Chapitre 1 — Le matin qui brillait
Ce jour-là, le ciel était d'un bleu doux, comme une chemise propre. Trois amies se tenaient sur le pas de la porte. Elles s'appelaient Lila, Noor et Maë. Elles avaient presque cinq ans. Elles portaient chacune une petite casquette, une robe légère et un sourire curieux.
Un bruit léger fit tinter la fenêtre. Ce n'était pas un oiseau. Ce n'était pas non plus un ballon. Devant le jardin, une petite nacelle argentée flottait sans bruit, comme une bulle de savon. Trois silhouettes rondes en sortirent, toutes colorées et amicales. Elles avaient des yeux comme des billes brillantes et des doigts souples qui faisaient des petits cliquetis.
"Bonjour !" dit la plus petite, avec une voix qui sonnait comme un xylophone. Elle avait des antennes qui bougeaient quand elle parlait. "Nous sommes venus pour le marché des fruits. Est-ce que vous pouvez nous montrer ?"
Les filles échangèrent un regard enchanté. Lila prit la main de Noor, Noor prit la main de Maë. Elles prirent la main d'une des extraterrestres. Les doigts glissaient, doux et un peu tièdes, comme une écharpe chaude.
"Oui !" dirent-elles ensemble. "Viens avec nous !"
La nacelle les suivit jusqu'au centre du village où se trouvait le marché. Les gens levèrent la tête, surpris mais souriants. Les extraterrestres saluaient en faisant des petits cercles avec leurs antennes. Les enfants leur expliquèrent les étals. Elles parlaient de pommes rouges, de poires qui sentent le miel, de pêches veloutées.
Les trois amies découvrirent que leurs nouvelles amies n'avaient jamais vu un marché. Elles avaient vu des étoiles et des lunes, mais pas une grappe de raisins qui brillent comme des perles. Elles regardaient les fruits comme des pierres précieuses. Les filles prenaient le temps de nommer chaque fruit et de toucher doucement la peau satinée.
"Qu'est-ce que vous préférez ?" demanda Noor.
L'extraterrestre à la voix de xylophone fit un bruit d'hésitation, puis tendit une petite main vers une barquette de fraises. "Rouges," dit-elle. "Rouges et sucrées."
Les vendeurs offrirent une fraise. L'extraterrestre la goûta. Ses yeux s'illuminèrent comme des lanternes. Elle fit un petit saut de joie qui fit rire tout le monde.
Les filles se sentirent très importantes. Elles montraient, elles expliquaient, elles partageaient. Les extraterrestres posaient des questions simples et très curieuses. Ils demandaient pourquoi une pomme peut craquer quand on la mord, pourquoi une banane peut être douce et douce à la fois. Les réponses étaient simples, comme des chansons.
Chapitre 2 — Le champ de tournesols
Après le marché, les filles emmenèrent leurs amies extra-terrestres au champ de tournesols. Le chemin était doux, bordé d'herbe qui chatouillait les chevilles. Le champ s'étendait comme une mer jaune. Les tournesols semblaient saluer le soleil avec de grands visages ronds.
Les extraterrestres n'avaient jamais vu de tournesols non plus. Ils regardèrent les fleurs et firent des petits tours sur eux-mêmes. Les pétales clignotaient dans le vent. Une abeille fit sa ronde et vint dire bonjour. Les enfants expliquèrent que les tournesols suivent le soleil comme on suit un ami.
"Pourquoi suivent-ils le soleil ?" demanda Lila.
"Parce qu'ils aiment la chaleur," dit Maë. "Comme quand on aime un câlin."
Les extraterrestres frémirent d'une façon amusante. Ils prirent une tige délicate et la regardèrent. L'une d'elles posa son front contre le centre noir de la fleur. Un bruit doux sortit, presque comme une chanson. C'était un murmure de graines.
"Écoute," chuchota Noor. "Il y a une chanson là-dedans."
Elles s'assirent toutes quatre dans l'herbe, dos au vent, face aux soleils jaunes. Les filles racontèrent des petites histoires. Les extraterrestres répondirent avec des dessins dans l'air : couleurs qui tournaient, petites lucioles qui formaient des mots. Elles parlaient sans voix, mais tout le monde comprenait.
Soudain, un mini-orage de confettis tomba du ciel. Ce n'était pas un vrai orage. La nacelle avait laissé choir quelques papiers brillants par erreur. Ils voltigèrent sur les fleurs et les enfants éclatèrent de rire. Un tournesol, coquin, secoua sa tête et dispersa des graines qui faisaient tic-tac en tombant dans l'herbe.
