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Histoire de petits enquêteurs 11 à 12 ans Lecture 22 min.

Le mystère du porte-monnaie au banc vert

Quand Madame Lenoir perd son porte‑monnaie, Nino, un garçon très observateur, et son ami Sam suivent des indices entre le parc et le cimetière pour reconstituer le chemin et découvrir ce qui s'est passé, aidés par un banc qui semble tout savoir.

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Nino, un garçon enquêteur aux oreilles légèrement pointues et au regard malicieux, avec un halo de poussière dorée autour des doigts, sourit en tenant un petit carnet et un crayon, assis sur le bord d’un banc vert écaillé ; Sam, collégien athlétique au sac de sport à la taille, bras croisés et air protecteur, se tient debout à gauche ; Lina, fillette en veste jaune, joueuse et timide, tient une petite poche ouverte, yeux baissés et humides, près de Sam ; Madame Lenoir, vieille dame au chapeau violet et sourire reconnaissant, serre un porte-monnaie marron avec un porte‑clé oiseau près d’un kiosque en bois patiné dont le tiroir des objets trouvés est ouvert ; Monsieur Dubreuil, homme à moustache ronde, calme et aimable, tient une laisse à côté d’un chien renifleur ; le cadre est un petit parc urbain lumineux (bancs verts fissurés, allée en gravier clair, arbres à feuillage doux, grille en fer noir au loin) : moment chaleureux de restitution au crépuscule, atmosphère de réparation et de gratitude, composition serrée et palette verte, jaune et brun chaud, textures détaillées de bois, tissu et métal. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le banc qui sait écouter

Dans le petit parc de la rue des Tilleuls, il y avait un banc vert, un peu écaillé, qui grinçait quand on s'asseyait dessus. Tout le monde le connaissait. Certains disaient même qu'il avait de la mémoire.

Moi, je le surveillais souvent. Pas parce que j'aimais le grincement (même si ça fait un bruit de vieux violon), mais parce que les gens y laissent parfois des indices : un ticket de caisse, un bouton, une miette de croissant… Et les miettes, ça parle. Enfin, quand on sait regarder.

Je m'appelle Nino. Je ressemble à un garçon, mais si tu me croises un jour, tu remarqueras deux choses : mes oreilles sont un peu pointues et, quand je suis concentré, une fine poussière dorée flotte autour de mes doigts. Je fais semblant que ce sont des peluches de pull. Ça passe.

Ce mercredi-là, je m'étais assis sur le banc avec un carnet et un crayon. Je notais les allées et venues, comme un vrai détective. Une dame au chapeau violet passait toujours à 16 h 10. Un collégien courait en retard en mangeant une pomme. Et un monsieur à moustache promenait un chien qui tirait comme un petit tracteur.

Puis, quelque chose a changé.

Une vieille dame est arrivée, essoufflée, les joues roses. Elle a fouillé ses poches, son sac, ses manches (oui, carrément), puis elle s'est figée.

— Oh non… mon porte-monnaie…

Elle s'est assise lourdement sur le banc. Le bois a couiné comme pour compatir.

— Il était là, ce matin, a-t-elle murmuré. J'avais mis de côté pour acheter des graines pour les oiseaux… et de quoi faire un gâteau pour mon petit-fils.

Je me suis approché, doucement.

— Vous l'avez perdu ici ?

Elle a levé des yeux brillants mais pas méchants.

— Peut-être. Ou au… au cimetière. Je reviens toujours par le parc. Je m'appelle Madame Lenoir.

Le mot « cimetière » m'a fait dresser les oreilles. Pas de peur : plutôt d'intérêt. Le cimetière ancien du quartier, avec ses pierres moussues et ses allées tranquilles, est un endroit sûr. On y entend surtout le vent et les mésanges.

— Je peux vous aider, Madame Lenoir, ai-je proposé.

Elle a eu un petit rire triste.

