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Histoire sur l'hiver 11 à 12 ans Lecture 19 min. (1)

Néb et le petit mur de neige

Nébuleux, un jeune loup, affronte ses craintes face à l’hiver en découvrant un merle blessé et en décidant de l’aider en construisant un mur de neige pour le protéger. À travers cette expérience, il apprend l’importance de la compassion et de l’entraide, même sans comprendre toutes les choses de la vie.

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Un jeune loup gris nommé Néb, aux yeux dorés, se tient sur un terrain de sport enneigé. Il construit un petit mur de neige avec des moules colorés. À proximité, un merle noir, inquiet mais reconnaissant, l'observe. Le terrain est entouré d'arbres chargés de neige sous un ciel bleu, où le soleil brille. Néb crée un abri pour le merle blessé, illustrant sa détermination à aider un autre être vivant. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 – Le froid qui pique le bout du nez

Le petit loup s'appelait Nébuleux, mais tout le monde disait Néb.

C'était un jeune loup gris aux yeux dorés, curieux de tout.

Il vivait avec sa meute près d'un grand village humain, au bord d'une vaste clairière qui servait de terrain de sport.

Ce matin-là, l'hiver avait débarqué pour de bon.

Quand Néb sortit de la tanière, l'air glacé lui piqua aussitôt le bout du nez.

La forêt était silencieuse, comme si tout retenait son souffle.

Les branches ployaient sous un manteau de neige fraîche.

Le ciel, presque blanc, semblait se confondre avec la terre.

Néb posa une patte dehors, puis la retira aussitôt.

— Brrr ! C'est gelé !

Sa mère, une grande louve au pelage argenté, sourit doucement.

— L'hiver, ça surprend toujours au début, dit-elle. Mais tu verras, on peut aussi s'y sentir bien.

— Moi, je préfère quand il fait chaud… On voit où on marche, on n'a pas froid aux coussinets, et les journées durent plus longtemps.

Sa mère secoua la tête, amusée.

— L'hiver est différent, c'est vrai. Mais il a ses secrets.

Et puis, regarde.

Elle inspira profondément, et de la vapeur blanche sortit de sa truffe.

— On fait de la fumée en respirant ! Tu vois ? C'est un peu de magie.

Néb essaya aussitôt.

Il souffla fort et observa, fasciné, le petit nuage qui se formait devant lui.

— On dirait que je suis un dragon, murmura-t-il.

Au fond de lui pourtant, une petite inquiétude restait.

Les arbres semblaient plus rigides, le sol craquait sous les pattes, et la lumière était étrange, pâle, presque bleutée.

— Et s'il arrivait quelque chose pendant l'hiver ? demanda-t-il, sérieux.

— On ne sait jamais exactement ce qui va arriver, répondit sa mère. Mais c'est aussi ce qui rend chaque journée intéressante.

Ce qui compte, c'est de faire attention. À toi, aux autres, et aux animaux qui nous entourent.

Néb hocha la tête.

Il était très attentif par nature.

Il aimait observer les oiseaux, les traces dans la boue, les fourmis en été.

Il aimait surtout s'assurer que tout le monde allait bien.

Pourtant, ce matin-là, il se sentit un peu perdu dans ce grand décor blanc.

Chapitre 2 – Le terrain de sport sous la neige

Après le premier repas du matin, Néb décida d'aller inspecter les environs.

C'était sa manière à lui de se rassurer : comprendre ce qui l'entourait.

Il trottina entre les troncs, ses pattes laissant des empreintes toutes neuves dans la neige.

Les bruits de la forêt étaient étouffés.

On n'entendait plus que le craquement léger de la glace sur les branches et, de temps en temps, le cri sec d'un corbeau.

Il arriva bientôt près du grand terrain de sport du village humain.

En été, les humains y couraient, lançaient des balles, criaient et riaient fort.

Néb et ses frères les observaient parfois de loin, cachés derrière les buissons.

Aujourd'hui, le terrain était méconnaissable.

Tout était recouvert d'une épaisse couche de neige.

Les lignes blanches au sol avaient disparu.

Les cages de foot semblaient porter de gros bonnets de givre.

Les filets étaient rigides, figés comme du verre.

Néb s'approcha prudemment, le museau en l'air.

L'odeur de la neige était pure, presque silencieuse.

— On dirait que le monde entier a mis un gros pull blanc, murmura-t-il.

Tout à coup, un petit mouvement attira son regard près des gradins.

Quelque chose frémissait dans la neige.

Il se coucha aussitôt, à moitié caché derrière un banc, et plissa les yeux.

C'était un oiseau.

Un merle, sans doute, aux plumes sombres.

Il sautillait maladroitement sur une patte, l'autre levée.

