Chapitre 1 : L'idée la plus géniale (ou presque)
Dans le salon, Arthur se tortille sur le canapé, les bras en l'air, les doigts pianotant dans le vide. À côté de lui, Alban, son frère jumeau, observe le plafond d'un air concentré, la langue coincée entre ses dents. Bien qu'ils soient nés le même jour, tout les oppose. Arthur adore faire rire tout le monde avec ses grimaces et ses pas de danse bizarres, alors qu'Alban préfère bricoler des trucs incroyables avec des morceaux de carton et des rouleaux de papier toilette.
Ce matin-là , après une bataille de coussins (gagnée de justesse par Arthur grâce à une feinte spectaculaire), une idée illumine soudain leurs visages.
— Et si on faisait un spectacle pour Papa et Maman ? chuchote Arthur, les yeux brillants comme deux billes.
Alban bondit sur ses pieds, emballé.
— Oui ! On pourrait inventer des blagues, des chansons, des tours de magie… Et même un numéro avec le chat !
Arthur grimace.
— Le chat ? Tu veux dire Pompon ? Mais il ne sait même pas rester assis plus de deux secondes !
Alban réfléchit.
— On mettra une récompense à la fin, comme une croquette géante ! Il sera ravi.
Ils filent dans leur chambre, s'emparant de tout ce qui brille, fait du bruit ou peut servir de déguisement. Alban coud à toute vitesse deux capes avec de vieux draps, pendant qu'Arthur s'entraîne à jongler avec des chaussettes roulées en boule (il en rate une sur deux, mais ça fait rire les poissons rouges).
— On aura besoin d'un rideau pour le début du spectacle, dit Alban.
— Facile ! lance Arthur. On prend la nappe de Mamie, elle est assez grande !
Ils chuchotent, rigolent, empilent les coussins pour faire une scène et transforment la lampe de chevet en projecteur. Arthur se coiffe d'une passoire, Alban enfile les lunettes de soleil de Papa. Spectacle ou carnaval ? Difficile à dire.
Quand tout est prêt, ils se regardent, essoufflés mais fiers.
— Tu crois qu'ils vont aimer ? demande Arthur.
— Sûr ! Papa adore quand tu fais le robot qui danse, et Maman adore quand je rate mes tours de magie.
Ils éclatent de rire. C'est décidé : à 18h, le grand spectacle commencera.
Chapitre 2 : Les préparatifs catastrophiques
L'après-midi file à toute vitesse. Arthur répète ses blagues devant le miroir. Il fait une grimace, puis une autre, jusqu'à ce que son nez ressemble à une patate et que ses oreilles pointent vers le ciel.
Alban essaie d'apprendre un tour de magie avec une pièce de monnaie. Malheureusement, la pièce disparaît vraiment… dans la bouche de Pompon, qui la mord et s'enfuit sous le lit. Alban rampe, Arthur retient son souffle, mais Pompon ne revient qu'avec la queue en panache et un air très fier.
— On va dire que c'était un tour de magie super réussi, chuchote Arthur en haussant les épaules.
Dans la cuisine, ils chipent quelques bonbons pour la scène du goûter magique. Ils installent le rideau (la précieuse nappe de Mamie) entre deux chaises. Mais la nappe, trop lourde, glisse et entraîne une pile de livres qui s'effondre dans un grand BOUM.
— On fait comme si c'était le tonnerre avant l'apparition des artistes ! propose Arthur, essayant de transformer chaque bêtise en génie créatif.
Alban s'occupe de l'éclairage. Il place la lampe de chevet derrière un saladier recouvert de papier d'alu, persuadé que ça fera des « effets spéciaux de folie ».
— Attention, ça chauffe, prévient Arthur. Si le saladier fond, on aura une soupe de lumière.
Ils rient si fort que Pompon file se cacher sous le canapé.
Quand vient l'heure du spectacle, les deux frères sont prêts. Enfin, presque.
— Où est passée la liste des numéros ? panique Arthur.
Alban fouille dans ses poches, sous le lit, dans la boîte à chaussettes… Rien !
— On va improviser, souffle-t-il, l'air de rien.
Arthur gonfle le torse. — On est les rois de l'impro, t'as oublié ?
Chapitre 3 : Le spectacle le plus fou du monde
Papa et Maman s'installent sur le canapé, deux spectateurs impatients et hilares rien qu'à les voir avec leurs costumes farfelus.
Alban tire le rideau-nappe avec un grand geste théâtral. Arthur déboule en dansant le moonwalk (ou plutôt un truc qui s'en approche si on ferme un œil), coiffé de la passoire et brandissant une spatule comme un micro.
