Il était une fois un petit prince qui aimait compter les nuages comme on compte des billes. Il s'appelait Malo. Malo avait des yeux rieurs, des chaussures qui brillaient comme des pommes et une tête pleine d'idées qui pétillaient comme des bonbons.
Chapitre 1 : Le jour des jeux
Un matin, le prince Malo se leva en chantonnant. Il sauta du lit, mit son manteau vert-menthe (qui sentait un peu la forêt) et courut dans la cour du château. Les oiseaux posés sur la cheminée firent une petite danse. "Aujourd'hui, c'est le Jour des Jeux !" annonça Malo d'une voix qui faisait des bulles.
Tous les habitants du royaume enchanté levèrent la tête. Le royaume était drôle : les arbres riaient en cachant des pommes brillantes, les rivières chantaient des comptines et les pavés changeaient parfois de couleur pour faire des claquettes. Quand Malo déclara le jour de jeux, même la grande horloge décida de ralentir son tic-tac pour écouter.
— Mais, prince Malo, que sont les jeux ? demanda la reine Biscotte, qui portait toujours une couronne faite de biscuits craquants.
— Des jeux pour rire, sauter, inventer ! répondit Malo. Des jeux qui font des étincelles dans la tête !
Les voisins vinrent, petits et gros, poilus et plumeux : le vieux jardinier Pipo, la petite fée Mirette, et même le chien nuage, qui aboyait comme une trompette. Tout le monde se prépara à jouer, roulé comme un tapis magique vers la salle du trône, car Malo avait décrété que les jeux commenceraient là-bas.
Chapitre 2 : La salle du trône rigolote
La salle du trône n'était pas ordinaire. Le trône était cousu de coussins qui chuchotaient des blagues, les rideaux racontaient des histoires et les portraits sur les murs faisaient des clins d'œil. Les colonnes se mettaient à claquer des mains quand on passait.
Malo entra, porta son chapeau de soleil à l'envers, et fit un salut si drôle que les coussins éclatèrent de rire. Puis il proclama :
— Jeu numéro un : la Chasse aux Sourires ! Trouvez le sourire caché dans la salle et rapportez-le !
Les enfants se mirent à fouiller partout : sous les tapis qui miaulaient, derrière les tapisseries qui faisaient des bisous, et même dans le bec du grand paon en bois, qui toussait de rire. Mirette trouva un sourire accroché à une lampe et le relâcha doucement ; le sourire roula comme une petite balle et vint se poser sur le nez du chien nuage.
— Jeu numéro deux ! cria Malo. Le Bal des Ombres Fardées !
Les ombres avaient décidé de se maquiller pour l'occasion. Elles se promenaient en rouges à lèvres, en lunettes et en moustaches. Les enfants dansaient avec leurs ombres, qui copiaient chaque saut de façon farfelue : quand Tom sauta, son ombre fit un salto en éclaboussant des étoiles. Quand Lily fit la révérence, son ombre devint une girafe qui fit une révérence encore plus grande.
Au milieu du bal, la porte de la salle du trône frémit. Un petit froissement se fit entendre. Tout le monde se tut. Un papillon de soie, tout droit sorti d'un tiroir à secrets, vint porter une lettre. La lettre disait : "Invitation au Grand Rire qui Tremble". C'était un mystère, un petit mystère en sucre.
— Allons voir ! dit Malo, les yeux pétillants.
Chapitre 3 : Le secret qui se cache sous le coussin
Ils suivirent la carte dessinée dans la lettre. Elle menait sous le grand trône, là où parfois les chaussettes perdues s'en allaient en vacances. En poussant un coussin, ils découvrirent une trappe. Dedans, un monde minuscule les attendait : des lutins à toupies organisaient une parade de biscuits dansants.
— Bonjour ! fit un lutin en salopette à pois. Vous avez réveillé le Grand Rire qui Tremble.
— Comment ça ? demanda la reine Biscotte, un peu inquiète.
— Le Grand Rire s'est caché parce qu'il trouve parfois l'hiver trop sérieux. Il a besoin qu'on lui raconte des bêtises pour revenir.
Malo eut une idée. Il monta sur un petit tabouret, prit une cuillère en bois comme micro et commença à raconter la plus grande bêtise qu'il pouvait inventer : "Un escargot se mit à courir un marathon... en faisant du patin à roulettes !" Les lutins firent des cabrioles, les biscuits dansèrent la polka, et même le Grand Rire se sentit chatouillé au profond de ses ressorts. Peu à peu, un petit rire timide monta du fond de la trappe, puis devint un rire moyen, puis un grand rire qui secoua les lustres.
Mais le rire était espiègle : quand il sortit, il fit des bulles ! Des bulles de rire flottèrent partout, collant aux nez, aux oreilles et aux chapeaux. Tout le monde rit tellement que leurs pieds prirent la poudre d'une folle légèreté et qu'ils finirent par glisser en rond comme des flocons de neige dans une ronde.
— Attention ! s'exclamèrent-ils en riant, en essayant de ne pas s'envoler.
Malo attrapa la main de la reine Biscotte, la main de Pipo et la patte du chien nuage. Ensemble, ils formèrent une chaîne de mains, de pattes et de miettes de biscuit. La chaîne tenait bon. Le rire, voyant qu'il était aimé, ne fit plus de bulles collantes mais devint une douce musique qui réchauffait tout le monde.
Chapitre 4 : Le soupir qui contente
La salle du trône redevint calme, mais d'un calme tout doux, comme une couverture chaude. Les rires se transformèrent en petits chatouillis dans la poitrine. Tout le monde s'assit sur les coussins qui ronflaient de bonheur.
Malo regarda ses amis. Il sentait que quelque chose comme une petite étoile était née dans son ventre : la créativité. C'était comme une boîte à surprises, pleine de couleurs, de bruits et d'idées savoureuses. Il sourit, et son sourire fit pousser une fleur bleue sur le rebord de la fenêtre.
— Merci, dit Malo d'une voix douce. Merci d'avoir cherché les sourires et d'avoir suivi la carte. Merci de garder le rire.
La reine Biscotte lui donna un biscuit en forme d'étoile. Pipo lissa sa barbe. Mirette fit des pirouettes et déposa une poussière de fée sur chaque front. Les lutins remirent leurs costumes et firent un salut final en sautillant.
Enfin, les habitants regagnèrent leurs maisons, les arbres chantants se remirent à fredonner, et la grande horloge reprit son tic-tac, mais avec une petite cadence de danse. Le prince Malo resta un instant sur le seuil de la salle du trône. Il respira profondément, comme on ferme un livre après une belle histoire.
Il poussa un soupir content, doux comme une pluie de confettis. Le soupir fit un petit tour dans l'air, puis se posa comme un papillon sur son épaule. Malo ferma les yeux, le sourire aux lèvres, prêt à inventer demain un nouveau jeu, une nouvelle surprise.
Et le royaume enchanté, qui aimait beaucoup les jeux et les idées rigolotes, s'endormit en rêvant d'aventures pleines de malice.