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Histoire sur l'hiver 11 à 12 ans Lecture 14 min.

Les petites joies de l'hiver

Clara, une petite fille réticente à l'idée de l'hiver, découvre la magie de la neige en bricolant avec son amie Sara et en surmontant sa peur après une petite chute, apprenant ainsi à apprécier les petites joies de cette saison.

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Deux filles de 12 ans dans un parc en fin d’après‑midi sous une neige fine : l’une réservée et curieuse, visage rosé, écharpe rayée, se relève doucement après une petite chute en souriant timidement; l’autre, Sara, vive et enjouée en bonnet rouge et manteau bleu, façonne un petit bonhomme de neige artisanal (trois boules irrégulières, boutons noirs, brindille en nez) posé sur une touffe de neige entre elles; lampadaires orangés, arbres poudrés et traces de pas, ambiance calme et douce aux tons froids rehaussés d’accents chauds; léger overlay de doodles — flocons stylisés, étoiles, lignes de mouvement et un petit cœur près du bonhomme. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le matin tout gris

Clara colla son front contre la vitre. Dehors, le jardin semblait avoir perdu ses couleurs, comme si quelqu'un avait passé une gomme sur l'herbe et les feuilles. Le ciel était bas, d'un gris épais. Et le jour… le jour n'avait pas l'air pressé de se lever.

« Super, encore l'hiver », marmonna-t-elle en tirant sur les manches de son pull.

Dans la cuisine, la bouilloire chanta doucement. Sa mère posa un bol de chocolat chaud devant elle.

— Tu fais cette tête-là depuis décembre, dit-elle. On dirait que tu t'attends à une mauvaise nouvelle à chaque flocon.

— Parce que c'est froid. Et ça glisse. Et il fait nuit trop tôt, répondit Clara.

— C'est vrai, admit sa mère. Mais l'hiver a aussi des petites joies. Il faut juste apprendre à les voir.

Clara souffla sur son chocolat. La vapeur lui chatouilla le nez.

— Facile à dire quand on reste au chaud, murmura-t-elle.

Son téléphone vibra. Un message de Sara.

« Tu viens au parc après les devoirs ? Il neige un peu !!! »

Clara regarda encore le jardin. Un minuscule point blanc tomba, puis un autre. Des flocons timides, presque gênés.

Elle répondit : « Je sais pas. »

Au même moment, son père entra en secouant son écharpe.

— On annonce de la neige cet après-midi. Ça te tente, Clara ? On pourrait sortir l'appareil photo.

Clara fit une grimace.

— Je préfère quand tout est normal.

Son père sourit, comme s'il avait déjà entendu cette phrase.

— Normal, ça change selon les saisons. Et toi aussi tu changes. C'est plutôt une bonne nouvelle.

Clara ne répondit pas. Elle pensait à ses chaussures qui prendraient l'eau, au vent qui piquait les joues, aux trottoirs traîtres. Mais, quelque part au fond, l'idée d'une neige « un peu » lui donnait une curiosité qu'elle n'osait pas avouer.

Chapitre 2 — Le bricolage des flocons

À la sortie du collège, le ciel avait éclairci, mais l'air était plus vif. Clara rentra vite chez elle, les mains au fond des poches. Sur le chemin, les arbres nus semblaient dessiner des griffes dans le ciel. Ça lui donnait un petit frisson.

Après le goûter, Sara sonna. Elle portait un bonnet rouge qui lui tombait presque sur les yeux.

— Regarde ! s'écria-t-elle en tendant ses gants. Il y a de la neige dessus !

Effectivement, quelques grains blancs s'accrochaient au tissu, puis fondaient en minuscules perles.

— C'est pas de la vraie neige, c'est… de la neige qui hésite, dit Clara.

— Justement ! On va l'aider à se décider, déclara Sara, très sérieuse.

Dans la chambre de Clara, elles étalèrent des feuilles, des ciseaux, un rouleau de scotch, et une boîte de boutons récupérés dans une vieille boîte à biscuits.

— Plan du jour : atelier « hiver supportable », annonça Sara. On fabrique des décorations, et après on va dehors tester si l'hiver mérite qu'on le respecte.

— Ça sonne comme une mission, dit Clara malgré elle.

— Exactement.

Elles plièrent du papier en triangles, découpèrent des formes, et déplièrent. Des flocons apparurent, dentelés, légers, presque parfaits.

Clara en prit un entre ses doigts.

— On dirait une carte au trésor.

— Une carte pour trouver… quoi ? demanda Sara.

Clara réfléchit.

— Pour trouver un endroit où l'hiver n'est pas juste froid.

Elles collèrent leurs flocons sur la fenêtre. Dehors, on voyait la rue à travers la dentelle blanche. C'était comme si le monde portait un rideau de fête.

Sara sortit un petit bocal.

