Dans la grande cité du futur, les immeubles montent très haut, comme des piles de cubes brillants. Les fenêtres sont comme des yeux doux. Les rues sont propres, et des lignes de lumière glissent au sol pour dire où marcher. Au-dessus, des petits drones passent lentement, comme des poissons dans le ciel.
Léo a quatre ans. Il a un petit sac sur le dos, léger, et un casque rond sur la tête. Son casque ne serre pas. Il tient chaud juste ce qu'il faut. Sur son poignet, un bracelet-clair s'allume quand il sourit.
Aujourd'hui, Léo a une mission joyeuse : installer des nichoirs pour oiseaux mécaniques.
Les oiseaux mécaniques sont petits. Ils ont des ailes en métal fin, des plumes en plastique doux, et un cœur-batterie qui fait « bzz-bzz » très doucement. Ils ne piquent pas. Ils ne mordent pas. Ils chantent des chansons simples, comme des bulles.
Avec Léo, il y a Ronda, un robot aidant. Ronda est haute comme un grand coussin. Elle roule sur deux roues silencieuses. Elle a des bras souples et des mains qui savent tenir sans serrer. Son visage est un écran rond avec deux yeux bleus tranquilles.
« Prêt, Léo ? » dit Ronda.
« Oui ! On met les maisons des zozios-robots ! » répond Léo.
Ils sortent de l'appartement. La porte reconnaît le bracelet de Léo et fait « clic » comme un jeu. Dans le couloir, des capteurs discrets clignotent très faiblement, comme des étoiles cachées. Ils regardent la lumière, la température, et ils aident tout le monde à être bien.
En bas, la place du Quartier Miel attend. Il y a un grand arbre, mais c'est un arbre spécial : ses branches sont solides, et des petites prises dorées sont cachées dans l'écorce. Comme ça, on peut accrocher des choses sans abîmer l'arbre. Léo aime cet arbre. Il l'appelle Arbre-Fusée, parce qu'il monte vers le ciel.
Ronda ouvre un petit carton. Dedans, il y a trois nichoirs ronds. Ils sont verts et jaunes, avec une porte qui s'ouvre en douceur. Chaque nichoir a un mini-panneau soleil sur le toit, comme un chapeau brillant.
« Un, deux, trois, » compte Léo. « Trois maisons ! »
« Oui. Et on les met pas trop haut, à ta hauteur des yeux, » dit Ronda. « Comme ça, tu peux les regarder. »
Ils s'approchent d'une branche basse. Ronda pose une échelle courte, stable, avec des pieds qui collent au sol. Léo monte une marche, puis deux. Ronda reste tout près.
« Je tiens, » dit Ronda. « Tu peux visser. »
Léo prend une grosse vis en plastique, facile à tourner. Il tourne, tourne, tourne. La vis fait « tac-tac-tac » en s'enfonçant.
« Ça y est ! » dit Léo.
Le nichoir est accroché. Il ne bouge pas. Il est bien.
Un oiseau mécanique arrive tout de suite, comme s'il avait attendu. Il se pose sur le toit. Ses yeux sont deux petits points brillants.
« Cou-cou, » fait-il, avec une voix de clochette.
Léo rit. « Cou-cou ! »
Ronda affiche un sourire sur son écran. « Premier nichoir installé. Bravo, Léo. »
Ils vont vers une autre branche, près d'un banc. Le banc a des coins ronds. Sous le banc, un capteur de chaleur garde le siège tiède pour les gens. À côté, un robot-balai glisse lentement et fait la poussière invisible.
Léo installe le deuxième nichoir. Tourne, tourne, tourne.
Mais au moment où il veut fermer la petite porte, la porte ne ferme pas tout à fait. Elle reste ouverte, juste un peu, comme une bouche qui ne sait pas dire « mmm ».
Léo fronce les sourcils. Pas longtemps, juste un petit pli.
« Oh… ça marche pas, » murmure-t-il.
