Chapitre 1 : Une princesse qui dit « Plouf » au lieu de « Bonjour »
Il était une fois, dans le Royaume de Friselune, un endroit si enchanté que même les fontaines avaient le hoquet quand elles riaient. Les nuages y ressemblaient à de la barbe à papa, et les oiseaux chantaient parfois… en faisant des rimes ratées.
La princesse s'appelait Capucine. Elle avait une couronne un peu de travers, non pas par négligence, mais parce que sa couronne aimait pencher « pour mieux écouter les blagues », disait-elle.
Ce matin-là, Capucine répétait une révérence dans la salle des miroirs, devant trois grands reflets qui n'étaient jamais d'accord entre eux.
« Un, deux, trois… révérence ! » annonça Capucine.
Elle plia les genoux, baissa la tête… et son nez fit un petit bruit très clair :
« Plouf ! »
Capucine se redressa, les joues roses.
« Ce n'est pas mon nez qui devait parler ! »
Le miroir de gauche gloussa.
« Ça, c'est une révérence aquatique ! »
Le miroir du milieu chanta :
« Plouf, plouf, la princesse s'étouffe… euh, non, ça ne rime pas… »
Le miroir de droite conclut, sérieux comme un chou-fleur :
« Il faut de la grâce. Pas du… plouf. »
Capucine croisa les bras.
« Je veux une révérence rigolote, mais élégante. Une révérence qui fait sourire sans faire… éclabousser. »
À ce moment-là, une petite fée entra en tourbillonnant, comme une feuille qui aurait appris à danser.
C'était Lili-Paillette, l'amie de Capucine. Elle portait des lunettes rondes trop grandes et un sac rempli d'objets mystérieux, dont un peigne à moustache (personne ne savait à quoi il servait, même pas elle).
« Capucine ! » dit Lili-Paillette. « J'ai entendu un “plouf” jusqu'au couloir. Tout va bien ? »
Capucine soupira.
« Je dois saluer les invités du Bal des Mille Sourires ce soir. Mais ma révérence fait “plouf”. Je ne sais même pas d'où ça vient ! »
Lili-Paillette posa un doigt sur son menton.
« Hmm… Peut-être que ton nez est timide. Ou peut-être… que la magie du royaume a décidé de faire une farce. »
Capucine s'illumina.
« Une farce ? Comme quand les roses éternuent des pétales ? »
« Exactement ! » répondit la fée. « Et j'ai une idée : allons demander conseil à Madame Gaufrette, la gardienne de la Pergola des Murmures. Là-bas, la magie aime chuchoter des astuces. »
Capucine sourit.
« Dans une pergola ? Parfait ! Les pergolas, c'est comme des couloirs de verdure… on dirait qu'on marche dans une salade géante. »
« Une salade élégante, s'il te plaît ! » rectifia Lili-Paillette, très sérieuse.
Et les deux amies partirent, en se promettant de ne pas faire “plouf” sur le chemin. Enfin… d'essayer.
Chapitre 2 : La Pergola des Murmures et les lianes chatouilleuses
Le chemin vers la Pergola des Murmures traversait le Jardin des Compliments, où les tulipes disaient :
« Jolie coiffure ! »
et les marguerites ajoutaient :
« Beau sourire ! »
même aux escargots.
Capucine marchait d'un pas princier, c'est-à-dire un pas qui essayait d'être noble mais qui trébuchait parfois sur des brindilles imaginaires.
« Tu as l'air de marcher sur des petits pois invisibles », observa Lili-Paillette.
« Je m'entraîne à être gracieuse », répondit Capucine. « La grâce, c'est comme… comme un chat qui ne veut pas qu'on sache qu'il a glissé. »
« Alors toi, tu es un chat très honnête », dit la fée en riant.
Enfin, elles arrivèrent à la pergola : une grande arche couverte de vignes, de fleurs clochettes et de lianes qui pendaient comme des rubans. Tout autour, la lumière faisait des taches dorées, comme si le soleil jouait au cache-cache.
Et là, surprise : la pergola chuchotait vraiment.
« Pssst… pssst… révérence… révérence… »
Capucine se pencha vers une liane.
« Bonjour, euh… Monsieur Ruban-Feuille ? Tu sais comment faire une révérence sans “plouf” ? »
La liane frémissait doucement, puis… lui chatouilla le bout du nez.
Capucine éternua :
« Atchoum-plouf ! »
Lili-Paillette éclata de rire.
