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Histoire sur l'hiver 11 à 12 ans Lecture 34 min.

Glaciaria, le pays de neige où l’on apprend à s’entraider

Maxime, un jeune garçon organisé, découvre la magie de l’hiver à travers un projet collectif à l’école qui l’amène à inventer un jeu coopératif avec ses camarades. Au fil des activités, il apprend l’importance de l’entraide et de l’imprévu dans les relations amicales.

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Maxime, un garçon de 12 ans aux cheveux châtains en bataille, porte un bonnet rouge et une écharpe rayée. Son visage exprime joie et excitation, avec des yeux pétillants et un large sourire. Il glisse sur un tapis de gym en riant avec ses amis. À côté, Léo, également âgé de 12 ans et aux cheveux bruns, porte une veste bleue et des gants jaunes, prêt à lancer une boule de neige. Clara, une fille de 12 ans avec des cheveux bruns tressés, est assise sur un banc, dessinant une carte du pays imaginaire de Glaciaria. La scène se déroule dans une salle polyvalente lumineuse, avec des murs de couleurs vives et des tapis de gymnastique. Maxime et ses amis participent à un grand jeu d’hiver coopératif, créant une atmosphère chaleureuse et joyeuse. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 – Le cahier de l'hiver

Le réveil vibra doucement sur la table de nuit. Maxime ouvrit un œil, puis l'autre. La chambre était encore dans la pénombre, avec une lueur bleutée qui glissait entre les rideaux. Il tendit la main vers la fenêtre et sentit un courant d'air frais.

Il se redressa d'un coup.

« Il a neigé ! » pensa-t-il, le cœur qui battait un peu plus vite.

Maxime enfila son peignoir, traversa le couloir en silence pour ne pas réveiller sa petite sœur et écarta le rideau du salon.

Dehors, le monde avait changé.

Les toits, les arbres, les trottoirs… tout était recouvert d'une couche de neige blanche, encore presque intacte. Le ciel était pâle, et quelques flocons continuaient de tomber, légers comme du coton.

Il resta là un moment, le front collé à la vitre froide. Il aimait l'hiver, surtout quand il pouvait le prévoir. Maxime adorait organiser ses journées. Sur son bureau, un grand cahier à spirale l'attendait : son « cahier de l'hiver ».

Il l'avait commencé fin novembre. À l'intérieur, il notait la météo, ses idées d'activités, ses objectifs pour l'école, ses projets avec ses amis. Chaque page représentait une journée, avec des colonnes, des petites cases colorées, des ronds à cocher. Ça le rassurait de tout planifier. L'hiver pouvait être imprévisible, mais son cahier, non.

Il retourna dans sa chambre, s'assit à son bureau et rouvrit le cahier à la page du jour.

En haut, il avait écrit en lettres épaisses :

« Mardi 12 décembre – POSSIBLE NEIGE ? »

Il sourit en ajoutant un gros « OUI !!! » à côté, entouré d'un nuage.

En dessous, trois colonnes :

1. S'il NEIGE BEAUCOUP

2. S'il NEIGE UN PEU

3. S'il PLEUT

Dans la première colonne, il lut ce qu'il avait déjà écrit :

— Bataille de boules de neige avec les copains

— Construction d'un bonhomme

— Glissades sur la butte du parc (faire attention !)

Dans la deuxième :

— Balade en ville pour écouter le bruit de la neige sous les chaussures

— Photo des arbres tout blancs

— Dessins de flocons dans le cahier

Dans la troisième :

— Salle polyvalente : jeux d'hiver à l'abri

— Tournoi de mini-hockey dans le gymnase

— Aider Clara à réviser l'exposé

Maxime ajouta une petite note : « Penser à proposer une activité de groupe. » Il entoura la phrase deux fois. Son professeur principal, Monsieur Dubois, l'avait désigné responsable du « planning d'activités d'hiver » pour sa classe. Il avait été fier, mais aussi un peu stressé.

Une voix retentit dans le couloir.

— Maxime ? Tu es déjà debout ?

C'était sa mère.

— Oui ! répondit-il. Je regarde la neige !

Elle apparut dans l'embrasure de la porte, une écharpe autour du cou.

