Chapitre 1 : Une cabane pour deux !
Ce matin-là , dans la cour de l'immeuble, Anna et son frÚre jumeau Léo avaient une idée incroyable. Ils avaient décidé de construire la meilleure cabane du monde entier, juste sous le grand marronnier. Anna avait attrapé une vieille couverture, Léo avait déniché des cartons et, hop, ils s'étaient mis au travail comme des castors.
Anna posa la couverture sur deux chaises. âVoilĂ le toitâŻ!â, dit-elle fiĂšrement.
LĂ©o traĂźnait derriĂšre lui un carton trop gros. Il faisait «âŻGrrr⊠ploufâŻ!âŻÂ» en butant sur les cailloux.
âAttention, chef LĂ©o arriveâŻ!â, cria-t-il.
Anna Ă©clata de rire. âAlors, chef LĂ©o, on met ce carton oĂčâŻ? Ici, pour faire le mur de la cabaneâŻ?â
LĂ©o roula le carton et le plaça Ă cĂŽtĂ© de la couverture. âC'est notre porte secrĂšte. On pourra faire âbouhâŻ!' aux adultes si jamais ils passent.â
âOui, et on dira que seuls les enfants courageux peuvent entrerâŻ!â rĂ©pondit Anna.
Ils travaillaient avec sérieux, s'aplatissant dans l'herbe, se relevant, se chamaillant un peu parce que la couverture glissait tout le temps de la chaise. Anna tirait d'un cÎté. Léo tirait de l'autre.
âTu tires trop fort, regarde, tout va tomberâŻ!â rĂąla Anna.
âC'est toi qui tires trop fortâŻ!â, grogna LĂ©o.
Soudain, la couverture tomba, et les deux se retrouvĂšrent avec la tĂȘte sous le tissu, tout emmĂȘlĂ©s.
âJe vois plus rienâŻ!â, rigola Anna.
âMoi non plusâŻ! On est dans un tunnel secret maintenantâŻ!â, rĂ©pondit LĂ©o la tĂȘte en bas.
Ils se mirent Ă rire si fort que le vieux chat Moustache, qui dormait toujours sur le muret, ouvrit un Ćil et fit âMiaouâŠâ, pas content d'ĂȘtre rĂ©veillĂ©.
Chapitre 2 : Les rÎles super-spéciaux
Quand enfin la cabane tint debout (Ă peu prĂšsâŠ), Anna et LĂ©o dĂ©cidĂšrent de rĂ©partir les rĂŽles, comme dans la vraie vie des grands aventuriers.
âMoi, je veux ĂȘtre la reine de la cabaneâŻ!â, s'exclama Anna, en posant une serviette sur sa tĂȘte pour faire une couronne.
âMoi, alors je serai le chef des explorateursâŻ! Celui qui a la carte du trĂ©sorâŻ!â, rĂ©pondit LĂ©o en dessinant une carte sur un vieux bout de papier.
âMonsieur le chef, la reine aimerait une limonade magique, s'il vous plaĂźtâŻ!â, dit Anna, en prenant une voix grave.
LĂ©o fit des grimaces et imita un chameau. âVoilĂ la limonade⊠bloup, bloup, bloup⊠attention, elle est trĂšs pĂ©tillanteâŻ!â
Anna fit semblant de boire puis recracha en faisant âPouahâŻ! Elle chatouille la langueâŻ!â
Ils rirent tellement qu'ils eurent le hoquet tous les deux : âHic⊠hicâŠâ puis, couac, Anna se mit Ă glousser comme une poule.
âArrĂȘte, j'ai le hoquet, ça fait des bulles dans mon ventreâŻ!â s'esclaffa-t-elle.
Mais tout Ă coup, LĂ©o dĂ©claraâŻ: âLa reine ne doit pas quitter la cabane, mĂȘme pas pour aller chercher ses chaussettesâŻ! C'est une rĂšgle.â
âMais⊠alors mes pieds vont geler, chef des explorateursâŻ! On va devoir inventer des chaussons magiquesâŻ!â
Ils dĂ©coupĂšrent deux morceaux de carton pour mettre aux pieds d'Anna. âVoilĂ , voici les supers chaussons anti-glaceâŻ!â, annonça LĂ©o.
Anna avança en traĂźnant des pieds : «âŻFlap-flap-flip-flop⊠On dirait des palmes de canardâŻ!âŻÂ»
Ils se lancĂšrent un dĂ©fi pour marcher le plus lentement possible, comme des escargots. Celui qui arrivait Ă la cabane le dernier devait faire la danse rigolote de la limonade. Anna perdit exprĂšs, juste pour sauter partout en gigotant et chanter : âLimonade, citronnade, la cabane est rigoladeâŻ!â
Chapitre 3 : Chamailleries et tempĂȘte de vent
Quand le soleil se mit à jouer à cache-cache derriÚre les nuages, Anna trouva que la cabane était TROP petite.
âLĂ©o, pousse-toi, j'ai plus de place pour mes jambesâŻ!â
Coup d'Ćil furibond de LĂ©oâŻ: âC'est toi qui prends toute la place, regarde, t'as mis des cailloux partoutâŻ!â
Anna se pencha vers LĂ©o et chuchota : âChut, la reine a besoin d'un coussin royal.â
âC'est pas possible, la cabane va s'effondrer si tu mets un coussinâ, rĂ©pondit LĂ©o.
