1) Les lanternes de papier
Ce matin-là, Nabil a trois ans et des doigts tout collants de colle. Sur la table, il y a des bandes de papier rouge, jaune et bleu. Il les plie, il les roule, il les colle. Ça fait des lanternes en papier, toutes rondes, toutes légères.
« Regarde, Maman ! Une grande ! » dit Nabil, fier comme un petit coq.
Maman sourit. « Elle est très belle. On va décorer la maison pour Ramadan. Doucement, doucement. »
Nabil répète : « Dou-ce-ment, dou-ce-ment. » Ça le fait rire.
Papa passe la tête par la porte avec une pile de ficelle. « Chef des lanternes, tu veux de l'aide ? »
Nabil hoche fort la tête. Il veut aller vite, très vite, faire dix lanternes, cent lanternes, une pluie de lanternes ! Il met trop de colle sur une, et pof… le papier se colle à son pouce.
« Oh ! Mon pouce est prisonnier ! » annonce-t-il, avec un air très sérieux.
Papa souffle doucement. « On va le libérer. » Il décolle le papier avec patience. Maman essuie le pouce avec un petit chiffon tiède.
Nabil regarde sa lanterne un peu tordue. Il fait une moue. Maman pose une main douce sur son épaule. « Elle n'a pas besoin d'être parfaite. Elle peut être… modeste. Petite, simple, mais faite avec ton cœur. »
Nabil répète : « Mo-des-te. » Il aime ce mot. Il sonne comme une petite clochette.
2) La lumière qui attend
Quand les lanternes sont prêtes, on les accroche au salon. Elles balancent un peu, comme si elles chuchotaient entre elles. Le soleil glisse vers le soir. Dans la cuisine, ça sent la soupe et le pain chaud.
Nabil a un petit gobelet d'eau devant lui. Il sait qu'on attend le moment du repas. Il n'attend pas longtemps, juste un peu, parce qu'il est petit. Papa lui dit souvent : « Chacun avance à son rythme. »
Nabil regarde sa grande sœur, Lina. Elle est assise calmement, elle colore un croissant de lune. Nabil, lui, remue sur sa chaise.
« Lina, tu fais vite ! » dit-il.
Lina rit. « Moi, je fais doucement. Toi aussi, tu peux. »
Nabil plisse les yeux. Doucement… ce n'est pas facile. Alors il se lève, va vers ses lanternes, et les touche du bout des doigts.
Et là, juste là, une petite chose merveilleuse arrive : la lanterne bleue clignote. Pas fort. Un minuscule clin d'œil, comme un secret.
Nabil chuchote : « Tu sais attendre, toi ? »
La lanterne, bien sûr, ne parle pas. Mais elle bouge très légèrement, et Nabil comprend quand même. Elle attend sans se presser. Elle n'essaie pas d'être la plus brillante. Elle est juste… là.
Nabil revient à table et essaye un jeu. Il pose ses mains sur ses genoux. Il compte : « Un… deux… trois… » Puis il recommence. Quand il oublie et gigote, il rit et recommence encore. Personne ne se fâche. Maman dit : « C'est normal, tu apprends. »
3) Un soir tout doux
Enfin, le moment arrive. On met les assiettes, on verse l'eau, on partage les dattes. Nabil boit une petite gorgée et soupire : « Mmm… c'est bon. »
Papa dit : « Bravo, tu as attendu à ta façon. »
Nabil gonfle un peu la poitrine. « À mon rythme ! »
Après le repas, on allume une petite bougie dans un bocal, bien au centre, loin des mains. La lumière danse et les lanternes brillent autour, comme un petit ciel dans le salon.
Lina montre son dessin. « Mon croissant de lune est un peu de travers. »
Maman répond : « Il est parfait pour toi. Modeste et joli. »
Nabil regarde toutes les lanternes. La grande est un peu de travers aussi. Et alors ? Elle éclaire quand même. Elle rend la maison chaleureuse. Nabil se sent léger, comme si son cœur avait mis un pyjama.
Avant d'aller dormir, il dit à sa lanterne bleue : « Merci d'attendre avec moi. »
La lanterne clignote une dernière fois, tout doucement. Nabil sourit, puis il prend la main de Papa, la main de Maman. La maison est calme. Le Ramadan peut continuer, tranquille, à petits pas, au rythme de chacun.