Chapitre 1 : La porte étrange sous la glycine
Louise était une petite fille de six ans, curieuse et rêveuse, qui aimait explorer le jardin derrière la maison. Ce matin-là, le soleil jouait à cache-cache avec les nuages. Louise sautillait dans l'herbe mouillée, sa peluche Lapinou serrée dans ses bras. Elle aimait écouter les oiseaux et regarder les fourmis. Mais aujourd'hui, quelque chose attira son attention près de la vieille glycine.
Sous les branches tordues et les grappes violettes, elle remarqua une petite porte ronde, cachée derrière les feuilles. Elle n'avait jamais vu cette porte avant. Elle s'accroupit, toucha le bois, puis le heurta doucement. La porte s'ouvrit dans un grincement léger.
Louise hésita. Elle regarda autour d'elle. Le jardin était calme. Elle sentit son cœur battre plus vite, mais aussi une drôle d'envie d'aventure.
— Viens, Lapinou, chuchota-t-elle. On va voir ce qu'il y a derrière !
Elle passa la porte, Lapinou dans une main, l'autre main posée sur le sol pour se soutenir. Soudain, un souffle doux, comme une brise de printemps, la traversa. Elle cligna des yeux.
Quand elle les rouvrit, tout avait changé.
Chapitre 2 : Le jardin d'autrefois
Louise se leva doucement. Elle n'était plus dans son jardin. Devant elle s'étendait un jardin immense, plein de fleurs géantes et de papillons colorés. Les arbres avaient des formes bizarres, comme dans les livres d'histoires anciennes. Des enfants en tuniques blanches jouaient à la marelle sur des dalles en pierre.
Louise sentit un peu de peur, mais aussi beaucoup de curiosité. Elle avança, Lapinou serré contre elle.
Une petite fille aux cheveux noirs l'aperçut et vint vers elle.
— Bonjour, dit-elle avec un sourire. Tu es nouvelle ? Je m'appelle Cassia.
Louise sourit timidement.
— Je m'appelle Louise. Je viens… d'un autre jardin.
Cassia rit gentiment.
— Ici, c'est le jardin d'Antiqua. Viens jouer avec nous ! On fait une course de tortues.
Louise regarda autour d'elle. Des tortues énormes, lentes et rigolotes, portaient des petites coquilles brillantes. Les enfants les encourageaient.
— Tu veux essayer ? proposa Cassia.
Louise monta doucement sur une tortue, Lapinou sur ses genoux. La tortue avança lentement, mais elle sentait le vent sur ses joues et le soleil sur ses bras. Elle riait, Cassia riait, tout le monde riait.
Mais soudain, une petite tortue s'arrêta. Elle semblait triste.
— Oh non, dit Cassia, c'est Lila. Elle ne veut plus avancer.
Louise descendit de sa tortue et s'approcha de Lila. Elle lui caressa la tête.
— Tu veux jouer avec nous ? demanda-t-elle doucement.
La tortue leva la tête et la regarda. Louise pensa très fort à ce que la tortue pouvait ressentir. Peut-être était-elle fatiguée ou avait-elle peur d'être dernière.
— On va t'aider, Lila, promit Louise.
Elle appela les autres enfants.
— Si on encourage Lila tous ensemble, elle sera contente !
Les enfants se mirent à applaudir et à chanter pour la tortue. Lila avança doucement, puis de plus en plus vite. Enfin, elle arriva à la ligne d'arrivée, sous un tonnerre d'applaudissements.
Louise était fière. Elle avait aidé Lila grâce à la gentillesse de tous.
Chapitre 3 : Un drôle de sablier
Après la course, Cassia entraîna Louise vers un grand arbre où un vieux monsieur aux cheveux blancs réparait un étrange objet.
— C'est mon grand-père, expliqua Cassia. Il fabrique des sabliers magiques.
Le vieux monsieur sourit à Louise.
— Tu veux voir un sablier du temps ? demanda-t-il.
Louise acquiesça. Le sablier était grand comme une orange, rempli de sable doré. Quand il le retourna, le sable s'écoula lentement, mais… en le regardant, Louise vit défiler des images : des enfants qui plantaient des arbres, des fleurs qui poussaient, des oiseaux qui volaient.
— C'est beau ! s'exclama-t-elle.
— Ce sablier montre les bons moments passés dans le jardin, expliqua le vieil homme. Mais attention, il ne faut pas jouer avec le temps. Sinon, tout devient bizarre !
Louise hocha la tête. Mais une idée lui vint.
— Si je remonte le sablier très vite, est-ce qu'on peut tout recommencer ?
Le vieil homme sourit mystérieusement.
— Parfois, il vaut mieux profiter de l'instant présent, ma petite.
Louise réfléchit. Elle voulait rejouer avec les tortues, mais elle comprit qu'il fallait avancer dans le temps, pas le retourner.
Cassia prit la main de Louise.
— Viens, on va voir le bassin aux poissons dorés !
Les deux amies coururent jusqu'au bassin. Des poissons brillaient sous l'eau claire. Soudain, un poisson sauta hors de l'eau et retomba dans un grand plouf. Tout le monde éclata de rire. Louise se sentit heureuse, comme si elle avait toujours connu ce jardin.
Chapitre 4 : Le retour par la passerelle du temps
Le soleil commençait à descendre dans le ciel. Cassia montra à Louise une passerelle en pierre blanche, couverte de mousse douce et verte.
— C'est la passerelle du temps, expliqua Cassia. Elle relie notre jardin à d'autres époques. Mais il ne faut pas s'y promener trop longtemps, sinon on se perd.
Louise sentit un pincement au cœur. Elle avait envie de rester, mais aussi de retrouver son jardin, sa maman, et son goûter.
Cassia serra Louise dans ses bras.
— Tu reviendras ? demanda-t-elle.
— Je ne sais pas, murmura Louise. Mais je n'oublierai jamais ce jardin.
En traversant la passerelle, Louise sentit à nouveau le souffle doux du début. Elle ferma les yeux, Lapinou serré contre elle.
Quand elle les rouvrit, elle était de retour sous la glycine, dans son jardin. Tout était comme avant. Mais dans sa poche, elle trouva un petit caillou doré, comme un souvenir d'Antiqua.
Sa maman l'appela pour le goûter.
— Louise, où étais-tu passée ?
Louise sourit.
— Je jouais dans le jardin, répondit-elle.
Elle s'assit à table, Lapinou sur les genoux, le cœur plein de souvenirs.
Elle savait qu'elle avait appris quelque chose : le temps est précieux, il faut en profiter avec ceux qu'on aime. Et, parfois, l'aventure se cache juste derrière une porte, sous la glycine.
Louise pensa à Cassia, à Lila la tortue, au vieux monsieur et à tous les enfants du jardin antique. Elle se promit de toujours aider les autres, comme ils l'avaient fait ensemble.
Et, en regardant la glycine, elle se dit que, peut-être, la porte s'ouvrirait à nouveau un jour.