— Tu es bien aimable. Mais… comment pourrais-tu ?

Je me suis redressé.

— Je suis… très observateur.

Derrière moi, le banc grinçait doucement, comme s'il disait : « Vas-y, Nino. »

Avant de partir, j'ai regardé l'endroit où Madame Lenoir s'était assise. Une trace humide, une petite plissure de tissu… et, au sol, une chose brillante : un confetti de papier argenté, comme ceux qu'on trouve sur les emballages de bonbons.

Je l'ai ramassé et je l'ai glissé dans mon carnet.

L'enquête commençait.

Chapitre 2 : Trois indices et une pomme croquée

Je me suis mis à tourner autour du banc, en faisant attention à ne pas avoir l'air trop louche. Les adultes trouvent vite qu'un enfant qui examine le sol est « bizarre ». Moi, je préfère « méthodique ».

Près d'un pied du banc, j'ai repéré une marque : une traînée de terre sèche, comme si une chaussure avait glissé. À côté, un petit bout de ficelle rouge, très fin, accroché à une écharde.

Deuxième indice : le confetti argenté.

Troisième indice : une odeur légère de menthe. Pas un parfum de luxe. Plutôt un chewing-gum.

Je me suis accroupi, crayon prêt. Si tu veux aider, pose-toi ces questions :

1) Qui mange des bonbons emballés en argenté ?

2) Qui pourrait avoir de la ficelle rouge ?

3) Qui mâche de la menthe en passant ?

À ce moment-là, le collégien à la pomme est revenu, en marchant cette fois. Il portait un sac de sport et un pull noué à la taille. Il a ralenti en me voyant.

— Tu fais quoi ? Tu cherches un trésor ?

— Presque. Tu as vu Madame Lenoir ? Elle a perdu son porte-monnaie.

Il a froncé les sourcils, puis a regardé le banc.

— La dame au chapeau… euh non, ça c'est pas elle. Madame Lenoir, oui, je la vois des fois au cimetière. Elle parle aux oiseaux.

Je me suis rapproché.

— Tu étais là tout à l'heure ?

— J'suis passé en courant. Et j'ai failli glisser là, a-t-il dit en montrant la traînée de terre. J'ai évité le banc de justesse. Pourquoi ?

Je lui ai montré le confetti.

— Tu manges des bonbons ?

— Non, j'ai mangé une pomme, Sherlock.

Il a souri. J'ai aimé son ton : pas moqueur, plutôt amusé.

— Tu mâches du chewing-gum à la menthe ?

— Jamais. Ça colle aux dents.

Donc, pas lui.

— Et la ficelle rouge ?

Il a secoué la tête.

— J'fais du basket. On a des lacets, pas des ficelles.

Il s'est penché, soudain intéressé.

— Tu veux que je t'aide ?

J'ai hésité une seconde. Travailler en duo, c'est plus efficace. Et puis, on remarque mieux les choses à deux.

— D'accord. Je m'appelle Nino.

— Moi c'est Sam.

Je lui ai montré mon carnet.

— On va suivre le trajet de Madame Lenoir. Elle pense l'avoir perdu au cimetière ou ici. Le banc est notre point de départ.

Sam a tapoté le dossier du banc.

— Ce machin a l'air d'avoir tout vu.

Le banc a grincé, comme pour dire : « Exactement. »

Nous avons décidé d'aller d'abord au cimetière. Parce que si le porte-monnaie est là-bas, il ne bougera pas beaucoup. Les pigeons ne font pas les poches.

Chapitre 3 : L'allée des pierres moussues

Le cimetière ancien était à dix minutes à pied. Le portail en fer faisait un bruit de gorge quand on le poussait : « rrrr… ». À l'intérieur, l'air sentait la pierre froide et les feuilles. Rien d'effrayant. Juste calme, comme une bibliothèque en plein air.

— On a le droit ? a chuchoté Sam, comme si les tombes pouvaient répondre.