— Mesdames et messieurs, bienvenue au spectacle le plus fou du monde ! crie-t-il.
Alban, en maître de cérémonie, présente le premier numéro : « L'incroyable jongleur des chaussettes ! » Arthur lance trois chaussettes en l'air. L'une atterrit sur la tête de Papa, l'autre dans le bol du chat, la dernière… nulle part. Fou rire général.
Puis vient le tour de magie d'Alban, qui doit faire disparaître un biscuit. Il marmonne des formules inventées (« abracadabra, chocolat tout droit dans mon estomac ! ») et le biscuit disparaît… croqué en douce par Pompon, qui surgit pile au bon moment.
Maman rit si fort qu'elle en perd ses lunettes. Papa applaudit, hilare.
Arthur enchaîne avec une imitation de Maman en train de chercher ses clés (« Mais où sont mes lunettes ? Ah non, c'est mes clés ! »), ce qui provoque une crise de rire dans toute la pièce.
Mais soudain, alors qu'ils tentent le grand final – une pyramide humaine sur le canapé – catastrophe ! La nappe glisse, les coussins dégringolent, Alban tombe sur Arthur, Arthur tombe sur le chat, et tout le monde atterrit dans un tas de rires et de bras emmêlés.
— On avait dit pas le chat dans la pyramide ! s'exclame Arthur, la tête coincée sous un coussin.
— Pompon est le chef d'orchestre, il voulait diriger ! rigole Alban.
Le spectacle, c'est certain, restera dans les annales familiales.
Chapitre 4 : Les rois du bricolage et de la réparation
Quand tout le monde se relève, c'est la débâcle : la nappe de Mamie est froissée, la lampe de chevet a perdu son abat-jour, et le saladier en alu ressemble maintenant à un casque de cosmonaute cabossé.
— Euh… on dirait que le décor a un peu souffert, murmure Arthur.
Maman ramasse la nappe, l'air amusé mais malicieux.
— Il va falloir réparer tout ça avant le dîner, mes petits artistes !
Papa, lui, ne peut s'empêcher de prendre une photo. — Voilà une équipe de choc !
Arthur et Alban se jaugent.
— On s'y met ? demande Alban.
— On n'a pas le choix… Si Mamie voit la nappe comme ça, elle va croire qu'on a fait une bataille de spaghetti dedans !
Les jumeaux filent chercher le fer à repasser (sous haute surveillance de Maman), du scotch, des épingles à linge, du papier et plein d'idées.
Arthur s'occupe de défroisser la nappe avec Maman, pendant qu'Alban tente de redonner forme au saladier. Il appuie, il tape (pas trop fort), il souffle dessus comme si c'était une montgolfière. Pompon, fasciné, joue à cache-cache dans les plis de la nappe.
Pour la lampe, Alban a une idée de génie. Il colle une feuille de papier jaune dessus et un sourire dessiné au feutre. Résultat : une lampe qui sourit, c'est nettement mieux qu'une lampe toute simple !
Ensemble, ils réinstallent le salon. Les coussins retrouvent leur place (sauf un, qui a mystérieusement disparu, peut-être mangé par le canapé). La nappe est presque comme neuve, et le saladier brille de mille bosses.
Papa et Maman les regardent, attendris.
— On dirait des lutins farceurs, dit Maman.
Arthur bombe le torse.
— On est les rois du bricolage ! Et des bêtises… ajoute-t-il, en jetant un clin d'œil à Alban.
Chapitre 5 : La récompense des champions
Le soir venu, la famille se régale devant des crêpes au chocolat. Arthur raconte encore et encore la chute de la pyramide, Alban mime le chat chef d'orchestre, et Pompon ronronne, fier d'avoir volé la vedette.
— C'était le meilleur spectacle du monde ! affirme Papa.
— Même avec les catastrophes ? demande Arthur.
— Surtout avec les catastrophes, répond Maman en souriant. Les souvenirs les plus drôles, c'est ceux qu'on improvise.
Arthur et Alban se regardent. Malgré les chamailleries, les capes de travers et les gaffes, ils ont réussi. Ensemble.
— La prochaine fois, propose Alban, on fait un spectacle de marionnettes. Comme ça, si ça s'écroule, c'est juste la marionnette qui tombe !
Arthur éclate de rire.
— Marché conclu ! Mais on laisse la nappe de Mamie tranquille, promis !
La soirée s'achève dans une montagne de crêpes et de rires, avec la promesse d'un autre spectacle, un jour ou l'autre. Après tout, dans cette famille, chaque journée est une aventure, et chaque bêtise un souvenir précieux.
Et c'est bien mieux comme ça.