Lina a quatre ans. Elle vit dans la grande cité de demain, celle qu'on appelle Haut-Jardin. Tout est très haut, très doux. Les tours brillent comme des coquillages. Et sur leurs balcons poussent des fraises, des menthes et des petites tomates rondes.
Ce matin-là, Lina serre contre elle un sac de livres. Des livres légers, avec des images, des pages un peu froissées, et des histoires qui sentent la sieste. Elle traverse un pont transparent. Sous ses pieds, des trains silencieux glissent comme des poissons.
Sur la grande place, il y a un arbre énorme. Un arbre-ombrage. Ses feuilles sont vertes, et entre les branches, de minuscules lampes s'allument quand on rit. Autour, des bancs en bois vivant se réchauffent tout seuls. Et au milieu, une table ronde attend.
Lina pose son sac. Elle lisse sa robe. Elle chuchote : « Bonjour, place. Aujourd'hui, on troque des livres. »
Son petit robot-bille roule près d'elle. Il s'appelle Pipo. Il a un œil bleu qui cligne gentiment. « Je peux aider ? » demande Pipo.
« Oui, Pipo. Fais un panneau ! »
Pipo projette dans l'air des lettres lumineuses : TROUCA-BOOKS. Lina fronce le nez. « C'est pas ça. C'est “TROC DE LIVRES”. »
Pipo recommence, tout lentement. TROC DE LIVRES. Les lettres flottent, comme des bulles sages.
Les voisins arrivent. Il y a monsieur Nao avec son chapeau solaire. Il y a Myriam, qui porte un livre sur les étoiles. Il y a deux enfants qui tiennent un album de dinosaures. On sourit. On dit bonjour.
Lina prend une petite cloche qui fait un “ding” doux. « On échange. Un livre contre un livre. Et on dit merci. »
Tout se passe bien. Les livres passent de main en main. Lina reçoit un livre sur une forêt qui parle. Elle en donne un sur un chat qui apprend à compter.
Puis, petite péripétie : un grand souffle de vent arrive, sorti des rues hautes. Les pages s'envolent comme des oiseaux de papier.
« Oh ! » fait Lina, les yeux ronds.
Pipo roule vite. « Je lance les mains-ventouses ! » Il ouvre de petits bras souples qui attrapent les feuilles sans les déchirer.
Monsieur Nao appuie sur son bracelet. Une bulle d'air calme se pose autour de la table. Le vent devient tout petit, comme un soupir. Myriam rit : « Merci, la cité ! »
Lina ramasse le dernier livre. Elle le serre contre son cœur. « On a sauvé les histoires. »
Quand le soleil descend, l'arbre-ombrage allume ses lampes. Une odeur de menthe arrive d'un balcon. Lina s'assoit sur un banc chaud, avec son nouveau livre.
« C'était bien, » dit-elle.
Pipo cligne de l'œil. « On recommence demain ? »
Lina bâille, rassurée. « Oui. Les histoires aiment revenir. » Et, sur la place, tout reste calme et lumineux.