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Histoire de défi impossible 11 à 12 ans Lecture 25 min.

Le défi impossible des trois mètres de trombones

Dans une classe en fête, Lila et ses camarades relèvent le « défi impossible » de former une chaîne de trombones de trois mètres sans les toucher avec les doigts, apprenant à s'entraider et à faire preuve d'inventivité.

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Fille de 12 ans déterminée et souriante, cheveux bruns en queue de cheval, t‑shirt jaune, pose le dernier trombone d’une chaîne métallique de trois mètres avec une petite pipette tandis que Nino (garçon ~12 ans, roux, enthousiaste) tient un gobelet et encourage à gauche, Inès (fille ~11 ans, cheveux noirs, douce) ventile avec un éventail à droite près d’un ventilateur de bureau, Théo (garçon ~11 ans, sérieux) stabilise une grande règle en face, et Madame Rivoire (enseignante ~35 ans, chapeau‑couronne en carton) observe fièrement depuis son bureau au fond; classe colorée avec tables formant une « autoroute », guirlandes roses et bleues, ballons pastel et boîte ouverte de trombones; ambiance joyeuse et dramatique, style comics aux couleurs saturées, lignes nettes et humour visuel. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Dans la classe de CM2B, c'était officiellement « la Journée de la Classe en Fête ». Officieusement, c'était surtout la Journée où les règles prenaient un petit goûter dehors.

Des guirlandes en papier pendaient du plafond, des ballons se frottaient aux néons comme des moustiques joufflus, et sur le tableau, quelqu'un avait écrit en énorme : « BRAVO À NOUS !!! » avec une craie rose qui grinçait d'enthousiasme.

Lila, 11 ans, était assise bien droite, comme si même sa colonne vertébrale voulait faire bonne impression. Elle avait la réputation d'être appliquée : ses cahiers sentaient le propre, ses surligneurs avaient des bouchons, et elle rangeait ses trombones par couleur. Une légende vivante.

— Lila, tu fais peur, dit Nino en passant, un gobelet de jus de pomme à la main. On dirait que tu vas noter la fête sur 20.

— Je peux faire un tableau, si tu veux, répondit Lila sans sourire… puis elle craqua. D'accord, non. Aujourd'hui, c'est le chaos autorisé.

Madame Rivoire, leur maîtresse, portait un chapeau en carton en forme de couronne. Elle avait l'air d'une reine qui aurait oublié où elle avait mis son royaume.

— Mes chers explorateurs, annonça-t-elle, aujourd'hui, nous allons relever des défis réputés impossibles !

Un silence. Puis un ballon éclata. Tout le monde sursauta.

— Ce ballon l'a fait exprès pour le suspense, chuchota quelqu'un.

Madame Rivoire se racla la gorge et brandit une feuille.

— Défi numéro un : faire tenir dix capuchons de feutres en équilibre sur la règle de Théo, sans les coller. Défi numéro deux : faire rire Lila en moins de trente secondes.

— Impossible, soupira Théo. Ma règle, c'est du plastique, elle glisse.

— Impossible, répéta Nino. Lila, elle rit rarement. On dirait une appli qui met du temps à charger.

Lila fit une moue.

— Je ris, moi.

— Oui, une fois par trimestre, précisa Nino.

Madame Rivoire s'approcha du tableau et écrivit le défi du jour, celui qui fit même tousser les guirlandes :

« LE DÉFI IMPOSSIBLE : FAIRE UNE CHAÎNE DE TROMBONES DE 3 MÈTRES SANS LES TOUCHER AVEC LES DOIGTS. »

Toute la classe se tourna vers Lila, parce que tout ce qui concerne les trombones finit toujours par la concerner.

Lila cligna des yeux.

— Sans les toucher… avec les doigts ?

— Exactement, confirma Madame Rivoire, l'air faussement innocent. C'est un défi inventé par l'ancien directeur. Personne n'a jamais réussi.

— Personne ? demanda Lila, et on entendit dans sa voix le petit « clic » de la détermination qui se verrouille.

— Jamais, dit Madame Rivoire. Et pourtant, la boîte de trombones est là, comme une tentation.

Sur la table, une boîte en métal attendait, brillante et arrogante, comme si elle disait : « Essaie, pour voir. »

Lila s'approcha. Son cerveau commença à faire des listes.

