Aujourd'hui, Sami, quatre ans, apprend un mot nouveau à la maison : « solidarité ».
Il ouvre grand les yeux.
« Ça veut dire quoi ? » demande-t-il.
Maman sourit.
« Solidarité, c'est quand on s'aide. C'est quand on partage. C'est quand on pense aux autres. »
Sami hoche la tête.
« Comme quand je tiens la porte pour Papa ? »
« Oui, exactement », dit Papa en riant.
Ce soir, le Ramadan commence chez les voisins.
Sami n'est pas grand, mais il aime beaucoup aider.
Il aime beaucoup goûter aussi.
Maman prépare une grande soupe rouge, douce et chaude.
Ça sent la tomate, le cumin, les pois chiches.
La vapeur fait des petits nuages.
Sami souffle dessus.
Les nuages dansent au-dessus de la marmite.
« On va porter des bols aux voisins », dit Maman.
« C'est la solidarité », dit Sami avec fierté.
Il goûte une cuillère.
« Mmm. Solidarité, c'est bon ! »
Tout le monde rit.
Le soleil descend doucement.
La lumière devient dorée.
Sur la fenêtre, un autocollant en forme de lune brille.
Sami chuchote : « Petite lune, tu viens avec nous ? »
La petite lune ne parle pas.
Mais elle semble cligner de l'œil.
C'est peut-être la magie du soir.
Papa allume une lanterne.
Elle est en métal, toute percée de petits trous.
La lumière fait des étoiles sur le mur.
Sami ouvre la bouche.
« Oh ! Les étoiles tombent dans le salon ! »
La lanterne ne tombe pas.
Elle danse un peu dans l'air, juste assez pour rire.
La porte sonne.
C'est Madame Aïcha, la voisine d'en face.
Elle tient un plateau.
« Bonjour, petit Sami. Chez moi, au Maroc, on aime la soupe et les dattes ce soir. Tu veux sentir ? »
Sami sent le plateau.
« Ça sent la fête », dit-il.
Il choisit une datte.
Elle colle un peu à ses doigts.
« C'est sucré comme un bisou », dit-il.
Tout le monde sourit.
Plus tard, Monsieur Karim arrive.
« Chez moi, en Turquie, on apporte du pain tout rond, tout moelleux. »
Il pose un grand pain doré sur la table.
Sami le met sur sa tête.
« Un chapeau moelleux ! »
Le pain tombe sur ses yeux.
Sami rit. Les adultes aussi.
La famille de Lalla Fanta descend l'escalier.
« Chez moi, au Sénégal, on prépare un jus rouge de fleurs. Ça s'appelle bissap. »
Elle verse un peu dans un verre.
Sami lèche une goutte sur sa main.
« C'est rouge qui rit ! » dit-il.
Son doigt devient rouge.
Il fait un petit point sur son nez.
Le point rouge rigole aussi, on dirait.
Dans l'immeuble, ça sent et ça chante.
Ça parle doucement.
Ça arrange des coussins.
Ça met des assiettes.
Sami porte des serviettes.
Il marche lentement, très concentré.
« Solidarité, c'est faire attention », murmure-t-il.
La petite lune se glisse sur le rebord de la fenêtre.
Elle regarde, curieuse.
La lanterne laisse des étoiles sur la table.
Elles se posent près des verres.
Elles brillent comme des poissons dans l'eau.
« Pourquoi on attend le soir ? » demande Sami.
Papa dit doucement :
« Ce soir, on se retrouve pour partager. On écoute nos corps. On remercie. On se fait du bien avec les autres. »
Sami comprend un peu.
Il comprend surtout que la table est grande et joyeuse.
Il comprend que ses voisins viennent de loin et de près.
Il comprend que chacun a un trésor à offrir.
La sonnette retentit encore.
C'est Madame Lin, du quatrième.
Elle apporte des oranges.
« Ce n'est pas ma fête, mais j'aime partager », dit-elle.
Sami applaudit.
« Solidarité ! » crie-t-il, content.
Le ciel devient violet.
Un silence doux passe sur la pièce.
On entend un léger tambour quelque part, très loin, comme un cœur qui bat.
Sami regarde ses mains.
Elles veulent aider encore.
« Tu peux donner le premier bol », dit Maman.
Sami prend le bol, avec Papa derrière lui, au cas où.
Il le donne à Madame Aïcha.
« Pour toi », dit-il.
« Merci », répond-elle, les yeux brillants.
Les cuillères plongent.
Ça fait « ploc, ploc » dans les bols.
On croque des dattes.
On déchire le pain.
On boit des gorgées qui glissent.
Les rires se mélangent.
Sami goûte à tout.
Un peu de soupe.
Un peu de pain.
Une petite bouchée sucrée.
Il rit quand une graine de sésame colle à sa joue.
Il rit quand une étoile de la lanterne se pose sur son cou.
Elle chatouille.
C'est magique et doux.
On se raconte des petits souvenirs.
« Chez moi, on allume une lanterne qui s'appelle fanous », dit Madame Aïcha.
« Chez moi, on partage avec les voisins de l'immeuble », dit Madame Lin.
« Chez moi, on fait des beignets qui dansent dans l'huile », dit Lalla Fanta.
Sami écoute.
Il aime ces mots venus d'ailleurs.
Ils sonnent comme des chansons.
La nuit arrive sans faire peur.
Elle vient comme une couverture.
Sami a un peu sommeil.
Il bâille.
Sa bouche devient très ronde.
« Solidarité, c'est comme une ronde », dit-il.
« On se tient la main. On fait un grand cercle. »
Il prend la main de Maman.
Puis celle de Papa.
Puis la main de Madame Aïcha.
Les mains se touchent.
Les yeux sourient.
La petite lune sur la fenêtre a l'air contente.
La lanterne brille encore, tout doucement.
Sami pose sa tête sur l'épaule de Maman.
« Je suis un petit bol de bonheur », chuchote-t-il.
« Tu es un grand cœur », dit Maman.
On range ensemble.
On laisse un bol pour le gardien.
On met des parts dans de petites boîtes.
Sami pose une boîte devant la porte d'un voisin absent.
Il touche la boîte tout doucement.
« Surprise de solidarité », dit-il.
Dans sa chambre, plus tard, Sami regarde le ciel.
Il voit la lune.
Elle est fine.
Elle est légère.
Elle lui envoie un clin d'œil.
Sami lui répond avec ses doigts.
« Bonne nuit, lune. Bonne nuit, voisins. Bonne nuit, solidarité. »
Son duvet est chaud.
Son cœur est plein comme un bol.
Il s'endort tranquille, avec un sourire qui brille.