— Oui, tant qu'on respecte. On marche doucement, on parle bas, et on ne touche pas aux fleurs des autres.

J'ai ajouté, plus pour moi que pour lui :

— Et on dit merci, quand on est aidé.

Sam m'a lancé un regard bizarre.

— Merci à qui ?

Je n'ai pas répondu. Disons que j'ai mes habitudes.

Nous avons suivi l'allée principale. Madame Lenoir avait dit qu'elle venait « parler aux oiseaux ». Ça pouvait être près du vieux if, là où les moineaux se rassemblent, ou près de la fontaine sèche où les pigeons aiment se poser.

On s'est arrêtés devant un banc de pierre, au fond, avec une vue sur une rangée de tombes anciennes. Sur le sol, des graines de tournesol étaient éparpillées.

— Voilà, a murmuré Sam. Elle nourrit les oiseaux ici.

Je me suis accroupi. Parmi les graines, j'ai aperçu quelque chose : une petite trace de chocolat, comme une tache brune sur un caillou. Et à côté, un bout d'emballage… argenté.

Sam a ouvert de grands yeux.

— Pareil que ton confetti !

— Oui. Donc quelqu'un a mangé des bonbons ici aussi.

Je me suis mis à regarder autour. Sur une tombe, une couronne de fleurs artificielles tenait avec un fil rouge.

Je me suis figé.

— La ficelle…

Sam s'est penché.

— C'est juste un fil pour tenir les fleurs.

— Peut-être. Mais c'est le même rouge que celui du parc. Et regarde…

Au pied de la tombe, un petit morceau du fil était arraché, comme si quelqu'un l'avait tiré.

Sam a frotté son menton, très sérieux.

— Alors… quelqu'un a pris le fil ici, est allé au parc, et a perdu un bout au banc ?

— Ou l'inverse. Ou encore : quelqu'un est passé par ici et par le banc. Comme Madame Lenoir.

Nous avons continué à chercher, en longeant les tombes. Je remarquais les détails : des empreintes de semelles dans la poussière, des feuilles déplacées, des pétales écrasés.

Et puis, près d'un vieux mausolée, j'ai senti l'odeur de menthe. Très nette. Comme si un chewing-gum venait d'être mâché là.

Sam l'a senti aussi.

— Beurk, quelqu'un mâche ici ? On dirait une publicité pour dentifrice au milieu des tombes.

J'ai souri malgré moi.

Sur le gravier, une trace de pas partait vers la sortie. Des pas petits, rapides, avec une semelle en zigzag.

— Tu connais quelqu'un qui porte ce genre de chaussures ? ai-je demandé.

Sam a haussé les épaules.

— Les sixièmes, souvent. Ou… ma petite sœur.

Une idée m'a traversé.

— On va demander à Madame Lenoir où elle est passée exactement. Et à quelle heure.

Nous avons quitté le cimetière en silence. Avant de franchir le portail, j'ai chuchoté :

— Merci pour le calme.

Sam m'a regardé encore plus bizarrement.

— Tu remercies… le cimetière ?

— Je remercie l'endroit de nous avoir laissé chercher tranquillement.

Il a soufflé.

— T'es spécial, toi.

Je n'ai pas nié.

Chapitre 4 : La piste de la menthe

Nous avons retrouvé Madame Lenoir dans le parc, toujours près du banc vert. Elle tenait un petit sachet de graines, l'air découragé.

— On a trouvé des indices au cimetière, ai-je annoncé. Vous y étiez à quelle heure ?

Elle a plissé les yeux, cherchant dans sa mémoire.

— Vers onze heures, je crois. J'ai donné des graines, puis je suis passée près du vieux mausolée, parce que… je m'y recueille parfois. Ensuite je suis sortie et j'ai traversé le parc. J'ai dû m'asseoir ici deux minutes, le temps de reprendre mon souffle.

Sam a sorti son téléphone.

