Chapitre 1 – L'ours et la pagaille des songes
Ce matin-là, Barnabé l'ours se réveilla avec un gargouillis joyeux dans le ventre et une idée lumineuse dans la tête. Aujourd'hui, il devait ranger les rêves du village dans des valises. Oui, des rêves. Et oui, des valises. Dans la Forêt des Feuilles Bouclées, c'était un métier très sérieux, même si ça faisait rigoler Barnabé à chaque fois qu'il y pensait.
Il enfila sa casquette à pois (magique, selon lui, mais surtout très moche selon sa cousine), attrapa ses lunettes à rêver (elles étaient rondes, roses, et ne servaient à rien, mais il les aimait bien) et s'élança dans son salon. Là, des rêves flottaient partout, comme des bulles de savon qui sentaient la tarte aux myrtilles.
« Allez hop, au boulot ! » s'écria Barnabé, tout en esquivant un rêve de pingouin ballerine et un autre de tartine volante. Mais comment ranger ces zigotos oniriques ? Il ouvrit la première valise, la bleue à pois jaunes, et invita poliment le rêve de la grenouille à moustache à y entrer. La grenouille fit la révérence, puis sauta dedans avec un “plop !” sonore. Facile ! Enfin… c'est ce que croyait Barnabé.
Chapitre 2 – La valise malicieuse
Barnabé attrapa la valise verte à rayures pour y mettre le rêve de la fontaine à limonade. Mais la valise, farceuse, se mit à rouler sur le tapis en gloussant : « Non non non, moi, je préfère les rêves qui font coin-coin ! »
« Oh, allons, ne sois pas grognon, valise ! » répondit Barnabé, en essayant de la rattraper. Mais la valise se tortilla, fit la toupie et expulsa un rêve de canard en costume de super-héros, qui atterrit en riant sur la tête de Barnabé.
« Hé ! On n'est pas à la fête foraine ici ! » gronda-t-il, mais il était bien trop amusé pour rester fâché. Les rêves, eux, se mirent à faire la chenille autour du canapé, pendant que les valises chantaient une chanson complètement à côté de la plaque.
Barnabé se gratta la tête. « Si je continue comme ça, je vais finir par rêver tout éveillé… »
Chapitre 3 – Les quiproquos magiques
C'est à ce moment-là que son amie, la chouette Prunelle, entra en voletant, un air malin sur le bec. « Tu as besoin d'un coup d'aile, Barnabé ? »
« Un coup de patte, plutôt… Ces rêves n'écoutent rien et les valises n'en font qu'à leur tête ! »
Prunelle, experte en chapeaux fous et en énigmes, proposa : « Et si tu racontais une histoire à chaque rêve ? Peut-être qu'ils voudront bien rejoindre leur valise favorite. »
Barnabé trouva l'idée géniale et se lança. « Il était une fois un rêve de chat jongleur qui voulait apprendre à siffler… » Le rêve de chat, ravi, sauta dans la valise orange. Prunelle piaffa de plaisir et lança : « À qui le tour ? »
Mais soudain, un rêve de dragon minuscule éternua, projetant des paillettes partout. Les valises éternuèrent à leur tour, et, dans un grand “atchoum”, le salon se retrouva recouvert de confettis arc-en-ciel.
« Oups… On dirait que les rêves sont allergiques aux histoires trop drôles ! » gloussa la chouette.
Chapitre 4 – La parade des valises
Barnabé, déterminé, décida de transformer ce désordre en fête. « Puisque les rêves veulent danser, organisons un défilé ! » Il aligna les valises, qui se mirent à battre la mesure avec leurs poignées, pendant que les rêves défilaient en chantant des chansons de grenouilles, de dragons et de tartines.
Le rêve de l'éléphant acrobate fit un triple salto et atterrit pile dans la valise violette, sous les applaudissements du rêve de la souris magicienne. Les valises, ravies, s'ouvraient toutes grandes pour accueillir leurs rêves préférés. Même la valise verte à rayures accepta enfin la fontaine à limonade, à condition qu'elle promette de ne pas faire de bulles dans la nuit.
Barnabé, tout essoufflé mais le sourire jusqu'aux oreilles, regardait la parade magique. Il se dit que parfois, le bazar, c'est encore mieux que l'ordre.
Chapitre 5 – L'étoile gardienne
Lorsque tous les rêves furent enfin rangés, une lumière douce jaillit d'entre les valises. Une petite étoile descendit du plafond, toute brillante et malicieuse. Elle cligna de l'œil à Barnabé.
« Bravo, maître des rêves ! » murmura-t-elle d'une voix qui chatouillait les oreilles. « Grâce à toi, tous les songes sont prêts pour la nuit, et l'espoir continuera de briller dans le cœur des dormeurs. »
Barnabé sentit une chaleur toute douce lui chatouiller la patte. L'étoile se posa sur la valise bleue à pois jaunes, puis lança une pluie de poussière lumineuse sur le salon. Les valises ronronnèrent de plaisir. Prunelle applaudit de ses ailes.
« On recommence demain ? » chuchota la chouette.
Barnabé éclata de rire. « Avec plaisir ! Mais demain, ce sera toi qui porteras la casquette à pois ! »
L'étoile fit une pirouette et disparut en laissant derrière elle une traînée d'espoir et de rêves sucrés. Barnabé ferma doucement les yeux, le cœur léger, prêt à rêver à son tour… mais, cette fois, dans une valise bien rangée.