— Sans les doigts… donc, avec les… orteils ? tenta Nino.

— Les orteils, ce sont des doigts du bas, répondit Lila.

— Et avec les coudes ? proposa Inès.

— Les coudes, c'est… des genoux du haut, commenta Nino, très fier de lui.

Madame Rivoire sourit.

— Vous avez toute la matinée. Et souvenez-vous : ce n'est pas grave de se tromper. L'important, c'est d'essayer… et de ne pas accrocher la guirlande au radiateur, ajouta-t-elle en jetant un regard soupçonneux à Théo.

Lila observa la boîte de trombones. Elle sentit l'excitation lui chatouiller le ventre, comme une petite troupe de fourmis qui aurait mis des chaussettes.

— Je vais le faire, déclara-t-elle.

— Elle a dit « je vais », murmura Nino. Ça y est, on est condamnés à réussir ou à mourir d'ennui.

Lila lui lança un regard.

— Tu peux aussi mourir en silence.

Nino leva les mains.

— On dirait que l'appli a démarré.

Chapitre 2

Le premier essai fut… instructif.

Lila attrapa une paire de pinces à linge, parce qu'elles n'étaient pas des doigts. Elle en attrapa deux, les fixa comme des pinces de crabe, et tenta de relier deux trombones.

Clac.

Le trombone sauta et atterrit dans le bol de bonbons.

— On vient d'inventer le bonbon au fer, annonça Nino en prenant un air de présentateur télé.

Lila souffla.

— Ce n'est pas drôle.

— Si, un peu, dit Inès.

Lila recommença. Deux trombones, trois trombones, puis tout s'emmêla comme des écouteurs dans une poche.

Au bout de dix minutes, elle avait une mini-chaîne de… douze centimètres. Et une envie de négocier avec l'univers.

— On a trois mètres à faire, rappela Théo. Trois. Mètres.

Il écartait les bras comme s'il annonçait la taille d'un poisson mythique.

— On n'y arrivera jamais, ajouta-t-il. C'est le principe des trucs impossibles.

— Justement, dit Lila, en ajustant ses lunettes imaginaires (elle n'en avait pas, mais ça donnait du courage). Si c'est impossible, ça veut dire que personne n'a trouvé le bon truc.

Madame Rivoire passait entre les tables, l'air de surveiller une jungle de biscuits.

— Comment ça avance, Lila ?

Lila montra la chaîne minuscule.

— Ça… avance à la vitesse d'un escargot qui a perdu sa motivation.

Madame Rivoire pouffa.

— Tu as essayé de demander de l'aide ?

Lila fronça les sourcils.

— Je… oui, mais ils proposent les orteils et les coudes.

— Les coudes sont très créatifs, dit Madame Rivoire avec sérieux. Mais je parlais d'une aide plus… empathique.

— Empa-quoi ?

— Empathique. Te mettre à la place du trombone, par exemple.

Nino éclata de rire.

— Madame, le trombone, sa place, c'est… dans une boîte, avec ses copains.

Madame Rivoire hocha la tête.

— Exactement. Le trombone aime être accroché. Il n'aime pas être forcé. Lila, tu es appliquée, mais parfois tu serres trop. Détends ton idée.

Lila resta bouche bée. Se mettre à la place du trombone ? Comme si un trombone avait des émotions.

Elle prit un trombone et le regarda.

— Salut, dit-elle très bas. Ça va ?

Nino se pencha, les yeux brillants.

— Elle parle à un trombone. C'est la meilleure fête de ma vie.

Lila ignora. Elle observa la forme. Une boucle, puis une autre. « Accrocher, sans forcer… » Ça voulait dire quoi, concrètement ?

Elle regarda autour d'elle. La classe était un carnaval : Inès tentait de faire une tour de gobelets sans respirer trop fort. Théo essayait d'équilibrer des capuchons de feutres sur sa règle, avec la précision d'un chirurgien… et le succès d'un pingouin sur des patins.

Et au fond, sur le bureau de Madame Rivoire, il y avait un ventilateur de bureau, posé là « juste pour la déco ». Il tournait doucement, faisant frissonner une guirlande.

Lila eut une idée. Une idée un peu bizarre. Une idée qui sentait le vent et la bêtise.

— Il me faut… une paille, annonça-t-elle.

— Pour boire du courage ? demanda Nino.