— À onze heures… Qui était dans le cimetière à ce moment-là ?

Madame Lenoir a hésité.

— J'ai vu le gardien, bien sûr. Et… une petite fille qui courait, avec un sac à dos. Elle mâchait quelque chose. Elle a failli bousculer une couronne de fleurs.

Sam a sursauté.

— Une petite fille ? Avec un sac à dos ? Ça ressemble à ma sœur, Lina. Mais elle n'a rien à faire au cimetière à onze heures !

Madame Lenoir a ajouté :

— Elle avait une veste jaune.

Sam a blêmi.

— C'est elle.

Je me suis penché vers Sam.

— On ne conclut pas trop vite. On vérifie.

Madame Lenoir nous a regardés avec inquiétude.

— Tu crois… qu'elle a volé mon porte-monnaie ?

— Pas forcément, ai-je dit. Un porte-monnaie peut tomber. Et quelqu'un peut le ramasser sans savoir à qui il est.

Sam s'est mordu la lèvre.

— Lina fait parfois n'importe quoi… mais elle n'est pas méchante.

Je lui ai tapoté l'épaule.

— Justement. On va résoudre ça calmement.

J'ai observé le banc. Un banc, c'est comme une scène de théâtre : il voit passer des histoires, des disputes, des réconciliations. Et parfois, des objets perdus.

Je me suis accroupi sous l'assise. Une feuille était coincée, avec une trace de boue dessus. La même boue que celle du cimetière : grise, fine, presque poudreuse.

— Madame Lenoir, votre porte-monnaie est comment ? ai-je demandé.

— Marron, avec une fermeture dorée. Et un petit porte-clés… en forme d'oiseau.

Un porte-clés oiseau. Ça, c'est un détail qu'on ne confond pas.

Sam a pris une grande inspiration.

— On va chez moi. Je dois parler à Lina.

— On y va. Mais sans l'accuser. On pose des questions. Et on écoute.

Madame Lenoir a serré son sachet de graines contre elle.

— Merci, les garçons. Je… je suis reconnaissante. Même si vous ne retrouvez rien, votre gentillesse me réchauffe.

Ses mots m'ont fait un drôle d'effet, comme une lumière douce dans la poitrine.

— On va le retrouver, ai-je promis.

Le banc a grincé, comme pour sceller la promesse.

Chapitre 5 : Le sac à dos jaune

Chez Sam, ça sentait la lessive et le chocolat. Un parfum très sérieux : celui des maisons où on goûte bien.

Lina était dans le salon, vautrée sur le tapis, en train de bricoler un bracelet. Elle avait une veste jaune sur le dossier d'une chaise. Et, évidemment, un chewing-gum à la menthe.

Sam a croisé les bras.

— Lina. Où tu étais ce matin à onze heures ?

Elle a levé les yeux, surprise.

— Euh… dehors.

— Où dehors ?

— Ben… je me suis baladée.

Sam s'est approché.

— Au cimetière ?

Lina a avalé sa salive. Ses joues ont rougi.

— Peut-être.

Sam a soufflé fort, comme une bouilloire.

Je me suis interposé, le plus calme possible.

— Lina, on ne te gronde pas. On cherche un porte-monnaie perdu. Tu as peut-être vu quelque chose.

Lina a regardé ses mains.

— J'ai pas voulu faire de bêtise. J'ai juste… suivi un chat. Il était blanc avec une tâche noire sur l'oreille. Il est passé par un trou dans la grille. Et moi, j'ai voulu voir.

Sam a ouvert la bouche, puis l'a refermée. Il connaissait sa sœur : quand elle voit un chat, son cerveau se met en mode « mission ».

— Et le porte-monnaie ? ai-je demandé doucement.

Lina a pointé un doigt vers l'entrée.

— Il est là.

Sam et moi nous sommes regardés.

— Là ? a répété Sam.

Lina a hoché la tête, vite, comme si elle voulait en finir.