— Tu ne vas pas être en retard, Monsieur l'Organisateur ? Le bus ne t'attendra pas, même s'il glisse dans la neige.

Maxime jeta un coup d'œil à son réveil.

— J'ai le temps. J'ai déjà préparé mon sac hier soir.

Il pointa du doigt, un peu fier, le sac bien rangé au pied du lit. Tout était prêt : cahiers, trousse, livre de français, gants, bonnet, écharpe, et même des chaussettes de rechange, « au cas où ».

Sa mère sourit.

— Tu as pensé à ta paire de chaussures d'intérieur pour la salle polyvalente, cet après-midi ?

Maxime se figea. Il ouvrit son cahier, parcourut la liste de ce jour-là avec son doigt.

« Gants, bonnet, écharpe, chaussettes, goûter… » Rien sur les chaussures d'intérieur.

— Argh… Non, j'ai oublié.

— Tu vois, dit sa mère en s'avançant, même les meilleurs organisateurs oublient parfois quelque chose. Je vais te les chercher.

Elle sortit de la chambre. Maxime ouvrit une nouvelle case dans son cahier : « Rajouter : vérifier les chaussures d'intérieur les jours de salle polyvalente. »

Il soupira, mais un petit sourire naquit sur ses lèvres. C'était un bon rappel : il n'avait pas besoin d'être parfait, seulement d'apprendre.

Chapitre 2 – Prévisions et surprises

Sur le chemin de l'école, Maxime avançait prudemment sur le trottoir enneigé. Ses bottes laissaient des traces nettes derrière lui. Le froid piquait un peu ses joues, mais il trouvait ça agréable. Il inspira profondément. L'air sentait le métal, le bois humide, et quelque chose de propre, comme si la ville venait d'être lavée.

À l'arrêt de bus, plusieurs élèves de sa classe étaient déjà là. Léo, son meilleur ami, tentait de faire tenir une boule de neige sur sa tête.

— Regarde, Max ! cria Léo. Nouvelle mode d'hiver !

La boule roula aussitôt sur son épaule et s'écrasa au sol.

— Pas très solide, ta mode, répondit Maxime en riant.

— Toi, de toute façon, tu prévois même le nombre de flocons qui vont tomber, se moqua gentiment Léo. Alors la mode, hein…

Maxime haussa les épaules.

— Je ne prévois pas tout, juste… ce que je peux. Comme ça, je ne suis pas surpris.

Une voix derrière eux intervint.

— Et quand il y a de la neige, il y a toujours des surprises.

C'était Clara, une fille de leur classe. Elle avait ses cheveux bruns attachés en tresse et des mitaines rayées. Clara était souvent calme, mais quand elle parlait, c'était pour dire quelque chose d'important.

— Tu as déjà regardé un flocon de très près ? demanda-t-elle. Impossible de prévoir sa forme exacte. Et pourtant, ils sont tous magnifiques.

Maxime réfléchit. Il n'avait jamais vraiment regardé un flocon au point de voir ses détails. Il les voyait en tas, en nuage, mais pas un par un.

— Aujourd'hui, on va à la salle polyvalente, rappela Léo. Tu as prévu quoi, monsieur le responsable du planning ?

— Ça dépendra de la météo, répondit Maxime. Si la neige continue, on fera sûrement des jeux d'hiver en intérieur. Genre mini-hockey ou parcours.

— Pourquoi « si » ? demanda Léo. Il neige déjà !

Maxime observa le ciel. Les flocons avaient ralenti. Peut-être que ça allait s'arrêter.

Le bus arriva en crissant sur la neige. Tout le monde monta à bord, en secouant ses bottes. À l'intérieur, les vitres étaient déjà couvertes de buée.

Maxime s'assit près de la fenêtre. Il ouvrit discrètement son cahier, posé sur ses genoux. Il ajouta une ligne dans la rubrique « S'il NEIGE UN PEU » :

— Observer un flocon de très près avec Clara.

Il hésita, puis écrivit aussi :

— Accepter que tout ne soit pas prévu.

Il nota un point d'interrogation derrière, comme si c'était encore une idée à tester.