— Non. Pour souffler sans les doigts.

Inès leva un sourcil.

— Tu vas souffler les trombones pour les accrocher ?

— Je vais essayer de faire comme si j'étais… un trombone qui veut rejoindre un autre trombone, dit Lila. Sans être poussé.

Nino se recula, impressionné.

— Elle vient d'inventer la psychologie du trombone.

Lila attrapa une paille, posa deux trombones sur la table, et souffla doucement pour faire glisser l'un vers l'autre.

Ça marcha… un peu. Ils se touchèrent. Ils se séparèrent. Ils se moquèrent d'elle en silence.

— Ils te ghostent, commenta Nino.

Lila pinça les lèvres. Le souffle n'était pas assez précis.

Elle regarda le ventilateur.

— J'ai besoin d'un courant d'air… contrôlé.

— Lila, dit Théo, tu as l'air de préparer une expérience de savant fou. Et ça me rassure, parce que ça veut dire que je ne suis pas le plus bizarre.

Lila s'approcha du ventilateur, le tira vers sa table… et le fil s'accrocha à une guirlande.

— Attention, souffla Inès.

Trop tard : la guirlande glissa et se posa sur la tête de Théo comme un serpent en papier.

— Je suis attaqué par la déco ! cria Théo, dramatique.

La classe éclata de rire. Même Lila eut un sourire. Un petit, mais réel.

— Voilà, défi numéro deux réussi, annonça Nino. Faire rire Lila : guirlande sur Théo.

Lila reprit son sérieux.

— On a un défi impossible à humilier.

Chapitre 3

Lila installa le ventilateur sur sa table, face à une longue règle posée comme une piste d'atterrissage. Elle y aligna des trombones, bien espacés, comme des petits skieurs prêts à descendre.

— Qu'est-ce que tu fais ? demanda Madame Rivoire, intriguée.

— Un toboggan à trombones, dit Lila. Le vent va les faire glisser les uns vers les autres… et ils vont s'accrocher naturellement.

Nino hocha la tête.

— Naturellement, comme les gens qui se tiennent la main dans une tempête.

— Je ne demande pas ton avis, répondit Lila.

Elle alluma le ventilateur. Les trombones tremblèrent, vibrèrent, puis certains se mirent à avancer lentement.

Un trombone fit un demi-tour, comme s'il avait changé d'idée.

— Il a peur de l'engagement ! cria Nino.

Lila souffla.

— D'accord. Il faut guider sans toucher… guider, guider…

Elle attrapa un éventail en papier (cadeau de la fête), et s'en servit pour diriger le vent comme un chef d'orchestre.

— Madame, regardez ! s'exclama Inès. Lila fait du karaté météo !

Le ventilateur poussa deux trombones. Ils se frôlèrent. Un s'accrocha… puis ils se séparèrent en rebondissant.

— On dirait des aimants qui se détestent, grogna Lila.

Madame Rivoire s'accouda à une table.

— Ce que tu fais est malin, Lila. Mais n'oublie pas : le défi n'est pas juste technique. Il est aussi… coopératif.

— Coopératif ? répéta Lila.

— Tu peux être appliquée et demander aux autres de t'aider. Même si leurs idées sont… des genoux du haut, ajouta Madame Rivoire en lançant un clin d'œil.

Lila regarda ses camarades. Elle avait tendance à faire seule, parce qu'elle aimait que tout soit bien fait. Mais là, trois mètres, c'était énorme. Et puis, la classe était en fête : personne ne la jugerait si ça devenait un peu n'importe quoi.

— OK, dit-elle. J'ai besoin de vous. Mais pas de doigts sur les trombones.

Nino leva la main.

— Je suis prêt à être utile de manière spectaculaire.

— Tu vas surtout être utile de manière silencieuse, répondit Lila.

Elle répartit les rôles :

— Inès, tu fais le vent avec l'éventail. Théo, tu tiens la règle bien droite. Nino… tu comptes les trombones et tu encourages.

— Je suis le coach officiel ! s'écria Nino. Allez, les trombones ! Vous pouvez le faire ! Pensez à votre boîte ! Pensez à vos copains !

Lila, elle, chercha quelque chose de plus précis qu'un ventilateur. Son regard tomba sur un paquet de pailles, une bouteille d'eau gazeuse, et… une pipette en plastique utilisée en sciences.