— Oh non… tu t'es fait mal, toi, constata Néb à mi-voix.

Le merle s'arrêta, la tête penchée, comme s'il venait d'entendre quelque chose.

Mais il ne vit pas le petit loup, bien camouflé.

Néb regarda autour de lui.

Le vent se levait lentement, soulevant de petits tourbillons de neige.

Le terrain était désert.

Pas un humain.

Pas un autre animal.

Juste cet oiseau, en difficulté, et lui.

Son cœur se serra.

— Je dois faire quelque chose.

Mais quoi ?

Il ne savait pas soigner une patte.

Il ne savait pas comment un oiseau se réchauffait.

Et puis, s'il s'approchait trop brusquement, il pourrait l'effrayer encore plus.

Un léger frisson lui parcourut le dos.

L'hiver lui semblait tout à coup immense… et lui tout petit.

Chapitre 3 – Le mur de neige

Néb s'assit dans la neige, le regard fixé sur le merle.

Il se rappelait les paroles de sa mère : « Faire attention à soi, aux autres, et aux animaux qui nous entourent. »

— Je ne vais pas te laisser comme ça, souffla-t-il.

Il observa le terrain.

À côté d'un abri de sport, quelqu'un avait laissé des objets en plastique colorés, à moitié enfouis dans la neige.

Curieux, Néb s'en approcha.

C'étaient des moules à neige, en forme de briques.

Les humains s'en servaient parfois pour construire des petits murs, des forts, des châteaux.

Néb renifla l'un des moules, intrigué.

— On dirait… un outil, conclut-il.

Une idée commença à germer dans sa tête.

Le vent soufflait de plus en plus fort, venant du côté du bois.

Il voyait bien que le merle avait du mal à garder l'équilibre.

— Si je ne peux pas soigner ta patte, je peux au moins te protéger du vent, dit-il.

Il prit délicatement le moule entre ses dents et le remplit de neige, en le poussant sur le sol.

Puis il le retourna, comme il avait vu les enfants humains le faire un jour d'été avec du sable.

La neige compacte sortit en forme de brique.

Néb eut un petit frisson de fierté.

— Pas mal, pour un premier essai.

Il recommença.

Une brique, puis deux, puis trois.

Petit à petit, il se mit à construire un petit mur, en arc de cercle, entre le merle et le vent.

Il travaillait avec soin, même si ses pattes engourdies glissaient parfois.

Parfois la brique s'effondrait, et il recommençait sans râler.

Le bruit régulier de la neige tassée et le geste répétitif l'apaisaient.

Pendant qu'il construisait, il parlait tout haut, comme pour se donner du courage :

— Tu sais, moi non plus, je n'aime pas trop quand les choses changent d'un coup.

— J'aimais bien l'automne, avec les feuilles qui crissent.

— Là, tout est blanc, tout est froid… On ne sait pas ce qui va se passer.

Le merle, lui, restait immobile, mais semblait moins agité.

Il penchait parfois la tête, comme s'il écoutait ce curieux ouvrier à quatre pattes.

Au bout d'un moment, Néb recula pour admirer son travail.

Devant le merle se dressait un petit mur de neige, assez haut pour couper le vent.

— Voilà, dit-il. Ce n'est pas un château, mais au moins, tu seras un peu à l'abri.

Le vent frappait le mur au lieu de gifler l'oiseau.

Derrière cette petite barrière blanche, l'air paraissait déjà un peu moins violent.

Néb sentit une chaleur douce naître dans sa poitrine.

Il avait froid aux pattes et au museau, mais son cœur, lui, était bien au chaud.

Chapitre 4 – Prendre soin sans tout comprendre

Le merle claqua du bec, comme s'il remerciait.

Il se redressa un peu, toujours sur une patte.

Néb s'approcha lentement, en laissant bien voir ses mouvements.

Il ne voulait pas l'effrayer.

— N'aie pas peur. Je ne te ferai pas de mal. Je suis juste… inquiet pour toi.

Il s'arrêta à bonne distance et s'assit dans la neige, la queue enroulée autour de ses pattes pour se réchauffer.

— Tu dois te demander ce que je fabrique avec mes briques de neige, hein ?

— Moi aussi, je me le demande un peu, ria-t-il doucement.

Une idée lui traversa l'esprit.

— Peut-être que tu as faim, aussi.

Il fouilla du regard autour de lui.

L'herbe était cachée sous la neige, les vers de terre enfouis dans la terre gelée.

Il se souvint alors d'un coin de la forêt, près d'un vieux tronc, où poussaient des baies qui restaient parfois sur les branches en hiver.

— Ne bouge pas, je reviens.

Néb partit en courant dans la forêt.