À l'école, la journée passa vite. Les cours de maths, de français, une dictée sur « les paysages d'hiver ». Maxime aimait ce thème. Il imaginait des routes blanches, des forêts silencieuses, des petits points de lumière aux fenêtres des maisons.

À la pause de midi, il alla vérifier le panneau d'affichage près de la porte de la salle des profs. Une affichette indiquait :

« Cet après-midi : Jeux d'hiver en salle polyvalente pour les classes de 6e B et 6e C. Prévoir chaussures d'intérieur. »

Monsieur Dubois arriva derrière lui.

— Tu as vu, Maxime ? On compte sur toi pour aider à organiser les groupes. Tout le monde n'est pas aussi… ordonné que toi, dit-il avec un clin d'œil.

Maxime sentit une légère pression dans sa poitrine. Il hocha la tête.

— D'accord, monsieur.

— L'objectif, continua le professeur, ce n'est pas de faire l'emploi du temps parfait. C'est que tout le monde passe un bon moment ensemble, compris ?

Maxime rangea le mot « ensemble » dans un coin de sa tête. Il comprenait, mais ce n'était pas toujours facile. Parfois, quand les autres changeaient d'avis au dernier moment, ça le rendait nerveux.

Après la cantine, il alla retrouver Léo et Clara sous le préau. Ils regardaient la cour. La neige s'était transformée en une sorte de bouillie grisâtre. Quelques flaques s'étaient formées.

— Beurk, fit Léo. La neige de ville, c'est pas beau.

— Elle est juste fatiguée, expliqua Clara. Elle a amorti les pas de tout le monde.

— Cet après-midi, annonça Maxime, on va sûrement faire des activités par équipes en salle polyvalente. Je vais devoir vous répartir.

— Tu nous mets dans la même équipe ? demanda aussitôt Léo. Ça sera plus fun.

Maxime ouvrit son cahier, où il avait commencé un brouillon de listes de groupes.

— Je ne sais pas encore. Il faut équilibrer. Et puis, il y a aussi ceux qui n'aiment pas les jeux de ballon. Je dois prévoir quelque chose pour eux.

— Comme… ? demanda Clara, intéressée.

— Peut-être un atelier de création d'affiches d'hiver, ou un coin pour inventer une histoire ensemble. Un truc plus calme.

Clara hocha la tête.

— Je peux t'aider si tu veux. J'aime bien les activités tranquilles.

Léo plissa les yeux vers le cahier.

— Et si on inventait un jeu où tout le monde participe, même ceux qui n'aiment pas courir ? Un jeu par équipes, mais avec des rôles différents.

Maxime tourna son stylo entre ses doigts. Il sentait qu'une idée prenait forme, quelque chose qu'il n'avait pas prévu. Un mélange entre le calme de Clara, l'énergie de Léo, et son envie d'organisation.

Il écrivit en gros sur une nouvelle page :

« IDÉE : GRAND JEU D'HIVER COOPÉRATIF ? »

Il traça autour un cadre épais, comme pour encadrer une découverte.

Chapitre 3 – La salle aux mille échos

L'après-midi, la classe de Maxime se mit en rang devant la grande double porte de la salle polyvalente. On entendait déjà des bruits de pas, des rires, et le rebond mat d'un ballon. La classe de 6e C était déjà à l'intérieur.

Quand les portes s'ouvrirent, une vague d'air tiède, mélangée à l'odeur du bois et du plastique des tapis de sport, les enveloppa. Le sol brillant renvoyait la lumière des grands néons au plafond. Des lignes colorées étaient tracées partout, pour différents sports. Sur le côté, des bancs, des plots, des ballons, des cerceaux et même des petites cages de hockey attendaient.

La salle polyvalente, l'hiver, c'était un autre monde. Dehors, le froid, la lumière pâle, les arbres dénudés. Dedans, la chaleur, le bruit, les échos. Chaque parole rebondissait contre les murs et revenait plus forte, comme une vague sonore.

— Silence, s'il vous plaît ! lança Monsieur Dubois.

Peu à peu, les bavardages diminuèrent. Maxime aurait aimé avoir un bouton pour éteindre le bruit, juste un instant, pour réfléchir. Mais il se contenta de serrer son cahier contre lui.