— Une pipette, murmura-t-elle. Ça, c'est comme un doigt, mais en version triche… non, c'est un outil !

Madame Rivoire passa derrière elle.

— Les outils sont autorisés, tant que tu n'utilises pas tes doigts pour toucher les trombones.

Lila sentit un frisson de victoire.

Elle prit la pipette, aspira doucement un trombone (en le collant par pression d'air), le transporta au-dessus d'un autre, puis relâcha.

Plop.

Le trombone tomba pile dans la boucle de l'autre.

— OUI ! cria Inès.

— Le trombone a accepté une relation stable ! hurla Nino.

Théo, qui tenait la règle, tremblait d'émotion.

— Ne me faites pas rire, je vais tout faire tomber !

Lila enchaîna. Un trombone, puis un autre. La chaîne grandissait, centimètre par centimètre. La classe s'était rassemblée autour, fascinée, comme devant un match serré.

— On est à combien ? demanda Lila.

— Quarante-deux trombones ! répondit Nino. C'est le nombre officiel de la réponse à tout, donc on est sur la bonne voie.

La chaîne atteignit bientôt le bord de la table et commença à pendre.

— Attention, dit Inès. Ça va toucher le sol.

— Il faut une table plus longue, conclut Lila.

Son regard glissa vers… la grande table du fond, celle où on posait d'habitude les feuilles de papier et les dictionnaires. Trois mètres, c'était plus long que toutes leurs tables.

Lila avala sa salive.

— Il faut relier les tables.

— On va construire une autoroute à trombones ! annonça Nino.

Madame Rivoire leva un sourcil.

— Faites attention. Pas de déménagement sauvage.

La classe se mit en mouvement, comme une équipe de fourmis surexcitées. Les tables glissèrent. Une chaise couina, outrée.

Et là… le fil du ventilateur s'emmêla dans une guirlande, qui s'emmêla dans une autre guirlande, qui s'emmêla dans… le chapeau-couronne de Madame Rivoire.

La maîtresse se retrouva avec une traîne de papier crépon attachée à la tête.

— Je suis… une comète pédagogique, déclara-t-elle, très digne.

Tout le monde éclata de rire.

Lila aussi. Beaucoup. Vraiment.

Chapitre 4

Les tables enfin alignées, Lila posa la chaîne au début de leur « autoroute ». Elle utilisa la pipette comme une grue minuscule, pendant qu'Inès réglait le vent et que Théo stabilisait les surfaces avec une concentration héroïque.

Nino, lui, commentait comme un journaliste sportif.

— Et voici Lila, surnommée « la Reine des Trombones », qui s'élance vers l'impossible ! Regardez cette pipette ! Quelle précision ! Quel panache ! Attention, trombone numéro soixante-sept, il hésite… il se demande s'il préfère une vie tranquille dans la boîte…

— Nino, chuchota Lila, moins fort.

— Je ne peux pas, c'est mon rôle, répondit-il, solennel. Le public a besoin d'espoir.

La chaîne avançait. Un mètre. Puis un mètre cinquante. Lila sentait ses joues chauffer, pas de fatigue, mais d'excitation. À chaque nouveau trombone, elle imaginait une petite main invisible qui disait : « Bienvenue ! »

— Deux mètres ! annonça Inès.

La classe applaudit doucement, comme si un bruit trop fort pouvait vexer les trombones.

— Chut, souffla Théo. Ils sont sensibles.

Lila rit et se concentra. Plus que quelques dizaines. La chaîne serpentait sur les tables, brillante comme un petit ruisseau métallique.

Puis… catastrophe minuscule.

Un trombone se coinça. Il refusa de s'accrocher, tournant sur lui-même comme une toupie vexée.

Lila tenta de le repositionner avec la pipette, mais il glissa et s'agrippa à… une mèche de ses cheveux.

— Aïe ! s'exclama-t-elle.

— Le trombone a choisi Lila ! cria Nino. C'est beau ! C'est poétique !

Lila tira la tête en arrière.

— C'est surtout douloureux !

Inès éteignit le ventilateur.

— Attends, Lila, ne bouge pas. Je peux t'aider.

— Sans toucher le trombone avec mes doigts, rappelle Lila en grimaçant.

Inès réfléchit, puis attrapa une gomme au bout d'un crayon.