Anna jeta un Ćil Ă la fenĂȘtre : âOh, regarde, le vent arriveâŻ! On va s'envoler avec la cabane, comme des oiseauxâŻ!â
Tout Ă coup, âFffuuuuit⊠BrrrouuuâŠâ, le vent fit siffler la fenĂȘtre de l'immeuble, puis souffla fort, trĂšs fort. La couverture remua, les cartons claquĂšrent. Moustache bondit du muret, effrayĂ©.
âOh, non, la tempĂȘteâŻ!â s'Ă©cria LĂ©o.
Anna hurla : âMaintenons le toit, capitaineâŻ!â
Ils se jetĂšrent tous les deux sur la couverture, la tenant comme des pirates accrochĂ©s Ă un bateau en pleine mer. Le vent faisait âWhooouuu⊠fffuuuuitâŠâ et la cabane tremblait.
Anna riait, ses cheveux volaient dans tous les sens. âAttention, on va dĂ©collerâŻ!â
âCapitaine LĂ©o, protĂšge la carte du trĂ©sorâŻ!â, cria-t-elle en rigolant.
LĂ©o attrapa la carte et la glissa sous la boĂźte Ă chaussures. âSauvetage rĂ©ussi, chefâŻ!â
Mais, SPLAF, la couverture tomba sur eux, et la cabane s'écroula. Anna et Léo se retrouvÚrent sous la couverture, encore une fois, tout serrés ensemble.
âOn dirait une grotte secrĂšte maintenantâŻ!â, murmura Anna.
âOui, et Moustache, c'est le dragon qui garde le trĂ©sorâŻ!â
Ils se mirent Ă chuchoter pour que âle dragonâ ne les trouve pas. Le vent continuait de siffler, mais sous la couverture, c'Ă©tait tout doux. On n'entendait que des petits âhic-hicâ de rires Ă©touffĂ©s.
Chapitre 4 : CĂąlins, blagues et clin d'Ćil aux grands
Quand le vent se calma enfin, Anna souleva doucement la couverture.
âLĂ©o, tu crois que le vent voulait jouer avec nousâŻ?â
âOui, ou peut-ĂȘtre qu'il voulait entrer dans la cabane, lui aussiâŻ!â
Ils s'étirÚrent, s'assirent en tailleur, puis regardÚrent le ciel à travers les branches du marronnier.
Anna prit la main de LĂ©o. âOn est les meilleurs constructeurs de cabane de toute la cour, tu croisâŻ?â
LĂ©o fit un clin d'Ćil. âOuiâŻ! MĂȘme si notre cabane est tombĂ©e, on a beaucoup rigolĂ©. T'es la meilleure sĆur du monde.â
Anna rit et fit semblant de rougir. âT'es le meilleur frĂšre du monde.â
Ils s'allongĂšrent dans l'herbe, sur la couverture, en regardant les nuages passer. âRegarde, celui-lĂ ressemble Ă un Ă©lĂ©phant avec un chapeauâ, dit Anna.
LĂ©o leva les bras : âEt lĂ -bas, c'est un dragon qui fait une grimaceâŻ!â
Ils inventĂšrent des histoires de nuages jusqu'Ă ce qu'ils entendent la voix de Papa Ă la fenĂȘtreâŻ: âAnna, LĂ©o, le goĂ»ter est prĂȘtâŻ!â
Anna rĂ©pondit en chuchotant : âChut, c'est le roi du royaume, il croit qu'on n'a rien entenduâŻ!â
LĂ©o gloussa : âAllons vite sauver les biscuits avant le retour du ventâŻ!â
Ils coururent dans l'escalier, main dans la main. Dans la cuisine, Maman leur demanda, les yeux rigolards : âAlors, les champions des cabanes, vous n'avez pas trop dĂ©rangĂ© le quartier avec tout ce ventâŻ?â
Anna rĂ©pondit fiĂšrement : âC'Ă©tait une mission super importante, le vent voulait aussi venir goĂ»terâŻ!â
Papa fit semblant d'avoir peur : âOh lĂ lĂ , la prochaine fois, il faudra construire une cabane anti-ventâŻ!â
Anna et LĂ©o se regardĂšrent, un sourire complice. Leur cabane n'Ă©tait peut-ĂȘtre pas la plus solide, mais chacun avait eu son idĂ©e, son rĂŽle de chef ou de reine, et c'Ă©tait ça, la vraie aventure. Et ce soir-lĂ , avant de dormir, Anna souffla tout bas Ă LĂ©oâŻ: âOn remet ça demainâŻ?â
LĂ©o rĂ©pondit, les yeux pĂ©tillants : âBien sĂ»r, chef. Mais cette fois, on fait un plan anti-couverture qui tombeâŻ!â
Et c'est ainsi que les petites chamailleries se transformĂšrent en Ă©clats de rire, sous l'Ćil amusĂ© des adultes et du vieux chat Moustache⊠qui ronronna bien fort, heureux d'avoir retrouvĂ© le calme.