— J'ai vu une dame au cimetière. Elle a sorti des graines. Après, près du portail, j'ai vu un truc tomber. Un porte-monnaie. Je l'ai ramassé. Je voulais courir après elle, mais… le chat est reparti et j'ai… j'ai hésité.

Sam a grogné.

— Donc tu l'as gardé.

— Non ! a protesté Lina. Je l'ai posé sur le banc du parc pour que la dame le retrouve quand elle repasserait. Sauf que… y avait des grands qui jouaient au ballon, j'ai eu peur qu'ils me le prennent. Alors je l'ai caché.

Mon cœur a fait un bond.

— Caché où ?

Lina a montré son sac à dos posé près du canapé.

— Dedans. Dans la petite poche.

Sam a attrapé le sac, l'a ouvert, et a fouillé. Rien. Il a fouillé encore, plus vite.

— Il n'y est pas !

Lina a pâli.

— Si, je te jure…

Elle a vidé la poche. Un mouchoir, deux bonbons, un bout de fil rouge… et un ticket de bus froissé. Pas de porte-monnaie.

Sam s'est tourné vers moi, paniqué.

— Il a disparu. Là, c'est grave.

Je me suis forcé à respirer lentement.

— On reprend. Lina, tu dis que tu l'as caché dans ton sac. Ensuite, tu as fait quoi ?

— Je suis rentrée… Je me suis assise sur le banc du parc pour refaire mon lacet. Et… j'ai laissé le sac par terre, juste à côté du banc, le temps de… de boire à la fontaine.

Je me suis rappelé la traînée de terre. Le sac posé au sol. Quelqu'un a pu l'ouvrir.

— Il y avait quelqu'un près du banc ? ai-je demandé.

Lina a réfléchi.

— Un monsieur avec un chien. Et… un autre monsieur qui m'a dit : “Tu devrais pas laisser ton sac ouvert.” Il avait une moustache.

Sam a levé un doigt.

— Le monsieur à moustache ! Celui qui passe souvent au parc. Avec le chien tracteur.

Je me suis redressé.

— On retourne au banc. Maintenant.

Lina a attrapé sa veste jaune.

— Je viens. Je veux réparer.

Sam a hésité, puis a dit :

— D'accord. Mais tu restes près de nous.

Sur le chemin, Lina a marmonné :

— J'aurais dû courir après la dame. J'ai voulu bien faire…

Je lui ai répondu, sans la juger :

— Bien faire, c'est aussi demander de l'aide quand on ne sait pas. Tu pourras le dire à Madame Lenoir. Et la remercier de te laisser une chance.

Lina a acquiescé, les yeux humides.

Chapitre 6 : Le chien, la moustache et la gratitude

Au parc, le banc vert nous attendait, fidèle. Nous avons scruté les alentours. Et, comme si l'univers aimait les enquêtes bien faites, le monsieur à moustache était là, justement, avec son chien qui tirait sur la laisse.

Sam s'est avancé, droit comme un piquet.

— Monsieur, excusez-moi. Vous étiez ici tout à l'heure, près du banc, quand ma sœur a posé son sac ?

Le moustachu a cligné des yeux.

— Ta sœur ? La petite en jaune ? Oui, je l'ai vue.

Lina s'est cachée derrière Sam, mais elle a quand même levé la main.

— Bonjour…

Le monsieur a souri, pas méchant.

— Bonjour, petite.

J'ai pris la parole.

— Un porte-monnaie a disparu. Marron, avec un porte-clés oiseau. Vous l'auriez vu ?

Le chien a reniflé le sol, très intéressé, comme s'il cherchait aussi. Le moustachu a soupiré.

— J'ai vu un porte-monnaie, oui. Par terre, près du banc. Je pensais qu'il appartenait à la petite. Je lui ai dit de fermer son sac. Elle est partie vers la fontaine, alors… je l'ai ramassé pour le lui rendre. Mais quand elle est revenue, elle était déjà repartie.