— Aujourd'hui, expliqua le professeur, nous allons faire des jeux d'hiver à l'intérieur. Le but, c'est de bouger un peu, bien sûr, mais surtout de travailler l'esprit d'équipe. Pas de compétition agressive, d'accord ? Que de la coopération.

L'autre professeur de sport, Madame Leclerc, ajouta en souriant :

— Et nous avons un assistant spécial pour organiser tout ça : Maxime.

Une petite vague de « Oooooh » traversa les deux classes. Maxime sentit ses oreilles chauffer. Il fit un pas en avant, le cahier ouvert sur la page blanche de son « Grand jeu d'hiver coopératif ».

Monsieur Dubois lui parla à voix basse :

— Tu as préparé quelque chose, je crois ?

Maxime inspira profondément.

— J'ai… une idée. Mais elle n'est pas complètement finie.

— Justement, dit le professeur. On va la finir ensemble.

Maxime leva les yeux vers ses camarades. Certains avaient l'air curieux, d'autres distraits. Léo lui fit un signe encourageant. Clara le regardait avec un petit sourire doux.

— Alors… commença Maxime. J'ai pensé qu'on pourrait faire un grand jeu où tout le monde a un rôle différent. Pas seulement courir ou marquer des points. Un jeu d'hiver… comme une aventure, où on doit traverser un pays de neige imaginaire.

Quelques élèves se redressèrent.

— Un pays de neige ? répéta quelqu'un.

— Oui. On pourrait découper la salle en zones. Par exemple… Il pointa du doigt le fond de la salle. Là-bas, ce serait la « forêt gelée ». On devrait passer en silence, en équilibre sur des bancs, comme si on marchait sur des troncs glissants.

Il désigna ensuite un coin avec les tapis :

— Ici, ce serait le « lac gelé ». On devrait se déplacer en glissant sur les tapis, à genoux ou sur le ventre, sans tomber des « blocs de glace » que seraient les cerceaux.

Des rires approbateurs se firent entendre.

— Et là, continua-t-il en montrant un autre côté, ce sera « le village d'hiver ». Ceux qui n'aiment pas trop courir ou glisser pourraient être les habitants du village. Ils devraient préparer l'arrivée des voyageurs : créer un plan du pays de neige, dessiner des panneaux, imaginer une histoire qui va avec.

Les yeux de Clara brillèrent.

— Et on peut faire des équipes pour traverser tout ça ? demanda Léo.

— Oui, répondit Maxime. Chaque équipe aurait quelques voyageurs, et quelques habitants du village. Les voyageurs doivent suivre les panneaux, écouter les consignes inventées par les habitants, et tous ensemble, ils gagnent si tout le monde arrive à la fin du parcours sans se disputer.

Un silence étonné suivit. Puis des exclamations enthousiastes éclatèrent.

— Trop bien !

— Moi, je veux être voyageur !

— Moi, j'aime bien l'idée de dessiner les panneaux.

Monsieur Dubois prit la parole, visiblement satisfait.

— C'est une excellente idée, Maxime. Un jeu où tout le monde doit coopérer, avec des rôles variés. Qu'en pensez-vous ?

Les mains se levèrent partout, comme une forêt de doigts.

Madame Leclerc se pencha vers Maxime.

— Tu peux nous aider à faire les équipes ?

Il déglutit. Les équipes… Voilà le moment qu'il craignait. Il savait que tout le monde voulait être avec ses amis. Si Léo insistait pour être avec lui, si Clara préférait un autre groupe, s'il faisait des mécontents ? Son cœur se serra un peu.

Il ouvrit vite son cahier et, au lieu de sortir la page où il avait déjà commencé à répartir les noms, il prit une nouvelle page. Une feuille vide. Une chance de recommencer autrement.

— On va faire des équipes équilibrées, annonça-t-il. On va dire… quatre équipes mixtes, avec des voyageurs et des habitants du village. Et je propose que chacun, au lieu de choisir ses amis, lève la main pour dire dans quel rôle il se sent le mieux.

Un brouhaha étonné s'éleva.

