoles.

— C'est… ancien, dit-il enfin. Très ancien.

Adrien hocha la tête.

— Et utile. C'est une technologie de la nature et des humains d'autrefois. Un système qui retient l'eau au lieu de la chasser. Aujourd'hui, on appelle ça “préserver les zones humides”. Ici, c'est plus qu'une zone humide : c'est le cœur de la plaine.

L'oncle passa la main sur un symbole, doucement, comme s'il craignait de réveiller la pierre.

— Si on casse ça…

— Vous ne cassez pas seulement une salle. Vous cassez un équilibre. Et réparer, ce serait presque impossible.

Nino, à côté, serrait son sifflet sans s'en rendre compte.

— Je ne voulais pas vous trahir, dit-il à son oncle. Je voulais… éviter une bêtise.

L'oncle expira longuement.

— Je croyais faire ce qu'il fallait pour la ferme. Plus de surface, plus de sécurité. Mais si je ruine la plaine… je ruine tout.

Il releva la tête vers Adrien.

— Qu'est-ce qu'on fait, alors ?

Adrien avait espéré cette question. Il sortit une feuille de papier pliée, déjà préparée dans son sac : un plan simple, griffonné pendant la nuit.

— On déplace votre projet hors de la zone d'alimentation. On laisse le marais intact. Et on installe, à la place, des petites diguettes végétales en bordure des champs, pour retenir l'eau de pluie et éviter qu'elle file trop vite. Ça peut même améliorer vos terres.

L'oncle fronça les sourcils.

— Ça coûte.

— Moins qu'une terre morte, répondit Adrien.

En remontant, l'oncle s'arrêta au bord du cercle. Il regarda la plaine, comme s'il la voyait pour la première fois. Puis il se tourna vers ses ouvriers.

— On remballe la pompe. La tranchée, on la fait plus loin. Et pas ici. Compris ?

— Quoi ? protesta l'un. On a fait la route !

— Compris, répéta l'oncle, plus fort.

Personne n'insista.

Adrien sentit ses épaules se détendre. Le danger immédiat s'éloignait, mais il restait une question : comment protéger durablement cet endroit ?

Il se tourna vers Nino.

— Tu veux vraiment aider ?

— Oui.

— Alors il faut que ce lieu ne dépende pas seulement du bon sens d'un jour. Il faut le signaler, le faire reconnaître. On va rassembler des preuves : photos, relevés, témoignages. Et on va proposer une protection officielle.

Nino souffla, moitié soulagé, moitié impressionné.

— Vous êtes du genre à faire des listes, en fait.

Adrien eut un rire discret.

— Les listes sauvent des choses, parfois.

Avant de partir, ils replacèrent la dalle, et Adrien prit soin de remettre quelques brins d'herbe par-dessus, pour que le cercle se fonde dans la plaine. Les feuilles de pluie scintillèrent un instant, comme si elles approuvaient.

Le soir, le vent tomba. La plaine, apaisée, reprit son murmure. Adrien écrivit dans son carnet, la main ferme :

“Protéger, ce n'est pas posséder. C'est comprendre et transmettre.”

Puis il leva les yeux vers l'obscurité qui s'étendait, vaste et mystérieuse.

L'aventure n'avait pas seulement révélé un lieu inconnu. Elle avait rappelé une règle simple, mais difficile : la vraie exploration ne laisse pas de traces de destruction, seulement des chemins de respect.

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Ondulant
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Gondolées
Qui s'est plié ou bombé à cause de l'eau, comme des pages qui ont pris l'humidité.
Médaillon
Petit objet rond souvent porté au cou, qui peut garder une image ou un souvenir.
Botaniste
Personne qui étudie les plantes et qui connaît bien leurs caractéristiques.
Suintement
Petit écoulement lent et continu d'eau ou d'humidité.
Marécage
Terrain très humide, souvent avec de l'eau peu profonde et beaucoup de plantes.
Colimaçon
Escalier en spirale qui tourne autour d'un axe central.
Rigoles
Petits canaux creusés pour faire couler l'eau lentement et la guider.
Bassin
Récipient ou trou qui sert à recueillir et garder de l'eau.
Affaissements
Zones où le sol s'enfonce ou baisse parce qu'il est devenu moins solide.
érosion
Usure du sol ou des roches causée par l'eau, le vent ou les pluies.
Diguettes
Petites barrières de terre ou de plantes pour retenir l'eau et la diriger.

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