Sam a serré les poings.

— Et vous en avez fait quoi ?

Le moustachu a levé les mains.

— Doucement, jeune homme. Je l'ai apporté au kiosque du gardien du parc. On y dépose les objets trouvés.

Je me suis tourné vers Sam.

— Ça se tient. On vérifie.

Nous avons couru jusqu'au petit kiosque en bois, près de l'entrée. Le gardien, un homme grand avec une casquette, était en train de remplir une bouteille d'eau.

— Bonjour, a dit Sam, essoufflé. On cherche un porte-monnaie marron, avec un oiseau.

Le gardien a ouvert un tiroir, tranquille, comme s'il sortait un secret.

— J'ai ça, oui. Déposé il y a une heure.

Il a posé sur le comptoir un porte-monnaie marron, fermeture dorée, porte-clés oiseau.

Madame Lenoir est arrivée derrière nous, appelée par Sam au téléphone. Quand elle a vu l'objet, elle a porté sa main à sa bouche.

— Oh… mon petit oiseau…

Ses épaules se sont relâchées d'un coup, comme si elle retirait un sac lourd.

Lina s'est avancée, tremblante.

— Madame… c'est moi qui l'ai ramassé. Je voulais vous le rendre, mais j'ai fait n'importe quoi. Je suis désolée. Merci de… de ne pas être fâchée.

Madame Lenoir a regardé Lina longtemps. Puis elle a souri, doucement.

— Tu as voulu aider. Tu t'es trompée, mais tu es revenue pour réparer. C'est courageux. Merci, ma chérie.

Lina a essuyé ses yeux du revers de sa manche.

Sam a soufflé, soulagé.

— Et merci, Monsieur… euh…

— Monsieur Dubreuil, a dit le moustachu. Et merci à toi de demander au lieu d'accuser.

Je me suis senti chaud de fierté, comme si la poussière dorée dans mes doigts voulait applaudir.

Madame Lenoir a ouvert le porte-monnaie, a vérifié rapidement, puis l'a refermé.

— Tout est là. Je suis… tellement reconnaissante. Vous m'avez rendu plus que de l'argent. Vous m'avez rendu ma journée.

Elle a sorti un petit sachet de bonbons à l'emballage argenté.

— Tenez. Pour vous remercier.

Sam a pris un bonbon, hésitant.

— Euh… merci.

Lina en a pris un aussi, puis a ajouté :

— Merci, Madame Lenoir. Et… merci, Nino. Et merci, Sam.

Je me suis tourné vers le banc, au loin. Il grinçait légèrement sous le vent, comme s'il riait.

— De rien, ai-je murmuré. Et merci… à ceux qui laissent des indices.

Sur le chemin du retour, Sam a dit, en croquant son bonbon :

— Au fait, Nino… comment t'as su pour l'emballage et la menthe ?

Je lui ai répondu en haussant les épaules.

— Le monde parle. Faut juste l'écouter. Comme un banc.

Sam a éclaté de rire.

— T'es vraiment spécial.

Je n'ai toujours pas nié. Et, dans ma poche, mon carnet pesait un peu plus lourd : une enquête de plus, et une gratitude de plus, bien rangées entre deux pages.

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Compatir.
Ressentir de la sympathie pour la peine d'une autre personne.
Méthodique
Qui fait les choses dans un ordre calme et bien organisé.
Traînée
Marque laissée en surface quand quelque chose a glissé ou passé.
Mausolée,
Grand monument solide où l'on honore une personne décédée.
Moussues
Recouvertes d'une couche douce et verte appelée mousse.
Recueille
Se poser en silence pour penser ou respecter quelqu'un ou quelque chose.
Assise
Position où une personne est posée sur un siège ou un banc.
Essoufflée,
Qui a du mal à respirer rapidement après un effort.
Kiosque
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