— Mais on ne peut pas choisir nos équipes ? protesta quelqu'un.

Léo leva la main.

— Si on fait comme ça, ça peut être rigolo. On va découvrir d'autres personnes, non ?

Clara ajouta calmement :

— L'esprit de groupe, c'est aussi savoir jouer avec des gens qu'on connaît moins. Sinon, c'est juste un petit club.

Maxime se sentit soutenu. Il nota rapidement les rôles : voyageurs, habitants du village, guides, « inventeurs d'énigmes ». Puis il appela les noms un par un, en veillant à ce que chaque équipe mélange des élèves de 6e B et de 6e C, des timides et des bavards, des sportifs et des plus calmes.

Quand il arriva au nom de Léo, il hésita avant de l'inscrire dans une autre équipe que la sienne. Il releva les yeux. Léo le regardait avec un sourire un peu malicieux.

— Pas grave, cria-t-il. On se retrouvera au village d'hiver !

Maxime sentit sa poitrine se détendre. Peut-être qu'il n'était pas en train de perdre son meilleur ami pour cet après-midi. Peut-être qu'il gagnait… autre chose.

Chapitre 4 – Le pays de neige imaginaire

Une fois les équipes formées, la salle polyvalente se transforma peu à peu.

Dans un coin, deux élèves alignaient des bancs pour créer la « forêt gelée ». On devait marcher dessus en équilibre, comme sur des troncs recouverts de glace. Des plots étaient posés autour, pour représenter des arbres à éviter.

Plus loin, les tapis de gymnastique étaient empilés pour représenter les « blocs de glace » posés sur le « lac ». Les cerceaux figuraient les zones fragiles qu'il ne fallait pas toucher.

Au fond, près de la sortie de secours, plusieurs tables avaient été déplacées pour créer le « village d'hiver ». Clara et quelques autres élèves s'y étaient installés avec des feuilles, des feutres et des ciseaux. Ils dessinaient des panneaux : « Attention, chute de stalactites ! », « Passage glissant », « Bienvenue au village des Flocons ».

Maxime circulait d'un groupe à l'autre, son cahier à la main. Il cochait, notait, ajustait.

— N'oubliez pas, rappela-t-il à la forêt gelée, inutile de courir. Le but, c'est de passer tous ensemble, pas d'être le premier.

— Mais c'est plus marrant en courant ! protesta un élève.

— Et si quelqu'un tombe, tu t'arrêtes pour l'aider, ajouta Maxime. Sinon, ton équipe perd l'étoile de coopération.

— L'étoile de quoi ? demanda une fille.

Maxime sourit. Il venait d'inventer ça sur le moment.

— À chaque étape, si vous vous aidez les uns les autres, vous gagnez une étoile de coopération. Ce n'est pas un point pour une personne, mais pour toute l'équipe. À la fin, on verra combien d'étoiles vous avez.

Les regards s'allumèrent. Une récompense collective, pas individuelle. Il ajouta un tableau dans son cahier pour noter les étoiles de chaque groupe.

Au village d'hiver, il s'approcha de Clara, qui dessinait un grand panneau avec des montagnes, un lac et une forêt.

— Regarde, dit-elle. C'est notre pays de neige. On a même inventé son nom : « Glaciaria ».

— C'est beau, répondit Maxime. On dirait une vraie carte.

— On écrit aussi un petit texte que les équipes devront lire en arrivant au village, expliqua Clara. Pour leur raconter qu'ils ont sauvé le pays de la neige éternelle grâce à leur entraide.

Maxime se sentit soudain tout chaud, malgré la température de la salle.

— Tu crois qu'ils vont aimer ? demanda-t-il.

— Ce n'est pas juste une question d'aimer, répondit Clara. On est en train de faire quelque chose ensemble. C'est ça, le plus important.

Maxime la regarda un instant. Il eut envie de noter cette phrase dans son cahier, mais il n'avait pas le temps.

Les professeurs les appelèrent au centre de la salle.

— Les voyageurs de chaque équipe, en place près de la forêt gelée, annonça Madame Leclerc. Les habitants du village, installez-vous à vos tables. Les guides, vous expliquerez les règles à votre équipe. On commence dans trois minutes.

