Il était une fois un petit prince qui s'appelait Milo. Milo n'était pas grand comme un géant, ni petit comme une souris : il était juste parfait pour sa cape trop longue et ses bottes qui faisaient des clocs clocs quand il marchait. Sa chevelure bouclée ressemblait à des nuages de barbe à papa, et son sourire brillait comme un bonbon au soleil.
Le royaume qui rit
Le royaume de Turlututu était enchanté et malicieusement féerique. Les maisons avaient des toits en coquillages chantants, les fleurs s'inclinaient comme pour dire bonjour, et les arbres racontaient des blagues aux passants. Même le vent faisait des guilis dans les oreilles des habitants pour les faire rire.
Un matin, le prince Milo se réveilla en entendant un petit rire derrière sa fenêtre. Il ouvrit les volets : c'était un oiseau à lunettes qui lisait une carte postale à voix haute.
"Bonjour, prince Milo !" dit l'oiseau. "Il y a une nouvelle surprise à l'orée du bois : un grand dôme de verre qui clignote comme une luciole."
Milo sauta de son lit, remit sa cape dessus-derrière comme il aimait faire, et dit d'un ton décidé :
"Allons voir ! Peut-être qu'il y a une aventure qui m'attend, et je suis prêt à apprendre plein de choses."
Ses parents, le roi Biscuit et la reine Meringue, sourirent. "Sois prudent, cher petit prince, et n'oublie pas ta bonne humeur", dit la reine en lui donnant une tartine au miel.
Milo courut vers le bois en chantonnant. Sur son chemin il rencontra un lapin musicien, une tortue qui faisait des bulles et un chat pompier qui portait un casque vert. Tous lui firent coucou, et Milo leur répondit. L'aventure commençait, pétillante comme une limonade.
Le dôme de verre
Au milieu d'une clairière baignait un dôme de verre aussi rond qu'une pomme et aussi clair qu'une goutte de pluie. Le dôme renvoyait des arcs-en-ciel quand Milo s'approchait. À l'intérieur, on voyait des choses qui gigotaient et qui brillaient : des mini-fleurs qui racontaient des poèmes, des coussins qui faisaient la roue, et un petit chat-lumière qui sautillait.
"Bonjour !" fit une voix qui venait du dôme. "Entrez, entrez, mais faites attention aux petites farces !"
Milo poussa la porte en verre. Elle s'ouvrit dans un petit soupir, comme si le dôme était content de voir des amis. À l'intérieur, tout était un peu décalé : les chaises faisaient des grimaces, les tasses se donnaient la main, et une marmite chantait des chansons de poule.
"Je suis Zuzu, le gardien des sourires", dit une créature qui avait des oreilles de chou-fleur et des yeux doux. "Je garde le dôme pour que personne n'attrape la tristesse par inadvertance."
"Bonjour, Zuzu !", dit Milo. "Je m'appelle Milo. Je veux apprendre à faire rire le royaume."
Zuzu rit, un rire qui ressemblait à une pluie de billes roses. "Pour faire rire, il faut d'abord écouter", répondit Zuzu. "Regarde autour de toi."
Milo regarda. Une petite fleur fit un pas de danse. Un coussin fit un clin d'œil. Le chat-lumière ronronna en faisant des bulles. Milo tapota sa tête : "C'est drôle et doux. J'aime."
Zuzu proposa un jeu : "Attrape une idée de rire, fais-lui une petite coquille, et renvoie-la au monde." Milo prit une idée : un chapeau qui dansait. Il le plaça sur sa tête, et le chapeau commença à sauter comme une grenouille heureuse. Milo riait, riait, et son rire faisait des étoiles.
Soudain, un mini-orage fit claquer des doigts dans le dôme. Les bulles de la tortue se mirent à tourner en rond et devinrent des bulles musicales. Mais une bulle resta collée à la joue d'une poupée de chiffon et elle ne voulait pas partir. La poupée eut l'air triste, ses yeux de bouton s'arrondissaient.
"Oh non !" dit Milo. "Je vais aider."
Il souffla doucement sur la bulle. Elle trembla, se mit à danser, puis éclata en une pluie de confettis doux comme des plumes. La poupée sourit. Tout le dôme applaudit en faisant des petites vagues. Milo sentit son cœur battre fort, mais d'une façon qui faisait chaud comme un chocolat.
"Bravo, Milo !" dit Zuzu. "Tu as écouté, tu as aidé, et tu as partagé ton rire."
Milo rougit comme une pomme mûre. "Mais il y a encore plus à apprendre", ajouta Zuzu. "Parfois, même les rires ont besoin d'un peu de soin."