« Bon, au moins c'est original ! »
Une voix douce résonna, comme un carillon qui aurait bu du lait chaud.
« On ne “réussit” pas une révérence en la forçant, mes petites noisettes. On la laisse venir. »
Sous la pergola, assise sur un banc de mousse, se tenait Madame Gaufrette. C'était une vieille dame minuscule avec un chapeau immense, et une cape qui sentait la vanille. Elle tenait une théière d'où s'échappait… de la vapeur en forme de petits cœurs.
« Madame Gaufrette ! » s'exclama Capucine. « J'ai besoin d'une révérence rigolote, mais élégante. Et mon nez fait “plouf”. »
Madame Gaufrette hocha la tête.
« Ah, le “plouf” du trac ! Ça arrive aux meilleures princesses. Même à celles dont les couronnes écoutent les blagues. »
Capucine toucha sa couronne, vexée et amusée.
« Comment vous savez ça ? »
« La pergola me raconte tout », répondit Madame Gaufrette. « Elle adore les potins gentils. »
Lili-Paillette s'approcha.
« On veut une solution avant le bal. Une solution qui ne fait pas peur, qui ne fait pas mal… et si possible, qui ne mouille pas le sol. »
Madame Gaufrette sourit.
« Très bien. Voici le secret de la Révérence Rigolote : elle a trois ingrédients. Un sourire, un souffle… et un ami. »
Capucine cligna des yeux.
« Un ami ? »
« Oui », dit Madame Gaufrette. « Car une révérence, ce n'est pas juste descendre et remonter comme un ressort. C'est dire : “Je te vois, je suis contente que tu sois là.” Et ça, c'est plus facile à faire quand on pense à quelqu'un qu'on aime bien. »
Capucine regarda Lili-Paillette.
Lili-Paillette la regarda.
Elles sourirent toutes les deux, comme deux étoiles qui se reconnaissent.
Madame Gaufrette se leva.
« Maintenant, entraînement sous la pergola. Attention : les lianes sont un peu… enthousiastes. »
Chapitre 3 : La leçon de révérence… et le concours de “pas-qui-glisse”
Madame Gaufrette plaça une petite clochette au sol.
« Cette clochette est très susceptible. Si tu fais une révérence trop brusque, elle se fâche et elle… éternue des confettis. »
« Une clochette qui éternue ? » s'étonna Capucine.
« Ici, oui », répondit Madame Gaufrette. « Et elle éternue fort. »
Capucine se mit en position.
« D'accord. Sourire, souffle, ami. Sourire, souffle, ami. »
Lili-Paillette chuchota :
« Pense à notre goûter d'hier. Quand tu as partagé le dernier biscuit en forme de licorne. »
Capucine sourit plus fort.
« J'adorais ce biscuit. Il avait un petit air courageux… et croustillant. »
Madame Gaufrette fit un geste lent.
« Inspire comme si tu sentais une tarte aux pommes. Expire comme si tu soufflais sur une soupe trop chaude. Et descends… tout doux. »
Capucine inspira.
Elle expira.
Elle plia les genoux… doucement… si doucement que même une coccinelle aurait eu le temps de lire un livre.
Son nez tremblota.
Capucine le regarda du coin de l'œil, comme pour dire : « Pas toi. Pas maintenant. »
Et au lieu de « plouf », on entendit :
« Pouf. »
Capucine se redressa.
« Ce n'était pas plouf ! C'était… pouf ! »
Lili-Paillette applaudit.
« Bravo ! Ton nez a fait une sieste. »
Madame Gaufrette approuva.
« Très bien. Le “pouf” est un cousin poli du “plouf”. Mais on peut faire encore mieux. Maintenant, ajoute la petite touche rigolote. »
Capucine se pencha.
« Une touche rigolote… mais élégante. Une rigolade avec une ceinture de sécurité. »
« Parfaitement », dit Madame Gaufrette. « À la fin de la révérence, tu peux faire un mini-gestes des mains, comme si tu offrais un rayon de soleil. Hop, pas trop grand. Un rayon de soleil, pas un projecteur. »
Capucine essaya.
Sourire.
Souffle.
Ami.
Descente douce.
Remontée.
Et petit geste des mains : hop !
La clochette ne bougea pas. Pas de confettis. Pas d'éternuement.
La pergola chuchota :
« Oooh… joli… »
Lili-Paillette se lança :
« À mon tour ! Je vais faire la révérence de la fée très sérieuse ! »
Elle descendit, remonta, fit le geste… et ajouta un clin d'œil tellement appuyé qu'il sembla faire un “cling”.