— Je vais le pousser doucement avec la gomme. Ça ne sera pas un doigt.

Elle approcha très lentement, comme si elle désamorçait une bombe capillaire. La gomme poussa le trombone, qui se décrocha de la mèche et tomba… pile sur la chaîne.

Clac. Accroché.

Lila resta immobile une seconde, puis soupira de soulagement.

— Merci, Inès.

Inès haussa les épaules.

— Je n'aime pas quand quelqu'un a mal. Même si c'est à cause d'un trombone amoureux.

Nino plaça sa main sur son cœur.

— Quelle phrase. On devrait l'écrire sur une carte de vœux.

Lila reprit. Deux mètres cinquante. Deux soixante-dix.

Et là, nouveau suspense : la chaîne commença à glisser doucement, attirée par le bord d'une table. Elle avançait comme un serpent vers une falaise.

— Elle va tomber ! paniqua Théo.

Lila n'avait pas le droit de la rattraper avec les doigts. Elle devait agir vite.

Son regard balaya la classe : un rouleau de scotch (interdit, trop facile), une pile de cahiers, des gobelets… et un paquet de mouchoirs.

— Les mouchoirs ! cria-t-elle.

Elle en tira un, le froissa en boule, et le lança sur la trajectoire de la chaîne. Le mouchoir atterrit comme un coussin, stoppant la glissade.

— Sauvetage textile réussi, commenta Nino. Le mouchoir est officiellement un héros.

Lila se pencha vers la chaîne.

— Désolée, les trombones. J'ai failli vous faire faire un plongeon non prévu.

Théo prit un air grave.

— Ils t'ont entendue. Regarde, ils brillent.

— Théo, ce sont des trombones, murmura Inès.

— Laisse-moi rêver, dit Théo.

Madame Rivoire s'approcha, sa couronne encore un peu décorée de guirlandes.

— Vous êtes impressionnants. Vous vous entraidez, vous improvisez… et vous gardez le sourire. Continuez.

Lila hocha la tête, le cœur gonflé. Elle avait demandé de l'aide. Elle avait accepté les idées, même les plus farfelues. Et ça marchait.

— Deux mètres quatre-vingt-dix ! annonça Nino, la voix tremblante.

— Encore… encore… souffla Lila.

Elle posa le dernier trombone avec la pipette. Il hésita. Tourna. Puis…

Clac.

La chaîne atteignit trois mètres. Exactement.

Pendant une seconde, il y eut un silence total, comme si la classe retenait son souffle.

Puis tout explosa : des applaudissements, des cris, des rires. Théo fit une danse étrange qui ressemblait à une pieuvre qui aurait gagné un concours.

— Elle a réussi ! hurla Nino. L'impossible est officiellement en retard !

Lila sourit, très grande dans sa petite taille.

— On a réussi, corrigea-t-elle.

Madame Rivoire applaudit, fière.

— Bravo. Personne n'avait jamais réussi. Et vous avez fait ça… sans écraser les autres, ni vous moquer. C'est précieux.

Lila regarda Inès, Théo et Nino.

— Merci, dit-elle simplement.

Nino s'inclina.

— De rien. Je facture en bonbons.

Chapitre 5

Évidemment, quand on réussit un défi impossible, l'univers se sent obligé de rajouter un petit « détail ».

La chaîne de trombones était posée sur les tables, magnifique, comme une médaille très longue. La classe voulait la montrer au directeur, à la classe d'à côté, peut-être même aux pigeons de la cour.

Nino, très excité, eut une idée.

— On devrait la porter comme une écharpe de championne ! dit-il.

— On n'a pas le droit de la toucher avec les doigts, rappela Lila.

— Alors… on la porte… avec les avant-bras ! C'est pas des doigts !

Avant que Lila ne puisse répondre, Nino avait déjà glissé son bras sous la chaîne.

Mauvaise idée. Très mauvaise idée.

La chaîne se souleva… et se mit à onduler comme un spaghetti géant qui refuse la discipline. Une partie glissa, entraînant le reste. Les trombones se séparèrent en cascade.

Clac clac clac clac !

Un bruit de pluie métallique se répandit dans la classe. Des trombones roulèrent sous les tables, dans les chaussures, et même, on ne sait comment, dans la poche de la veste de Madame Rivoire.

