Partie 1 : L'arc de brume tout crispé
Ce matin-là, la forêt avait mis son pyjama de brume. Une brume douce, blanche, qui flottait entre les fougères comme de la chantilly timide.
Près de l'étang, un renard roux trottinait. Il s'appelait Mirliton. Il avait des oreilles vives et une queue qui faisait des virgules dans l'air.
Mirliton s'arrêta net. Devant lui, il y avait un grand arc de brume. Un vrai arc, comme une porte, posé entre deux pierres. Mais l'arc n'était pas content.
Il faisait “crrrr… crrrr…”. Il avait l'air tout tendu. Trop tendu. Comme un lacet qui serre.
Mirliton pencha la tête.
“Bonjour, Arc de Brume. Tu fais la grimace.”
L'arc frissonna.
“Je suis… trop… tiré,” souffla-t-il. “Je dois être souple. Je dois être moelleux. Mais je suis tout raide.”
Mirliton tapota le sol.
“Ne t'inquiète pas. Je vais te détendre. Je suis un renard. Je connais les nœuds. Surtout ceux qui n'existent pas.”
L'arc de brume fit un petit “pouf” inquiet.
Mirliton se mit au travail. Il inspira fort, comme un grand mage… puis il souffla doucement sur l'arc.
“Fffff…”
Rien. L'arc grinça encore plus.
Mirliton essaya une formule très sérieuse, prise dans le Grand Livre des Choses Pas Très Utiles.
“Brume, brume, fais la plume !”
La brume fit… une petite moustache sur le museau du renard.
Mirliton cligna des yeux.
“Ah. Bon. Ça, c'est… décoratif.”
L'arc de brume toussa un “pouf-pouf”.
“Je ne veux pas être une moustache. Je veux être détendu.”
Mirliton posa une patte sur son cœur.
“Promis. On va trouver. Mais pas tout seul. Dans une aventure, on coopère. C'est la règle. Et j'adore les règles, surtout quand elles se plient.”
Partie 2 : Le plan très sérieux (et un peu bête)
Mirliton appela ses voisins. D'abord, une loutre glissa hors de l'eau. Elle s'appelait Ploufette. Ensuite, un blaireau arriva en marchant comme un tambour. Il s'appelait Barbotin. Et une chouette descendit en silence, ronde comme une boule. Elle s'appelait Hulotte.
Mirliton montra l'arc.
“Voilà. Il est tout crispé. Il faut le détendre.”
Ploufette renifla.
“On peut le chatouiller ? J'aime bien chatouiller.”
Barbotin grogna doucement.
“On peut le pousser ? Moi, je pousse très bien.”
Hulotte cligna lentement.
“On peut lui chanter une berceuse. La brume aime les voix.”
Mirliton hocha la tête.
“On va faire un plan. Un plan en trois morceaux. Comme une tarte. Mais sans tarte.”
Ils se mirent en place.
Ploufette chatouilla la base de l'arc avec une herbe.
“Hi hi hi !” fit Ploufette.
“Pffff…” fit l'arc, mais il grinça encore.
Barbotin posa ses pattes contre une pierre.
“Je pousse… doucement…”
L'arc trembla, puis fit “crrrr” plus fort.
Barbotin recula.
“D'accord. Il n'aime pas trop mon talent.”
Hulotte prit une voix douce.
“Dors, petite brume, dors…”
La brume se mit à tournoyer… et elle se posa sur la tête de Barbotin comme un bonnet.
Barbotin éternua.
“Broum !”
Le bonnet de brume sauta et atterrit sur Mirliton.
Mirliton se retrouva avec une barbe de brume. Une barbe énorme, qui pendait.
Il parla avec une voix grave.
“Je suis… le Grand Renard-Barbu… Gardien des… des noisettes imaginaires !”
Ploufette éclata de rire. Barbotin aussi. Même Hulotte fit un petit “hou-hou” qui ressemblait à un rire.
Et l'arc de brume, lui, fit un “pouf” surpris. Puis un autre.
Comme s'il… rigolait.
Mirliton s'arrêta, sérieux tout à coup.
“Attendez. La brume bouge quand on rit.”
Hulotte hocha la tête.
“La brume aime quand c'est léger.”
Ploufette battit des pattes.
“Alors on recommence, mais ensemble !”
Mirliton retira sa barbe de brume et la posa sur l'arc, comme une écharpe.
“Arc de Brume, on te prête notre rire. Tu peux le garder un peu.”
Barbotin se plaça à gauche.
“Moi, je fais la voix de monstre gentil.”
Il prit une grosse voix.
“Je suis… une patate magique ! Tremblez !”
Ploufette fit des bulles avec sa bouche.
“Bloup bloup bloup !”
Hulotte tourna sur elle-même, très digne.
“Et moi, je suis une chouette-chaussette. Très rare.”
Mirliton leva la patte.
“Et moi, je déclare que ma queue est un balai enchanté… qui ne sait pas balayer !”
Ils rirent. Ils rirent ensemble. Doucement, joyeusement.
L'arc de brume fit “pouf… pouf… pouf…” puis “haa…” comme un grand soupir.
Et là, miracle du quotidien : l'arc se détendit. Il devint souple. Il ondula comme un ruban. Il ne grinça plus.
Partie 3 : Une porte moelleuse pour rentrer au calme
L'arc de brume scintilla un peu. Pas trop. Juste assez pour faire joli.
“Merci,” souffla l'arc. “Je me sens… tout mou. Tout bien.”
Mirliton sourit.
“C'est parce qu'on a coopéré. Et parce qu'on a fait les idiots. Les idiots gentils, c'est très puissant.”
Ploufette fit une révérence qui éclaboussa un peu.
“De rien, Arc ! Si tu te retends, on revient avec des bloups.”
Barbotin hocha la tête.
“Et avec des patates magiques.”
Hulotte cligna des yeux.
“Et une chanson, mais sans bonnet, si possible.”
L'arc de brume s'ouvrit doucement, comme une porte qui bâille. Derrière, on voyait un petit sentier sec, sans flaque. Très pratique.
Mirliton passa sa tête.
“Ah ! Une porte de brume qui mène au chemin propre. C'est de la grande magie de tous les jours.”
Ils traversèrent tous ensemble, sans se presser. De l'autre côté, la brume était plus fine, plus calme. Elle semblait sourire.
Mirliton remua sa queue.
“On rentre ?”
“On rentre,” dirent Ploufette, Barbotin et Hulotte.
Ils s'installèrent près de l'étang. La brume faisait une couverture légère sur l'eau. L'arc, maintenant détendu, fredonnait en silence.
Mirliton bâilla.
“Finalement, détendre un arc de brume… c'est comme détendre une journée. On souffle, on rit, on s'aide.”
Et la forêt, contente, resta douce et tranquille, prête pour un dodo bien chaud.