La clochette éternua immédiatement :
« HATCHIIIII ! »
Et des confettis s'envolèrent partout, se collant aux cheveux de Lili-Paillette.
Capucine riait.
« Tu es une fée confettis ! »
Lili-Paillette secoua la tête, des papiers colorés volant comme des papillons.
« C'était prévu. Totalement prévu. Je suis… très organisée. »
Madame Gaufrette leur tendit deux tasses de thé à la vanille.
« Vous voyez ? On apprend mieux en riant ensemble. La révérence n'est pas une épreuve. C'est un petit cadeau. »
Capucine hocha la tête.
« Alors ce soir, je ferai ma révérence-cadeau. Et si mon nez tente un “plouf”… je lui dirai “pouf” et merci. »
La pergola chuchota, rassurante :
« Pouf… merci… pouf… merci… »
Et, comme pour les encourager, une liane laissa tomber une fleur exactement sur la tête de Lili-Paillette.
Lili-Paillette soupira.
« Je crois que la pergola m'a adoptée. »
Chapitre 4 : Le Bal des Mille Sourires et le ciel qui applaudit
Le soir venu, le château de Friselune brillait. Les fenêtres scintillaient comme des bonbons au sucre, et les lanternes flottaient en faisant de petits “ding-ding” joyeux.
Dans la grande salle, les invités arrivaient : des chevaliers au rire facile, des sirènes avec des chapeaux (oui, des chapeaux), des lutins très polis, et même un dragon minuscule qui portait un nœud papillon et éternuait des bulles.
Capucine attendait derrière un rideau, avec Lili-Paillette.
« Je suis un peu nerveuse », avoua Capucine. « Mon nez aussi, je crois. Il fait des étirements. »
Lili-Paillette lui prit la main.
« Souviens-toi : sourire, souffle, ami. Et moi je suis là. Si ton nez fait “plouf”, je ferai “pouf” à côté, comme ça on dira que c'est une chanson. »
Capucine gloussa.
« Une chanson de nez. Très royal. »
Le héraut annonça :
« Sa Majesté la princesse Capucine ! »
Capucine entra. La musique était légère, comme une pluie de notes. Les gens se turent, souriants, prêts à applaudir.
Capucine pensa à Lili-Paillette, au biscuit licorne, à la pergola qui chuchote, à Madame Gaufrette et sa théière-cœurs.
Elle inspira comme une tarte aux pommes.
Elle expira comme une soupe trop chaude.
Et elle fit sa révérence.
Douce.
Élégante.
Rigolote juste ce qu'il faut.
À la fin, elle offrit son petit rayon de soleil avec les mains.
Hop.
Silence.
Puis un applaudissement immense, comme un grand câlin sonore.
Le petit dragon éternua des bulles qui montèrent au plafond.
« Pffft-bulle ! »
Capucine se redressa, heureuse.
Et là… son nez tenta un dernier petit piège.
« Pl— »
Capucine le devança avec un sourire :
« Pouf. »
Les invités rirent gentiment, pas pour se moquer, mais parce que c'était drôle et tendre, comme une blague qui réchauffe.
Lili-Paillette s'avança et fit une mini-révérence à côté.
« Pouf, tout le monde ! »
Le bal continua : on dansa la Polka des Pantoufles, on goûta des éclairs qui faisaient “éclair !” quand on les croquait, et Madame Gaufrette, arrivée discrètement, distribua du thé à la vanille aux timides.
Plus tard, Capucine et Lili-Paillette sortirent sur la terrasse. L'air était frais et doux. Au-dessus d'elles, le ciel s'était rempli d'étoiles, comme si quelqu'un avait renversé une poignée de paillettes très bien rangées.
Capucine murmura :
« Regarde… on dirait que le ciel fait une révérence aussi. »
Lili-Paillette leva les yeux.
« Oui. Une révérence de lumière. Et sans plouf. »
Capucine serra la main de son amie.
« Merci d'être mon ingrédient “ami”. »
Lili-Paillette répondit, simplement :
« Merci d'être mon ingrédient “princesse qui partage les biscuits”. »
Elles restèrent là, à écouter le silence content. Les étoiles clignotaient doucement, comme des spectateurs qui applaudissent sans faire de bruit.
Et dans le Royaume de Friselune, sous ce ciel étoilé, Capucine sut que la plus belle magie, celle qui fait rire et qui rassure, ressemble beaucoup à l'amitié.