Maxime se retrouva dans une équipe avec deux élèves de 6e C qu'il connaissait à peine, un garçon très sportif et une fille un peu timide qui n'aimait pas trop crier. Il serait l'un des voyageurs.

— Tu peux être notre guide, proposa la fille timide à Maxime. Tu as l'air de bien savoir ce qu'il faut faire.

Il fut surpris.

— Euh… d'accord, si vous voulez. Mais on décide ensemble, d'accord ?

Les deux autres acquiescèrent.

Le signal fut donné.

Les équipes s'élancèrent vers la forêt gelée, mais pas en courant. Ils devaient marcher un par un sur les bancs, en donnant la main à la personne derrière eux. Parfois, un pied glissait, un bras partait dans le vide, et tout le monde se tenait un peu plus fort.

— Doucement, conseilla Maxime à son équipe. On s'attend, on ne presse personne.

— On va se faire doubler, protesta le garçon sportif.

— On n'est pas en compétition, rappela Maxime. Si on finit tous ensemble, on gagne l'étoile.

À un moment, la fille timide hésita avant un grand pas entre deux bancs. Elle regarda le vide entre les deux, pourtant très petit, comme s'il s'agissait d'un ravin profond.

— Je n'y arriverai pas, murmura-t-elle.

— On va t'aider, proposa Maxime. Tu veux que je te donne la main, ou que je te montre comment placer ton pied ?

Elle réfléchit, les sourcils froncés.

— Les deux, s'il te plaît.

Il lui montra comment poser le pied bien droit, lui donna la main, et l'autre équipier posa sa main dans son dos, pour la rassurer. Elle parvint à passer de l'autre côté. Son visage s'illumina.

— J'ai réussi !

— Étoile de coopération pour l'équipe 2 ! annonça Madame Leclerc qui observait la scène.

Le garçon sportif, qui râlait au début, sourit malgré lui.

— D'accord, admit-il. C'est pas si mal de prendre son temps.

Après la forêt gelée, il y eut le lac glacé. Les équipes devaient se déplacer en glissant sur les tapis, en se tirant les uns les autres par les pieds ou les bras, sans poser les genoux en dehors des tapis.

— On fait un train ! proposa Maxime. On se tient par les chevilles, et celui de devant tire tout le monde en se couchant sur le tapis.

— Et si le premier se fatigue ? demanda la fille.

— On changera de premier, répondit le garçon sportif. Moi, je peux commencer.

Ils se lancèrent en riant, glissant parfois de travers, se cognant légèrement, mais en s'excusant, en se relevant ensemble. Le sol de la salle résonnait de frottements et de rires, comme si un lac de glace invisible chantait sous leurs pas.

À la fin du parcours, les équipes arrivèrent au village d'hiver. Clara se leva pour lire le texte qu'ils avaient écrit.

« Bienvenue à Glaciaria, le pays de la neige éternelle, lut-elle. Aujourd'hui, grâce à votre entraide, le froid n'est plus un ennemi, mais un ami. Vous avez appris à vous soutenir, à vous attendre, à partager vos forces. L'hiver est une saison où l'on se serre les coudes, où la chaleur vient des cœurs, pas seulement des radiateurs. Merci d'avoir protégé notre pays. »

Un silence respectueux suivit. Même Léo, qui d'habitude avait du mal à rester calme longtemps, regardait Clara avec attention.

Puis les applaudissements éclatèrent.

Maxime sentit sa gorge se serrer un peu. Il ne savait pas pourquoi il avait presque envie de pleurer. Peut-être parce qu'il voyait, pour la première fois, son idée vivre vraiment. Pas dans un cahier, pas sur une liste, mais dans les gestes de ses camarades, leurs sourires, leurs mains tendues.

Chapitre 5 – Une chaleur différente

Après le grand jeu, la salle polyvalente retrouva un peu de calme. Les élèves s'assirent sur les bancs, certains en sueur, d'autres les joues rosies. Les professeurs annoncèrent une petite pause.

— Allez boire de l'eau et souffler un peu, dit Madame Leclerc.

