Chapitre 1 : Une idée à carapace
Tartine, la tortue, n'était pas une tortue ordinaire. Sa carapace était décorée de petits autocollants fluo, et elle portait toujours une casquette à l'envers, même quand il pleuvait. Sa spécialité, c'était d'avoir des idées complètement farfelues, du genre qui fait rouler les yeux des poules et soupirer les chèvres.
Ce matin-là, Tartine s'était réveillée avec une idée géniale : organiser la première grande course de brouettes de la ferme des Mille Plumes ! Elle s'imaginait déjà fonçant à toute allure, carapace au vent, dépassant les canards et les cochons, et franchissant la ligne d'arrivée sous une pluie de confettis (en feuilles de salade, bien sûr).
Tartine traîna sa carapace jusqu'à la grande cour, où les animaux commençaient à s'agiter. Les poussins faisaient la course sur le dos des moutons, les cochons se roulaient dans la boue et les chèvres tentaient de grimper sur tout ce qui dépassait de trois centimètres.
— Les amis ! s'écria Tartine en tapant du pied (ce qui fit à peine un petit « toc » sur la terre battue), j'ai une idée éclatante pour aujourd'hui !
La poule Paulette, qui picorait des miettes, leva la tête, un brin méfiante. — Encore une de tes idées, Tartine ? La dernière fois, tu as transformé la mare en piscine à bulles… et on a tous eu les plumes frisées pendant une semaine !
Mais Tartine, imperturbable, déploya un petit papier froissé.
— J'organise une course de brouettes ! On forme des équipes, on décore nos bolides, et le premier arrivé gagne une montagne de trèfles frais !
Un silence. Puis soudain, un cri enthousiaste de Gaston le cochon qui s'était coincé la queue dans une brouette : — Moi, je veux ! Je veux ! Je veux ! Je veux être pilote !
Les autres animaux se mirent à discuter, à rire, à imaginer déjà leurs équipages. Une course de brouettes, ça promettait des cascades et des fous rires !
Chapitre 2 : La préparation du grand prix
Très vite, la ferme se transforma en atelier de bricolage géant. Les chèvres cherchaient des roues dans la grange, les canards se disputaient des bouts de ficelle, et les poules, armées de pinceaux, peignaient des flammes sur les côtés des brouettes.
Tartine, elle, réfléchissait à son bolide. Sa carapace était déjà assez lourde, alors elle choisit la plus légère des brouettes, une vieille rouillée mais solide. Avec l'aide de Réglisse la chèvre, elle installa un coussin moelleux pour ne pas s'abîmer la carapace, et ajouta un drapeau : une feuille de salade accrochée à un bâton.
— Tu crois que ça me portera chance ? demanda Tartine en fixant la feuille.
— Tout dépend si tu comptes manger ton porte-bonheur avant la fin de la course, ricana Réglisse.
De l'autre côté de la cour, Gaston le cochon s'entraînait déjà à prendre les virages. Il fit une embardée spectaculaire, termina le museau dans un tas de foin, et se releva en riant, couvert de brins d'herbe.
— Je sens que je vais gagner, moi ! cria-t-il à qui voulait l'entendre.
Les équipes se formèrent. Paulette la poule fit équipe avec Gédéon le canard, car il jurait qu'il était le meilleur copilote du coin (il avait lu le plan de la mare au moins dix fois). Les moutons décidèrent de rouler tous ensemble dans une énorme brouette renforcée, ce qui donna lieu à quelques disputes sur qui devait pousser.
Le soir venu, tout le monde était épuisé, mais excité. Tartine fit le tour de la cour, saluant chaque équipe, et donna rendez-vous le lendemain matin pour le grand départ.
Chapitre 3 : Le départ rocambolesque
Le soleil brillait fort. Les brouettes, toutes décorées, étaient alignées sur la ligne de départ tracée à la craie (enfin, avec un bâton de carotte mâchouillé par les lapins). Les animaux portaient des casques faits de demi-coquilles de noix, des lunettes de natation ou des écharpes colorées.
Tartine monta dans sa brouette, Réglisse la chèvre prête à pousser. Paulette, casquée d'un bol en plastique, lançait des regards de défi à tout le monde.