— J'ai ramené du sel, dit-elle. Ma mère m'a expliqué : quand ça gèle, on met du sel sur les marches pour éviter de glisser.

Clara leva les sourcils.

— Donc l'hiver, ça se prépare.

— Oui. Comme un sport. Ou comme un voyage.

Clara regarda ses flocons en papier. Pour la première fois, l'hiver ressemblait moins à une punition et plus à un truc qu'on pouvait apprivoiser.

Chapitre 3 — La sortie dans le froid

En fin d'après-midi, la neige se mit à tomber pour de vrai. Pas une tempête, non. Une pluie de petites plumes blanches qui tournoyaient en silence.

Sara tapa dans ses mains.

— Allez ! On y va avant qu'il fasse nuit !

Clara hésita devant l'entrée.

— Et si je glisse ?

— On marche comme des pingouins, conseilla Sara. Petits pas, pieds un peu tournés. Et on regarde où on met les chaussures.

Elles enfilèrent leurs manteaux. Clara ajouta une écharpe épaisse, comme une armure douce. Quand elle ouvrit la porte, l'air froid lui mordit le bout du nez. Elle inspira quand même. L'odeur était différente, plus nette, comme si le monde avait été lavé.

Le quartier avait changé de bruit. Les voitures roulaient plus lentement. Les gens parlaient moins fort. Même les chiens semblaient marcher prudemment.

Au parc, les bancs se couvraient d'un duvet blanc. Les lampadaires s'allumaient déjà, car le jour raccourcissait vite. La lumière orange rendait la neige un peu dorée, comme du sucre.

Sara se pencha pour ramasser une poignée.

— Regarde, c'est léger !

Clara essaya. La neige fondit contre sa peau, froide puis presque tiède, comme un secret qui disparaît.

— On dirait qu'elle ne veut pas rester, dit Clara.

— Elle reste si elle peut, répondit Sara. Si on lui laisse une chance.

Elles marchèrent jusqu'à un petit sentier. Clara remarqua les traces : des pas, des vélos, un chat qui avait dessiné une ligne de pattes fines.

— C'est drôle, dit-elle. On voit les histoires des gens dans la neige.

— Oui ! s'enthousiasma Sara. La neige, c'est un cahier.

Clara sourit. Puis elle posa le pied sur une zone plus sombre. Le sol était glacé sous la couche blanche. Elle sentit son talon partir.

— Oups…!

Chapitre 4 — La petite chute

Clara glissa et tomba sur les fesses, pas très fort, mais assez pour lui couper le souffle. Le froid passa à travers son pantalon comme une main humide.

Sara se retourna d'un coup.

— Clara ! Ça va ?

Clara resta assise une seconde, les yeux grands ouverts. Autour d'elle, la neige continuait de tomber, tranquille, comme si rien ne s'était passé. Ça l'énerva presque.

— J'ai… j'ai eu peur, avoua-t-elle, la voix serrée.

Sara s'accroupit à côté d'elle.

— C'est normal. Mais tu n'es pas blessée ?

Clara bougea ses jambes, puis ses bras.

— Non. Juste… vexée. Et froide.

Sara lui tendit une main.

— Allez, pingouin, on se relève.

Clara prit la main. Elle se remit debout en faisant attention. Son cœur battait vite, comme après une course.

— J'avais raison, dit-elle. Ça glisse.

— Oui, reconnut Sara. Mais tu sais quoi ? Tu viens de faire un truc important.

— Me ridiculiser ?

— Non. Tu es tombée, tu as eu peur, et tu t'es relevée. Ça, c'est du courage. Le petit courage du quotidien.

Clara regarda la zone sombre. La glace brillait comme un miroir.

— Comment on évite ça ?

Sara sortit le bocal de sel de sa poche.

— On peut pas saler tout le parc, mais on peut apprendre. Regarde : là où c'est plus tassé, c'est plus glissant. Et là où la neige est encore « poudreuse », ça accroche mieux. Et on garde les bras un peu écartés. Comme si on marchait sur une ligne.

Clara essaya. Petits pas. Bras un peu ouverts. Elle avait l'air d'un oiseau qui ne sait pas s'il veut voler.

— Je dois être très élégante, dit-elle.

Sara éclata de rire.

— Tu es une élégance en entraînement.

Clara se surprit à rire aussi. La peur se fit plus petite, comme un glaçon qui fond. Elle sentit surtout une chaleur dans la poitrine : celle d'être comprise, et pas jugée.

— On rentre ? demanda-t-elle.

— Encore deux minutes, plaida Sara. Juste le temps de faire une chose.

Chapitre 5 — La magie simple

Sara ramassa un peu de neige et la roula entre ses gants.

— On tente un mini bonhomme de neige. Pas besoin de taille géante. Juste un bonhomme de poche.