Maxime, lui, resta près du village d'hiver. Il observait les panneaux, les dessins, les cartes de Glaciaria. Le bruit des autres lui parvenait comme un fond sonore atténué.

Clara s'approcha.

— Tu as l'air fatigué, commenta-t-elle.

— Un peu, avoua Maxime. Mais… c'était bien. Mieux que ce que j'avais imaginé, même.

— Tu vois, parfois, laisser les autres participer à ton idée, ça la rend encore plus belle.

Il hocha la tête.

— Tu sais, d'habitude, l'hiver me fait un peu peur, continua-t-il. Quand les journées raccourcissent, que la nuit tombe tôt… J'ai l'impression que tout devient plus compliqué à organiser. On a moins de temps dehors, il fait froid, tout le monde est pressé de rentrer.

— Moi, dit Clara, j'aime bien ce moment. Quand il fait nuit tôt, on peut allumer des lumières, des bougies. On se rapproche. On parle plus. On lit. On se serre.

Maxime regarda autour de lui. Dans la grande salle, les classes formaient des petits groupes qui discutaient, riaient, se remémoraient les glissades ratées, les sauts réussis, les peurs surmontées.

— C'est vrai, admit-il. Aujourd'hui, par exemple… j'ai parlé avec des élèves avec qui je n'avais jamais vraiment discuté. Juste parce que… on devait traverser un pays de neige ensemble.

Léo les rejoignit, une bouteille d'eau à la main.

— Max, c'était génial, ton truc ! cria-t-il. Dans mon équipe, on avait un garçon qui déteste le sport. Il avait peur de tout, surtout du lac gelé. Alors on a décidé qu'il serait notre « maître des cartes ». Il nous disait par où passer, quelles zones étaient « fragiles ». Il était trop fier à la fin.

— Tu vois, dit Clara, tu as créé un jeu où chacun peut trouver sa place.

Maxime sourit, un peu gêné.

— Vous exagérez…

— Non, intervint Léo. Franchement, Max, c'est la première fois que je te vois aussi…

Il chercha le mot.

— Détendu, proposa Clara.

— Oui, voilà, détendu. D'habitude, tu paniques quand on ne respecte pas ton planning à la seconde près.

Maxime rougit un peu.

— C'est vrai. Mais aujourd'hui… je ne sais pas. J'ai compris que ce n'était pas grave si tout n'était pas exactement comme dans mon cahier. Tant que…

Il chercha ses propres mots.

— Tant qu'on reste ensemble, compléta Clara.

— Voilà, confirma Maxime.

Monsieur Dubois, qui passait près d'eux, entendit la fin de la phrase.

— Voilà une belle leçon d'hiver, ça, commenta-t-il. Les saisons froides nous rappellent que nous avons besoin les uns des autres. Personne ne traverse l'hiver tout seul.

Les trois amis restèrent silencieux un instant. Dehors, la lumière commençait déjà à décliner, même s'il n'était pas encore très tard. Les vitres de la salle se teintèrent d'un gris bleuté.

Maxime sentit une chaleur étrange monter en lui. Pas celle du chauffage, ni celle d'un gros pull. Une chaleur différente, qui venait du fait qu'il se sentait… entouré.

— Vous croyez qu'on pourrait refaire ce jeu un autre jour ? demanda Léo. Ou l'améliorer ?

— On pourrait inventer une nouvelle version, proposa Clara. Avec une tempête de neige imaginaire, par exemple. Et un refuge à atteindre.

Maxime ouvrit son cahier. Sur une nouvelle page, il écrivit :

« Glaciaria 2 – Idées »

Il laissa la page vide pour l'instant. Juste le titre. C'était comme une promesse.

Chapitre 6 – Le carnet et les cœurs

Le soir, chez lui, Maxime posa son sac dans l'entrée et secoua doucement ses bottes pour éviter d'en mettre partout. Sa mère, en train de préparer la soupe, leva la tête.

— Alors, cette journée d'hiver organisé ? demanda-t-elle. La salle polyvalente, c'était comment ?

— Comme un autre monde, répondit Maxime en retirant son manteau. Un monde de neige… mais dans la chaleur.

