Ce matin-là, Barnabé l'ours se frottait les yeux en bâillant. Tout allait très bien dans la forêt, jusqu'à ce que : BOUHOUOUUM ! Un gros tonnerre s'est mis à grogner, juste au-dessus de sa tête. Barnabé sursauta et renversa sa tasse de miel sur la table. Le ciel, tout ronchon, faisait des bruits de tambour. “Oh non, non, non, pas de grognements au petit-déjeuner !” grogna Barnabé en tapotant son ventre tout rond.
Il attrapa son parapluie à pois, enfila ses bottes jaunes et sortit sur le sentier. Dehors, la forêt était toute brillante de gouttes d'eau, mais le tonnerre continuait : GRRROUM, GRRROUM, BOUHOUOUUM ! Les oiseaux se cachaient sous les feuilles. Les lapins avaient mis des bouchons dans leurs oreilles.
“Ça suffit, monsieur Tonnerre !” cria Barnabé, les pattes sur les hanches. Mais le tonnerre répondit seulement par un énorme “BROUF !” et fit trembler la branche où s'était assise la chouette.
Barnabé réfléchit. Comment faire taire ce gros grognon du ciel ? Il s'avança, tout décidé, jusqu'à la grande clairière. Là, la grenouille Filou sautilla vers lui en riant. “Tu veux faire taire le tonnerre, Barnabé ? Bonne chance ! Il boude tout le temps !”
“Moi, je n'aime pas le boucan, et mes tartines au miel non plus !” dit l'ours. Il leva le museau, plissa les yeux et lança : “Monsieur Tonnerre, on peut discuter ?”
Le nuage noir descendit tout doucement, comme un coussin trop mou. Une bouche apparut dans la brume. “Qui me dérange dans ma sieste ? Je suis grognon, attention !”
Barnabé bomba le torse. “Je suis Barnabé, ours responsable, et aujourd'hui, il faut baisser le volume. S'il te plaît ?”
Le tonnerre fit la moue. “Pourquoi ? J'aime bien gronder !”
Filou la grenouille bondit sur une pierre. “On ne t'entend même plus penser ici !” chanta-t-elle. Un écureuil, tout ébouriffé, ajouta : “Tu fais peur à mon gland !”
Barnabé hocha la tête. “On pourrait jouer à un jeu ? Si tu restes silencieux pendant cinq minutes, on t'offre la tarte au miel de grand-maman Ourse. Elle est magique, tu sais !”
Le tonnerre hésita, puis renifla. “De la tarte au miel ? Magique ?”
“Oui !” sourit Barnabé. “Et si tu veux, tu peux même souffler dessus pour la refroidir. Avec douceur, hein !” Il cligna de l'œil.
Le tonnerre se tut. Plus un bruit, sauf le gazouillis timide des oiseaux. Barnabé et ses amis sortirent la fameuse tarte. Le tonnerre descendit, tout cotonneux. Il souffla très doucement, faisant tourner les feuilles en un petit ballet joyeux. Tout le monde rit. Même la chouette applaudit avec ses ailes.
Barnabé coupa un gros morceau de tarte et le tendit au nuage. Le tonnerre goûta. “Mmm, c'est doux ! C'est plus drôle d'être gentil que grognon !” déclara-t-il d'une voix toute douce.
Filou la grenouille fit une pirouette. “Monsieur Tonnerre, tu peux rester, mais en chuchotant !”
Le tonnerre hocha la tête et fit une promesse. “Je gronderai seulement quand c'est important. Et pas pendant le petit-déjeuner !”
Barnabé ria de bon cœur. “Merci, monsieur Tonnerre. Tu es un nuage responsable, maintenant ! Tu veux une autre part de tarte ?”
Le nuage hocha et Barnabé partagea le reste. Tous les animaux de la forêt vinrent goûter, riant et chantant ensemble sous un ciel tout neuf, doux comme du coton.
Quand la nuit tomba, le tonnerre était sage comme une image. Barnabé s'étira, bien au chaud dans sa maison. “Quelle belle journée !” soupira-t-il.
Et, dans le silence tranquille, tout le monde dormait, sans un bruit, avec un sourire gros comme le ventre de Barnabé.