— Prêts ? cria Gédéon, qui tenait un vieux klaxon de vélo entre les pattes.
— Prêts !
Gédéon appuya sur le klaxon, qui fit « coin-coin » au lieu de « pouet-pouet », et la course démarra dans un nuage de poussière, de plumes et de cris.
Les moutons prirent un départ canon, mais leur brouette était si lourde qu'elle avança droit dans le tas de pommes de terre. Les cochons, eux, foncèrent tout droit… dans la mare. On n'avait jamais vu une brouette flotter aussi mal.
Tartine et Réglisse, elles, avançaient tranquillement, profitant de la vue. Mais à mi-parcours, Tartine aperçut que son drapeau-feuille de salade se faisait grignoter par une chenille opportuniste.
— Eh oh ! C'est mon drapeau, pas ton buffet ! s'écria Tartine.
La chenille, la bouche pleine, fit mine de ne pas entendre. Réglisse éclata de rire et faillit lâcher la brouette.
Paulette et Gédéon, eux, étaient en pleine discussion.
— À droite ! cria Paulette.
— Non, à gauche ! répondit Gédéon.
Résultat : ils foncèrent dans une botte de paille et restèrent coincés, les plumes en bataille.
Chapitre 4 : Des virages et des fous rires
La course devint vite un vrai cirque. Les moutons, coincés dans les pommes de terre, tentèrent de s'en sortir en bêlant si fort que les lapins accoururent pour les aider. Les cochons, tout mouillés, décidèrent de transformer la mare en piste de glisse, et firent des pirouettes dignes d'un spectacle aquatique.
Tartine, elle, prenait son temps, saluant les spectateurs (un groupe de corbeaux perchés sur la barrière), tout en essayant de garder sa feuille-drapeau intacte.
— Regarde, on est presque arrivées ! annonça Réglisse, essoufflée.
Mais soudain, un cri retentit : Paulette et Gédéon étaient toujours coincés dans la paille. Tartine s'arrêta, descendit de sa brouette et alla les aider.
— On ne laisse personne derrière ! déclara-t-elle, solennelle.
À trois, ils poussèrent, tirèrent, et Paulette surgit de la botte de paille, décoiffée mais hilare.
— Merci, Tartine ! Tu es la tortue la plus rapide... pour démêler les embrouilles ! gloussa-t-elle.
Les équipes repartirent, les rires couvrant le bruit des roues grinçantes. La ligne d'arrivée approchait. Les moutons, tirés par les lapins, fonçaient à toute allure, mais perdirent un passager en route.
Les cochons, eux, avaient décidé de finir la course en roulant dans la boue, hors piste, heureux comme tout.
Chapitre 5 : La victoire du rire
La ligne d'arrivée se profilait, décorée de rubans et de fanions en feuilles de chou. Tartine, Réglisse, Paulette et Gédéon franchirent la ligne ensemble, poussant la brouette à quatre pattes.
Les spectateurs, corbeaux et hérissons, applaudirent à tout rompre. Les moutons arrivèrent en roulant, les oreilles au vent, suivis des cochons, couverts de boue mais fiers comme des paons.
Gaston le cochon, tout essoufflé, s'exclama :
— J'ai jamais autant rigolé ! On recommence demain ?
Tartine, la carapace couverte de confettis (et de restes de feuilles), sourit.
— Ce qui compte, ce n'est pas qui gagne, c'est qu'on ait partagé une sacrée aventure !
Tous les animaux se mirent à rire, à se taquiner, à raconter les moments les plus drôles de la course. Paulette montra sa plume décoiffée, Gédéon imita le bruit du klaxon, et les moutons entonnèrent une chanson qui parlait de pommes de terre volantes.
La nuit tomba sur la ferme, et chacun rentra chez lui, le cœur léger, en rêvant déjà à la prochaine idée farfelue de Tartine.
Dans la grange, la tortue s'endormit, un sourire aux lèvres, sa casquette posée sur le nez. Elle était fière d'avoir lancé la plus grande course de brouettes jamais vue… et d'avoir prouvé qu'avec un peu d'imagination (et beaucoup de bêtises), la vie était bien plus drôle en équipe.