Chapitre 1 — La cité des lucioles
Lila ouvrit grand les yeux. Devant elle s'étendait la cité des lucioles, toute brillante de lampes douces qui balayaient les rues comme de petites mains. Les bâtiments étaient couverts de jardins verticaux où des plantes chantaient presque quand le vent passait. Des rubans lumineux montaient et descendaient, transportant des gens sur des plateformes sans bruit, tirées par l'air chaud circulant dans des tubes transparents.
« Regarde ! » chuchota Zoé en pointant une place ronde où tremblaient des projecteurs pareils à des lucioles. Séréna fit tourner ses doigts sur le volant de son fauteuil roulant, sourire aux lèvres. Les trois filles, toutes âgées de huit ans, se tenaient au bord d'une rivière étincelante d'énergie propre. Elles venaient d'arriver pour la fête des lampes douces.
Lila sentit son cœur battre plus vite. Elle aimait ce monde où les voitures ne fumaient pas, où les vélos volaient doucement à côté des trottoirs, où même les poubelles savaient trier les déchets toutes seules. Tout sentait bon — un mélange de jasmin et d'algues sucrées — et l'air lui sembla plus pur qu'elle ne l'avait jamais respiré. Elle était émerveillée.
« On devrait suivre les lucioles, » dit Zoé. « Elles nous mèneront au grand jardin. » Séréna acquiesça en riant. Elles partirent, en bavardant, leurs pas s'accordant au rythme des lumières qui les guidaient.
Chapitre 2 — Des amis en panne
Au bout d'une allée bordée de lampes câlines, Lila vit quelque chose d'étrange : un petit chien robot, tout en métal poli, allongé près d'une fontaine à énergie solaire. Ses yeux LED clignotaient lentement. À côté, un oiseau mécanique essayait de battre des ailes qui ne répondaient plus. Plus loin, un chat aux oreilles translucides tremblotait, incapable de capter les signaux pour retourner à sa base.
« Pauvres bêtes, » murmura Séréna. « Elles sont perdues. »
Lila s'agenouilla. Le chien robot leva la tête et émit un petit gémissement électronique. Sa sonorité était douce, comme un instrument de musique qui aurait besoin d'un réglage.
« Il faut les aider, » dit Lila. Sa voix était calme et décidée. Elle avait toujours aimé réparer les choses. Zoé sortit de son sac une couverture légère; Séréna toucha doucement l'oiseau, qui se recroquevilla en ronronnant.
Ils s'assirent autour des animaux, écoutant leurs petits signaux. Écouter, pensa Lila, ce n'était pas seulement entendre des sons, c'était comprendre ce que chacun voulait dire, même quand c'était bips et cliquetis. Elles commencèrent à échanger des idées.
« Peut-être qu'ils ont perdu le réseau, » proposa Zoé. « La pluie d'hier a dérangé les antennes. »
« Ou ils ont faim d'énergie, » dit Séréna. « Ils cherchent une prise douce. »
Lila regarda la rivière d'énergie. « On va les mettre à l'abri près des lampes solaires. Là, ils pourront se recharger sans craindre les tempêtes. »
Chapitre 3 — Les petites réparations
Elles poussèrent le chien robot sur une petite poussette urbaine qui glissait sans bruit. Les autres animaux furent installés sur des coussins fabriqués de feuilles et de mousse synthétique, très douces. Autour d'elles, la cité continuait de briller, mais les filles savaient qu'il fallait agir vite : les robots ne trouvaient pas leur chemin.
Séréna sortit un petit tournevis de son sac, comme si elle avait toujours un outil pour chaque occasion. « Un tout petit réglage », dit-elle en souriant. Ses doigts savants remuèrent un panneau arrière ; l'oiseau cliqueta et étendit une aile. Zoé chantonna pour le calmer, inventant une mélodie qui ressemblait aux bruits des fontaines.
Lila parla aux robots comme on parle aux vrais animaux. « Tu veux aller dans le jardin des lampes ? » demanda-t-elle au chat. Le chat ronronna un gloss lumineux. En l'écoutant, Lila comprit que chaque robot gardait en lui une petite histoire : certains avaient été créés pour tenir compagnie, d'autres pour ramasser les déchets et apprendre aux enfants à trier. Ils étaient tous utiles et gênés d'être séparés de leur lieu.
« Écoute, » dit Lila, « on va les amener à la station des gardiens. Là-bas, ils les reconnecteront et leur diront où dormir en sécurité. »
Zoé et Séréna hochant la tête, elles engagèrent la conversation avec un gardien de la place. L'homme, aux cheveux argentés et aux lunettes rondes, sourit. « Merci, petites aventurières, » dit-il. « Ici, on aime quand tout le monde se retrouve. »
Chapitre 4 — La joie du partage
La station des gardiens était entourée d'un parc où des enfants apprenaient à jardiner avec des plantes qui purifiaient l'air. Les robots y furent accueillis par des techniciens doux comme des voisins. On leur donna des mises à jour, un bain d'huile spéciale et un coin pour rêver. Le chien robot retrouva son pep; l'oiseau battit des ailes et fit un saut si haut qu'il effleura les lampes lucioles.
Les filles restèrent pour regarder. Elles parlèrent avec les techniciens et apprirent comment même de petites attentions — un bon abri, une écoute, un peu de temps — suffisaient à réparer le monde petit à petit. Elles comprirent aussi que la cité fonctionnait parce que chacun écoutait l'autre : les machines, les plantes, les gens.
« Tu as bien fait d'écouter leurs bips, Lila, » dit Séréna en posant la main sur l'épaule de son amie. Zoé ajouta : « Et de les mettre au chaud. On dirait des héros de la ville des lucioles ! »
Lila rougit. Elle se sentait heureuse et un peu fière, mais surtout pleine d'une douceur qui venait du fait d'avoir aidé. Les trois filles partagèrent une part de pain aux graines qu'un boulanger du coin leur tendit, et elles rirent en regardant un chat lumineux courir après son reflet.
Chapitre 5 — Un air plus pur
En rentrant chez elles, les lampes douces semblèrent applaudir leur passage. La ville, alimentée par le soleil et le vent, continuait de produire un air frais et léger. Lila leva la tête et inspira profondément. L'air avait un goût de pomme et de menthe. Elle pensa à tous les gestes simples qu'elles avaient faits : écouter, offrir un abri, demander de l'aide. Ces gestes avaient rendu la cité plus sûre pour des robots perdus, mais aussi plus tendre pour tout le monde.
« On reviendra demain ? » demanda Zoé en gambadant presque.
« Oui, » dit Séréna. « Et on pourra lire des histoires aux robots la nuit. Ils aiment les voix. »
Lila sourit. « Et on écoutera encore. »
La lune se leva, douce comme une luciole géante. Dans la cité, des familles rentraient, les transports doux glissant comme des plumes. Les arbres irradiant de petites lueurs filtraient encore un peu d'air, et la rivière d'énergie murmurait qu'elle était contente.
Avant d'entrer chez elle, Lila posa la main sur la rambarde d'une passerelle. Elle repensa à la journée : trois amies, quelques outils, beaucoup d'écoute, et des animaux mécaniques de nouveau en sécurité. Elle se sentit légère, comme si l'air plus pur rentrait jusque dans sa poitrine. Demain, la cité des lucioles continuerait de briller, plus propre et plus apaisée, parce que des enfants avaient su écouter et partager.