La cour où tout commence
Dans un village où le soleil danse chaque matin sur les toits rouges, il y avait une cour d'école pleine de rires, de cris et de poussière dorée. Sous le grand fromager, l'ombre dessinait des motifs sur la terre, comme une grande couverture tissée par le vent. Là, les enfants couraient, sautaient, se poursuivaient comme des lézards pressés.
Au milieu de cette joyeuse pagaille, il y avait Sambou, un homme à la barbe douce comme le coton et aux yeux pétillants comme deux grains de mil sous la lune. Sambou n'était ni le maître, ni le chef du village, mais il portait dans sa poche un rêve: celui de trouver la voie simple, la voie droite, la voie où le cœur marche sans se perdre.
Un matin, alors que les oiseaux tissaient des chansons dans les branches, Sambou appela les enfants autour de lui. Sa voix roulait comme le tam-tam après la pluie.
— Venez, venez, petits soleils, asseyez-vous sous le fromager ! Aujourd'hui, je cherche la voie simple. Qui vient avec moi ?
Les enfants, curieux comme toujours, s'assirent en cercle. Leurs yeux brillaient, prêts à écouter, prêts à rêver.
Le chemin des trois sentiers
Sambou montra du doigt trois petits chemins qui s'éloignaient de la cour, comme trois rivières partant d'une même source.
— Il y a trois sentiers, dit-il. L'un serpente comme un serpent, l'autre monte comme un géant, le dernier file tout droit comme une flèche. Mais lequel est le plus simple ?
Petit Kofi, le plus malin, leva la main.
— Le chemin droit, bien sûr ! Il n'y a qu'à marcher tout droit, Sambou !
Sambou sourit, ses yeux étaient deux étoiles rieuses.
— Peut-être, Kofi. Mais parfois, la flèche rencontre la pierre.
Alors Sambou prit son vieux bâton de marche, poli comme le dos d'une calebasse, et invita les enfants à le suivre. Ils s'engagèrent sur le premier sentier, celui qui zigzaguait comme un serpent joyeux.
— Regardez, dit Sambou. Ici, il faut regarder où l'on met les pieds, éviter les cailloux, saluer les fourmis et écouter les oiseaux. C'est le chemin de ceux qui prennent le temps.
Mais, tout à coup, la bande tomba sur un gros tronc d'arbre couché. Les enfants hésitèrent.
— Que fait-on, Sambou ? demanda la petite Awa.
— On grimpe, on saute, ou on s'assied un peu, répondit Sambou. Parfois, la voie simple, c'est d'attendre ou de rire ensemble.
Les enfants éclatèrent de rire en voyant Sambou essayer de grimper sur le tronc, son grand pagne volant derrière lui comme une voile.
La voix des anciens
Après avoir exploré le chemin du serpent, Sambou mena les enfants vers le sentier qui grimpait. Il était raide, plein de cailloux et d'herbes hautes qui chatouillaient les jambes.
— Ce chemin, dit Sambou, c'est celui des courageux, de ceux qui veulent voir loin, jusqu'au toit du village. Mais il fatigue les jambes !
Essoufflés, les enfants s'arrêtèrent sous un manguier. Là, Sambou raconta une histoire, comme le faisaient les anciens le soir autour du feu.
— Mes petits, disait-il, la voie simple n'est pas toujours celle qui va tout droit, ni celle qui grimpe le plus haut. Parfois, elle se cache dans un sourire, dans une main tendue, dans le partage d'une mangue.
Il coupa la mangue en morceaux et distribua à chacun un bout sucré.
— La simplicité, soupira Sambou, c'est marcher ensemble, écouter son cœur et celui des autres.
Le bâton planté
Après la pause sous le manguier, les enfants et Sambou redescendirent doucement vers la cour. Le soleil commençait à pencher, dessinant de longues ombres sur la terre rouge.
Sambou s'arrêta au centre de la cour. Il planta son bâton de marche dans la terre, bien droit, et tapota dessus.
— Voyez, dit-il, ce bâton est comme nos traditions. Il reste debout parce que ceux d'avant l'ont planté, et nous, nous continuons à marcher autour. Chacun peut s'appuyer dessus, chacun peut apprendre.
Les enfants entourèrent Sambou et touchèrent le bâton, un par un, comme pour sentir passer la force des anciens dans leurs petites mains.
— La voie simple, c'est celle qui relie les cœurs, les petits aux grands, les histoires d'hier à celles d'aujourd'hui, murmura Sambou, sa voix aussi douce que la brise du soir.
Un coq chanta, la poussière tourna comme une danseuse, et tous rirent ensemble, heureux de savoir que la voie simple était là, sous leurs pieds, dans leurs rires et dans le bâton planté, témoin des jours passés et à venir.
Et, lorsque la lune se leva, Sambou raconta encore, car tant que le bâton resterait debout, les histoires ne s'arrêteraient jamais.