Ce matin, Léa range ses jouets. Elle met les cubes dans la boîte. Elle aligne les voitures. Elle caresse les peluches. Tout brille. Tout chante presque.
Soudain, elle voit la montagne. Une montagne de câlins. Les peluches tombent du lit. Elles roulent. Elles font des tas. La boîte est petite. La pile est grande. "C'est impossible !" dit la boîte quand Léa lui parle. La boîte ne parle pas, bien sûr. Léa rit. Elle se moque d'elle-même. "Moi aussi, je dis des choses bizarres," dit-elle. Elle rit encore.
Le défi commence. Il paraît impossible. Ranger toutes les peluches dans la petite boîte. Les grandes aussi. Les longues aussi. Même le gros lapin qui tient debout tout droit. Léa prend une grande inspiration. Elle souffle comme un petit dragon. Elle plie les genoux. Elle a une idée toute petite.
D'abord, elle invente la roulotte. Elle met un châle sur ses épaules. Elle fait un nœud. Elle dit : "En route, roulotte magique !" Elle met une peluche par terre. Elle pousse la roulotte. La peluche glisse. Hop ! Une peluche dans la boîte. "Un, un, un," compte Léa. Elle chante. Les peluches chantent aussi. Ou presque.
Puis, elle construit un pont. Elle empile des coussins. Un coussin, deux coussins, trois coussins. Les coussins deviennent une montagne douce. Léa saute dessus. "Saute, coussin, saute !" dit-elle. Les peluches descendent en toboggan. Elles rient. Elles glissent jusqu'à la boîte. "Deux, deux, deux," compte Léa.
Le grand lapin refuse. Il est très sérieux. "Je ne tiens pas dans une boîte," grogne-t-il. Léa fait une grimace. Elle se trouve très drôle. "Moi non plus, je ne tiens pas dans ma robe," dit-elle. Elle éclate de rire. Elle rit tellement qu'elle a le hoquet. Le hoquet se transforme en astuce.
Léa prend un foulard. Elle fait un hamac. Elle met le lapin dedans. Elle balance. Le lapin se balance comme dans un bateau. Il chante faux. "Hou hou," dit le lapin. La boite applaudit. Puis la corde devient une balançoire. Le lapin glisse. Il tombe pile dans la boîte. "Youpi !" crie Léa.
Ensuite, le petit éléphant est coincé sous le coussin. Léa met un trombone géant. Non, elle n'a pas de trombone géant. Elle a une cuillère. Elle fait une pelle avec une boîte. Elle fait un pont avec une règle. Elle rit encore. Elle dit : "C'est de la magie du bordel rangé !" Et tout redevient jeu.
Vient le moment de la chanson. Léa invente une chanson de rangement. "Range, range, prends ton courage. Hop hop hop dans la boîte ! " Les peluches dansent. Les voitures applaudissent. Les cubes font la file. Même la chaussette solitaire s'engouffre en sautillant. Tout devient drôle.
Le dernier défi est une chaussette timide. Elle se cache sous l'oreiller. Léa parle doucement. "Viens, chaussette. On va faire la course." Elle murmure. Elle souffle. Elle fait un bisou. La chaussette sort. Elle bondit. Elle passe par la fenêtre ouverte — non, pas dehors — elle passe par le couloir imaginaire. Elle atterrit dans la boîte. Tout est dans la boîte.
Léa s'assoit. Elle regarde. La boîte est pleine. Elle sourit. Elle se met à rire de sa voix douce. Elle dit : "J'ai fait l'impossible. Mais c'était drôle." Puis elle range son châle. Elle range ses coussins. Elle embrasse son lapin.
Maman entre. Elle sourit. "Bravo, ma petite ingénieuse," dit-elle. Elle aide juste un peu. Pas longtemps. Elle remet un couvercle sur la boîte. La maison sent le biscuit. Léa boit un peu de lait. Elle ferme les yeux un instant. Elle se sent grande. Elle se sent petite. Et surtout, elle se sent contente d'avoir ri. La journée finit en chanson. Tout est rangé. Tout est doux. Tout est calme.