Le petit rebondissement et la grande gentillesse
Alors qu'ils exploraient, la porte du dôme se referma doucement derrière Milo. Les murs de verre se mirent à chatouiller et un petit nuage de poudre pailletée apparut. Tout le monde gloussa, mais une voix plus lointaine se fit entendre : "Aidez-moi, s'il vous plaît."
Milo suivit la voix jusqu'à une plante géante qui avait des yeux et des feuilles comme des éventails. Elle tenait un petit escargot qui avait la coquille lourde comme une valise.
"Bonjour, je suis la plante bavarde", dit la plante. "Cet escargot est timide. Il a perdu son rire. Sans rire, il ne peut plus porter sa maison-bulle."
L'escargot regarda Milo avec des yeux brillants. Milo s'agenouilla. "Bonjour, petit escargot. Je suis Milo. J'aimerais bien te raconter une blague. Tu veux l'entendre ?"
L'escargot hocha la tête lentement. Milo prit une grande inspiration, se racla la gorge comme un petit théâtre, et dit d'une voix toute sérieuse :
"Pourquoi les étoiles ne vont jamais à l'école ? Parce qu'elles brillent déjà de trop !"
Au début, rien. L'escargot cligna des yeux. Puis, sa coquille fit un petit trille, comme un rire qui voulait sortir mais qui ne savait pas comment. Milo fit une autre blague, puis une autre, et à la troisième, l'escargot poussa un petit "hii-hii" qui devint un gazouillis. Sa coquille se mit à luire, puis elle devint légère comme une plume. L'escargot fit un petit saut et sa maison-bulle flotta doucement sur son dos.
"Hourra !" s'écria la plante bavarde, en agitant ses feuilles comme des éventails. "La gentillesse et les blagues ont ramené le rire !"
Milo se sentit fier. Il comprit que même s'il était petit, il pouvait aider avec douceur et humour. Zuzu tapota son épaule en forme de chou-fleur. "Tu es un prince malin et bienveillant, Milo", dit Zuzu. "La magie qui fait rire, tu l'as déjà dans ton cœur."
Mais voilà qu'un dernier petit défi fit son apparition : une pluie de chapeaux dansa autour du dôme et forma un tourbillon qui menaçait de tout désordonner. Les chapeaux se prenaient au jeu, gigotaient et criaient "Encore ! Encore !" Milo pensa un instant. Il fit signe aux chapeaux comme on appelle des oiseaux familiers. Puis il commença à chanter une chanson douce, une berceuse rythmée, une chanson qui racontait l'histoire d'une petite étoile qui voulait apprendre à valser.
Les chapeaux, surpris, s'arrêtèrent. Ils se mirent à écouter, puis à onduler au rythme de la berceuse. Un à un, ils se calèrent sur le bord du dôme, tranquilles, comme des moutons qui s'endorment. Le tourbillon se dissipa, et la clairière redevint paisible.
Un rêve apaisé
La journée touchait à sa fin. Le soleil peignait le ciel en orange et en rose. Le dôme s'illumina doucement, comme une lanterne fatiguée qui sourit. Zuzu serra la main de Milo — ou plutôt, la main de chou-fleur — et dit : "Merci d'avoir partagé ta bonne humeur. Le royaume est plus léger grâce à toi."
Milo regarda autour de lui : les fleurs chuchotaient des comptines, la tortue faisait encore des bulles, et l'oiseau à lunettes lisait une carte postale sur un banc. Le petit escargot se blottit dans sa maison-bulle qui brillait et fredonnait. Milo sentit une chaleur douce dans sa poitrine, comme une couverture en laine.
Il rentra au château, ses bottes faisant cloc cloc, sa cape flottant comme une aile. Ses parents l'attendaient. "Raconte-nous, Milo", dit la reine Meringue en lui offrant une tasse de lait chaud. Milo parla de Zuzu, de l'escargot, des chapeaux et de la berceuse. Il parla aussi des petites leçons : écouter, aider, partager un rire.
Avant de s'endormir, Milo posa sa tête sur l'oreiller, respira profond. La chambre était remplie d'une odeur de miel et de lune. Dans sa tête, les images du jour tournaient comme des petites marionnettes gentilles. Il pensa aux amis du dôme, au rire retrouvé de l'escargot, et aux chapeaux qui se calment au son d'une berceuse.
"Bonne nuit, petit prince", murmura sa maman en l'embrassant sur le front. Le prince Milo ferma les yeux. Dans son rêve, il revit le dôme de verre qui flotait doucement dans le ciel, tout le royaume qui riait en chuchotant, et Zuzu qui lançait des étoiles rieuses. Milo sourit en dormant, et son rêve fut doux, apaisé, plein de petites blagues et de grandes tendresses.
Et dans le royaume de Turlututu, on dit encore aujourd'hui que quand on rit doucement avant de dormir, une petite chose magique vient déposer un bisou de confettis sur la joue des enfants.