Il était une fois une princesse qui s'appelait Princesse Zélie. Elle vivait dans le Royaume des Paillettes-Prudentes, un pays enchanté où les grenouilles disaient « coin-coin, s'il te plaît » et où les nuages faisaient des formes de tartines.
Zélie avait un talent rare : elle restait zen. Même quand un hibou éternuait sur son chignon. Même quand une baguette magique se trompait de poche et faisait pousser des moustaches aux statues. Elle respirait doucement et disait :
— Oh… intéressant.
Ce matin-là, Zélie avait une mission très importante, très royale, très sérieuse (mais pas trop) : composer un écusson rigolo pour la Fête du Palais. Un écusson, c'est comme un dessin qui dit : « Bonjour, voici qui je suis ! »
Elle posa sur la table des rubans, des crayons, un pot de colle qui collait déjà à son propre couvercle, et une petite boîte de paillettes qui frétillait comme un bocal de poissons lumineux.
— Il me faut un symbole, murmura Zélie. Quelque chose de drôle… et prudent.
Son ami le petit dragon Pip, grand comme un coussin, entra en roulant sur sa queue.
— Un écusson avec une pizza ? proposa Pip.
— C'est drôle, dit Zélie. Mais prudent ?
Pip réfléchit si fort qu'une minuscule flamme sortit de son nez.
— Une pizza… avec un casque !
Zélie rit. Un rire doux, comme une clochette qui chatouille.
Le plan de l'écusson qui gigote
Zélie dessina un bouclier tout rond, puis une couronne de fleurs dessus, puis… une pizza avec un casque. Elle ajouta un petit panneau « Attention » à côté, parce que c'était bien de regarder où on marche, même en royaume enchanté.
Mais quand elle versa les paillettes, les paillettes décidèrent de faire les malignes. Elles sautèrent, elles dansèrent, elles s'envolèrent comme des confettis qui auraient bu du sirop de grenadine.
— Hop ! Hop ! Hop ! firent les paillettes, en collant sur le nez de Zélie.
— Atchoum… mais calmement, dit Zélie en éternuant avec élégance.
Pip tapa des mains.
— Ton écusson est déjà vivant !
— Justement, répondit Zélie. Il gigote trop. Il faut l'apprivoiser.
À ce moment, une lettre arriva par la fenêtre, portée par un pigeon facteur qui portait… des lunettes. Les lunettes étaient un peu de travers, ce qui le rendait très sérieux et très drôle.
Zélie lut :
« Aujourd'hui, le Manège Enchanté ouvre ses portes au Jardin des Contes. On y trouve la Roue des Chansons, les Chevaux de Nuage et le Carrousel des Moustaches. Venez avec prudence joyeuse ! »
— Un manège ! s'écria Pip. On y va ?
Zélie posa son crayon.
— Oui. Peut-être que la magie du manège m'aidera à trouver la bonne idée. Mais d'abord… on attache bien nos lacets.
Ils attachèrent. Ils re-attachèrent. Pip attacha même le lacet d'un caillou, par solidarité.
Le manège des surprises contrôlées
Au Jardin des Contes, les arbres chuchotaient des « Il était une fois » à chaque feuille. Un nain de jardin faisait la circulation avec un sifflet en sucre. Et le Manège Enchanté tournait lentement, en chantonnant.
Il y avait des chevaux blancs comme des meringues, des cygnes qui riaient, et un carrosse-citrouille qui clignait d'un œil.
Une fée guichetière, avec un chapeau en forme de théière, dit :
— Bienvenue ! Ici, on s'amuse, mais on se tient bien. Un tour, deux tours, pas mille tours !
Zélie monta sur un cheval de nuage. Pip s'installa dans un petit wagon en forme de chaussure de géant.
— Prêt ? demanda Zélie.
— Prêt ! répondit Pip. Je suis prudent… et un peu excité, comme un popcorn poli !
Le manège démarra : toum-toum, toum-toum. Doucement. Pas trop vite. Juste assez pour chatouiller le ventre.
Et là, mini-rebondissement : à chaque tour, quelque chose changeait. Le cheval de Zélie avait une moustache. Puis deux moustaches. Puis une moustache en spirale qui disait :
— Bonjour, je suis la moustache officielle !
Pip riait tellement qu'il en avait les larmes aux yeux.
— Regarde ! Même ta couronne a une moustache !
Zélie toucha sa tête. En effet, une petite moustache de paillettes avait poussé sur sa couronne.
— C'est drôle, dit-elle. Mais attention… je ne veux pas une moustache géante qui me cache les yeux.
Elle se concentra, très zen. Elle respira comme une mer calme. Elle dit :
— Magie, sois gentille. Fais rire, mais laisse voir.
La moustache rétrécit tout de suite, comme un chat qui se fait petit pour passer sous une chaise.
— D'accord, d'accord, répondit la moustache.
La fée guichetière applaudit.
— Voilà ! Prudence joyeuse ! On rit, et on reste maître de sa moustache !
Le badge de carton qui fait « bravo »
De retour au palais, Zélie posa son écusson sur la table. Elle avait maintenant une idée claire, simple, et rigolote : un bouclier rond, une pizza avec un casque, une petite moustache de paillettes, et un panneau « Je ris, mais je fais attention ».
— Il manque la touche finale, dit Pip.
Zélie ouvrit un tiroir et sortit… du carton. Un carton bien sage, bien solide, couleur biscuit.
— Je vais en faire un badge, expliqua-t-elle. Comme ça, tout le monde pourra le porter. Et le carton, ça ne s'envole pas comme les paillettes.
Elle découpa un cercle. Elle colla son dessin dessus. Elle ajouta une épingle au dos, et elle murmura :
— S'il te plaît, colle, ne colle pas mes doigts.
La colle obéit. Enfin… presque. Un doigt resta collé deux secondes, puis se libéra avec un petit « plop » comique.
Pip fit la révérence au badge.
— Votre Majesté, c'est le Badge de la Prudence Joyeuse !
Le soir, à la Fête du Palais, les invités arrivèrent : une marraine-fée, un chat botté très propre, un loup végétarien, et même un miroir qui disait la vérité mais en rimes.
Zélie distribua les badges de carton.
— Quand on s'amuse, dit-elle, on peut être joyeux et prudent. On attache ses lacets, on regarde devant, et on rit avec sa tête… et son cœur.
Tout le monde accrocha son badge. Le manège du Jardin des Contes vint même jusqu'à la cour du palais, mais il tourna doucement, comme une berceuse qui fait sourire.
Et Zélie, la princesse zen, regarda son écusson devenu badge et se sentit fière.
— Finalement, murmura-t-elle, la meilleure magie… c'est celle qui fait rire sans faire tomber.
Le Royaume des Paillettes-Prudentes applaudit, et même les nuages en forme de tartines firent une petite pirouette, prudemment, très prudemment.