Son souffle formait de grands nuages blancs devant lui.

Le sol glissait, mais il tenait bon.

Il trouva vite le vieux tronc.

Quelques grappes de baies rouges pendaient encore, gelées mais comestibles pour les oiseaux.

Il les attrapa délicatement entre ses dents et revint en trottinant vers le terrain.

Le merle était toujours là, blotti derrière le mur.

Ses plumes étaient un peu ébouriffées, mais ses yeux brillaient.

Néb déposa les baies dans la neige, juste devant le petit abri.

— Je ne sais pas si tu peux les manger, avoua-t-il.

— Je ne sais pas non plus si ta patte va guérir vite, ou si tu préférerais un autre endroit…

— En fait, je ne sais pas grand-chose.

Il baissa un instant les oreilles, un peu gêné.

— Mais je sais que tu as besoin de calme, de nourriture, et qu'on ne laisse pas un autre vivant seul dans le vent.

Le merle s'approcha à petits bonds et picora une baie.

Puis une autre.

Il semblait reprendre un peu de forces.

Néb sentit sa gorge se serrer, mais cette fois c'était d'émotion.

— Tu vois, murmura-t-il, je ne comprends pas tout de l'hiver.

— Je ne sais pas pourquoi certains oiseaux restent au lieu de partir.

— Je ne sais pas comment les arbres tiennent debout avec tout ce poids de neige sur les branches.

Il leva les yeux vers le ciel pâle.

— Mais peut-être que je n'ai pas besoin de tout savoir pour faire quelque chose de bien.

Il resta là longtemps, sans bouger, à veiller sur le merle.

Le terrain de sport était silencieux.

Quelques flocons se remirent à tomber, tout doucement, comme si le ciel chuchotait.

Chapitre 5 – Les conseils de Maman Louve

La lumière commençait à baisser, même s'il n'était pas très tard.

En hiver, le jour s'enfuyait vite.

Néb entendit, au loin, le hurlement grave de sa mère qui l'appelait.

Il se leva à regret.

— Je dois rentrer, dit-il au merle.

— Je reviendrai demain voir comment tu vas.

Le merle le regarda, la tête légèrement inclinée, puis replia délicatement sa patte blessée sous lui.

Sur le chemin du retour, la neige crissait plus fort.

La température baissait, mais Néb avait le cœur léger.

Quand il arriva près de la tanière, sa mère l'attendait.

— Tu étais où, mon petit ? demanda-t-elle doucement, inquiète.

— Près du terrain de sport, répondit-il.

— J'ai… construit un mur de neige pour un merle blessé.

— Un mur de neige ? répéta sa mère, surprise.

— Oui, avec des moules laissés par les humains.

— Pour le protéger du vent.

— Je lui ai aussi apporté des baies.

Sa mère l'écoutait attentivement.

Ses yeux brillaient d'une lueur tendre et fière.

— Tu as pris soin de lui, dit-elle. C'est très beau, ce que tu as fait.

— Mais je ne sais même pas si ça suffira, protesta Néb.

— Je ne suis pas vétérinaire.

— Peut-être qu'il aura encore froid, ou faim…

— Peut-être que j'aurais dû…

Elle posa sa truffe contre la sienne pour le faire taire doucement.

— Néb. Personne ne sait tout.

— Même les adultes ? demanda-t-il, surpris.

— Même les adultes, répondit-elle en riant.

— On apprend tous les jours.

— L'important, ce n'est pas de tout prévoir.

— L'important, c'est de faire de son mieux avec ce qu'on a, là, tout de suite, et avec beaucoup de douceur.

Néb réfléchit un instant.

— Alors… c'est assez ?

— C'est déjà beaucoup, rectifia sa mère.

— Regarde : tu as observé, tu t'es soucié d'un autre animal, tu as agi avec prudence et gentillesse.

— C'est ça, prendre soin.

Ils s'installèrent dans la tanière, à l'abri du vent.

Les autres loups s'étaient déjà enroulés, formant un grand tas de pelages chauds.

La chaleur des corps, le souffle régulier de la meute, tout cela rassura Néb.

Il repensa au merle derrière son mur de neige.

Une question lui échappa :

— Maman, est-ce que l'hiver finit toujours bien ?

Elle eut un sourire triste et tendre à la fois.

— Parfois oui, parfois non, mon petit.

— Certaines choses se passent comme on l'espère, d'autres non.

— Mais l'hiver apporte aussi des moments précieux, des liens, des souvenirs.

— Et puis, tu sais, ne pas tout savoir à l'avance, ça laisse de la place aux bonnes surprises.

Néb se laissa glisser contre le flanc chaud de sa mère.

