Ce matin-là, Lila a décidé une chose très sérieuse, très magique, et très rigolote : elle allait tricoter une écharpe d'aurore.
Pas une écharpe grise. Pas une écharpe qui gratte. Non. Une écharpe qui fait “oooh” comme le ciel quand il se réveille.
Lila a posé son petit panier sur la table. Dedans, il y avait deux aiguilles en bois, une pelote de laine rose, une pelote de laine jaune, et… une cuillère.
« La cuillère, c'est pour la magie ? » a demandé Papa, en buvant son chocolat.
« Oui, » a dit Lila très sérieusement. « La magie aime les cuillères. »
Le chat, Pistache, a sauté sur la chaise. Il a regardé les pelotes comme si c'était des souris rondes.
« Pas toucher, Pistache, » a dit Lila. « C'est de la laine d'aurore. Ça chatouille le ciel. »
Maman a souri. « Et où vas-tu trouver l'aurore ? »
Lila a levé le doigt. « Dans la cuisine. »
Dans la cuisine, le grille-pain faisait “clic”. La bouilloire faisait “pff”. Le soleil glissait un peu par la fenêtre, comme un chat très lent.
Lila a mis son tabouret près de la fenêtre. Elle a posé les aiguilles. Elle a posé la cuillère, au cas où. Et elle a chuchoté au rideau :
« Rideau, rideau, donne-moi un bout de matin, s'il te plaît. »
Le rideau n'a pas parlé. Parce que les rideaux sont polis et discrets. Mais il a bougé doucement. Et une petite bande de lumière est venue se poser sur la table, comme un ruban.
« Oh ! » a fait Lila. « Bonjour, Ruban-Matin. Tu veux être une écharpe ? »
Le ruban de lumière a brillé, comme pour dire oui.
Lila a pris ses aiguilles. Elle a essayé de faire comme Maman. Elle a fait une boucle. Puis une autre boucle. Puis… les aiguilles ont fait “clac-clac”, et la boucle a sauté.
La boucle a rebondi sur le nez de Pistache.
« Miaou ! » a dit Pistache, très surpris, comme s'il venait d'être chatouillé par une étoile.
Lila a rigolé. « Pardon, c'était une boucle farceuse. »
Elle a recommencé. « Une boucle… deux boucles… trois boucles… »
Et là, le ruban de lumière a décidé de jouer aussi. Il a glissé dans la pelote rose. La pelote rose s'est mise à tourner toute seule.
« Hé ! » a dit Lila. « Pelote, tu fais du manège ! »
La pelote tournait, tournait, et la laine rose a filé sur le sol, tout droit, comme une petite route.
Pistache a cru que c'était un serpent gentil. Il a couru après. Ses pattes faisaient “tap tap tap”.
« Pistache, c'est ma route de laine ! » a dit Lila.
Pistache s'est arrêté net. Il a posé une patte dessus, très fier. Comme un chevalier.
« Je garde la route, » semblait dire sa moustache.
Papa est arrivé. « On dirait une aventure. »
« Chut, » a dit Lila. « Je tricote l'aurore. Il faut du calme… et un peu de rigolo. »
Maman a posé un bol de petites fraises sur la table. « Les fraises, c'est aussi de la magie. Ça aide. »
Lila a piqué une fraise. « Merci. »
Elle a repris ses aiguilles. Cette fois, elle a fait des boucles plus lentes, plus douces. Elle a murmuré :
« Boucle, boucle, reste tranquille. On fait une écharpe, pas une grenouille. »
Et ça a marché. Les boucles sont restées. Une petite bande de tricot a commencé, toute mince.
Mais l'aurore, elle, n'était pas très patiente. Elle a changé de couleur, comme une peinture qui s'amuse. Rose. Jaune. Puis un peu d'orange.
« Oh là là, tu te déguises ! » a dit Lila.
Le ruban de lumière a fait un petit “fzz” joyeux. Et la cuillère a commencé à tinter toute seule, “ting ting”, comme un petit xylophone.
Papa a levé les mains. « La cuillère fait de la musique. C'est officiel : la cuisine est un royaume. »
Lila a pris la cuillère. « Chevalière Cuillère, aide-moi ! »
Elle a tapoté doucement la pelote jaune. La pelote a fait “pouf” et a roulé jusqu'au ruban de lumière. Le ruban a glissé dedans, et hop, la laine jaune s'est mise à briller comme un petit soleil.
Pistache a éternué. « Atchoum ! »
Une petite poussière de lumière est tombée sur sa tête. Ses oreilles ont brillé une seconde.
Lila a ouvert de grands yeux. « Pistache… tu as des oreilles d'aurore ! »
Pistache, très content, a fait semblant de ne pas être content. Il s'est assis comme une statue. Mais sa queue faisait “fouet-fouet” de joie.
Lila a tricoté encore. Clac-clac. Clac-clac. Elle avançait, elle avançait. La bande devenait une vraie écharpe, courte mais jolie, avec des couleurs de matin.
Soudain, la laine a tiré un peu trop fort. L'écharpe a fait un petit nœud, tout seule, au milieu.
« Oh non… » a soufflé Lila.
Le ruban de lumière a frisé, comme un sourire.
Maman s'est approchée. « Un nœud, ça arrive. On respire, et on le défait. »
Lila a respiré. « Un… deux… trois… »
Papa a soufflé aussi, très fort. « Fffff… »
Le nœud a bougé. Pistache a donné un petit coup de patte, très délicat, comme s'il touchait une bulle.
Et le nœud s'est défait, gentiment, comme une porte qui s'ouvre.
« Bravo, équipe ! » a dit Lila. « On a vaincu le Monstre-Nœud. Il était minuscule. »
« Les monstres minuscules sont les plus chatouilleux, » a dit Papa.
Lila a terminé. Elle a fait une dernière boucle. Elle a posé les aiguilles. L'écharpe d'aurore était là : petite, douce, et brillante comme un bonjour.
Elle l'a mise autour de son cou. La lumière a pris une teinte de pêche, juste sur ses joues.
« Je suis une princesse du matin, » a déclaré Lila.
Pistache a sauté sur ses genoux. Ses oreilles ont arrêté de briller, mais ses yeux avaient l'air de rire.
Maman a embrassé Lila sur le front. « Ta magie est joyeuse. »
Papa a applaudi tout doucement. « Et la cuillère ? Elle est fatiguée ? »
La cuillère a fait “ting” une dernière fois, comme pour dire : mission réussie.
Lila a regardé par la fenêtre. Le vrai ciel était bien réveillé maintenant. Et pourtant, elle avait un petit bout d'aurore, rien qu'à elle, autour du cou.
Elle a chuchoté : « Merci, matin. À demain pour une autre aventure. Peut-être des chaussettes de nuage. »
Pistache a ronronné. La cuisine sentait le chocolat et les fraises. Et l'aurore, très polie, s'est installée dans l'écharpe, pour une sieste tranquille.