Les extraterrestres attrapèrent une graine entre deux doigts. "Est-ce que cela est à manger ?" demanda la plus grande, avec un air très sérieux. Les filles expliquèrent qu'on pouvait planter les graines, les faire pousser et, si on voulait, les manger après cuisson. L'idée de planter fit briller les yeux des extraterrestres. Elles demandèrent si elles pouvaient tenter.
Les filles et leurs amies creusèrent une petite fosse, pas plus grande qu'un bol. Elles déposèrent trois graines, une pour chaque fille, pour chaque blondeur de cheveux, pour chaque rire. Elles couvrirent de terre et chantèrent une petite chanson de pousse. Puis elles soufflèrent dessus pour lui donner de l'air.
"Bonne nuit, petites graines," dit Maë en fermant les yeux. "Faites de beaux tournesols."
Les extraterrestres firent une révérence très élégante et leurs antennes formèrent un cœur. Elles dirent merci en faisant briller une petite lumière bleue qui ressemblait à une luciole.
Chapitre 3 — Le petit escalier tranquille
Le soleil commençait à baisser. La nacelle attendait au bord du champ. Avant de partir, les extraterrestres proposèrent un dernier cadeau. Elles ouvrirent une valise pleine d'objets qui semblaient tout droit sortis d'un rêve : lentilles qui montraient les choses en grand, boîtes qui chantaient des comptines et une petite balançoire en fil d'argent.
Elles posèrent la balançoire à côté d'un escalier en bois qui menait à une petite colline. L'escalier était tranquille, avec des marches larges et un banc sur le côté. Il brillait d'une lumière douce comme une veilleuse. C'était un escalier tout simple, mais il avait l'air important. Les filles montèrent une marche après l'autre, tenant la main de leurs amies. Les extraterrestres utilisaient leurs antennes pour compter les marches. Elles chantaient en marchant, une chanson qui semblait raconter la journée.
En haut de l'escalier, il y avait un petit palier avec une vue sur le village. Les maisons semblaient des jouets et les fleurs, des points de peinture. Le soir tombait en douceur et les étoiles commencèrent à apparaître une à une. Les extraterrestres pointèrent du doigt le ciel comme pour montrer leur maison lointaine.
"On va vous apprendre une chose très importante," dit la petite voix de xylophone. "Quand vous voyez quelque chose de nouveau, n'ayez pas peur. Regardez, posez des questions, partagez votre goûter."
Les filles hochèrent la tête. Elles avaient appris cela toute la journée. Elles avaient ri avec des créatures qui venaient d'ailleurs et avaient offert des fraises qui avaient rendu leurs visages lumineux. Elles avaient planté des graines ensemble. Elles avaient fait de la place dans leur cœur.
Avant de partir, les extraterrestres prirent une photo. Elles n'avaient pas d'appareil ordinaire. Elles utilisaient une boîte qui attrapait non seulement les images, mais aussi les petits sons, les odeurs du marché et la chaleur du rire. Elles mirent la photo dans un petit cadre et la donnèrent aux filles.
"Pour se souvenir," souffla l'une d'elles.
Les filles regardèrent le cadre. À l'intérieur, on voyait leurs trois visages tout ronds, des fraises, le champ de tournesols et l'escalier tranquille. Tout brillait d'un éclat doux.
La nacelle fit un dernier bruit comme une chanson d'adieu. Les extraterrestres firent un petit signe de la main, puis elles montèrent. La nacelle s'éleva lentement, comme une plume, et disparut parmi les premières étoiles.
Les filles restèrent un moment sur le palier. Elles tinrent le cadre. Elles se promirent de ne jamais oublier. Elles se promirent aussi d'apprendre encore et encore à connaître ce qui leur semblait différent. Elles avaient compris que l'inconnu pouvait être un ami à la fin d'une journée ensoleillée.
Elles descendirent l'escalier main dans la main, en laissant derrière elles une petite trace de pas qui brillait encore un peu, comme une traînée de poudre d'étoile. Chaque marche leur semblait maintenant une promesse : monter pour voir, descendre pour raconter.
De retour dans le jardin, elles rangèrent la photo sur l'étagère de leur chambre. Elles se dirent bonne nuit, s'enroulèrent dans leurs couvertures et, avant de fermer les yeux, Lila chuchota : "Demain, on ira au marché encore ?"
Noor sourit dans l'obscurité. Maë fit une petite blague qui les fit rire toutes dans le noir. Elles s'endormirent en écoutant le silence rassurant de la maison, prêtes pour d'autres découvertes.
Et quand la lune monta, elle trouva l'escalier tranquille, vide pour le moment, mais prêt à accueillir d'autres pas curieux. Les graines dans le champ de tournesols durent d'un sommeil rassurant et la petite étoile au-dessus du village cligna encore une fois, comme un clin d'œil. Les amies avaient grandi un peu ce jour-là : elles avaient appris à ouvrir leur porte et leur cœur.