— J'aimerais bien une bonne surprise, alors, murmura-t-il en fermant les yeux.

Chapitre 6 – Le secret de l'hiver

Le lendemain, le ciel était d'un bleu très clair, presque glacé.

Le soleil, bas sur l'horizon, faisait scintiller la neige comme des milliers de petits diamants.

Néb se réveilla de bonne heure.

Son premier réflexe fut de penser au merle.

— Maman, je peux retourner au terrain de sport ?

— Vas-y, répondit-elle. Mais fais attention à la glace.

Il partit d'un pas rapide, l'excitation au ventre.

En chemin, il observa mieux les détails de l'hiver.

Les cristaux de givre qui dessinaient des dentelles sur les branches.

Les flaques transformées en miroirs lisses.

Les nuages de vapeur qui sortaient de sa bouche à chaque souffle.

Pour la première fois, il trouva ça… beau.

Un peu rude, mais beau.

Quand il arriva près du terrain de sport, son cœur battait fort.

Le mur de neige était toujours là.

Solide, même si un peu adouci par les nouveaux flocons tombés dans la nuit.

Mais du merle, aucune trace.

Néb s'approcha, inquiet.

Il renifla la neige, chercha des indices.

Il finit par trouver, juste derrière le mur, de petites empreintes dans la poudreuse, comme des mini-griffes.

Les marques allaient vers la lisière du bois, puis disparaissaient sous une branche basse.

— Tu as donc pu repartir… murmura-t-il, soulagé.

Il s'assit à côté de son mur et laissa le silence l'envelopper.

Un léger vent se leva, faisant danser quelques flocons dans l'air.

Derrière lui, les cages de foot et les gradins semblaient veiller sur la scène, immobiles.

Il repensa à la veille : sa peur de mal faire, son envie de tout comprendre, ses questions sans réponse.

Aujourd'hui, il se sentait différent.

Toujours curieux, oui.

Mais aussi plus calme.

— Je ne saurai jamais exactement ce qui s'est passé pendant la nuit, dit-il tout haut.

— Je ne sais pas si quelqu'un d'autre t'a aidé.

— Je ne sais pas si ta patte va guérir parfaitement.

Il regarda le petit mur blanc, son œuvre.

Les briques de neige s'emboîtaient bien, malgré quelques fissures.

— Ce que je sais, par contre, c'est que j'ai fait ce que je pouvais pour toi.

— Et maintenant, tu es reparti. C'est suffisant pour que je sois heureux.

Un corbeau passa au-dessus de lui en croassant.

Plus loin, un autre oiseau s'envola d'un arbre, peut-être un merle, peut-être un autre.

Néb sourit.

Il se leva, contourna le terrain de sport et se mit à courir dans la neige.

Il bondissait, laissait des traces, glissait parfois, riait tout seul.

L'air froid fouettait son visage, mais son cœur battait fort, plein de joie.

Il s'arrêta un instant pour reprendre son souffle et contempla le paysage.

Le soleil faisait étinceler le terrain blanc.

Le mur de neige se découpait comme une petite cicatrice douce dans ce paysage lisse.

— Finalement, pensa-t-il, l'hiver n'est pas seulement le froid et l'obscurité.

— C'est aussi des petits murs pour protéger les plus fragiles.

— Des moments où on se serre les uns contre les autres.

— Des surprises qu'on ne devine pas avant.

Il se rappela les paroles de sa mère : « Ne pas tout savoir à l'avance laisse de la place aux bonnes surprises. »

Il hocha la tête, comme s'il se répondait à lui-même.

— C'est vrai, souffla-t-il.

Il se remit en marche vers la tanière, le pas léger.

Il avait encore des tonnes de questions sur l'hiver, sur les oiseaux, sur la neige, sur le monde.

Mais au fond, ça lui plaisait.

Parce qu'il venait de découvrir quelque chose de précieux :

On peut apprendre, aider et grandir, même sans tout comprendre.

Et ça, c'était une surprise aussi douce qu'un flocon qui fond doucement sur la truffe, juste avant de disparaître.

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Manteau
Vêtement qui couvre le corps et les bras, souvent porté pour se protéger du froid.
Cristaux
Petites formes solides et brillantes qui se forment à partir de liquides, comme la glace ou le sel.
Empreintes
Marques laissées par un pied ou une patte sur le sol, qui montrent qu'un animal ou une personne est passé par là.
Inquiétude
Sentiment d'angoisse ou de peur, souvent quand on s'inquiète pour quelque chose.
S'ébouriffer
Se dit des plumes ou des cheveux qui se mettent en désordre, souvent à cause du vent.
Moules à neige
Outils utilisés pour façonner la neige en formes, comme des briques ou des châteaux.

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