Ronda s'approche tout de suite. « C'est d'accord. On va regarder ensemble. Rien de grave. »
Ronda sort un mini-outil en forme de crayon. Elle touche doucement la charnière. Un petit voyant orange clignote.
« Il y a un grain de poussière, » dit Ronda. « Dans une ville, même très propre, il y a parfois une petite poussière. »
Léo regarde. « Une mini-poussière ? »
« Oui, une mini-poussière. On souffle, et c'est fini. »
Ronda souffle avec une petite pompe d'air doux. « Pouf. »
La porte se ferme tout de suite. Elle fait « clic » comme un bisou.
Léo se détend. « C'est mieux. »
« C'est parfait, » dit Ronda. « Et tu as bien vu le souci. Tu es attentif. »
Un autre oiseau mécanique vient. Celui-là est argenté avec une tache bleue. Il entre dans le nichoir, puis ressort, puis entre encore. Il fait « bzz-bzz » content.
Ils marchent ensuite vers le jardin suspendu, tout en haut d'une passerelle. La passerelle est transparente, mais solide, et Léo voit les voitures silencieuses en bas, comme des jouets qui glissent. Les bâtiments ont des plantes sur les murs. De petites lumières vertes montrent où l'eau passe, goutte par goutte.
« On met le troisième là-haut ? » demande Léo.
« Oui. Là où les oiseaux aiment regarder le soleil, » dit Ronda.
Dans le jardin suspendu, il y a des fleurs qui changent doucement de couleur. Rose, puis jaune, puis orange. Pas vite. Juste calme. Des capteurs discrets regardent si les fleurs ont soif. Quand elles ont soif, une brume fine arrive, comme un nuage gentil.
Léo choisit un poteau près d'un buisson. Il installe le troisième nichoir. Tourne, tourne, tourne. Il tapote le toit. « Bonjour, maison. »
Ronda colle une petite étiquette lumineuse sur le côté. Elle affiche un dessin simple : une plume.
« Comme ça, on sait que c'est pour les oiseaux mécaniques, » dit-elle.
Un bruit léger arrive, comme du papier qui frôle : trois oiseaux mécaniques volent en rond. Un vert, un argenté, et un tout petit rouge. Ils se posent chacun près d'un nichoir, comme s'ils faisaient une ronde.
« Ils ont des maisons ! » dit Léo, les yeux grands.
« Oui, grâce à toi, » répond Ronda.
Les oiseaux commencent à chanter. Ce n'est pas fort. C'est un chant doux, une mélodie qui répète : « La-la, la-la, la-la. » Les notes se mélangent au vent tiède du jardin.
Léo s'assoit sur l'herbe souple. Ronda s'assoit aussi, en mode coussin, tout près. Le bracelet de Léo brille calmement.
« Ronda, ils dorment ici ? » demande Léo.
« Oui. Ils se reposent, ils se rechargent avec le soleil, et ils reviennent chanter demain, » dit Ronda. « La ville aime leurs chansons. Et les gens aussi. »
Léo écoute encore. Il se sent grand, parce qu'il a aidé. Il se sent petit, parce que le ciel est grand. Et les deux vont bien ensemble.
Le soleil descend un peu entre les tours. Les lumières de la cité s'allument une à une, comme des lucioles bien rangées. Les capteurs discrets font leur travail sans bruit. Les robots aidants passent doucement, sans presser.
Ronda touche le sac de Léo. « Mission terminée. On rentre ? »
« Oui, » dit Léo. « Mais demain… on peut mettre d'autres maisons ? »
« Demain, et après-demain, » répond Ronda. « Il y a toujours une place pour une petite maison et une petite chanson. »
En rentrant, Léo se retourne une dernière fois. Les trois nichoirs brillent dans le jardin suspendu. Les oiseaux mécaniques sont là, tranquilles, au chaud, dans leur maison du futur. Léo serre la main de Ronda, et son cœur fait un « bzz-bzz » heureux, lui aussi.