Elle le regarda, intriguée.

— Raconte-moi en mettant la table, proposa-t-elle.

Pendant qu'il sortait les assiettes, les verres et les couverts, Maxime raconta tout. Le bus, la neige du matin, la division de la salle en « forêt gelée », « lac glacé » et « village d'hiver », les équipes mixtes, les étoiles de coopération, la carte de Glaciaria, la phrase de Clara, les rires de Léo.

Il raconta aussi les hésitations, les peurs, les idées apparues au dernier moment. Le garçon sportif qui acceptait de ralentir, la fille timide qui osait faire un grand pas, les élèves qui découvraient qu'ils pouvaient être utiles autrement qu'en marquant des buts.

Sa mère l'écoutait en coupant du pain.

— On dirait que tu as réussi à mélanger ton besoin d'organisation avec un peu d'imprévu, conclut-elle. C'est un bel équilibre.

— Oui, admit Maxime. Avant, l'hiver, pour moi, c'était une liste de choses à faire pour oublier le froid et la nuit. Maintenant… j'ai l'impression que c'est aussi une façon de… se rapprocher.

— L'hiver, dit sa mère en posant le pain sur la table, c'est la saison où on apprend que la chaleur n'est pas seulement une température. C'est aussi ce qu'on ressent quand on est avec les autres.

Après le dîner, Maxime remonta dans sa chambre. Il alluma sa petite lampe de bureau, qui diffusait une lumière douce et dorée. Dehors, la nuit était tombée. On distinguait juste, au loin, les lumières jaunes et orangées des fenêtres des voisins.

Il ouvrit son cahier de l'hiver à la page de la journée. Les colonnes « S'il NEIGE BEAUCOUP », « S'il NEIGE UN PEU », « S'il PLEUT » étaient encore là, avec leurs listes.

Il prit un stylo d'une autre couleur.

En bas de la page, il écrivit :

« Ce qui s'est VRAIMENT passé : »

Il nota :

— Neige le matin, puis neige fatiguée dans la cour

— Jeux d'hiver en salle polyvalente

— Invention de Glaciaria, le pays imaginaire

— Tout le monde a participé, même ceux qui n'aiment pas le sport

— J'ai appris à laisser de la place aux idées des autres

— On s'est sentis… plus proches.

Il referma le cahier, puis le rouvrit aussitôt. Il ajouta une dernière phrase, entourée d'un nuage, comme le « OUI !!! » du matin :

« L'hiver est plus doux quand on le traverse ensemble. »

Il posa le stylo, s'allongea sur son lit et fixa le plafond. Il se mit à imaginer d'autres journées d'hiver.

Il se voyait, plus tard dans la semaine, regardant les prévisions météo et écrivant dans son cahier :

« S'il neige : organiser une marche silencieuse avec la classe pour écouter le bruit des pas.

S'il fait très froid : proposer une lecture partagée en classe, avec des couvertures.

S'il pleut : inventer d'autres pays imaginaires en salle polyvalente. »

Puis il imagina encore plus loin, un week-end de janvier. Il se voyait retrouver Léo et Clara dans le parc, construisant une mini ville de neige, avec des routes, des tunnels, des petits bonhommes. Pas besoin de tout prévoir minute par minute. Juste être là, ensemble, et laisser les choses se faire.

Il sentit ses paupières devenir lourdes. Le froid de dehors restait dehors. À l'intérieur, la chaleur du radiateur, la douceur de la couette, la tiédeur de ses souvenirs de la journée l'enveloppaient.

Avant de s'endormir, il murmura pour lui-même, comme un secret :

— L'hiver n'est pas si impressionnant… quand on est plusieurs pour l'affronter.

Dans le silence de la nuit, il lui sembla entendre, comme un écho lointain, les rires de la salle polyvalente, le frottement sur les tapis, les applaudissements pour Glaciaria. Un hiver de sons chaleureux.

Et, dans un coin de son cahier bien rangé, une place restait toujours libre pour les imprévus, les idées nouvelles, les amitiés qui grandissent. Comme un espace blanc, prêt à être rempli par les prochains flocons de sa vie.

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Coopération
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étoile
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