Chapitre 1 – Une carapace pleine de prudence
Au bord de l'étang, sous un soleil rieur, vivait une tortue nommée Olive. Olive n'était pas la tortue la plus rapide, ni la plus téméraire, mais elle était sans doute la plus futée. Plutôt méfiante, elle avait inventé tout un tas de plans pour éviter les ennuis. Par exemple, si elle devait aller chercher des mûres de l'autre côté du chemin, elle préparait un plan A (la traversée discrète) et surtout un plan B (la fuite dans un terrier de blaireau bien placé).
Ce matin-là, Olive avait entendu parler d'une course de feuilles flottantes sur la rivière. Tous les animaux du coin en riaient déjà, car il paraissait qu'il suffisait d'un coup de vent pour renverser tous les concurrents ! Olive, curieuse, voulait voir de ses propres yeux ce spectacle. Mais, méfiante, elle traça sur le sol une carte d'urgence : “Si la course dégénère, je file par la butte aux orties. Si une grenouille saute dans mon cou, je fais la tortue de bronze.” Satisfaite de ses plans, Olive se mit en route, sa carapace brillant comme une plaque d'émeraude.
Le chemin serpentait entre des joncs bavards et des libellules acrobates. À chaque bruit suspect — “Plic !” d'une goutte ou “Frr !” d'un lézard — Olive rentrait la tête puis, deux secondes plus tard, la ressortait pour vérifier qu'elle n'avait pas rêvé. “On n'est jamais trop prudent”, marmonnait-elle, traînant derrière elle une feuille servant de cape de camouflage.
Chapitre 2 – Le timide au rire surprise
Tandis qu'Olive approchait de la rivière, un étrange bruit l'arrêta net. “Grrriiich… Ploup !” Intriguée, elle avança prudemment et tomba nez à nez (ou plutôt museau à bec) avec un canard à plumes bouclées qui tentait de se cacher derrière un nénuphar. Sauf que, chaque fois qu'il voulait avancer, il glissait sur la boue et poussait un petit cri suivi d'un éclat de rire incontrôlable.
Olive, étonnée, ne savait pas si elle devait rire ou se méfier. Mais le canard, embarrassé, rougit jusque sous les plumes. “Excuse-moi, je… glisse tout le temps et, quand je glisse, je rigole. Et plus je rigole, plus je glisse…” Il se remit à rire, hoquetant comme une marmite qui déborde. Olive ne put s'empêcher de glousser, elle aussi.
“Je m'appelle Gustave. Je suis venu voir la course… mais j'aimerais rester discret.” Olive le détailla : duveteux, timide, mais son rire était contagieux. “Moi, c'est Olive. Je suis venue regarder… au cas où il se passerait quelque chose de louche. Tu as un plan pour ne pas te faire remarquer ?” proposa-t-elle, l'œil pétillant.
Gustave secoua la tête. “À part me cacher dans la boue… mais ça ne marche pas, je glisse toujours !” Olive réfléchit, déjà prête à dresser un plan B : “Reste près de moi. Ma carapace te protègera, et j'ai des astuces pour passer inaperçu, même quand on glisse.”
Chapitre 3 – Les feuilles folles
Les deux compères se postèrent en retrait, à l'ombre d'un grand saule. Le départ de la course fut donné par une cigale perchée sur une branche : “À vos feuilles… partez !” Les concurrents s'élancèrent, vifs comme des anguilles. Une grenouille bondit sur sa feuille, un hérisson s'accrocha tant bien que mal à la sienne, tandis qu'un escargot s'enroula dans un coin, laissant de la bave derrière lui comme une traînée d'argent.
Le spectacle, déjà cocasse, devint franchement hilarant quand un coup de vent souleva les feuilles et les fit tournoyer comme des crêpes trop fines. La grenouille, prise dans la bourrasque, atterrit dans le nénuphar de Gustave qui gloussa si fort que la feuille d'Olive trembla. “Je n'avais pas prévu ça dans mon plan B !” s'exclama la tortue, les yeux ronds. Mais au lieu de paniquer, elle observa, curieuse, comment chaque animal improvisait.
Un mulot, emporté par sa feuille, fit des pirouettes magnifiques… jusqu'à se retrouver coincé dans une touffe d'herbe. L'escargot, imperturbable, poursuivit sa lente progression, malgré le vent qui le poussait doucement vers la berge. Olive adorait ça : les imprévus, c'était la vie, finalement ! À côté d'elle, Gustave riait si fort qu'il en pleurait, ce qui attira l'attention des autres animaux.
Chapitre 4 – Le plan B… ou pas
Tout à coup, alors que le vent redoublait, une rafale plus forte poussa la feuille d'Olive dans l'eau, l'entraînant doucement sur la rivière. Surpris, la tortue sentit sa carapace frémir : “J'avais prévu de rester au sec…” marmonna-t-elle. Mais Gustave, voyant son amie partir à la dérive, plongea aussitôt, battant des ailes pour la rejoindre.
“On improvise le plan B-B !” lança-t-il, tout en rigolant. Olive, d'abord inquiète, se rappela que parfois, il fallait un brin de courage pour sortir de sa coquille. Elle redressa la feuille, se mit à pagayer avec ses pattes, et Gustave, toujours hilare, la poussa du bout du bec vers la rive.
Ensemble, ils zigzaguèrent entre les branches et les nénuphars, manquant de peu de se cogner à un brochet qui, surpris, les salua d'un clin d'œil. “Jamais je n'aurais cru participer à la course !” s'exclama Olive, la carapace éclaboussée d'eau fraîche. Gustave, secouant ses plumes, hoquetait de rire : “Au moins, tu n'es pas sortie du plan… tu es sortie de la carapace !”
Chapitre 5 – Éclats de bonheur sur la berge
Enfin revenus sur la terre ferme, Olive et Gustave se laissèrent tomber dans l'herbe, haletants mais heureux. Les autres animaux vinrent les féliciter, croyant qu'ils avaient gagné la course la plus loufoque de la saison. “Vous étiez les plus drôles !” croassa la grenouille en riant. “Et les plus courageux !” ajouta le mulot, admiratif.
Olive sourit, la carapace luisante, plus fière que jamais. Elle se rendit compte que, même en ayant mille plans, il y a des moments où il faut juste oser se lancer, quitte à finir trempé mais heureux. Gustave, toujours aussi timide, mais rayonnant, se pencha vers elle : “Tu crois qu'on refera équipe la prochaine fois ?”
“Bien sûr”, répondit Olive, les yeux pétillants. “Mais il faudra un plan C… au cas où tu glisses encore !” Tous éclatèrent de rire, et même la rivière, en passant près d'eux, semblait clapoter de bonheur.
Ainsi, sur la berge, entre deux éclats de rire et un ou deux plans de secours griffonnés dans la boue, Olive s'aperçut que le bonheur, parfois, c'est juste de se laisser surprendre.