Clara hésita, puis s'agenouilla dans la neige. Le froid traversa ses gants, mais c'était supportable. Ensemble, elles formèrent trois boules : une pour le corps, une pour la tête, une minuscule pour un chapeau improvisé.

Sara fouilla dans sa poche et sortit deux boutons.

— Cadeau de l'atelier, dit-elle.

Clara plaça les boutons comme des yeux. Le bonhomme les regarda, sérieux, comme un petit professeur.

— Il manque un nez, dit Clara.

— Une brindille fera l'affaire.

Clara chercha et trouva un petit bout de branche. Elle le planta doucement. Le bonhomme avait maintenant un nez tordu, ce qui lui donnait un air malicieux.

Clara se recula. La neige tombait sur ses épaules, mais son rire faisait comme une couverture.

— Il est minuscule, dit-elle.

— Et pourtant, il existe, répondit Sara. C'est ça qui est beau.

Clara observa autour d'elle. Les arbres du parc portaient des lignes blanches sur leurs branches. Les traces de pas s'effaçaient peu à peu, comme si la neige remettait tout à zéro. Un couple passait en se tenant par le bras. Un petit garçon essayait d'attraper des flocons avec la langue et son père lui disait : « Si tu attrapes le bon, tu fais un vœu. »

Clara sentit quelque chose changer dans sa tête. L'hiver n'était pas seulement froid. Il était aussi plein de scènes tranquilles, de gestes simples, de gens qui ralentissent.

Elle souffla.

— Je crois que… je commence à comprendre les petites joies.

Sara la regarda, fière comme si elle venait de gagner une médaille.

— Attends, il y en a une autre. La meilleure.

— Laquelle ?

— Le retour au chaud.

Chapitre 6 — Le soir qui réchauffe

Chez Clara, l'entrée sentait le bois et la soupe. Les deux filles retirèrent leurs chaussures mouillées. Les chaussettes de Clara étaient un peu humides, et ça la fit grimacer.

— Beurk.

— Étape numéro un du retour au chaud : chaussettes sèches, décréta Sara.

La mère de Clara apparut.

— Alors, cette rencontre avec l'hiver ?

Clara ouvrit la bouche, prête à se plaindre… puis repensa au bonhomme minuscule, au parc silencieux, et à sa chute.

— J'ai glissé, dit-elle.

Sa mère fronça les sourcils.

— Oh non… tu t'es fait mal ?

— Non. J'ai eu peur, mais ça va. Sara m'a appris à marcher « en pingouin ». Et… on a fait un mini bonhomme de neige.

Son père leva les yeux de son appareil photo.

— Un mini bonhomme ? Ça, c'est une œuvre d'art éphémère.

— Ça veut dire qu'il va fondre, répondit Clara.

— Oui, dit son père. Et c'est aussi ça, l'hiver : on profite pendant que c'est là.

Plus tard, Sara rentra chez elle. Clara monta dans sa chambre avec une tasse de tisane. Dans le salon, les adultes parlaient doucement. Les bruits étaient feutrés, comme si la neige avait aussi mis un bonnet sur la maison.

Clara s'assit près de la fenêtre. Les flocons en papier tremblaient légèrement quand le chauffage soufflait. Dehors, la rue était blanche, éclairée par les lampadaires. Les ombres étaient longues, mais pas menaçantes.

Elle pensa à la peur qui l'avait serrée au moment de tomber. Elle n'aimait pas cette sensation, mais elle aimait encore moins l'idée de laisser la peur décider à sa place.

Elle prit son téléphone et écrivit à Sara :

« Merci. Demain, si ça tient, on retourne voir notre bonhomme ? »

La réponse arriva presque tout de suite :

« Oui ! Et on lui fait un ami. »

Clara sourit. Elle se glissa sous sa couette. Le froid dehors existait toujours, mais à l'intérieur, elle avait trouvé quelque chose de solide : une méthode, une amie, et la certitude que l'hiver n'était pas un mur. Juste une porte un peu lourde, qu'on pousse doucement.

Avant de s'endormir, elle se dit :

« Les petites joies, ça se fabrique. Et moi, je peux apprendre. »

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Vitre
La surface en verre d'une fenêtre ou d'une porte.
Bouilloire
Récipient qui sert à faire bouillir de l'eau pour du thé ou chocolat.
Marmonna-t-elle
Parler doucement et sans clarté, comme en se plaignant.
Vapeur
Petit nuage d'eau chaude qui sort d'un liquide chauffé.
écharpe
Long morceau de tissu que l'on porte autour du cou pour avoir chaud.
Dentelés
Qui a des bords découpés en petites pointes ou en zigzag.
Trottoirs
Partie d'une rue faite pour que les piétons marchent en sécurité.
Tassé
Quand quelque chose est compacté, serré et moins aéré.
Armure
Protection solide portée autrefois pour se défendre, ici imagée.
Prudemment
Faire quelque chose avec attention pour éviter le danger.

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