Léo a trois ans. Il a des boucles brunes et de grands yeux curieux. Aujourd'hui, il joue dans le salon, près de la table. Sur la table, il y a une boîte en carton, des rouleaux de papier, et des gommettes brillantes.
« Je fabrique une machine ! » dit Léo, très fier.
Papa est là, tout près, avec un sourire doux. « Une machine pour quoi, mon petit inventeur ? »
Léo colle une gommette ronde, comme un bouton. « Pour voyager dans le temps. Pour voir avant et après. »
Papa hoche la tête. « D'accord. Une règle importante : on regarde, on respecte, et on ne casse rien. »
« Oui, je respecte, » répond Léo. Il aime ce mot. Il le dit lentement : « res-pecte. »
Léo met un coussin dans la boîte. C'est son siège. Il dessine une horloge au feutre : une grande aiguille, une petite aiguille. Puis il fixe une cuillère en bois comme levier.
« Prêt ! » annonce-t-il.
Papa pose une petite lampe de poche sur le côté. « Voici le soleil de ta machine. »
Léo s'assoit. Il prend une grande respiration. « Machine du temps, s'il te plaît… en avant ! »
Il baisse le levier. Papa appuie sur la lampe. La lumière danse sur les murs. Léo ferme les yeux. Dans sa tête, ça fait « bzzzz… » comme une abeille gentille.
Quand Léo rouvre les yeux, tout est pareil… et pas pareil. Le salon semble plus clair. Les couleurs sont un peu neuves, comme un dessin tout frais. Sur la table, il y a un petit pot de peinture ouvert.
Et là, sur le tapis, il y a… Léo.
Un autre Léo, plus petit encore, avec un bavoir. Il tient un pinceau et fait un gros rond bleu sur une feuille.
Léo chuchote : « Oh ! C'est moi… d'avant. »
Papa est toujours à côté de lui. Il parle tout bas. « On regarde, on respecte. Pas de contact. »
Léo met ses mains derrière son dos. Il observe. Le petit Léo d'avant rigole : « Bleu ! Bleu ! »
Léo sourit. Il voit un pot de peinture près du bord de la table. Le pot tremble un peu. Il a envie de le pousser loin, pour aider.
Léo regarde Papa. Papa dit doucement : « Si tu changes trop, tu peux faire un petit bazar. Les règles du temps aiment le calme. »
Alors Léo ne touche pas. Il se contente de dire tout bas : « Fais attention, petit moi. »
Comme si le temps l'entendait, le petit Léo d'avant pose le pinceau et recule. Le pot ne tombe pas. Ouf.
Léo rit en silence. « Les mots doux, ça aide, » murmure-t-il.
Il tire le levier. « Machine du temps… encore ! »
Bzzzz… abeille gentille.
Cette fois, quand il ouvre les yeux, le salon a changé. Il y a des plantes plus grandes. Une horloge sur le mur fait tic-tac. Et surtout, il y a un calendrier avec un grand chiffre : demain.
Sur la table, Léo voit… un gâteau. Un petit gâteau avec trois bougies. Trois bougies bien droites.
« C'est mon anniversaire ? » demande Léo, tout étonné.
Papa sourit. « Demain, oui. Mais chut. On ne va pas tout dévoiler. »
Léo se penche, sans toucher. Le gâteau sent la vanille. Sur le dessus, il y a écrit avec du chocolat : LÉO.
« C'est joli, » dit Léo. « Je vais dire merci. »
À côté du gâteau, il y a un paquet cadeau. Léo aperçoit une étiquette : “Pour Léo. À ouvrir doucement.” Il rigole. « Dou-ce-ment. Comme moi quand je range mes cubes. »
Puis Léo remarque quelque chose de rigolo : sur la table, il y a sa machine du temps… mais en version mieux faite. La boîte est recouverte de papier argenté. Il y a un vrai bouton rouge.
« C'est la mienne ? » chuchote Léo.
Papa répond : « Peut-être. Tu vois ? Quand on respecte et qu'on apprend, on grandit. Les idées aussi grandissent. »
Léo se sent chaud dans le ventre, comme une petite lampe. Il veut toucher le bouton rouge, mais il se rappelle la règle.
Alors il lève les mains en l'air et dit : « Je respecte ! Je regarde seulement ! »
Le temps semble content. Rien ne bouge bizarrement. Tout reste tranquille.
Léo tire le levier une dernière fois. « Machine du temps… retour au présent ! »
Bzzzz… et puis silence.
Le salon redevient comme avant. La table est là, la boîte en carton aussi, les gommettes aussi. Papa est toujours près de lui. La lampe de poche est éteinte.
Léo descend de sa machine. Il a les joues roses. « Papa, j'ai vu moi d'avant. Et j'ai vu demain. »
Papa s'accroupit et ouvre les bras. Léo vient dans ses bras, tout de suite, sans peur.
« Qu'as-tu appris ? » demande Papa.
Léo réfléchit, puis dit : « Si je respecte, le temps est gentil. Et si je ne touche pas tout, c'est mieux. »
Papa embrasse son front. « C'est une très belle leçon. Et ta machine ? »
Léo regarde sa boîte. Il colle une dernière gommette, bien au milieu. « Elle marche avec des règles. Et avec des mots doux. »
Il rit. « Et avec une abeille gentille dans la tête. »
Papa rit aussi. « Alors, inventeur, on range un peu ? »
« Oui, » dit Léo. Il met les rouleaux dans un panier. Il ferme les feutres. Il pose la boîte contre le mur, comme si elle dormait.
Avant d'aller goûter, Léo chuchote à sa machine : « À bientôt. Mais pas trop vite. Le présent, c'est bien aussi. »
Et dans le présent, tout est calme, lumineux, et plein de petites découvertes.