Silence. Le genre de silence où même les ballons arrêtent de respirer.

Nino resta figé, le bras en l'air, comme un statue du regret.

— Je… euh… je voulais faire une écharpe de gloire, balbutia-t-il.

Théo ouvrit la bouche.

— On avait… trois mètres…

Inès regarda Lila, inquiète.

Lila fixa les trombones au sol. Elle sentit d'abord une pointe de colère. Elle avait travaillé dur. Ils avaient réussi. Et maintenant, tout était en miettes de métal.

Puis elle vit Nino : son visage était rouge, pas de rire cette fois, mais de honte. Il triturait son gobelet vide comme s'il voulait disparaître dedans.

Lila inspira. Elle pensa à ce que Madame Rivoire avait dit. Et à Inès qui avait retiré le trombone de ses cheveux sans la faire souffrir. Empathie. Se mettre à la place de l'autre.

Nino n'avait pas voulu tout casser. Il avait juste… été Nino.

Lila se baissa et ramassa un trombone du bout de la pipette, comme pour calmer son propre cerveau.

— Nino, dit-elle.

Il leva les yeux, prêt à recevoir une punition imaginaire.

— Tu voulais partager la victoire. C'est… gentil, même si c'était une idée catastrophique.

Nino cligna des yeux.

— Tu… tu n'es pas en train de me transformer en poussière ?

— Pas aujourd'hui, répondit Lila. Mais tu vas m'aider à reconstruire. Et cette fois, on ne fait pas l'écharpe de gloire.

Théo souffla, soulagé.

— On pourrait faire… une ceinture de gloire ? demanda-t-il timidement.

— Non plus, dit Lila.

Inès sourit.

— On peut la refaire. On sait comment faire.

Madame Rivoire s'approcha, ayant entendu le bruit et les soupirs.

Elle observa les trombones partout.

— Je vois qu'un nouvel événement clé vient d'arriver, dit-elle avec humour. Alors ?

Nino parla avant tout le monde.

— C'est ma faute. J'ai… j'ai voulu faire le malin.

Madame Rivoire le regarda, puis regarda Lila.

— Et qu'est-ce qu'on fait quand on a fait une bêtise ?

Lila répondit doucement :

— On répare. Ensemble.

Madame Rivoire hocha la tête.

— Exactement. Et je préfère une classe qui ose et qui répare, qu'une classe qui ne tente rien par peur. Allez, mission reconstruction.

La classe se remit au travail, encore plus rapide qu'avant. Cette fois, tout le monde participait : certains ramassaient les trombones avec des règles, d'autres soufflaient délicatement pour les regrouper, Nino comptait et, miracle, se taisait presque.

Au bout d'un moment, la chaîne revint, longue, solide, brillante. Pas parfaite, un peu bancale par endroits, mais elle tenait.

— Trois mètres, annonça Nino, la voix humble. Et… je promets de ne pas la porter comme un vêtement.

Lila le regarda.

— Promis ?

— Promis. Sauf si un jour on invente des trombones en mousse.

Madame Rivoire rit.

— Bêtise pardonnée, Nino. Mais tu seras chargé de ranger tous les trombones à la fin.

Nino soupira, puis sourit.

— Je l'ai mérité. Je vais leur faire un discours d'excuses, à la boîte.

La fête reprit. La guirlande reparut sur la tête de Théo (volontairement, cette fois), les bonbons circulèrent, et Lila, au milieu du bruit joyeux, se sentit légère.

Elle avait réussi l'impossible… et appris quelque chose de plus difficile encore : quand quelqu'un trébuche, on peut rire un peu, mais surtout tendre la main. Même si, techniquement, on n'a pas le droit d'utiliser ses doigts.

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Guirlandes
Décorations longues et légères en papier ou en tissu, accrochées pour une fête.
Néons
Lampes au tube brillant souvent utilisées dans les signes ou éclairages froids.
Grinçait
Faisait un bruit aigu et désagréable, comme une porte mal huilée.
Appliquée
Qui travaille sérieusement et avec soin, attentif aux détails.
Réputation
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Légende vivante
Expression pour dire qu'une personne est très connue pour quelque chose.
Empathique
Capable de comprendre et ressentir ce que les autres sentent.
Coopératif
Prêt à travailler avec les autres et à aider en équipe.
Traîne
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Autoroute à trombones
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